Dans quatre semaines, des élections européennes pour une Europe pas vraiment à la fête. Première partie : la construction européenne.
Des élections pour un bloc d’un demi milliard d’habitants
Ces élections pour choisir démocratiquement des députés représentant tout le territoire et toute la population de la vaste Union européenne (environ un demi milliard d’habitants) ne sont pas nouvelles. Cela fait trente années qu’elles existent.
C’est sans aucun doute des élections cruciales pour la suite à donner à la construction européenne. Ce sont les premières depuis l’échec du référendum français sur le Traité constitutionnel européen du 29 mai 2005 mais aussi le premier bilan de l’intégration des pays de l’Europe centrale et orientale issus de l’ex-bloc soviétique les 1er mai 2004 et 1er janvier 2007.
Rendre le 9 mai férié
J’avais proposé il y a deux ans de rendre fériée la journée de l’Europe à la place des 8 mai et 11 novembre, non pas pour oublier les horreurs des deux guerres mondiales, mais pour tourner la page et se porter plus vers l’avenir que le passé de façon d’autant plus simple humainement pour le 11 novembre qu’il n’y a désormais plus, hélas, de témoin vivant (en France).
Il ne s’agit évidemment pas de créer la polémique et un tel changement (surtout des habitudes, rappelons que c’est François Mitterrand qui rétablit le 8 mai comme jour férié en 1982) doit se faire de façon consensuelle et n’améliora pas, de toute façon, la multitude de “trous” et de “ponts” du mois de mai.
Mais ce 9 mai, qui symbolise l’Europe plus que cinquantenaire pourrait avant tout symboliser, pour tous les peuples européens, l’établissement d’une paix historiquement durable sur un continent miné pendant plus de deux millénaires par les rivalités, les guerres et les préjugés.
La paix civile et… la guerre économique ?
L’époque de la mondialisation a non seulement encouragé ce processus d’unification européenne (par nécessité) mais aussi rendu assez dérisoires les nombreux différents qui séparaient les nations européennes face aux enjeux plus planétaires que constituent la survenue tant attendue et désormais réelle des pays dit émergents comme la Chine ou l’Inde ou encore faces à des enjeux essentiels comme la protection environnementale.
Europessimisme des peuples… ou de leurs dirigeants ?
Face à ces quelques défis : préserver la paix, établir une cohésion européenne dans un monde déstabilisé et multipolaire, les Européens et plus particulièrement les Français jouent un peu aux enfants gâtés. Ils s’abstiennent à forte proportion dans ces élections européennes et quand des projets nouveaux leur sont offerts, ils les critiquent (ce qui est certes naturel car ces projets sont loin d’être sans reproche) mais oublient les avantages plus nombreux que les inconvénients de la construction européenne.
Certes, l’atonie des citoyens européens vient aussi de l’absence de nouveau projet depuis Maastricht et surtout, d’absence de nouvel euro-enthousiasme dans la mesure où les dirigeants politiques ne mettent plus la construction européenne dans leurs priorités sincères depuis le départ du pouvoir de François Mitterrand en France, d’Helmut Kohl en Allemagne ou de Romano Prodi en Italie.
Impulsion de la dernière chance
Cela dit, si l’UMP se focalise aujourd’hui dans sa campagne actuelle sur l’unique action de Nicolas Sarkozy, c’est aussi parce que ce dernier, bien avant la Présidence française, a eu le courage d’impulser le Traité de Lisbonne pour relancer la réforme des institutions européennes après l’échec du TCE, conformément à ce qu’il avait dit lors dans sa campagne présidentielle de 2007. En ce sens, Nicolas Sarkozy a rendu service à l’Europe qui semble le lui avoir rendu.
À la recherche de l’introuvable plan B…
Le débat sur le référendum du 29 mai 2005 a été à cet égard fort significatif de cet europessimisme dont le mot est répété depuis une bonne vingtaine d’années : ceux qui voulaient une Europe plus sociale et plus protectrice rejetaient le Traité constitutionnel européen (TCE) sous prétexte qu’il n’allait pas assez loin, alors qu’il allait plus loin que le statu quo antérieur. Par conséquent, évidemment qu’il n’y avait aucun plan B possible. D’autant plus que ce projet de TCE avait été négocié en faveur de la vision française et constituait donc un texte historiquement impossible à renouveler plus en faveur de cette vision française par la suite.
Unique dans l’histoire du monde
Il faut dire que la construction européenne est une mécanique originale au monde qui n’a sans doute jamais existé de toute l’histoire de l’humanité : regrouper de façon libre (c’est sans doute l’élément essentiel qui manquait tant à Napoléon Ier qu’à Hitler) des nations pour en créer une véritable souveraineté européenne sans supprimer les souverainetés nationales la constituant. Un problème quasiment insoluble que les pères de l’Europe, Jean Monnet en premier, ont judicieusement abordé par un volet économique et pas politique.
Quand on parle de souveraineté, on pense à l’État. De quoi est défini un État ? de trois ou quatre éléments constitutifs.
1. Une monnaie. C’est l’avancée majeure et historique des trente dernières années. La mise en place de l’euro est d’autant réussie depuis dix ans que la monnaie unique a été un élément clef pour préserver beaucoup de pays de conséquences financières dramatiques de la crise. Même ceux qui ont combattu le Traité de Maastricht en 1992 en conviennent. Et les Britanniques savent qu’un jour ou l’autre, ils devront s’y mettre. Le problème de l’euro réside essentiellement dans l’indépendance de la banque centrale européenne qui aurait dû être le reflet des volontés politiques des pays de l’Eurozone.
2. Une armée. Ce fut l’un des plus gros échecs de la construction européenne d’avant-Traité de Rome. La France se divisa en deux au sujet de la Communauté européenne de défense (CED) à tel point que cela a favorisé l’élection de René Coty à la Présidence de la République (car n’ayant pas pris part au clivage sur la CED) ou entraîna beaucoup de dissidence dans les partis (comme dans le cas de Daniel Mayer). Aujourd’hui, la mise en place d’une défense européenne semble être l’argument principal donné par le gouvernement français pour réintégrer le commandement militaire de l’OTAN (j’en reparlerai plus tard).
3. Un impôt européen. Il y a déjà un budget européen et chaque pays y contribuent en fonction de certaines règles assez complexes. Faut-il lever un impôt européen indépendamment des impôts nationaux ? En termes de clarté, au même titre que le contribuable est capable de voir ce qu’il donne pour les collectivités locales, un impôt spécifiquement européen serait cohérent plutôt que des dotations des États trop opaques pour le citoyen lambda. Hélas, en pratique, on sait que ce nouvel impôt ne fera pas réduire d’autant les impôts nationaux qui contribuaient à l’origine à l’Union européenne.
4. Un gouvernement issu démocratiquement et identifiable. C’est l’enjeu essentiel des quinze dernières années. La question était avant tout sur la capacité décisionnelle d’une structure initialement conçue pour six pays et maintenant pratiquée pour vingt-sept. Inutile de faire l’expérience par soi-même : s’il est possible de décider pour une soirée du choix d’un film au cinéma entre six amis, entre vingt-sept, cela devient un peu plus irréaliste. Les décisions prises à l’unanimité minent simplement le fonctionnement de l’Union européenne. Mais enlever l’unanimité, cela retire aussi une partie de la souveraineté des nations.
Dans la deuxième partie de cet article, j’évoquerai plus précisément les institutions européennes.
Pour aller plus loin :
Ce 9 mai 2009, il y a deux raisons pour parler de l’Union européenne : d’une part, cette date a été choisie pour la fête de l’Europe et d’autre part, dans moins d’un mois, il y a de nouvelles élections européennes, le 7 juin 2009.
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La première qualité qui est demandée à un responsable de haut niveau, c’est de savoir décider. Mais vaut-il mieux décider vite ou bien ?
Depuis plusieurs jours sévit une petite polémique bien dérisoire sur des propos tenus (ou pas) par le Président de la République Nicolas Sarkozy auprès de quelques parlementaires français au sujet de ses impressions sur ses homologues étrangers.
Je ne sais pas si c’est vrai, je ne sais pas si ce sont les démentis qui sont vrais et cette polémique me fait peu d’effet car elle ne concerne pas vraiment les vrais enjeux actuels (nombreux). Elle est d’autant plus médiatique qu’elle est stérile et n’apporte rien au débat public.
À propos d’Obama
En revanche, j’ai pris au vol ce qu’aurait été l’impression présidentielle sur Barack Obama et qui me paraît tout à fait plausible (et très peu original d’ailleurs, John McCain la resservait à chaque débat électoral) :
« Obama est un esprit subtil, très intelligent et très charismatique. Mais il est élu depuis deux mois et n’a jamais géré un ministère de sa vie. Il y a un certain nombre de choses sur lesquelles il n’a pas de position. »
J’évacue la partie sur “il n’a jamais géré de ministère” très franco-françasie car, dans le cas où il aurait effectivement dit cela, on pourrait dire que si Nicolas Sarkozy était un bon connaisseur de la vie politique américaine, il aurait observé que les Présidents des États-Unis ont très rarement été ministres préalablement (je n’ai pas d’exemple à l’esprit du contraire). L’expérience ministérielle sert en revanche beaucoup les candidats à l’élection présidentielle en France et Nicolas Sarkozy en a naturellement bénéficié en 2007 face à Ségolène Royal.
C’est vrai qu’en regardant les premières semaines du Président Obama, j’ai même l’impression qu’il n’a aucune personnalité, qu’il n’est qu’une sorte de froid robot analytique. Heureusement qu’il sait parler aux foules, car ces deux caractéristiques de la personnalité lui sont vraiment complémentaires.
Obama est surtout le champion de la fin de l’arrogance américaine, du multilatéralisme et de la prudence rationnelle, raisonnable mais sans doute rudement réfléchie.
Obama débutant ?
J’imagine très bien Nicolas Sarkozy découvrant Barack Obama dans les conférences internationales silencieux, un peu mal à l’aise, attentiste… un peu comme un nouveau convive qui se joint à une table de personnes qui se connaissent déjà et qui, prudemment, écoute et observe ce qui se dit, les coutumes, la personnalité des autres avant de participer activement.
Et pourtant, je suis persuadé que cette attitude d’Obama restera identique même après plusieurs années de mandat présidentiel parce qu’il veut faire un parcours sans faute et donc, il sera toujours très prudent dans ses déclarations et surtout, dans ses actes, dans ses décisions.
Il n’a pas de position sur beaucoup de sujets, et donc, effectivement, il n’a pas d’idée préconçue. Et ce n’est pas la marque d’un débutant, mais bien d’une machinerie intellectuelle très rodée déjà.
Prendre le temps de décider
Barack Obama a besoin en effet, avant de se forger une opinion et de décider, de faire le tour de la question : de recueillir les avis des uns et des autres, de prendre connaissance d’éléments supplémentaires, de rapports etc., d’établir la liste des pour et des contre… et puis seulement, décider, pour décider de la façon la mieux éclairée possible.
L’un des derniers exemples, c’était le 16 avril 2009 quand il a décidé de rendre publiques les méthodes très humiliantes de la CIA pour interroger les suspects dans les attentats du 11 septembre 2001.
Barack Obama a dû prendre environ quatre semaines avant de se positionner sur le sujet. Certes, une décision mi-figue mi-raisin : publication seulement partielle et protection juridique des agents qui ont obéi aux directives, mais décision qui a dû s’éclairer au fil des jours par sa réflexion, ses entretiens, son analyse… Quatre semaines, c’est beaucoup, mais cette décision, si elle était brûlante, n’était pas non plus d’une grande urgence politique.
Réactivité décisionnelle
Et la question qui me vient à l’esprit est donc : est-ce bien de prendre son temps pour décider ?
Dans l’absolu, sûrement : cela évite des erreurs, voire des fautes, des décisions prises sans recul, sur l’émotion, l’affectif. Et surtout, la décision est plus “éclairée”, plus “sage”, plus rationnelle et sans doute plus efficace théoriquement.
Mais en pratique, cela se révélerait peut-être comme le principal handicap de Barack Obama. Un certain perfectionnisme et une volonté de maîtriser tous les dossiers au point de se montrer attentiste pourraient être un frein moteur dans l’élaboration de son action présidentielle.
En effet, il y a un tempo pour les décisions et souvent, il vaut mieux décider vite, quitte à décider mal que de ne pas prendre de décision immédiatement.
L’absence de décision laisse toutes les personnes ou organismes concernés dans une incertitude qui, en plus d’être démotivante, renforce les difficultés d’origine.
C’est par exemple l’un des reproches qu’ont formulé quelques uns de ses ministres à l’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin qui, faute d’avoir la décision finale, aurait souvent écarté les décisions à la fin de ses réunions.
C’est aussi ce qui a miné les présidences de François Mitterrand (« Laisser le temps au temps » !) et de Jacques Chirac qui, à force de jouer sur le temps, en arrivaient à ne plus décider (avec le sommet mitterrandien du “ni-ni” qui n’a rien à envier au “win-win” de Ségolène Royal).
Tant que Barack Obama n’a pas à prendre de décision dans l’urgence (pas de crise internationale majeure comme les attentats du 11 septembre 2001, la prise d’otages à Téhéran le 4 novembre 1979 ou la crise des missiles de Cuba le 16 octobre 1962), cela paraît sage qu’il ne prenne pas ses décisions sur un coup de tête, au feeling, sans réflexion préalable.
Mais en cas de coup dur ?
Pour aller plus loin :
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En avril 1979, François Mitterrand et Michel Rocard s’affrontaient au cours d’un congrès mémorable à Metz qui décida du sort de la gauche pendant deux septennats. Seconde partie.
Deuxième jour du congrès (samedi 7 avril 1979)
À midi, un jeune député mitterrandiste monta à la tribune, Laurent Fabius (32 ans). Énarque au Conseil d’État, il avait pris le rôle du tonton flingueur de Mitterrand en matière économique, un thème peu maîtrisé par les mitterrandistes face aux rocardiens. Pour s’asseoir sur les propos économiques de Michel Rocard de la veille, Fabius lâcha une belle formule : « Entre le Plan et le marché, il y a nous, le socialisme ! ».
Et Mauroy dans tout cela ? Le combat entre mitterrandistes et rocardiens semblait l’effacer. Pierre Mauroy était encore convaincu que sa motion arriverait en deuxième position.
Après l’intervention de Jean Le Garrec (49 ans), représentant Mauroy, Jean-Pierre Chevènement s’avança à la tribune. De sa bouche, on entendait déjà le procès en néolibéralisme de Rocard. Chevènement s’était retrouvé lors des deux précédents congrès opposant à Mitterrand malgré l’estime réciproque qu’il lui vouait. À Metz, il fut donc heureux de se retrouver en allié pour contrer le rocardisme.
Jean-Pierre Chevènement donna un grand coup aux prétentions de Michel Rocard en déclarant : « On ne peut pas dire que l’État est le grand méchant loup d’où vient tout le mal. Il n’est pas vrai que la rupture se réduise à un phénomène de mentalités, l’autogestion ne s’oppose pas à l’union, la décentralisation ne s’oppose pas à la conquête de l’État ! Michel Rocard reste trop prisonniers des schémas de l’idéologie dominante. Peut-être y a-t-il deux cultures ay sein du PS, une culture socialiste, qui intègre l’apport de Marx sans s’y réduire, et une autre qui s’empare des thèmes à la mode ! ».
Un Mauroy dépassé par les événements, un Rocard attaqué férocement contre Fabius et Chevènement : Mitterrand n’avait plus qu’à ramasser les miettes.
Pierre Mauroy proposa toutefois une synthèse, une proposition qui fit applaudir avec entrain les congressistes. Mais personne n’en voulait vraiment.
Motion Mitterrand (A) : 40,1%
Motion Rocard (C) : 20,4%
Motion Chevènement (E) : 14,4%
Motion Mauroy (B) : 13,6%
Motion Defferre (D) : 7,7%
Motion Pierret (F) : 3,2%
Motion Lhuillier (G) : 0,3%
Aucune majorité ne se dégageait, donc nécessité de trouver une synthèse, ce qui est le rôle de la commission des résolutions. En fait, l’alliance entre Mitterrand, Defferre et Chevènement permettait au premier d’éviter une synthèse.
Troisième jour du congrès (dimanche 8 avril 1979)
La nuit du samedi au dimanche fut la réunion traditionnelle de la commission des résolutions chargée de trouver une synthèse aux différentes motions. François Mitterrand était d’une grande combativité : pour lui, la victoire de ce congrès était essentielle à sa survie politique après l’échec de 1978.
Un peu avant une heure de l’après-midi, les débats reprirent.
Mitterrandiste, Pierre Bérégovoy (53 ans) annonça l’échec (prévisible) de la synthèse et le rejeta sur les partisans de Michel Rocard. Selon lui, aucun accord n’était possible avec les rocardiens sur l’union de la gauche : « Deux lignes ont été affirmées au cours de ce débat : la ligne d’Épinay, la nôtre, qui a une large approbation dans le Parti socialiste (…), et puis une autre ligne qui, sans abandonner les mots, modifie en réalité le contenu de l’union de le gauche. ».
Dans sa réponse, Michel Rocard contesta la version de Bérégovoy et rappela que Mitterrand avait tous les atouts en main pour faire l’union. Rocard a compris à ce moment qu’il avait perdu le congrès. Il déclara alors : « Nous serons donc dans l’opposition. Ce ne sera pas l’opposition d’un prétendant ! ».
Et comme le note Michèle Cotta, présente à ce congrès, Michel Rocard poursuivit par une erreur politique monumentale. En s’adressant à François Mitterrand, il affirma : « Vous serez le premier à prendre votre décision [pour la candidature de 1981]. Si vous êtes candidat, cher François Mitterrand, je ne le serai pas contre vous ! ».
Ce fut à cette minute que Michel Rocard a perdu toutes ses perspectives présidentielles. En laissant à François Mitterrand l’initiative de la candidature socialiste, il allait se soumettre au-delà de tout ce que pouvait espérer Mitterrand lui-même. Rocard a consterné tous ses amis qui n’avaient pas été prévenus de cette phrase.
Terminant le congrès, François Mitterrand prononça donc un discours soulagé et déclara peu après au “Club de la Presse” d’Europe 1 : « Il y a beaucoup de chances que je ne sois pas candidat. » avec un aplomb très suspect pour quelqu’un qui avait tout fait pour gagner ce congrès.
Les erreurs de Rocard et de Mauroy
Pierre Mauroy a été laminé dans ce congrès (comme l’avait prévu François Mitterrand) et avait recueilli moins de votes que Jean-Pierre Chevènement. Il fera alors partie de l’opposition interne avec Michel Rocard jusqu’en 1981.

Avec le recul du temps, il est toujours facile d’envisager un autre déroulement, mais il était évident que Pierre Mauroy et Michel Rocard auraient dû faire une motion commune dès le début du congrès et répartir les rôles : à Mauroy la direction du PS et à Rocard, très populaire, la candidature socialiste pour 1981. Au lieu de cela, ils ont préféré perdre leur énergie en discussion sur le fond alors que François Mitterrand et ses partisans ne s’étaient focalisés que sur la mécanique interne du congrès.
Un PS égal à lui-même ?
Finalement, quand on observe le déroulement de ce congrès de Metz, celui de Reims a montré qu’il se tenait bien dans la même tradition politique du PS qui veut que les débats internes s’étalent au grand jour. Et les ambitions personnellement également.
Autre remarque : les personnalités politiques qui sont dans une logique d’affrontement et de rapports de force (comme Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac, François Mitterrand, Ségolène Royal, Benoît Hamon…) réussissent toujours mieux que ceux qui sont dans le logique de consensus (comme Pierre Mendès France, Michel Rocard, Jacques Delors, Raymond Barre, François Bayrou…) et que ceux qui manquent d’audace pour affronter (Dominique de Villepin, Dominique Strauss-Kahn, Bertrand Delanoë, Philippe Séguin, Jean-Pierre Raffarin…).
Épilogue
Le psychodrame étant fini, malgré une déclaration de candidature maladroite de Michel Rocard le 19 octobre 1980 à Conflans-Sainte-Honorine (qui fit flop dans les sondages), François Mitterrand fut investi par le PS candidat le 24 janvier 1981 avec près de 84%… et remporta l’élection présidentielle le 10 mai 1981 avec 52%.
Une nouvelle période de la Ve République s’ouvrit avec un Mitterrand à l’Élysée pour deux septennats, devenant le recordman de la longévité présidentielle depuis le début de la République et en quatrième position des chefs d’État depuis la Révolution derrière Napoléon III, Louis-Philppe et Napoléon Ier.
Pour aller plus loin :
Lire aussi “Cahiers secrets de la Ve République, tome II 1977-1986″ de Michèle Cotta (éditions Fayard) d’où sont tirées les citations de cet article.
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Il avait démarré très tôt dans ses engagements et son ascension politique avait été très rapide. Mais la fermeté de ses convictions et les circonstances ont laissé de côté cet homme politique d’une grande rigueur morale et d’une grande conscience sociale.
Résistant et engagé
D’origine modeste, adhérent dès l’âge de dix-huit ans à la SFIO (l’ancêtre du Parti socialiste) à la suite de l’exécution de Sacco et Vanzetti et rédacteur d’une chronique sociale dans “Le Populaire” (à partir de 1933), Daniel Mayer s’engagea dans la Résistance pendant la guerre et visita souvent son mentor, le leader socialiste Léon Blum détenu à la prison de Bourrassol.
À partir de janvier 1941, Daniel Mayer anima des réseaux de résistance avec Pierre Brossolette et s’occupa de réorganiser dans la clandestinité la SFIO dont il devint naturellement le secrétaire général en 1943 (à l’âge de 34 ans) et le représentant au Conseil National de la Résistance. Ce fut lui qui encouragea les socialistes français à soutenir pleinement De Gaulle et Churchill, ce qui favorisa l’unification de tous les mouvements de la Résistance.
Il fut élu député de Paris dans les assemblées constituantes puis à l’Assemblée Nationale jusqu’en 1958.
À la Libération, Daniel Mayer perdit le contrôle de la SFIO. L’aile modérée représentée par Léon Blum fut balayée par l’aile marxiste emmenée par Guy Mollet qui prit le contrôle de la SFIO en août 1946 pour une vingtaine d’années (jusqu’en 1969 et la transformation de la SFIO en PS).
Le “père adoptif” de la sécurité sociale à la française
Daniel Mayer fut alors nommé ministre au début de la IVeRépublique (à l’âge de 37 ans) dans le gouvernement de son ami Léon Blum puis, quelques semaines après, pour succéder à Ambroise Croizat après le renvoi des communistes du gouvernement de Paul Ramadier : Ministre du Travail et de la Sécurité sociale ou des Affaires sociales du 16 décembre 1946 au 22 janvier 1947 et du 9 mai au 22 octobre 1947 au 28 octobre 1949. C’est lui qui accompagna les premières années de la sécurité sociale.
Daniel Mayer a eu à affronter les grandes grèves du printemps 1947 avec une CGT très remontée à qui il concéda quelques mesures phares : hausse du salaire minimum vital en octobre 1947 et augmentation de onze pourcents des salaires dans la fonction publique, mais resta ferme ensuite afin de faire arrêter les grèves.
En octobre 1949, Daniel Mayer se trouva en opposition avec son Président du Conseil, le radical Henri Queuille. Daniel Mayer souhaitait la liberté de négociation des conventions collectives mais Henri Queuille, qui s’y opposa, démissionna finalement.
Une conscience morale isolée politiquement
À 40 ans, Daniel Mayer ne fut plus ministre et ne retourna plus jamais au gouvernement, dépassé par une SFIO dirigée par Guy Mollet.
Il milita avec difficulté auprès des dirigeants de la SFIO pour s’opposer à la Communauté Européenne de Défense (CED) en 1954 (ce qui l’exclut quelques mois de la SFIO) et pour s’opposer à la politique de répression en Algérie menée par les socialistes Guy Mollet, Robert Lacoste et Max Lejeune. Il présida la Commission des Affaires étrangères à l’Assemblée Nationale.
Daniel Mayer se transforma petit à petit en une sorte de conscience morale de la gauche.
Il quitta la SFIO en 1958 parce qu’il s’opposa au retour de De Gaulle au pouvoir. Il participa à la création du PSU (au même titre que Pierre Mendès France) qu’il quitta en 1967 pour finalement réintégrer en 1970 le nouveau Parti socialiste dirigé par Alain Savary (d’abord dans le 18e arrondissement de Paris puis à Orsay).
Parmi les fonctions les plus représentatives de l’existence de Daniel Mayer, il y a la longue présidence de la Ligue française des Droits de l’Homme (1958-1975) qui l’obligea à quitter son siège à l’Assemblée Nationale puis la présidence de la Fédération internationale des Droits de l’Homme (1977-1983).
Une reconnaissance tardive par un socialiste d’adoption
Ce fut donc un peu pour honorer cette conscience morale que le Président de la République François Mitterrand le nomma membre du Conseil supérieur de la magistrature en 1981, puis, usant pour la première fois de sa faculté de nommer les membres de cette instance le 21 février 1983, le nomma Président du Conseil Constitutionnel (à presque 74 ans) pour succéder au gaulliste Roger Frey.
Une fonction qui aurait dû se prolonger pendant neuf ans. Si Daniel Mayer est bien resté membre du Conseil Constitutionnel jusqu’au 25 février 1992, contre toute tradition républicaine, François Mitterrand lui demanda de démissionner de la présidence pour y placer le 19 février 1986 Robert Badinter.
Même si la nomination de son successeur était loin d’être contestable, ce petit tour de passe-passe institutionnel montra l’une des habiletés politiciennes dont était coutumier François Mitterrand pour garder le “contrôle” de la présidence du Conseil Constitutionnel le plus longtemps possible (soit jusqu’en février 1995) : en effet, en février 1986, c’était la dernière nomination possible de membre du Conseil Constitutionnel avant la fin de son mandat (en mai 1988).
François Mitterrand eut l’occasion de faire durer son influence, sans manœuvre cette fois-ci grâce au hasard du calendrier institutionnel, le 8 mars 1995 (juste avant la fin de son second mandat) en nommant pour neuf ans (jusqu’en février 2004 en principe, ce qui signifiait que Mitterrand aurait “contrôlé” pendant vingt eu un an cette institution) son proche ami Roland Dumas (ce dernier a cependant dû démissionner en mars 2000 après son implication dans un scandale financier).
Rigueur morale
Ce qui est étrange en observant la vie politique de Daniel Mayer, c’est qu’après 1949, il n’a jamais été reconnu politiquement à sa juste valeur parce qu’il a été vite écarté dans son parti pour manque de discipline politique (ne pensant pas comme la majorité de ses camarades). Plus victime de Guy Mollet que de De Gaulle. Préférant faire passer ses convictions avant son ambition politique.
Son successeur direct au Conseil Constitutionnel, Robert Badinter, témoigna ainsi : « Tous les membres [du Conseil Constitutionnel] appréciaient la force de ses convictions républicaines, sa passion de la liberté et, aussi, son humour et sa délicatesse. Il était un modèle et un ami. Et pour tous ceux qui l’ont connu et aimé, Daniel Mayer demeure au Panthéon de leur mémoire. ».
Il s’éteignit le 29 décembre 1996 à l’âge de 87 ans et demi.
Pour aller plus loin :
Il est l’un des hommes politiques socialistes les plus importants de l’après-guerre qui semble avoir été effacé de la mémoire politique de la France : il s’agit de Daniel Mayer, qui est né il y a exactement un siècle, le 29 avril 1909.
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