Peut-on être à la fois au four et au moulin ? Dominique Strauss-Kahn va devoir s’accrocher s’il veut être porté par la vague élyséenne. Tout est encore permis, mais rien n’est évident pour lui.
Les analystes politiques ne sont pas plus aptes que madame Soleil à prévoir l’avenir. Et pourtant…
Un directeur du FMI élu Président ?
Le directeur général du FMI a démissionné presque quatre ans après sa nomination à Washington. Docteur en science économique et diplômé de sciences politiques, il avait été auparavant Ministre de l’Économie dans son pays. Deux mois et demi après sa démission du FMI, il est élu Président de la République dès le premier tour avec 50,1% pour cinq ans. Il est réélu cinq années plus tard.
Non ! Ce n’est pas de la politique fiction. Il ne s’agit pas de Dominique Strauss-Kahn, l’actuel directeur général du FMI, mais de Horst Köhler, actuel Président de la République fédérale d’Allemagne élu le 23 mai 2004 pour cinq ans et réélu le 23 mai 2009, qui avait occupé le même poste quelques années avant DSK.
Ce clin d’œil montre que ce haut poste de l’économie mondiale (qui a rang de chef d’État) peut mener à tout, même à atteindre la plus haute magistrature de son pays (pour l’Allemagne à titre très honorifique).
Des sondages élogieux
On a beau critiquer ou aduler les sondages, ce sont eux qui rendent une candidature à l’Élysée “naturelle” ou pas. Et ce n’est pas récent. Jacques Chirac s’en servait déjà en avril 1974 pour soutenir la candidature de Valéry Giscard d’Estaing, constatant que Jacques Chaban-Delmas ne tenait pas la route dans sondages face à François Mitterrand. Pour la première fois depuis le début de la République, démentant d’éminents politologues (comme Alain Duhamel), la candidature de Ségolène Royal fut montée en mayonnaise par un effet médiatique persistant et des sondages qui tournaient en boucle.
Les médias étant ce qu’ils sont, ils voient donc aujourd’hui en Dominique Strauss-Kahn le seul adversaire sérieux de Nicolas Sarkozy. En fait, il aurait dû déjà l’être au printemps 2007 s’il l’avait… vraiment voulu.
Le trop plein
Retournons quelques mois en arrière. En 2007, François Hollande, premier secrétaire du Parti socialiste, fait tout pour retarder le congrès de sa succession. Il fallut attendre un an et demi et une querelle byzantine incroyable à Reims pour qu’il quittât la direction.
En 2007, Ségolène Royal croyait encore en ses chances pour 2012, se disant la seule socialiste de l’histoire à avoir recueilli le 6 mai 2007 autant de suffrages : 16 790 440 voix (sauf qu’avec la croissance démographique, c’était encore insuffisant pour battre Nicolas Sarkozy).
En 2008, l’année du congrès si prometteur, c’était celle de Bertrand Delanoë. Le maire de Paris avait pour ambition de diriger son parti pour le mener ensuite à l’élection présidentielle. Son échec au congrès de Reims a mis rapidement un terme à cette ambition.
Dans la balance, il ne reste donc plus que Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn. On pourrait évidemment imaginer une candidature de Martine Aubry qui, depuis quelques semaines, gagne des points dans les sondages (10% de plus que Ségolène Royal quand même), mais si elle sait rassembler sur sa gauche, elle aurait beaucoup de difficulté à communiquer sur son refus d’alliance avec le MoDem tout en ayant des adjoints MoDem à sa mairie de Lille. Et puis, un joker, François Hollande, qui croit malgré sa très faible notoriété qu’il serait l’homme providentiel du PS.
Laurent Fabius ? Il y a renoncé, je crois, assez clairement, admettant qu’il n’était actuellement plus en position d’être candidat, ce qui, de sa part, est une position honnête et lucide pas forcément facile à admettre. Et la nouvelle génération ? oui, mais qui ? Vincent Peillon, Manuel Valls, Pierre Moscovici, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Gérard Collomb… ou même Hubert Védrine si l’on tient compte des noms de domaine réservés sur Internet ? Là aussi, le trop plein fabrique le vide.
Dominique Strauss-Kahn va donc probablement, dans les mois qui vont venir, bénéficier d’une image très positive qui ne sera jamais altérée : ni par les régionales, ni par les aléas de la vie politique ordinaire. Il est au-dessus, ailleurs, absent tout en surplombant.
Il va faire l’homme providentiel incontournable. Raymond Barre à partir de 1984 qui devenait de plus en plus évident qu’il aurait été le seul à battre François Mitterrand en 1988. Jacques Delors en 1995, le seul à battre… Édouard Balladur. Ou encore ce Lionel Jospin de 2002, sûr de lui, de son bilan, de son intelligence, en avance dans les sondages sur son concurrent Jacques Chirac.
Attentisme contreproductif
Oui, mais. Le problème de Dominique Strauss-Kahn, c’est que c’est un dilettante. Un dilettante politique dans les faits. Peut-être par peur de tuer, par fidélité à son parti, par absence de stratégie claire. Mais dilettante.
Dominique Strauss-Kahn était, dès 1997, le dauphin potentiel de Lionel Jospin, avec une rivale, Martine Aubry (désormais alliée depuis un an). Le probable Premier Ministre d’un Lionel Jospin Président en 2002. Son éviction du gouvernement le 2 novembre 1999 pour cause d’affaire MNEF a un peu terni l’héritier naturel.
Et à ce titre, Dominique Strauss-Kahn a été un excellent porte-parole dans les soirées électorales. Refusant toute abstention et choquée même de l’attitude de Lionel Jospin, il fit appel sur les plateaux de télévision dès le soir du 21 avril 2002 à voter Jacques Chirac contre Jean-Marie Le Pen (rappelons que Lionel Jospin, prisonnier d’un ego vexé, s’est abstenu).
Mais il aurait dû aller plus loin, d’autant plus que Lionel Jospin avait annoncé clairement la couleur de son abandon. Dominique Strauss-Kahn aurait dû tout de suite relever le poing et annoncer qu’il voulait prendre la suite. Il y aurait eu parmi les éléphants beaucoup de bousculement, mais il les aurait pris de vitesse et aurait pu poursuivre avec la bataille des élections législatives de juin 2002 que François Hollande a donc dû mener. À l’époque, Ségolène Royal n’avait pas encore été “fabriquée”. En revanche, les ambitions présidentielles de Nicolas Sarkozy étaient désormais très claires.
Cinq années pour préparer une candidature à l’Élysée, ce n’était pas de trop. Je rappelle quand même le nombre d’années qu’il a fallu à chaque Président de la République pour être élu à partir de l’expression publique de son ambition présidentielle :
- Georges Pompidou : 7 ans.
- Valéry Giscard d’Estaing : 12 ans.
- François Mitterrand : 16 ans.
- Jacques Chirac : 19 ans.
- Nicolas Sarkozy : 5 ans.
Le système politique français laisse peu de chance à des éventuels Barack Obama de venir en irruption dans le débat présidentiel.
En prenant date en 2002, Dominique Strauss-Kahn aurait pu construire une opposition solide sans problème de leadership. Il n’a pas osé. Il n’a peut-être pas voulu ? Il pensait que le succès était dans une guerre de lenteur. Que l’éléphant qui se déclarerait le premier allait perdre. Finalement, aucun éléphant ne partit et c’est Ségolène Royal qui gagna sans trop de suspens la primaire socialiste du 16 novembre 2006.
Dominique Strauss-Kahn avait pourtant rassemblé Michel Rocard, Lionel Jospin, Robert Badinter etc. mais n’était rien au regard des sondages. Et il avait osé se revendiquer ouvertement de la social-démocratie, rompant avec les dogmes de façade du socialisme français de l’époque Guy Mollet-François Mitterrand.
Au second tour du 6 mai 2007, nouvel échec des socialistes, là aussi Dominique Strauss-Kahn avait un beau discours sur les plateaux de télévision sur un PS à reconstruire. On avait même l’impression que cette fois-ci, débridé par l’échec de Ségolène Royal, il allait enfin donner de la voix. Finalement, non. Ni ce soir-là. Ni les mois qui suivirent. Car pendant ce temps, il se préparait à devenir le directeur général du Fonds monétaire international (nommé le 28 septembre 2007, en fonction le 1er novembre 2007 pour cinq ans).
Démocratie sociale et social-démocratie
Bien que d’origines “jospino-mitterrandistes”, Dominique Strauss-Kahn reprend la tradition de la deuxième gauche, celle “moderne” de Michel Rocard et de Jacques Delors qui se veut réaliste et pas utopique.
Concrètement, son positionnement social-démocrate aurait dû être une aubaine pour la candidature centriste de François Bayrou. L’idée de ce dernier aurait été de faire éclater le PS et de récupérer la branche strauss-kahnienne.
Mais cette branche-là, en fait, depuis deux ans, n’existe plus vraiment. Ses amis sont partis dans des courants très différents, mais on peut penser que les sondages les aideraient à retrouver leur ancienne loyauté.
Et les électeurs dans tout ça ?
En quittant la scène nationale, il est peu probable que Dominique Strauss-Kahn puisse gagner une élection présidentielle. Car cette élection se gagne par la rencontre avec les électeurs. Jacques Chirac avait bien compris en 1994, à l’époque où l’on donnait Édouard Balladur élu presque dès le premier tour. Or, Dominique Strauss-Kahn, selon une remarque d’un journaliste, préférerait la fréquentation des chefs d’État et des grands patrons à la rencontre des ouvriers, des employés, des électeurs de son pays.
S’il est aussi haut dans les sondages, c’est surtout parce qu’il représente une position modérée, raisonnable, acceptable par beaucoup de monde, y compris des personnes qui ne sont pas dans le même “camp” que lui. Mais lorsqu’il s’agira de mettre le bulletin dans l’urne, l’expérience a montré que cette cohorte de sympathisants regagnent leur “camp” sans se préoccuper de la sympathie qu’ils peuvent avoir pour la personnalité. La forte popularité d’une Simone Veil et même d’un Raymond Barre n’a jamais pu se traduire en victoire électorale. Cette mésaventure aurait sans doute eu lieu en cas de candidature de Jacques Delors en 1995 (Lionel Jospin y avait finalement terminé en tête du premier tour alors qu’était sérieusement envisagé un duel au second tour entre Jacques Chirac et Édouard Balladur).
Une primaire retardée, le scénario catastrophe bis
Le principe d’une nouvelle primaire pour désigner le candidat socialiste de 2012 devient déterminant dans l’attitude de Dominique Strauss-Kahn. Il a tout intérêt à ce que la primaire se déroule le plus tard possible, c’est-à-dire comme pour la précédente, vers l’automne 2011. Son mandat au FMI aurait été largement entamé et sa démission ne serait pas synonyme d’abandon après quatre ans de mandat (comme Horst Köhler). Martine Aubry, première secrétaire du PS, a, elle aussi, tout intérêt à retarder le plus possible cette primaire afin de conserver sa fragile autorité au sein du PS. Seule Ségolène Royal aurait intérêt à organiser une primaire le plus tôt possible afin de mobiliser ses troupes de militants.
D’un point de vue tactique, Ségolène Royal a évidemment raison. La primaire de 2006 avait considérablement plombé les soutiens de la candidates socialistes qui ne lui étaient pas favorables initialement (tout le monde n’est pas Barack Obama qui a réussi à rassembler les électeurs d’Hillary Clinton).
Pour devenir un candidat crédible et reconnu par les siens, il aurait fallu organiser cette primaire dès 2008, au même moment que le congrès de Reims, or, tous les responsables socialistes étaient d’accord au contraire sur ce seul point : ne pas désigner le futur candidat. 2012 risque donc de renouveler 2007 de façon assez prévisible.
Ni Nicolas Sarkozy ni François Bayrou n’ont cet handicap de légitimité à se présenter. Et à être reconnus comme candidats “naturels”. Ni Ségolène Royal bien sûr.
Que manque-t-il à Dominique Strauss-Kahn ?
Si sa crédibilité politique et sa crédibilité économique ne sont pas en cause, la question de la crédibilité électorale de Dominique Strauss-Kahn reste entière. Comment bâtir un mouvement électoral suffisamment puissant dans chaque commune, dans chaque canton si le candidat est en permanence à l’étranger ?
Il aurait à répondre à ce slogan relativement destructeur : “candidat de l’étranger” ou à se justifier de son opposition à Nicolas Sarkozy dont les relations restent équivoques (des rumeurs en faisaient même son Premier Ministre en 2009).
Il va devoir ménager la chèvre (ses fonctions actuelles) et le chou (une hypothétique élection à l’Élysée).
En refusant de se consacrer totalement à sa candidature à l’élection présidentielle, Dominique Strauss-Kahn, comme il en a maintenant l’habitude, risquerait d’hypothéquer ses dernières chances pourtant réelles (il aura 63 ans le 25 avril 2012).
Une perspective de candidature somme toute peu envisageable
Le scénario de sa candidature paraît donc bien compromis en raison du double saut d’obstacles : la primaire socialiste et l’élection elle-même. Pourrait-il ne pas démissionner du FMI en étant candidat à la primaire ? Et s’il démissionnait du FMI et qu’il perdait la primaire, il aurait “tout” perdu ? Pourrait-il être candidat sans diriger son parti, ce qui avait été le grand handicap de Ségolène Royal en 2007 ?
Il serait en fait tenté d’imaginer le scénario des Verts de 2002 (Alain Lipietz désigné en primaire puis y renonçant au profit de Noël Mamère). Ne pas participer à la primaire, favoriser alors la candidature-cheval de Troie de Martine Aubry et meilleur dans les sondages, la remplacer dans les derniers mois de la campagne.
Ce scénario de candidature “servie sur plateau d’argent” aurait l’avantage de rester au FMI et de ne prendre aucun risque ni personnel ni politique, mais c’est sans doute ne pas comprendre qu’une fois le candidat du PS choisi et investi par la base, celui-ci serait convaincu qu’il serait le meilleur (puisqu’il aurait gagné la primaire), et c’est pourquoi en 2007, Ségolène Royal n’avait aucune raison de céder le pas à un Michel Rocard tellement hors du temps que sa proposition était peut-être à comprendre dans un répertoire comique.
L’autre scénario, sans doute le plus dangereux pour Nicolas Sarkozy, ce serait que François Bayrou et Dominique Strauss-Kahn se mettent d’accord avant le premier tour pour présenter un projet politique commun, l’un candidat à l’Élysée, l’autre à Matignon. Mais seraient-ils capables de s’entendre ? et qui devrait quitter son parti d’origine ?
DSK delenda est
Dans cette perspective, même si elle a actuellement des sondages plutôt médiocres, Ségolène Royal a sans problème sa crédibilité de candidate (elle l’a été et a fait un score loin d’être ridicule en comparaison avec le Lionel Jospin de 2002), ce qui est un avantage sur ses concurrents socialistes.
Et le Président de la République Nicolas Sarkozy pourrait alors envisager sa possible réélection avec une assez grande sérénité.
À moins que…
Pour aller plus loin :
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Avec ses singes vaccinés et son ami d’ami, l’humoriste a réussi à faire mieux que faire rire, il a fait peur. Dix mois après avoir suscité la colère.
Bref, on l’aime ou on ne l’aime pas, mais il est toujours sain que des fous du roi existent même en République.
Stéphane Guillon, expert en pharmacovigilance
Certaines personnes sur Internet ont repris une partie de la chronique de Stéphane Guillon dans un but précis d’alarmisme contre le vaccin : « J’ai un ami qui possède un laboratoire de recherche aux États-Unis. Je tiens l’histoire de lui, Éric, elle est véridique. Tous les singes qu’il a fait vacciner en août sont morts quatre mois plus tard. Tous. ».
L’aparté « elle est véridique » semble avoir apporté à ces phrases son pesant de crédibilité pour ne pas dire de cacahuètes.
Puis, sous prétexte que sa chronique était restée indisponible pendant quelques heures sur le site de Radio France (probablement pour des raisons techniques), certains imaginèrent que non seulement Stéphane Guillon avait donné une information capitale sur le vaccin contre la grippe A mais en plus, il était courageux, car le seul à avoir eu l’audace de le dire, d’aller contre la prétendue ”omerta” des médias, et finalement, censuré par son employeur (on s’étonne encore aujourd’hui de pouvoir écouter la chronique chez Dailymotion et Youtube malgré cette “censure”).
La côte de popularité de l’humoriste, par conséquent, a dû monter aussi haut que sa courbe de notoriété. Le seul courageux qui dit enfin la vérité mais qu’on veut réduire au silence. J’imagine l’humoriste en train de se marrer de telles réactions.
Prenons d’abord la “pseudo-information”
Analysons les éléments avant même de la replacer dans le contexte humoristique.
L’imprécision totale (le nom de l’ami ? le lieu exact aux États-Unis ? nom du laboratoire ? nom précis de l’espèce de ces singes ? le type de vaccin ? contre quel virus ? de quoi les singes sont-ils morts, insuffisance respiratoire, crise cardiaque… ? etc.) discrédite facilement une telle assertion. Une information, ce sont des faits vérifiables, donc précis en unité de temps, de lieu et de circonstances : qui, quoi, quand, où, comment…
De plus, en général, on ne “possède” pas un labo de recherche, on est d’abord scientifique, médecin, biologiste etc. et par ce métier, on occupe certaines fonctions, on enseigne, on dirige un labo, une équipe, un organisme de veille sanitaire etc.
Le fait que ce soit aux États-Unis réduit d’ailleurs l’intérêt puisqu’à ma connaissance, les Américains n’utilisent pas le même type de vaccins qu’en France.
Enfin, vaccinés ou pas vaccinés, les gens mourront tous d’une manière ou d’une autre et ce n’est donc pas une mort qui a lieu après une vaccination qui est l’information intéressante, c’est le lien prouvé de causalité entre la vaccination et la mort (lien par ailleurs bien difficile à établir de façon certaine).
Contexte de la chronique
On oublie un peu vite d’écouter le début et la suite de cette rumeur qui ont encadré ces trois phrases sur les singes.
Début du passage : « Je voudrais terminer sur une bonne nouvelle, quelque chose qui devrait apaiser nos auditeurs vaccinés et conforter les autres. ».
Ensuite, les phrases déjà citées, puis la fin du passage : « Alors, d’un côté, c’est vrai que c’est une info un peu anxiogène, je vous l’accorde ; de l’autre, et c’est pour ça que j’ai parlé de bonne nouvelle, quatre mois, ça vous laisse jusqu’en avril pour mettre vos affaires en ordre. On sait qu’on passe un Noël tranquille, sans complication. C’est déjà pas si mal. ».
En fait, Stéphane Guillon se moquait bien sûr de toutes les rumeurs qui sont colportées depuis plusieurs mois sur Internet à propos du vaccin contre la grippe A et s’est amusé justement en inventant une histoire complètement abracadabrantesque. Il ne devait pas penser qu’autant de crédules, qui se disent pourtant incrédules vis-à-vis de l’information des institutions médicales officielles, le prendraient au pied de ses mots.
Il est sûr que l’expérience, la formation, les réseaux, toute la trajectoire personnelle de Stéphane Guillon lui apportent toute autorité en matière d’informations médicales extrêmement pointues.
Pour s’en convaincre, il suffit aussi de lire sa chronique dans “Libération” du 28 novembre 2009 où il raconte sa semaine : « Mercredi [donc le 25 novembre]. Folle journée ! Ma chronique ce matin à France Inter. Les activités des enfants, mon papier à écrire pour Canal + et un spectacle ce soir au théâtre de Colombes. Donc rien pour Libération. Dîner chez des amis après le spectacle, ambiance chaleureuse, discussion enflammée… “Quelqu’un a un ami qui connaît un ami qui tient un laboratoire, tous les singes vaccinés en août dernier contre la grippe A sont morts”. Ma femme et moi sommes très surpris, nous répondons que parmi tous les singes que nous fréquentons assidûment, aucun n’est mort suite au vaccin. ».
Bref, cette petite histoire de singes n’est pas nouvelle, il l’avait déjà inventée dix jours avant avec une petite différence, ce n’est pas un “ami”, mais une relation qui connaît un ami du patron du labo, soit, en gros, tout pour apporter l’imprécision classique des rumeurs fondées sur du vide (”je connais le voisin du cousin d’un ami qui…”). Il a repris le 8 décembre 2009 son histoire de singe en la modifiant un peu… uniquement parce que la Ministre de la Santé Roselyne Bachelot était l’invitée du jour.
Vous avez dit humour ?
Toujours pour confirmer que ce n’est que de l’humour (j’ai l’impression de marteler une évidence pourtant palpable), Stéphane Guillon s’était aussi amusé le même jour à dire qu’il venait de croiser Roselyne Bachelot et que son visage était paralysé à cause du vaccin.
« Je m’attendais à accueillir la Roselyne qu’on connaît, bonne vivante, gouailleuse en veste fuchsia et rouge à lèvres assorti… Eh bien, pas du tout. Je n’avais encore jamais vu de près une personne vaccinée avec tous les effets secondaires qui vont avec. C’est terrible. En la voyant débarquer il y a cinq minutes à peine, je me suis dégonflé. On se demande souvent si j’ai des limites. Eh bien oui, je refuse d’attaquer Roselyne dans l’état où elle se trouve. Ces derniers temps, beaucoup de gens se sont moqués de ses mimiques, de ses roulements d’yeux. C’est vrai que lorsqu’elle annonce des morts, on a le sentiment qu’elle vient d’enterrer elle-même les corps. On dénonçait une dramaturgie excessive. La vérité est plus cruelle. Quand Bachelot essaie de bouger son visage paralysé suite aux effets du vaccin, les ordres envoyés par son cerveau font rouler ses yeux, d’où ce sentiment d’assister à un mauvais film muet des années 20. En tout cas, il existe une paralysie du faciès certaine. On navigue entre Sylvester Stallone et la momie de Lénine. Toutes les femmes qui se ruinent en injection de botox, faites-vous vacciner contre la grippe A ! ça paraît bien plus efficace. Depuis l’arrivée de Roselyne dans les couloirs, la gène est palpable. Tout le monde regarde ses chaussures. Deux techniciens qui passaient par hasard ont voulu faire une promesse de don. Il a fallu toute la dextérité de Thomas Legrand [chroniqueur politique sur France Inter] pour leur dire : “Non non, les gars, c’est pas le Téléthon, c’est madame Bachelot. Rangez vos chéquiers.”. Le plus triste dans tout cela, c’est qu’on sent que Roselyne ne profite pas de son succès. (…) Elle ne profite pas, elle est totalement Guillain-Barré. ».
Faut-il préciser que Roselyne Bachelot n’a pas semblé utile de publier un démenti ?
Alors, à qui ce petit jeu profite-t-il ?
D’abord à l’humoriste qui a tout intérêt à laisser la rumeur s’enfler. Il sait bien qu’on ne pourra pas l’accuser de divulgation de fausse information, il n’est pas journaliste et est censé faire rire tous les jours. S’il est cru, c’est donc qu’il a bien réussi sa chronique, c’est du boulot donc bien fait.
On ne peut pas vraiment parler de mensonges quand on est dans le registre de la plaisanterie. Ainsi, même la caisse de champagne supposée offerte à lui par Frédéric Schlesinger (directeur de France Inter à l’époque de sa chronique sur DSK) est fausse malgré ses affirmations sur Canal +.
En revanche, il y a beaucoup de perdants, et en premier lieu les personnes inquiètes et soucieuses d’informations médicales précises, exactes et sérieuses. Et ceux qui n’ont pas le sens de l’humour.
Vous avez dit “crédule” ?
La morale, car il y en a une, c’est que les personnes soi-disant indépendantes, capables de mieux comprendre la médecine que les plus hauts spécialistes d’épidémiologie, préoccupées (avec raison) par leur libre arbitre, incrédules vis-à-vis de la communication institutionnelle qui est sans doute loin d’être parfaite, tombent comme des enfants dans le panneau le plus simpliste d’une blague de potache qui, tellement grosse, ne cherchait même pas à tromper son auditoire (heureusement, tous les journalistes l’ont compris comme tel).
En résumé, les incrédules sont bien plus crédules qu’ils ne voudraient le faire croire, tout simplement par un besoin évident de chercher le moindre petit élément qui pourrait confirmer leurs sentiments à l’égard du vaccin contre la grippe A sans être capables d’avoir le recul nécessaire pour analyser la pertinence de ce même élément.
Pour aller plus loin :
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Une boulette du Sénat arrive au plus mauvais moment pour la majorité : lorsque Rachida Dati laisse échapper ses états d’âme sur le fonctionnement du Parlement européen. Une comparaison peu élogieuse pour le fonctionnement du Parlement français.
Une séance ordinaire au Sénat
Cette séance se déroulait donc normalement après un débat mené par le Secrétaire d’État aux Collectivités territoriales Alain Marleix. Comme prévu, l’opposition sénatoriale présentait quelques amendements et la majorité les rejetait.
Jusqu’à cet amendement n°24 présenté par la sénatrice communiste Josiane Mathon-Poinat qui proposait purement et simplement la suppression de l’article unique du projet de loi… car ce texte ne comporte qu’un seul article. Cela revenait littéralement à supprimer le projet de loi.
A priori, comme pour les autres amendements de l’opposition, celui de Josiane Mathon-Poinat aurait dû être rejeté. Comme les sénateurs étaient peu nombreux pour cette séance de nuit, l’UMP avait systématiquement demandé un vote public pour chacun des amendements, le vote public permettant aux absents de voter grâce à l’entremise d’un sénateur de leur groupe qui votait à leur place. Ainsi, tout devait être bien “verrouillé”.
Un mauvais vote
Jean-Jacques Pignard était chargé des votes du groupe Union centriste (regroupant notamment des sénateurs du MoDem et des sénateurs Nouveau centre). Mais il a fait une erreur de vote. Croyant qu’il s’agissait de voter pour la loi et pas pour l’amendement, il a glissé dans l’urne des bulletins OUI.
Résultat du vote : l’amendement de Josiane Mathon-Poinat a été approuvé par 167 sénateurs (la majorité absolue était à 162) et refusé par 156. L’adoption de cet amendement a impliqué immédiatement le rejet du projet de loi d’Alain Marleix. On peut lire précisément l’analyse du vote à ce lien.
Parmi les sénateurs heureux de ce rejet, il y avait l’ancien député RPR Jean-Louis Masson, opposé au redécoupage des circonscriptions dans son département, en Moselle.
Bataille de procédure
Une fois les résultats connus officiellement à 20 heures, le président du groupe de l’Union centriste, Nicolas About (MoDem et favorable au projet de loi) a immédiatement demandé à la présidente de séance, Catherine Tasca, d’annuler ce vote en raison d’une erreur matérielle de vote. Catherine a alors expliqué qu’elle n’avait pas été saisie de cette erreur au moment du vote et n’a donc pas pu l’annuler.
Alain Marleix a alors brandi l’article 43 alinéa 4 du règlement du Sénat pour demander une seconde délibération avant le vote du projet de loi pour rétablir l’article unique. Le rapporteur du projet, Jean-Jacques Hyest, président de la Commission des lois allait également dans ce sens.
Mais deux sénateurs de l’opposition firent valoir que cette seconde délibération pour un amendement n’était possible que s’il restait encore un texte, or la suppression de l’article unique a fait qu’il n’y avait plus de texte, donc plus lieu de délibérer.
Catherine Tasca qui dirigeait la séance est restée prudente : « Le vote est acquis, mais je ne suis pas habilitée à déterminer si l’on a voté sur un amendement ou sur l’ensemble du texte. C’est au Sénat de décider. ».
Les sénateurs socialistes mirent alors la pression en menaçant de quitter l’hémicycle si une seconde délibération était décidée. Afin de déterminer l’issue de ce vote, Catherine Tasca décida de deux suspensions de séance d’un total de deux heures vingt.
Le rejet du projet de loi confirmé
En reprenant la séance à 22 heures 45, Catherine Tasca a finalement donné raison à l’opposition : « J’ai beaucoup réfléchi depuis que nous nous sommes séparés. J’ai constaté que de multiples interprétations étaient données de la situation assez particulière que nous vivons. Dans notre assemblée, la présidence a sa responsabilité. Je prends donc mes responsabilités et considère que l’adoption de l’amendement n°24 de suppression, mis aux voix par scrutin public à la demande du groupe UMP, a, de fait, abouti au rejet de l’ensemble du texte. En conséquence, je lève la séance. ».
Les sénateurs de la majorité ont violemment protesté (« coup de force » ; « tricherie organisée » ; « c’est honteux ! », « abus de pouvoir », « quel mépris ! » etc.). De nombreuses personnalités de la majorité ont continuer les protestations jusqu’à la mi-journée du lendemain.
La conférence des présidents du Sénat (qui statue sur l’ordre du jour de ses séances) a finalement approuvé le 15 décembre 2009 la décision de Catherine Tasca, donnant tort au gouvernement et aux responsables de l’UMP. En l’approuvant, la conférence des présidents (la majorité y est majoritaire) a ainsi préféré soutenir l’une de ses élus plutôt que de la désavouer. Catherine Tasca a d’ailleurs fait preuve de fermeté, calme et bonne connaissance de la procédure parlementaire.
Indépendance à l’arraché
Par cette confirmation du rejet du texte, le Sénat montre une nouvelle fois son indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif, ce qui était aussi l’un des buts de la réforme des institutions (même si, ici, la procédure n’avait pas été changée par cette réforme).
Le Ministre des Relations avec le Parlement Henri de Raincourt a jeté l’éponge sur ce vote, en déclarant : « L’affaire est close aujourd’hui au Sénat. Le gouvernement n’a pas à s’immiscer. ». II faut rappeler qu’Henri de Raincourt est avant tout un ancien sénateur (avant son entrée au gouvernement le 23 juin 2009) et a présidé lui-même le groupe UMP du Sénat. Il garde certainement dans son esprit une réelle solidarité avec ses anciens collègues qu’il retrouvera sans doute après son départ du gouvernement.
Concrètement, ce “couac”n’aura pas une grande conséquence législative. Le projet d’Alain Marleix repassera probablement en janvier 2010 en seconde lecture devant l’Assemblée Nationale qui l’avait adopté le 20 octobre 2009. Comme ce projet de loi concerne les prochaines élections législatives qui auront lieu en juin 2012, cet retard parlementaire n’aura aucune incidence sinon une mauvaise image.
Pendant ce temps, à Strasbourg…
Cette dernière, députée européenne, très lassée par sa présence en séance au Parlement européen, a laissé entendre qu’elle devait rester présente dans l’hémicycle car son absence se verrait lors des votes : « Je suis obligée de rester là, de faire la maligne, parce qu’il y a un peu de presse et, d’autre part, il y a l’élection de Barroso. (…) Quand tu es à Strasbourg, on voit si tu votes ou pas. Sinon, ça veut dire que tu n’es pas là… ».
De là à faire des comparaisons entre les procédures parlementaires européennes et les procédures parlementaires françaises… (alors que les députés français ont déjà protesté contre les mesures prises pour réduire leur absentéisme).
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Le grand emprunt va servir aux investissements de l’avenir. Un projet ambitieux et une vision à long terme.
Au cours de sa conférence de presse du 14 décembre 2009, le Président de la République Nicolas Sarkozy a indiqué en détails les objectifs du grand emprunt de 35 milliards d’euros qu’il a lancé lors de son discours au Parlement réuni en Congrès du 22 juin 2009.
Une rupture et une vision
Dans les grandes lignes issues de la commission coprésidée par Alain Juppé et Michel Rocard, les objectifs vont dans la bonne direction et d’ailleurs, l’opposition ne s’y trompe pas puisqu’elle ne focalise ses critiques que sur la manière de financer l’emprunt, pas sur sa destination.
Comme Nicolas Sarkozy l’a expliqué, ce plan (qui n’est pas un plan de relance et qui est indépendant du traitement de la crise) est une véritable rupture pour préparer l’avenir de la France pour les décennies prochaines. Il l’a comparé au début des années 1960 avec le programme nucléaire et au début des années 1970 avec d’autres programmes technologiques comme le TGV. Il y a bien eu une tentative de lancement d’une grande politique industrielle à la fin de la Présidence de Jacques Chirac mais la mise en place de pôles de compétitivité, si cela allait dans le bon sens pour valoriser les ressources technologiques du pays, n’obtenaient pas les moyens au niveau des ambitions affichées.
Riche en science, pauvre en valorisation
Cela fait depuis les débuts des années 1980 que tous les acteurs de l’innovation connaissent le grand handicap de la France. Le pays compte en son sein des chercheurs d’excellence mondiale. Les nombreux succès technologiques l’ont démontré et la France se situait en 2008 au 4e rang pour l’attribution des Prix Nobel (même si ce n’est pas le premier critère, c’est quand même une reconnaissance et une visibilité). Malgré ces atouts d’excellence, le pays a du mal à transformer ses succès scientifiques en succès industriels et économiques.
À cela, il y a certainement une part de psychologie qui a trait à l’argent et à son positionnement autour de l’argent : en France, on ne dit pas le niveau de son salaire, on aime bien s’enrichir (comme partout) mais sans trop le dire vraiment, bref, l’argent est déconsidéré et souvent mis en opposition avec la connaissance, le savoir, les idées. L’argent est “sale” comme disait un prédécesseur de Nicolas Sarkozy. Ce sont évidemment des traits sans doute trop caricaturaux et qui ne prennent pas en compte les lentes évolutions sociologiques, cependant, j’ai pu m’en rendre compte quand j’ai mené un projet de recherche avec une collaboration entre public et privé, et le privé était même semi-privé puisqu’il s’agissait d’une entreprise publique. Le fait même de faire cofinancer le projet par des sources privées rendait le projet suspect intellectuellement pour certains éminents chercheurs. Le problème, c’est que les projets nécessitent en général des investissements lourds que seul le privé est capable de financer.
Concrètement, cette fausse opposition entre savoir et argent a une incidence catastrophique sur le pays en termes économique et social : la valorisation est très difficile à émerger, à savoir, le passage entre la découverte dans un laboratoire (qui n’apporte que la reconnaissance scientifique à ses auteurs) et la fabrication d’un produit d’application et sa vente avec profit (qui apporte salaire aux employés, richesse aux fournisseurs et valeur ajoutée aux clients, taxes et impôts à l’État). Le mot “profit” fait encore frémir beaucoup de Français alors que seul le profit d’une entreprise lui permet d’investir et de préparer d’autres activités qui elles-mêmes feront des emplois.
Quelques signes montrent cette difficulté à la valorisation. C’est par exemple l’absence de réflexe du brevet. Quand il n’y a qu’un ingénieur de propriété intellectuelle dans un site de 20 000 chercheurs de haut niveau, c’est normal que plusieurs milliers de brevets potentiels ne soient pas déposés chaque année par manque de moyen. Sans brevet, inutile de vouloir faire de la valorisation industrielle. Et un brevet coûte très cher car pour être utile, il doit s’étendre internationalement.
Un autre signe, c’est la capacité d’un chercheur public (université ou institut de recherche) à créer une entreprise. Au Canada et aux États-Unis, en général, le professeur d’université et directeur d’équipe de recherche est en même temps patron de son entreprise qui valorise les travaux de son équipe. L’intérêt, c’est qu’il trouve sans trop de problème un emploi à tous ses doctorants, chose quasi-impossible en France car le monde de la recherche est très différent du monde des entreprises (c’est surtout une question de mentalités qui évoluent heureusement, notamment grâce à l’apport des Doctoriales initiées par l’Association Bernard Grégory (ABG) et le Ministère de la Défense, qui chaque année réunissent en séminaire des doctorants sur le thème industriel, et à celui de certaines écoles doctorales, comme à Chimie Paris par exemple, qui incluent dans leur cursus des conférences sur la valorisation industrielle).
Des pouvoirs publics déjà sensibilisés
Les pouvoirs publics sont loin d’être restés aveugles face à ces défis majeurs : de très bonnes initiatives ont eu lieu depuis plus de dix ans pour favoriser l’innovation technologique et les ponts entre recherche publique et monde économique.
Contrairement à ce qu’on peut croire, des institutions qu’on pourrait croire ringardes sont parfois à la pointe de cet esprit. Le Sénat par exemple a été l’inspirateur de manifestations comme “Tremplin Entreprises” ou d’autres rencontres très utiles pour la valorisation et l’innovation. Des collectivités locales (souvent les conseils régionaux) proposent également des aides à l’innovation dont les crédits sont généralement votés par l’ensemble des élus hors des clivages politiques.
Mais jusqu’à maintenant, l’État n’avait soutenu aucune politique très volontariste dans ce domaine (en terme de moyens) malgré quelques avancées très positives depuis 1998 (comme la création des incubateurs publics et la possibilité pour un chercheur de faire de l’essaimage sans perdre son poste).
Les cibles du grand emprunt
Je ne détaille pas les différents sujets qui seront financés par le grand emprunt (voir le document à télécharger). La plupart ont trait à la recherche, à l’université et aux entreprises de valorisation.
Une philosophie à laquelle j’adhère mais qui peut être contestable est de diminuer les cibles de financements et de leur attribuer le maximum de moyens pour soutenir une grande ambition (Nicolas Sarkozy me paraît toutefois un peu trop ambitieux et nationaliste lorsqu’il veut « la meilleure université du monde », le monde de la recherche est désormais international et les découvertes se trouvent souvent dans le cadre de programmes de coopération multinationale). C’est une philosophie qui va à l’encontre du saupoudrage. Le saupoudrage a l’avantage de ne défavoriser aucune entité. Mais il ne permet pas l’excellence.
Nicolas Sarkozy évoque ainsi une petite dizaine d’universités (seulement donc) qui recevront chacune 1 milliard d’euros comme fonds propres. À elles de le gérer, d’en avoir des produits financiers. En contrepartie, la gestion devra être autonome (accepter l’autonomie de la loi Pécresse de 2008) et accepter les coopérations avec les entreprises. C’est du “donnant-donnant”.
Parmi les campus favorisés, il y aura celui de Saclay qui aura 1 milliard d’euros immédiatement afin de regrouper les grandes écoles d’ingénieurs de Paristech, Centrale, Normale Sup. Cachan, et Paris-11 (actuellement à Orsay), près de Polytechnique, Supélec, HEC, le synchrotron Soleil, le CEA (au sigle duquel seront rajoutées les “énergies alternatives”)… qui sont déjà sur le plateau de Saclay.
Il parle aussi de choisir les 5 meilleurs CHU pour en faire de grands instituts mondiaux de la recherche médicale sous l’appellation IHU, instituts hospitalo-universitaires, et de leur attribuer une dotation de 850 millions d’euros.
Il y aura forcément des “crissements” de dents au moment des choix définitifs. Certaines entités ne font pas de doute, mais beaucoup d’autres seront à la limite entre être choisie et ne pas l’être et le choix aura forcément une incidence importante dans l’aménagement du territoire.
Parmi les annonces bienvenues, 3,5 milliards d’euros sont prévus pour la valorisation avec notamment une enveloppe pour accroître le portefeuille de brevets. C’est un pas décisif de compétitivité et de valorisation de travaux scientifiques. Pour encourager la création d’entreprises de valorisation au sein de grands pôles d’excellence, 1 milliards d’euros (parmi les 3,5 milliards évoqués) seront investis dans ces sociétés choisies après un appel à projets organisé par un fonds national de valorisation qui sera créé.
Les thèmes favorisés sont assez consensuels (à part le nucléaire contesté par Noël Mamère) :
- 2,5 milliards d’euros pour la santé : la recherche contre le cancer, contre les maladies génétiques, contre Alzheimer et contre le sida.
- 1 milliard d’euros pour les transports terrestres et maritimes, les industries automobile, ferroviaire et navale.
- 2 milliards d’euros pour l’aéronautique et le spatial.
- 1 milliard d’euros pour la 4e génération des centrales nucléaires.
- 2,5 milliards d’euros pour les énergies renouvelables.
Par ailleurs, 1 milliard d’euros ont été crédités pour les conclusions des futurs états-généraux de l’Industrie.
Autre décision que j’approuve pour en avoir fait état au début des années 1990, c’est de prévoir 750 millions d’euros pour la numérisation de tout la patrimoine culturel dont les supports actuels se détruisent par l’effet du temps. Nicolas Sarkozy a d’ailleurs glissé une parenthèse en disant que cette sauvegarde numérique faisait aussi partie de l’identité nationale.
Nicolas Sarkozy a choisi aussi de favoriser la cohésion sociale en prévoyant 500 millions d’euros pour l’égalité des chances dans la formation, 500 millions d’euros pour l’apprentissage (rénovation du parc des équipements, internats d’excellence etc.), 500 millions d’euros pour la rénovation thermique des logements privés abritant des ménages aux revenus modestes et 2 milliards d’euros pour développer les infrastructures de très haut débit Internet, c’est-à-dire de plus de 50 mégabits par seconde, (à raison de 1 euro public pour 2 euros privés investis) avec pour objectif une couverture de 70% de la population d’ici 2020.
Selon les experts, le grand emprunt de 35 milliards d’euros entraînerait sur ses sillons 25 autres milliards d’euros d’investissement issus du secteur privé et des collectivités locales.
En résumé, le grand emprunt, s’il est bien mis en place, va apporter de nombreuses ressources pour consolider le fort potentiel national et le valoriser pour la décennie à venir.
Modalités pratiques
Les modalités pratiques du grand emprunt qui sont son financement et son exécution vont être déterminantes.
Le financement a été choisi pour minimiser les coûts financiers et éviter d’accroître la dette publique. L’État fera appel aux marchés financiers pour 22 milliards d’euros (les 13 milliards restants étant pris sur les remboursements de l’aide à la crise des banques).
Cela signifie qu’il ne sera pas fait appel au public. Pour ma part, c’est peut-être dommage car pour ce type d’emprunt, le taux d’intérêt n’entre pas seulement en ligne de compte, il y a aussi un côté “patriotique” et “civique” qui aurait pu jouer. Le récent emprunt d’EDF, pas forcément intéressant en terme financier, a été un succès pour cette raison (surtout exprimée par les personnes âgées fidèles aux “valeurs sûres” que sont l’État et les grandes entreprises publiques).
L’exécution est confiée à René Ricol nommé commissaire général de l’emprunt et un comité de surveillance composé de parlementaires entre autres et coprésidé par Alain Juppé et Michel Rocard veillera à la suite donnée aux investissements.
Le service après-vente du grand emprunt
Si sa diction paraissait un peu tendue (je pense que ce grand emprunt est l’un des éléments clefs du quinquennat), Nicolas Sarkozy était cependant très à l’aise avec les chiffres en jonglant facilement avec les milliards, aussi bien que dans une conférence de presse d’un de ses prédécesseurs sur un même sujet à l’époque, Valéry Giscard d’Estaing, avec une argumentation qui est connue depuis très longtemps mais jamais vraiment suivie de volonté politique. Les données apportées ont souvent été des comparaisons avec les pays anglo-saxons, ce qui est justifié par la globalisation des échanges qui nécessite une harmonisation des moyens pour rester dans la “course” à l’innovation.
Le fait d’avoir associé Michel Rocard et Alain Juppé, deux personnalités indépendantes, avec grande expérience des affaires, et ne portant pas vraiment Nicolas Sarkozy dans leur cœur, a l’avantage de faire de ce grand emprunt un acte national détaché de toutes arrière-pensées politiciennes.
Il est à parier que si ce grand plan porte ses fruits, Nicolas Sarkozy ne pourra se les attribuer qu’après sa Présidence, et donc, hors de des préoccupations électorales (ne pouvant se représenter qu’en 2012, la réforme des institutions lui empêchant un troisième mandat en 2017, ce grand emprunt n’aura pas d’incidence direct sur 2012 même s’il donne à la seconde moitié de son quinquennat une tonalité particulière).
Long terme
Pour la première fois depuis juin 1982 et le début de la “rigueur” menée par François Mitterrand et Jacques Delors, l’État a montré enfin une véritable vision sur du long terme.
Je ne peux dire que bravo et applaudir.
Pour aller plus loin :
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Ne vous y trompez pas : les hésitations naturelles ne doivent pas faire oublier quelques fondamentaux… comme sauver des vies humaines.
Agoravox serait-il la dernière “terre de liberté” ? Celle où la vaccination serait une hérésie de la médecine, où les virus n’auraient jamais existé, où les Américains auraient eux-mêmes commandité les attentats du 11 septembre 2001, où ces mêmes Américains ne seraient jamais allés sur la Lune, où les extraterrestres s’amuseraient à faire des ronds dans les champs terriens, où le réchauffement climatique ne serait plus qu’un mauvais rêve (l’hiver arrive), et où même le mouvement perpétuel serait permis, trahissant certes le second principe de thermodynamique mais proposant enfin des solutions définitives aux problèmes énergétiques de la planète ?
Revenons sur terre. Sur la vraie Terre.
Valérie M., (jeune) femme vivant en région parisienne et ayant atteint 45 ans en juillet 2009 revenait d’un voyage au sein de l’Union européenne. Elle a été atteinte du virus de la grippe A. Elle n’avait aucun antécédent, elle était en bonne santé, portait même une attention soutenue à l’harmonie de son corps. Elle décéda cependant trois ou quatre jours après le début de la maladie, le 24 novembre 2009. Ses funérailles ont eu lieu le lundi qui suivait.
Un cas qui m’a touché personnellement, un cas, un seul à ma connaissance, mais un quand même. J’ai aussi le cas de cet ami qui a été malade pendant une semaine de cette même grippe A, presque heureux de pouvoir s’arrêter de travailler car un peu surmené, et qui en est sorti quasiment sans problème. Un cas heureux, celui-là.
Et chacun pourrait citer d’autres cas, d’autres contre-cas, des pour, des contre…
Sans aucun facteur de risque
Pourtant, moi aussi j’avais des hésitations. Ou, plus exactement, car je n’ai jamais eu de doute sur l’efficacité et l’innocuité des vaccins (nous ne sommes plus au temps de Molière), je ne me sentais pas vraiment concerné par la grippe A. Je me sentais en bonne santé (et je savoure cette sublime chance) et donc, je me disais que je n’étais ni fragile, ni avec des antécédents, ni une “personne à risque”.
Mais la grippe A découvre quelque chose de nouveau : il commence à y avoir beaucoup de personnes en bonne santé qui en meurent. Ni fragiles, ni malades, ni rien du tout.
Si on avance les statistiques, on pourra toujours faire un sinistre calcul d’apothicaire. Le mari de Valérie M. s’en moque bien des statistiques prétendument faibles. Lui, il sait que la grippe A n’est pas une “grippette“.
Au dernier bulletin officiel de l’Institut de veille sanitaire (INVS) daté du 8 décembre 2009 (à télécharger ici), en France, 630 cas graves ont été décomptés depuis le début de l’épidémie, dont 62 pour la seule semaine du 30 novembre au 6 décembre. En tout, on déplore 126 décès dont une forte hausse depuis le 2 novembre et ce fut la semaine du 23 au 29 novembre qui eut le plus fort pic (33 décès en données provisoires).
Ces 126 décès touchent un peu plus les hommes que les femmes (58%/42%), principalement les personnes âgées entre 15 et 64 ans (69%), et 20 personnes décédées n’avaient aucun facteur de risque.
Les 630 cas graves concernent autant les hommes que les femmes (50%/50%), surtout les personnes âgées entre 15 et 64 ans (72%), pour 134 d’entres eux (21%), des personnes sans aucun facteur de risque.
Les principaux facteurs de risque sont une pathologie respiratoire chronique (comme l’asthme), une grossesse, un déficit immunitaire, un diabète, une obésité morbide et une insuffisance cardiaque.
En tout, pour la semaine du 30 novembre au 6 décembre, 851 000 consultations pour infections respiratoires aiguës liées à la grippe A ont été estimées par le Réseau des Grog. Depuis la mi-septembre, il y a un peu plus de 4 millions de consultations liées à la grippe A en France.
Par ailleurs, sa forte capacité à se propager encourage les mutations du virus (2 cas signalés en France pour l’instant, des dizaines d’autres cas à l’étranger). Le bulletin précise : « Cet événement [les deux cas de mutations] pourrait augmenter la capacité du virus à atteindre les voies respiratoires basses. L’efficacité des vaccins actuellement disponibles n’est pas remise en cause. ».
Quelques questions
Il est vrai que les fausses informations, les mensonges, les intox, les hoax, la mauvaise foi, l’ignorance sincère se sont multipliés sur Internet depuis quelques mois.
Parmi les principales réfutations, il y a un mythe, celui du vaccin. Le vaccin ne serait pas efficace et pire, serait mauvais.
Pour cela, il vaut mieux lire le dernier bulletin du suivi de pharmacovigilance des vaccins grippaux A (H1N1) de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé pour la période du 21 octobre au 29 novembre 2009 (à télécharger ici). Celui-ci ne comptabilise pour un million environ de personnes vaccinées au 29 novembre qu’un seul décès considéré sans lien de causalité avec le vaccin (mort naturelle) et 16 cas graves pour le vaccin avec adjuvant (Pandemrix).
Parmi les argumentations toujours sans source digne de foi, il y a le fait que le vaccin (en fait, précisons que les centres de vaccination proposent quatre vaccins différents en fonction des cas individuels) aurait été développé trop rapidement. À ma connaissance, tous les tests cliniques ont été réalisés dans les règles de l’art, seule la procédure administrative pour donner l’agrément de l’État a été accélérée (ce qui n’a rien à voir avec l’efficacité du vaccin mais plutôt avec l’efficacité des services de l’État). Ce type de vaccin est lui-même peu original et est connu depuis longtemps.
L’inquiétude pourrait redoubler si on évoquait un supposé accord de non-responsabilité des fabricants de ce vaccin. Je n’ai pas lu le texte d’un tel contrat, si jamais il existe (mais admettons), mais dans tous les cas, rappelons que la France (et bien d’autres pays avec elle) est un État de droit et même l’État n’a pas le droit d’éviter des poursuites en pénal. La responsabilité pénale est du ressort du seul juge. Il serait facile d’imaginer qu’un individu attesterait sur contrat à un tueur à gage qu’il ne le poursuivrait pas en cas d’assassinat d’un de ses proches. Même si l’individu était un représentant de l’État (agissant en tant que tel), cela n’empêcherait nullement ce tueur à gage de répondre de ses actes devant une cour d’assise.
L’argument de non-responsabilité des fabricants de vaccin est d’autant plus ridicule juridiquement qu’il l’est encore plus en terme publicitaire, une “mauvaise affaire” faisant une très mauvaise publicité et pouvant atteindre la crédibilité scientifique de l’entreprise qui serait mise en cause (ce qui n’exclut en rien erreur, négligence, incompétence, comme dans tout domaine, y compris médical).
Ensuite, il y a aussi des arguments un peu plus “techniques”. Comme le fait que les fabricants de vaccins en profitent déjà pour les vaccins contre la grippe saisonnière qui doivent se faire chaque année (donc ne seraient pas vraiment efficaces). Sauf que chaque année, le type de virus est différent et le vaccin saisonnier est préparé en fonction du virus qui devrait être présent dans les mois qui suivent.
Autre argument un peu du même type sur la grippe A : d’une part, si le virus (H1N1) 2009 mutait, le vaccin ne serait plus efficace (pour l’instant, le dernier bulletin précise explicitement le contraire, voir plus haut), d’autre part (je le répète), les mutations ne sont pas le fruit d’une force obscure et réfléchie. Ce ne sont que le résultat aléatoire d’erreurs dans les combinaisons au cours de la duplication (c’est le principe de la théorie de l’évolution, rappel sur le cœlacanthe ici). Or, le nombre d’erreurs (donc le risque de mutations) est proportionnel au nombre de virus qui se propagent. D’où l’intérêt global de réduire au maximum la pandémie (même si celle-ci n’était qu’une “grippette“, ce qui n’est pas le cas) pour réduire au maximum le risque de mutations.Arguments personnels
Et puis, voici quelques arguments pour se faire vacciner, qui sont certes subjectifs mais qui me paraissent remettre quelques pendules à l’heure.
Je me moque de faire profiter l’industrie pharmaceutique en me faisant vacciner. C’est son but, comme le but de toute entreprise. Quand j’ai mal à la tête, je ne m’empêche pas de prendre de l’aspirine sous prétexte que je ne veux pas apporter de profits au fabricant d’aspirines. Au même titre, je ne vais pas me restreindre dans mes déplacements automobiles sous prétexte que je ne veux plus enrichir les compagnies pétrolières. Et plus généralement, je ne vais pas arrêter de consommer sous prétexte que dans toute la chaîne, je vais enrichir ceux qui m’apporteraient une réponse à mes besoins. C’est tout le système économique, y compris les emplois dans le secteur privé, qui est basé sur le profit et la rentabilité.
Au même titre que je me moque des conséquences économiques, je me moque de réfléchir à des considérations politiciennes lorsqu’il s’agit de vaccination. Que ce soit récupéré par les uns ou les autres est assez ridicule. On ne refuse pas de se faire vacciner parce qu’on est dans l’opposition. Au même titre que les soutiens de la majorité ne vont pas se faire vacciner par loyauté politique. À moins d’avoir une sérieuse couche de bêtise (je suis prêt à qualifier autrement). Hier, le gouvernement a été critiqué pour avoir prétendument dramatisé la grippe A. Aujourd’hui (il suffit d’aller dans les centres de vaccination), le gouvernement serait plutôt critiqué pour le contraire, pour ne pas avoir suffisamment bien organisé pour faire vacciner sans trop d’attente. Dans tous les cas, le gouvernement aurait été critiqué, d’en avoir trop fait ou pas assez. C’est l’ingratitude du pouvoir (il n’y a pas que les honneurs, il y a aussi les responsabilités et l’intérêt général).
Sur cette question de santé publique, le gouvernement a agi avec anticipation sur un danger réel. Qu’il ait été surévalué est un bien pour la population (ridicule de lire que plus il y aurait de décès, plus la Ministre de la Santé serait contente, ridicule à vomir). Il a aussi été aidé par la préparation du dispositif contre la grippe aviaire (la question d’une pandémie date de plus de trois ans, et toutes les entreprises ont été sensibilisées pour définir des plans d’action en cas de crise).
En revanche, je me moque beaucoup moins des hésitations de la population, ayant moi-même hésité sur l’attitude à avoir à ce sujet. Ces hésitations sont respectables vu le nombre d’informations contradictoires qui sont véhiculées. Le manque de confiance est relativement explicable par le doute de l’autorité médicale qui fait foi, à savoir les médecins généralistes libéraux. Beaucoup d’entre eux ont exprimé des sentiments très variés à propos du vaccin contre la grippe A. Il est vrai que pour des raisons qui pourraient être discutables, le gouvernement a choisi de ne pas impliquer la médecine libérale dans un premier temps (ce qui serait une erreur à mon avis) en confiant la tâche à des centres de vaccination spécialement organisés pour cela (notons au passage que dans ces centres, les patients ont systématiquement une consultation avec un médecin avant de se faire vacciner). L’expérience connue de Stanley Milgram concernant la soumission à l’autorité (popularisée par le film “I comme Icare”) a montré que si l’autorité doute, il n’y a plus obéissance mais interrogation, ce qui, en soi, est rassurant (la conclusion générale de l’expérience n’est, elle, pas du tout rassurante).
Pour compenser cette perte du lien de confiance, les autorités françaises auraient-elles forcé la dose sur le danger de la grippe A ? Je suis bien incapable de répondre à cette question, seul le recul de plusieurs années pourra le dire, mais il est sûr qu’il vaut mieux prévenir trop que pas assez.
Faites-vous vacciner !
Alors, protégez-vous, protégez vos enfants, vos proches. Allez vous faire vacciner si ce n’est pas déjà fait. Le nombre de cas mortels sur des personnes sans aucun facteur à risque commence à croître de façon inquiétante.
N’hésitez plus. N’écoutez pas les oiseaux de malheur qui parlent de machination (d’une ampleur mondiale, imaginez son organisation avec autant de complices !), qui évoquent un conditionnement des esprits, qui qualifient cette grippe A de “grippette” quand elle TUE.
Pensez d’abord à vous et aux vôtres. Chaque décès de cette grippe A aurait pu être évité si tout le monde avait été vacciné.
Ne tombez pas dans l’obscurantisme antiscientifique, dans la contestation systématique des autorités institutionnelles. Profitez de la médecine actuelle.
Bref, soyons responsables.
L’enjeu est important ; il s’agit de vies humaines.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (14 décembre 2009)
Pour aller plus loin :
Pour en savoir plus sur la vaccination contre la grippe A.
Derniers communiqués officiels à télécharger en .pdf (8 décembre 2009).
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Comprendre le centrisme dans la France de décembre 2009 est un test intellectuel très difficile. Pas sûr que l’électeur puisse s’y retrouver dans les nouvelles chapelles créées à la suite du tremblement de terre du 21 avril 2002 et de l’élection de Nicolas Sarkozy du 6 mai 2007.
En quelques semaines, voici que se complique la guerre de positions à laquelle la famille centriste anciennement réunie sous la bannière de l’UDF participe de manière très feutrée.
Guerre de positions
La dernière information du centre vient de… l’UMP. L’ancien ministre giscardien Hervé de Charette a annoncé le mardi 8 décembre 2009 sur RTL qu’il quittait l’UMP, dans laquelle il n’était plus à l’aise, pour rejoindre les troupes du Nouveau centre. Hervé de Charette a un petit intérêt par rapport à d’autres : malin, il avait déposé à l’INPI la marque de l’UDF en 2004.
Entre temps, empêtré dans un isolement de plus en plus pesant, lors du congrès du MoDem à Arras le week-end dernier, son président François Bayrou réaffirmait son opposition à une alliance avec les socialistes et cherchait à séduire de nouveau les sympathisants du centre droit déçu par le sarkozysme.
Cinq mois auparavant, le 27 juin 2009, le sénateur centriste Jean Arthuis, ancien ministre d’Alain Juppé, transformait son association “Rassembler les centristes” qu’il avait créée le 16 juillet 2008 à la suite de sa démission du MoDem après les municipales de mars 2008 en parti politique sous l’appellation “Alliance centriste“. Jean Arthuis n’a pour l’instant aucune intention d’adhérer au Nouveau centre.
De son côté, Pierre Méhaignerie, ancien ministre balladurien et figure historique du centrisme breton, réunissait ses troupes le 9 décembre 2009 pour savoir quoi faire encore au sein de l’UMP et refusait déjà d’envisager le label UDF à un Nouvel centre qu’il subodorerait un peu trop libéral et pas assez démocrate-chrétien.
Reparlons de l’UDF
En décembre 2007, il y a deux ans, j’exprimais mes regrets de la mort de l’UDF décidée à l’occasion du congrès fondateur du MoDem.
Rappelons en quelques lignes ce qu’était l’UDF.
Le 1er février 1978, juste avant les élections législatives, pour contrebalancer le RPR de Jacques Chirac en guérilla interne au sein de la majorité, l’UDF est créée sur l’insistance du Président Valéry Giscard d’Estaing sous forme d’une confédération de partis politiques (qui gardent donc leur existence légale) : les républicains indépendants de Michel Poniatowski, le Centre des démocrates sociaux de Jean Lecanuet (qui devient président de l’UDF jusqu’au 30 juin 1988) et les radicaux valoisiens de Jean-Jacques Servan-Schreiber.
Les RI deviennent par la suite Parti républicain (dirigé à partir de 1982 par François Léotard puis Gérard Longuet) puis à partir du 24 juin 1997, Démocratie libérale (dirigée par Alain Madelin élu contre Gilles de Robien).
Le CDS est dirigé par Jean Lecanuet, puis à partir de 1982 par Pierre Méhaignerie jusqu’au congrès de Vincennes en décembre 1994 où lui succède François Bayrou. Il devient Force démocrate le 25 novembre 1995 à Lyon.
Après la “décennie JJSS”, le Parti radical valoisien est dirigé par les trois personnalités Didier Bariani, André Rossinot et Yves Galland pendant une vingtaine d’années.
Parallèlement à ces trois partis politiques, des “groupuscules” se sont agglomérés à l’UDF avec leur existence propre : le Parti social-démocrate d’André Santini (qui a fusionné avec le CDS en 1995 pour former Force démocrate) qui représente les socialistes qui ont refusé le programme commun et l’alliance avec les communistes, les clubs giscardiens Perspectives et Réalités transformés le 1er juillet 1995 en Parti populaire pour la démocratie française (présidé par Hervé de Charette qui le transforme le 25 avril 2002 en “Convention démocrate” au sein de l’UMP), et les adhérents directs de l’UDF repris par Charles Millon (ancien du Parti républicain) au début des années 1990.
Le 31 mars 1996, une alliance entre François Bayrou et François Léotard permet à ce dernier de prendre la succession de Valéry Giscard d’Estaing à la présidence de l’UDF, en s’opposant à la candidature d’Alain Madelin.
En mars 1998, le coup de tonnerre des alliances dans certaines régions de membres de Démocratie libérale avec le Front national fait quitter Démocratie libérale de l’UDF qui se choisit comme nouveau président François Bayrou dès le 17 septembre 1998. Notons qu’à cette époque, les repères sont flous : anciens du PR, François Léotard, Gérard Longuet, Alain Lamassoure et Gille de Robien restent dans l’UDF de François Bayrou alors qu’ancien du CDS, Claude Goasguen rejoint Alain Madelin à Démocratie libérale.
À la différence de son fonctionnement antérieur, l’UDF devient à partir de 1998 un réel parti politique, avec fusion des structures initiales dans un seul et même parti. Seul le Parti radical valoisien obtient exceptionnellement le maintien d’une existence propre (qu’il obtient également au sein de la future UMP).
Le tremblement de terre politique du 21 avril 2002 qui voit Jean-Marie Le Pen qualifié pour le second tour de l’élection présidentielle est l’occasion en or saisie par Alain Juppé et Jacques Chirac dès le 23 avril 2002 pour unifier définitivement les deux partis de la majorité présidentielle, l’UDF et le RPR, en une Union pour la majorité présidentielle qui se transforme quelques mois plus tard, le 17 novembre 2002 au Bourget, en Union pour un mouvement populaire, reprenant la sémantique européenne du Parti populaire européen dans lequel elle se situe.
Cette idée de fusionner la droite républicaine et le centre est vieille de plus d’une décennie puisqu’elle prend naissance avec l’initiative des “rénovateurs” en avril 1989. En 2002, Nicolas Sarkozy y est hostile mais ne fait rien contre l’initiative.
L’opération fonctionne mieux que prévu puisque la plupart des UDF historiques rejoignent l’UMP : Philippe Douste-Blazy (qui est l’un des acteurs du ralliement et devient secrétaire général aux côtés d’Alain Juppé président), Pierre Méhaignerie, Jacques Barrot, Valéry Giscard d’Estaing, René Monory, François Léotard, Gérard Longuet, André Rossinot, Adrien Zeller, Hervé de Charette, etc.
François Bayrou, quelques rares parlementaires centristes comme Bernard Bosson (pourtant son rival au congrès de Vincennes en 1994 pour prendre la présidence du CDS) et surtout la plupart des militants et des sympathisants de l’UDF refusent cette fusion.
L’UDF résiduelle parvient quand même à préserver son groupe à l’Assemblée Nationale en juin 2002, grâce notamment à l’élection de nouveaux jeunes députés comme Jean-Christophe Lagarde (à Drancy), Nicolas Perruchot (à Blois), Rodolphe Thomas (en Normandie). Hervé Morin est élu président de ce groupe face à Maurice Leroy.
Entre 2002 et 2007, l’UDF est un parti assez étrange qui cherche difficilement son non-alignement vis-à-vis de l’UMP, refuse la participation gouvernementale tout en laissant Gilles de Robien, encore UDF, ministre, allant même à voter pour certains la censure contre le gouvernement de Dominique de Villepin. Le 29 janvier 2006, la ligne autonomiste de François Bayrou est définitivement adoptée au cours d’un congrès extraordinaire à Lyon provoqué par une demande d’explication de Gilles de Robien (qui ne vient finalement pas à Lyon).
C’est tout naturellement que l’UDF soutient la candidature de François Bayrou en avril 2007, candidature basée essentiellement sur son opposition à Nicolas Sarkozy mais des membres de l’UDF soutiennent dès le premier tour la candidature de Nicolas Sarkozy comme André Santini et Gilles de Robien.
Après son échec du premier tour (malgré un très beau score), François Bayrou annonce son intention de ne pas voter pour Nicolas Sarkozy au second tour, prenant de revers tous ses amis de centre droit. La quasi-totalité des députés UDF soutiennent Nicolas Sarkozy au second tour et sont candidats uniques de la majorité présidentielle en juin 2007 (seuls Jean Lassalle et Gilles Artigues restent fidèles à François Bayrou). Le MoDem est créé dès la fin de l’élection présidentielle le 10 mai 2007.
La scission se fait mécaniquement aux élections législatives de juin 2007 entre les partisans de la ligne traditionnelle de l’UDF d’avant 2002 (loyauté à l’alliance UDF-RPR) et la ligne autonomiste dure incarnée par François Bayrou prêt à s’allier avec la gauche, les écologistes et les socialistes pour s’opposer à Nicolas Sarkozy.
Les députés UDF réélus au sein de la majorité s’investissent dans une structure qu’ils appellent Nouveau centre (créé le 29 mai 2007) et dont l’origine constitue un talon d’Achille important. En deux ans, jamais le Nouveau centre n’a réussi à prouver sa spécificité politique, n’étant pas le plus contestataire au sein de la majorité présidentielle, ni sa capacité d’existence électorale hors de l’UMP (il n’a pas osé partir seul lors des élections européennes de 2009 et régionales de 2010, scrutins dont le mode de scrutin proportionnel facilite pourtant l’autonomie électorale).
Quant à l’UDF canal historique, le 30 novembre 2007 à Villepinte, les adhérents votent la mise en sourdine de ce parti pour une période de trois ans (jusqu’en fin 2010) pour des raisons essentiellement patrimoniales, déléguant au MoDem la responsabilité de l’action. Cette mise en coma artificiel de l’UDF est déplorée son inspirateur et ancien président Valéry Giscard d’Estaing qui remarque paradoxalement la nécessité de deux partis au sein de la majorité (alors qu’il avait encouragé et soutenu la création de l’UMP en 2002 et soutenu la candidature de Nicolas Sarkozy).
Point de vue politique
Sur le plan des positions politiques et des stratégies politiques, le Nouveau centre pourrait avoir la pertinence de se revendiquer de l’UDF, à savoir, étant un parti de centre droit associé au grand parti majoritaire d’essence gaulliste au pouvoir et participant de ce fait au gouvernement.
Objection 1 : C’était valable pour la période d’avant 2002. Or à partir de 2002, la ligne autonomiste a été de plus en plus développée jusqu’à un refus de gouverner avec l’UMP.
Objection 2 : Beaucoup de personnalités qui représentaient l’UDF (historiquement, politiquement, philosophiquement, moralement) ont décidé d’adhérer à l’UMP en 2002, faisant valoir que l’UMP n’était pas seulement la continuation du RPR mais également celle de l’UDF. Par conséquent, le Nouveau centre n’aurait pas plus de pertinence à vouloir reprendre le sigle UDF que l’UMP elle-même.
Point de vue du droit des associations
Le droit des associations donne évidemment raison à François Bayrou et au MoDem sur l’utilisation de l’UDF. Le 30 novembre 2007, la plupart des dirigeants du Nouveau centre avaient déjà quitté l’UDF et n’ont donc pas pu prendre part au vote confiant le destin de l’UDF au MoDem.
La résolution finale adoptée le 30 novembre 2007 à Villepinte est assez claire : « L’UDF, formation politique au titre de l’article 4 de la Constitution, est membre fondateur du Mouvement démocrate auquel elle adhère pour une période transitoire de trois ans, en tant que personne morale. À dater du 1er décembre 2007, tout adhérent de l’UDF est adhérent du Mouvement démocrate. L’UDF délègue aux instances du Mouvement démocrate la responsabilité de l’action et de l’expression communes. Les autres instances nationales et locales de l’UDF s’intègrent aux instances correspondantes du Mouvement démocrate. Pendant cette période transitoire, les intérêts juridiques, matériels, moraux, les idées et les valeurs de l’UDF seront garantis et administrés par un bureau de vingt à trente membres désignés par le congrès, sur proposition du Président dont le mandat est prorogé. ».
Notons qu’il existe donc toujours un bureau de l’UDF, désigné le 30 novembre 2007 et composé de 26 membres dont sept ont quitté le MoDem (dont Jean Arthuis) et un s’est mis en congé du MoDem (le ministre Michel Mercier, toujours adhérent au MoDem, une situation aussi floue que celle de Gille de Robien entre 2002 et 2007).
Aucune objection de ce point de vue, seul le bureau de l’UDF pourrait faire changer les choses mais ceux qui ont quitté le MoDem sont-ils juridiquement toujours membres du bureau de l’UDF ? Le lien entre l’UDF et le MoDem est-il une équivalence ou seulement une implication ?
Point de vue du droit de la propriété intellectuelle
Assez malin dans sa démarche, Hervé de Charette a déposé à l’Institut National de la Propriété Intellectuelle (INPI) le sigle UDF, Union pour la démocratie française, le 8 mars 2004 (publié le 16 avril 2004) en tant que représentant de sa Convention démocrate (amusant de voir que son site Internet rassemble de vagues informations sur le MoDem, l’UDF, le Nouveau Centre et l’Union centriste et propose entres autres des liens publicitaires sur François Bayrou !).
L’enregistrement de la marque se fait pour une période de dix ans renouvelable. Hervé de Charette devrait donc pouvoir disposer de la marque UDF jusqu’en 2014 et a déjà fait savoir le 8 décembre 2009 qu’il ne s’opposerait pas à son utilisation par le Nouveau centre.
Objection 1 : Le dépôt de la marque et son enregistrement par l’INPI ne préjugent pas de sa pertinence légale. En 2004, Hervé de Charette n’était plus membre de l’UDF puisque membre de l’UMP, ne représentait donc plus l’UDF, ni sa Convention démocrate ne représentait l’UDF puisqu’elle aussi adhérente à l’UMP. Seul le bureau national de l’UDF pouvait agir au nom de l’UDF. Cet enregistrement de la marque est donc facilement contestable devant les tribunaux.
Objection 2 : Un argument développé par Hervé Morin (utilisation d’une marque tombée en désuétude) peut au contraire s’appliquer contre lui puisqu’il ne s’agit que des marques, pas de l’existence de parti politique. Or, le dépôt par Hervé de Charette de la marque UDF en mars 2004 sans qu’il ne l’ait utilisée pendant plus de cinq ans rend également caduc son dépôt et peut donc être repris par n’importe qui voulant l’exploiter.
L’initiative d’Hervé de Charette a la même pertinence que si j’avais déposé moi-même le nom d’un grand groupe industriel qui aurait été mon employeur quelques années avant (mais plus maintenant) et qui aurait oublié de se protéger (ce qui paraît invraisemblable dans le monde économique).
La seule chose qu’on pourrait évoquer d’un point de vue juridique est la négligence des dirigeants de l’UDF depuis 1978 de ne pas avoir déposé la marque, négligence d’autant plus grande pour François Bayrou qu’il se trouvait très isolé depuis 2002 (Il avait pourtant, me semble-t-il, bien verrouillé juridiquement la création de Force démocrate en 1995).
L’UDF, un parti éclaté en chapelles
Concrètement, l’UDF d’avant 2002 a donc explosé en quatre ou cinq groupes :
1. Les membres du MoDem qui étaient UDF avant 2007.
2. Ceux qui ont choisi d’adhérer à l’UMP dès sa création en avril 2002.
3. Ceux qui ont choisi de quitter François Bayrou pour soutenir Nicolas Sarkozy en avril 2007 et qui ont créé le Nouveau centre.
4. Ceux qui refusent la stratégie de François Bayrou mais aussi d’Hervé Morin et qui tentent de réunifier les centristes en créant encore plus de division, comme Jean Arthuis et son Alliance centriste.
5. Quelques électrons libres qui ont quitté François Bayrou depuis avril 2007 (ou plus tard) et qui ne savent pas se définir dans l’état actuel du paysage politique, comme Gille de Robien (ancien maire d’Amiens), Pierre Albertini (ancien maire de Rouen), Jean-Louis Bourlanges (ancien député européen) ou encore Jean-Marie Cavada (qui a créé le 14 janvier 2008 un groupuscule sans notoriété, “Alliance citoyenne pour la démocratie en Europe”).
À l’instar d’Hervé de Charette, certains anciens UDF pourraient aussi être tentés de quitter l’UMP, mais sans savoir pour quoi faire, le Nouveau centre ne paraissant pas, pour eux, un parti vraiment construit. Parmi eux, deux personnalités importantes s’interrogent depuis longtemps, Pierre Méhaignerie et aussi Jean-Pierre Raffarin.
Une exception dans la division
Étrangement (ce sont toujours les subtilités feutrées du Sénat), seul le groupe de l’Union centriste au Sénat maintient un semblant d’unité où des sénateurs du MoDem (comme Jean-Marie Vanlerenberghe, Denis Badré, Didier Borotra, Jean-Jacques Jégou et Jacqueline Gourault) côtoient des sénateurs adhérents au Nouveau centre (comme Jean-Paul Amoudry, Pierre Fauchon, Catherine Morin-Desailly et Yves Pozzo di Borgo) ou à l’Alliance centriste (comme Jean Arthuis).
Le groupe compte 29 sénateurs (dont 9 du MoDem, 10 du NC et 7 de AC) et est présidé par Nicolas About (MoDem) depuis la nomination de son prédécesseur Michel Mercier au gouvernement le 23 juin 2009.
Ce groupe aurait pu s’agrandir en rajoutant les dix-sept membres du groupe du Rassemblement démocratique, social et européen (ancien groupe de la Gauche démocratique rassemblant tous les radicaux, valoisiens de l’UMP comme de gauche du PRG) qui avaient envisagé en décembre 2008 une fusion des deux groupes au Sénat pour s’opposer à la double suprématie de l’UMP et du PS.
Et l’avenir ?
L’important, cela reste évidemment la situation de fait et pas des arguties juridiques.
Et la situation de fait, c’est que l’UDF n’existe plus, pour deux raisons au moins : le départ des parlementaires UDF vers l’UMP en 2002 et la volonté de François Bayrou de vouloir nouer des alliances à gauche à partir de 2007.
Vouloir faire renaître politiquement l’UDF est vain et même stupide : j’ai en souvenir la tentative très grossière de Charles Pasqua de vouloir faire ressusciter le premier parti de De Gaulle par son RPF (”Rassemblement du peuple français”).
Rien n’empêcherait non plus Nicolas Dupont-Aignan de transformer son mouvement “Debout la République” en RPR ou en UDR, mais pour quel intérêt ?
Le Nouveau centre brandit des sondages de notoriété : l’UDF serait plus connue pour les gens que le Nouveau centre. La belle affaire ! À ce compte-là, Jean Arthuis pourrait aussi demander à donner à son Alliance centriste l’appellation de Nouveau centre.
Je déplore toujours cette disparition politique de l’UDF. Les agitations actuelles ne feront rien pour la faire réexister, c’est sûr. L’électorat est même lassé par ces batailles qui ne servent que les ambitions de quelques uns en oubliant leurs électeurs qui ont besoin d’un projet, de valeurs, de direction à suivre dans un monde si mouvant et si incertain.
Alors, pourquoi vouloir reprendre une étiquette vieille de trente et un ans ?
Est-ce ainsi qu’on peux proposer un projet d’avenir ?
Parler des années 2010 avec un label des années 1970 ?
Finalement, l’UDF n’appartient plus à personne.
Elle appartient à l’histoire politique française.
Et à elle seule.
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