L’autojustification de la nouvelle prison de Nancy

Trois plateaux dominent l’agglomération de Nancy (en Lorraine) qui compte 400 000 habitants : le plateau de Malzéville (aérodrome), celui de Brabois (technopôle)… et le Haut-du-Lièvre.

Nous sommes dans le quartier le plus “sensible” de Nancy qui surplombe depuis 1958 l’agglomération : le Haut-du-Lièvre

. Urbanisme classique des années 1950-1960 : le projet d’urbanisme dirigé par l’architecte Bernard Zehrfuss (qui a fait aussi le musée de la civilisation gallo-romaine de Lyon, les immeubles de l’avenue Jean Jaurès de Pantin et participé au CNIT à La Défense) a dressé des immeubles très laids, un quartier bétonné.

Pas beaucoup de raccordements avec le centre ville très éloigné. Une ghettoïsation sociale de ses habitants. Depuis de nombreuses années, on cherche à y faire cohabiter des étudiants (très nombreux dans la ville, près de 10% de l’agglomération), et depuis peu, un grand projet de rénovation du quartier a été lancé sous la direction de l’architecte Alexandre Chemetoff. On a même déjà détruit quelques bâtiments fort disgracieux.

Un vol dans une “zone urbaine sensible”

Une entreprise s’installe alors dans un appartement vide du rez-de-chaussée d’une barre d’immeuble (le Tilleul argenté) pour une prestation temporaire. Au numéro 17, aucune plaque n’indique sa présence qui se veut discrète. Elle l’a loué à l’office public d’aménagement et de construction (OPAC) de Nancy. Il est midi, le vendredi 27 février 2009 quand les quelques employés décident de partir pour leur pause déjeuner. Ils laissent leur PC portables allumés dans la salle, ferment la porte à clef et vont manger.

Une fois revenus de déjeuner, ils trouvent la porte de l’appartement fracturée, une fenêtre brisée… et surtout, les quatre ordinateurs portables envolés. Enfin, plutôt volés. Coup classique, vol ordinaire et les premiers soupçons d’ailleurs pourraient ne pas tarder à pointer en direction de la population autochtone. Les voleurs ont emporté les ordinateurs et vont sans doutes les vendre à des receleurs.

Une nouvelle prison

Le problème, c’est que l’entreprise n’est pas comme les autres. Il s’agit d’Eiffage BTP. Et sa présence au Haut-du-Lièvre est loin d’être anodine puisqu’elle est chargée de construire la nouvelle prison de l’agglomération nancéienne sur le site des anciennes carrières Solvay à cheval sur les communes de Nancy et de Maxéville. C’est la première prison véritablement privée, construite sur des fonds privés. On en parle depuis qu’Albin Chalandon était Ministre de la Justice, en 1986.


La nouvelle prison de Nancy devrait être un modèle du genre qui s’inscrit dans le plan Perben qui prévoit la rénovation ou la création de 13 200 places au niveau national. Elle est prévue pour 690 détenus mais a déjà installé 900 lits pour faire face à la surpopulation carcérale. Son coût est de 54 à 69 millions d’euros (selon les sources ou qu’on compte les taxes). Elle devrait entrer en service entre le 22 et le 26 juin 2009, donc dans pas très longtemps (la directrice de Charles-III a d’ailleurs déjà reçu le 19 février 2009 les clefs du nouveau centre de détention remises par la direction de l’administration pénitentiaire de Strasbourg).

Les opposants à cette prison sont de deux catégories : les premiers regrettent son implantation dans un quartier déjà difficile et de mauvaise réputation par ailleurs, et les seconds trouvent que les détenus vont avoir des conditions de vie trop confortables (ce en quoi ils ont tort, le scandale venant plutôt des conditions d’inconfort de la plupart des prisons français auxquelles le plan Perben tente de mettre fin).

La fin tant attendue de Charles-III

Cette prison flambant neuf va désengorger la prison de Toul et, surtout, elle va remplacer la triste prison Charles-III, en plein quartier central de Nancy, entre le centre commercial Saint-Sébastien et l’actuel Palais des Congrès. Une prison pointée du doigt dans de nombreux rapports parlementaires et par Pierre Bédier quand il était Secrétaire d’État aux Programmes immobiliers de la justice, pour son état lamentable d’insalubrité (« extrême vétusté »). Installé dans un ancien bâtiment religieux en 1857, le centre pénitentiaire Charles-III accueille encore aujourd’hui 350 détenus pour seulement 259 places.

Cette externalisation de la prison est une aubaine pour la municipalité de Nancy. Les 10 à 15 hectares qu’occupent la prison et le quartier Charles-III sont justement tout près de la nouvelle gare TGV de Nancy. Le TGV Est passe à Nancy depuis juin 2007. Beaucoup d’idées de rénovation d’urbanisme jaillissent avec entre autres la construction d’un nouveau Palais des Congrès, plus grand, et d’un centre d’affaires.

Plans et codes volés

Le hic, dans cette affaire de vol, c’est que les ordinateurs volés le 27 février 2009 contenaient dans leurs disques durs des plans de la nouvelle prison et même des codes secrets. C’est confirmé par les intéressés, la police et la presse s’en est fait un large écho le 9 mars 2009. L’administration pénitentiaire assure cependant qu’il n’y aura aucune faille dans la sécurité, que ces plans sont partiels et incompréhensibles au profane et que l’ouverture de la nouvelle prison aura lieu dans les délais.

Selon l’Agence publique pour l’immobilier de la justice (APIJ), « la sécurité du nouvel édifice n’est donc pas remise en cause et (…) la préparation de l’ouverture (…) se poursuit. (…) [Les ordinateurs volés] ne comportent que des éléments techniques et fragmentaires qui ne sont pas exploitables en l’état, ce qui ne permet pas de reconstituer les plans de la nouvelles structure pénitentiaire. ».

Eiffage BTP a déménagé, porté plainte et informé les Ministères de l’Intérieur et de la Justice. L’enquête a été confiée à la brigade départementale de la sûreté urbaine.

Réactions et interrogations

Le comique : alors, évidemment, on peut d’abord en rire. Certains titres de journaux n’hésitaient pas à titrer comme Libération : « avant même sa mise en service, l’établissement pénitentiaire le moins sûr de France ? »

. C’est assez cocasse de construire une prison et de voir ses plans être dérobés par ceux pour qui elle serait destinée.

La négligence : on peut aussi s’interroger sur la très grande légèreté des employés d’Eiffage BTP qui, finalement, construisent la prison comme ils construiraient n’importe quel autre bâtiment public. Ne pas mettre sous clef les ordinateurs à contenu confidentiel, ne pas mettre de code bios pour les faire démarrer, ne pas crypter les fichiers critiques, ne pas renforcer la sécurité d’un appartement dont la localisation, au rez-de-chaussée, suscite par définition bien des tentations.

Le débat de fond : on peut en corollaire s’interroger sur la pertinence d’un partenariat État – entreprise privée qui rend confuses les prérogatives des uns et des autres (a priori, c’est à l’État d’assurer la sécurité et le maintien de l’ordre). Rien ne dit par ailleurs que les plans d’une prison en construction dans un cadre purement public n’eussent pas subi le même sort que dans ce malheureux cambriolage. Seules trois entreprises peuvent répondre aux appels d’offre : Bouygues, Vinci et Eiffage. Les contrats concernent non seulement le financement et la construction des établissements, mais aussi la maintenance et l’entretien pour 30 ans.

Le motif du vol : ensuite, on peut imaginer deux hypothèses sur ce vol. Soit c’est un vol non prémédité, à effet d’aubaine, pour s’emparer de matériel informatique laissé sans surveillance et le revendre (auquel cas, le mal aurait été mineur sans la mousse médiatique), soit c’est un acte de grand banditisme qui cherche à obtenir avant même la détention des futurs prisonniers les moyens de les en faire ressortir.

Une question qui taraude : enfin, c’est en ce qui me concerne ma principale interrogation. Pourquoi la presse et les médias en général ont-ils tant souligné l’existence de plans de la nouvelle prison dans ces ordinateurs volés alors que les dérobeurs n’étaient pas forcément au courant initialement ? Et on peut maintenant imaginer que même s’ils contrôlent peu la situation, ces délinquants voient par ces informations un moyen de valoriser leur butin auprès du grand banditisme plus expert qu’eux-mêmes dans le domaine des évasions et de l’exploitation de données informatiques.

Dans tous les cas, cette affaire ne contribuera pas à redorer l’image déplorable du Haut-du-Lièvre. Mais peut-être que peu de monde s’en soucie, finalement ?

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 mars 2009)

Pour aller plus loin :

Dépêches de presse sur la prison du Haut-du-Lièvre.

 

Politique fiction ? (2)

Imaginons. Seconde partie.
Suite du premier article.

 

On en arriva à des faits d’une extrême gravité. D’un côté, un Président impopulaire qui campait sur sa légitimité constitutionnelle, Nicolas Sarkozy. D’un autre côté, un maire de Paris, Bertrand Delanoë, devenu quasiment le Messie, populaire et rassemblant les foules, encourageant l’exilé Lionel Jospin à appeler au renversement du gouvernement actuel.

Les premiers morts

Imaginons donc encore (puisque ce n’est qu’imagination ici) qu’au moment où l’armée se mit en place du côté de la Maison de la Radio, sur le bord de Seine, pas loin d’Auteuil, des opposants se ruèrent vers la maison ronde et cassèrent ce qu’ils pouvaient casser. Un incendie eut lieu dans les locaux mêmes de la Maison de la Radio. Les archives radiophoniques d’une quarantaine d’années furent complètement détruites (elles n’avaient pas encore fait le transfert vers l’INA). De nombreux magasins de la rue d’Auteuil (souvent, des boutiques chic) furent dévastés.

Le bilan fut très lourd : plus d’une cinquantaine de corps furent retrouvés. Des casseurs, des forces de police, des malheureux prisonniers et calcinés dans le brasier de la radio… L’armée qui s’était mise en place avait cependant reçu l’ordre de ne pas s’impliquer dans ce malheureux épisode pour réduire les effusions de sang.

« C’est moi le nouveau Président ! »

Dès le week-end qui suivit, Bertrand Delanoë, encouragé par la foule, du haut de l’Hôtel de Ville, se proclama “en charge de la République française”.

Si Nicolas Sarkozy ricana au cours d’une conférence de presse en disant que les trente-six mille maires de France ne pouvaient s’autoproclamer Présidents de la République, cette autoproclamation sans réalité constitutionnelle fut cependant approuvée par une large partie de la population.

Au lieu d’arrêter Bertrand Delanoë devenu chef d’une insurrection, Nicolas Sarkozy le destitua et supprima la fonction de maire de Paris en la remplaçant par une sorte de super-préfecture dirigée par le gouvernement.

Mais les jours suivants, loin d’être impressionné par le pouvoir en place, Bertrand Delanoë franchit un nouveau pas et nomma un véritable gouvernement dont le Premier Ministre ne fut autre que Martine Aubry, chef du principal parti d’opposition (celui de Bertrand Delanoë), maire de Lille et fille de Jacques Delors, l’un des principaux barons d’un pouvoir passé.

Marche sanglante vers l’Élysée

En rassemblant ses partisans au Louvre puis le long de la rue de Rivoli, Bertrand Delanoë les fit marcher jusqu’à la place de la Concorde puis vers le Palais de l’Élysée. Son objectif était tout simplement d’occuper le bureau du chef de l’État.

Hélas, les gardes du palais ont tiré. D’autres aussi d’ailleurs. Plusieurs fusillades, beaucoup de confusion. Une trentaine de morts furent à déplorer, plus de deux cents blessés évacués à l’hôpital Pompidou, dans le 15e arrondissement. Des témoins ont pu prouver, caméras à l’appui, que Bertrand Delanoë s’était défilé dans sa grosse automobile vers les Champs-Élysées pour éviter tout risque personnel.

Nicolas Sarkozy fit le soir même une allocution télévisée en déplorant ces morts et demanda à Bertrand Delanoë de stopper ce mouvement stupide contre la légalité républicaine.

Mais ces morts confortèrent l’opposition qui commença aussi à remuer la province et principalement Grenoble, Toulouse, Marseille, Lille, Metz. La Bretagne et l’Alsace furent épargnées par ces agitations mais tout le pays s’installa dans une grande confusion institutionnelle (quelques nouveaux morts furent encore à déplorer). Censure, répression sanglante, crise économique, pauvreté, impopularité du pouvoir… beaucoup de raisons de protester.

Giscard et Bayrou dans le camp de Delanoë

Lors de l’hommage aux morts devant l’Élysée, se trouvaient côte à côte Bertrand Delanoë et Valéry Giscard d’Estaing, vieil ancien Président qui avait pourtant soutenu en 2007 Nicolas Sarkozy mais n’appréciait plus sa manière de gouverner.

Le Ministre de la Défense Hervé Morin, dans un sursaut d’humanisme, donna sa démission pour marquer sa profonde désapprobation contre la répression. Étrangement, François Bayrou l’encouragea à le rejoindre et à le renforcer dans ses négociations avec Bertrand Delanoë pour rendre collégiale une opposition trop exclusivement incarnée par le maire déchu de Paris et lui apporter une équipe plus dynamique et plus étoffée.

Cependant, la confusion restait totale car Nicolas Sarkozy mobilisait lui aussi ses propres troupes UMP sur l’esplanade des Invalides et recevait un soutien populaire de même ampleur que les foules derrière Bertrand Delanoë. Chaque camp évoquait alors le trucage des rassemblements des adversaires par l’emploi de faux manifestants payés et mobilisés éventuellement même de l’étranger, comme au lointain temps des meetings d’Olivier Stirn.

L’échec des médiations extérieures

Pendant un mois, quelques émissaires tentèrent de trouver une entente pour débloquer la situation politique. Des émissaires de l’Union Européenne conduits par Romano Prodi n’aboutirent pas. Des émissaires américains envoyés par Barack Obama échouèrent piteusement. Même le Vatican chercha à apaiser la situation tendue. Sans succès non plus.

La sécurité de Bertrand Delanoë était d’ailleurs si incertaine qu’il se mit sous la protection de l’ambassade américaine pendant quelques jours, puis le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, le prit sous la protection de l’Église catholique de France au presbytère même de Notre Dame.

Prise des sites stratégiques

Politiquement, tous les pro-gouvernementaux avaient la trouille. Un samedi, les opposants réussirent à s’emparer de l’hôtel Matignon, rue de Varenne, à deux pas de l’Assemblée Nationale. Le Premier Ministre François Fillon avait prudemment déserté son bureau pendant le week-end. Aucun coup de feu ne fut tiré. Des rumeurs laissaient entendre qu’il était à la Lanterne, résidence du Premier Ministre à Versailles mais qui avait été annexée par Nicolas Sarkozy depuis 2007 pour ses week-ends.

Dominique De Villepin, ancien Premier Ministre, jusqu’alors silencieux, se retrouvait aux côtés de Bertrand Delanoë pour apporter son soutien et réclamer lui aussi la démission de Nicolas Sarkozy.

Alors que Martine Aubry s’installa à Matignon, Bertrand Delanoë proclama la destitution de Nicolas Sarkozy, sa mise en état d’arrestation et la dissolution de l’Assemblée Nationale et du Sénat.

Le lendemain, Nicolas Sarkozy annonça aux Invalides, au cours d’un autre meeting UMP, qu’il proposerait un référendum sur la poursuite de son mandat, pour se relégitimer au yeux du peuple. Mais Bertrand Delanoë continua toujours à refuser tout compromis tant que Nicolas Sarkozy ne démissionnait pas.

L’armée contre son chef

Hélas pour ce dernier, après bien des hésitations, l’état-major des armées se mutina. Le nouveau commandant s’engagea aux côtés des insurrectionnels et donna l’ultime assaut au Palais de l’Élysée. Les grilles donnant sur la rue du Faubourg Saint-Honoré furent écrasées par des chars d’assaut.

Nicolas Sarkozy était toutefois absent des lieux et s’était réfugié au château de Rambouillet avec l’ensemble de son gouvernement.

La victoire posthume du général Boulanger

Le lendemain, Bertrand Delanoë marcha sur l’Élysée, prit possession des lieux entourés de plusieurs milliers de partisans en joie, et réussit ce que n’avait même pas osé faire le général Georges Boulanger le 27 janvier 1889 qui avait été acclamé place de la Madeleine par cinquante mille partisans (à l’époque, il avait refusé de marcher vers l’Élysée malgré la sympathie de la foule et de l’armée).

Le même jour, isolé, abandonné de l’armée, Nicolas Sarkozy se rendit à l’évidence et annonça sa démission. Au lieu de transmettre le pouvoir à Gérard Larcher, le Président du Sénat, comme le stipulait la Constitution, Nicolas Sarkozy le laissa à un quarteron de généraux qui mirent à peine une heure pour repasser le pouvoir à Bertrand Delanoë.

Jean-Louis Debré, Président du Conseil Constitutionnel qui comptait deux anciens Présidents, Jacques Chirac et Valéry Giscard d’Estaing, apporta sa caution pour tenter de donner un semblant de légalité à la prise de pouvoir militaire du nouveau Président Bertrand Delanoë.

Parmi les premières mesures, le retour en grâce de Lionel Jospin et les conditions juridiques de son retour physique en France.

Politique fiction ?

Quelle drôle d’imagination, me direz-vous. Un peu, effectivement…

Aux lecteurs francocentrés qui penseraient que je voulais parler de la situation française, n’y voyez aucune analyse de la politique française ni des différents éléphants socialistes. Ce n’était pas le but de cet article.

Ce que je viens de raconter, évidemment qu’en France, cela paraît impensable. Que la Constitution, les lois, l’armée, toutes les institutions sont là pour garantir un État de droit. Et cela fonctionne depuis plus d’un demi-siècle sans discontinuité. Depuis 1958 ou 1944, selon que l’on considère que mai 1958 est un vrai ou un faux coup d’État.

Eh bien, c’est pourtant ce qu’il vient de se passer dans les trois derniers mois à Madagascar, indépendant depuis quarante-huit ans et demi mais hélas coutumier de ce type de prise de pouvoir.

Avec Marc Ravalomanana dans le rôle de Nicolas Sarkozy, Andry Rajoelina dans le rôle de Bertrand Delanoë, Martine Aubry dans le rôle de Monja Roindefo, François Fillon dans le rôle de Charles Rabemananjara, Albert Zafy dans le rôle de Valéry Giscard d’Estaing, Didier Ratsiraka dans le rôle de Lionel Jospin, Jacques Sylla dans le rôle de Dominique de Villepin, Hervé Morin dans le rôle de Cécile Manorohanta.

Et encore, il faudrait en plus rappeler que Andry Rajoelina serait plus proche d’un Bernard Tapie de trente-quatre ans que d’un Bertrand Delanoë pour lequel la mairie de Paris est la consécration d’une longue carrière.

Il serait temps de ne plus considérer Madagascar comme une terre incapable de s’autoréguler de manière démocratique.

Un coup d’État reste un coup d’État, et la communauté internationale commence à ouvrir les yeux.

Bonne chance quand même à Madagascar…

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 mars 2009)

Pour aller plus loin :

Le putsch malgache du 17 mars 2009.

Andry Rajoelina s’empare du pouvoir grâce à l’armée.

Reconnaissance internationale d’Andry Rajoelina ?

La révolution orange voit rouge 1 (11 février 2009).

La révolution orange voit rouge 2 (11 février 2009).

Les prises de pouvoir sont rarement démocratiques à Madagascar.

Informations sur Madagascar.

Arthur, l’un des symboles stupides du sionisme

« Répliquer au risque de donner trop d’importance à une minorité de sots qui ne rêvent que de jeter le feu dans les esprits ou me taire en espérant ainsi apaiser cette violence folle ? »

Depuis quelques mois sur Internet, l’animateur de télévision Arthur est victime d’une véritable campagne contre lui, contre son succès, contre ce qu’il serait censé représenter.

Disons-le tout de suite : je ne connais pas Arthur, j’apprécie peu les rares émissions que j’ai pu apercevoir de lui ; il semble que, souvent, ses émissions font appel plus à l’émotionnel (les vieux souvenirs) qu’à l’intelligence et à la réflexion, mais le fait est patent, il a eu et a du succès et a su se bâtir à la fois une fortune et une célébrité que beaucoup peuvent envier (pas moi).

Par conséquent, je n’ai aucune vocation à vouloir le défendre ni le protéger, sachant d’ailleurs qu’il est largement capable de se défendre lui-même et bien mieux que moi. Mais j’ai le sentiment que les attaques portées contre lui sont le symptôme d’un mal bien plus grave qu’une simple attaque personnelle : la persistance d’un antisémitisme latent renforcé par un conflit lointain mais néanmoins très présent dans les esprits en France.

Réagir ou pas ?

Comme Dominique Baudis lorsqu’il était accusé (à tort) d’être impliqué dans une sombre histoire toulousaine, la question se posait à Arthur de devoir répondre, de devoir se justifier, de devoir apporter des réponses à de pures calomnies, en risquant de propager un incendie encore assez confidentiel : « répliquer au risque de donner trop d’importance à une minorité de sots qui ne rêvent que de jeter le feu dans les esprits ou me taire en espérant ainsi apaiser cette violence folle ? ».

Finalement, après beaucoup d’hésitation, Arthur a rédigé une sorte de droit de réponse à toutes les attaques dont il a été victime non seulement sur Internet mais aussi dans la réalité glauque de ses spectacles, puisque, parallèlement à ses activités télévisuelles, il fait en ce moment un one-man-show en parcourant la France.

Une tribune dans “Le Monde”

Il a choisi la forme la plus conventionnelle qui soit, à savoir une tribune dans le journal “Le Monde” daté du 9 février 2009.

Sa réaction, il l’a faite au nom de ceux qui lui font confiance et au nom de ceux qui, victimes anonymes du même mal, n’ont pas sa chance de pouvoir donner écho dans les médias.

Et que dit-il ?

Des propos diffamatoires

Que les propos de Dieudonné à un magazine anglophone en janvier 2004 ont mis en route à la machine à détruire. Dieudonné parle d’Arthur comme faisant partie d’« un lobby juif très puissant qui aurait la mainmise sur les médias » et de sa société de production qui « finance de manière très active l’armée israélienne. Cette armée qui n’hésite pas à tuer des enfants palestiniens ».

Il s’agit donc de déclarations bien antérieures à la guerre très récente à Gaza.

On aurait pu imaginé ce type de calomnie comme l’un des épisodes ordinaires d’une rivalité entre humoristes si on n’avait pas en mémoire les nombreux soubresauts de Dieudonné avec l’antisémitisme qu’il est inutile de rappeler ici.

Pour les propos tenus en 2004, Dieudonné a été condamné deux fois, par le tribunal correctionnel de Paris et par la cour d’appel de Paris au motif de diffamation raciale.

Des amalgames récurrents

Très vite, dans les manifestations peu importantes avant ses spectacles ou sur Internet, le démon se déchaîna : « Juif… sioniste… finance… fric… Tout est dit. ». Tout est dit car tout est amalgame. L’équivalence des adjectifs “juif” et “israélien”, “juif” et “sioniste”, “juif” et “riche” etc. Latent, alimenté par de tels amalgames, l’antisémitisme n’est toujours pas mort.

Un antisémitisme sans doute couplé de jalousie pour une réussite sociale qui ne peut faire que des envieux.

Arthur est assez simple dans son expression et même n’hésite pas à dénoncer la passivité de quelques journaux comme “Le Monde” qui n’a émis aucun commentaire en retranscrivant le 8 janvier 2004 les propos de Dieudonné, ou comme “Le Point” et “Le Nouvel Observateur” qui ont laissé sur leur site Internet des commentaires franchement nauséabonds, ou encore à reprocher à Wikipédia ou au site du “Figaro” de relayer des rumeurs sans fondement et à Martine Aubry, maire de Lille, ville où a eu lieu un de ses spectacles, de ne pas avoir réagi.

Une identité parmi d’autres

Si tous ses mots, ses phrases sont un peu maladroits, Arthur a attendu l’avant-dernier paragraphe pour justifier très banalement son identité, sans commenter plus :

« Je m’appelle Jacques Essebag. Je suis né le 10 mars 1966 à Casablanca. Durant la guerre des Six-Jours, ma famille a quitté le Maroc pour s’installer dans la patrie des droits de l’Homme. Je suis français. » ajoutant pour conclure ceci : « Jamais je n’aurais imaginé que dans mon propre pays, dans ce pays que j’aime tant, dans ce pays qui m’a tant donné et auquel j’essaie de rendre un peu, on puisse manifester contre moi uniquement parce que je suis juif. ».

Mémoire courte ?

Vouloir faire d’Arthur le représentant du sionisme, le comploteur-”contempleur” du gouvernement israélien et le contempteur de la cause palestinienne relève d’une rare stupidité, celle de la projection de fantasmes sur un homme seul, peu impliqué (« Cet attachement à Israël ne me donne pas le droit de me mêler et de donner mon avis sur la politique israélienne en étant confortablement installé à Paris. » voir ici) uniquement en raison de son origine juive.

Certains êtres humains auraient-ils donc la mémoire si courte ?

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 mars 2009)

Pour aller plus loin :

Tribune d’Arthur dans Le Monde du 9 février 2009.

Le climatologue Jean Jouzel nobélisé par le journal “Le Monde” ?

Encore une erreur de journaliste sur un sujet important, l’avenir du Palais de la Découverte.

Dans son édition datée du 26 mars 2009, le journal “Le Monde” annonce dans une courte dépêche la nomination de Claudie Haigneré pour la mission de fusion du Palais de la Découverte et de la Cité de la Villette.

Pour développer, il cite alors une lettre écrite par vingt-sept scientifiques de grand renom dont quatre prix Nobel. Il énumère donc Albert Fert, Claude Cohen-Tannoudji et Jean-Marie Lehn, mais se glisse aussi… Jean Jouzel, climatologue et glaciologue de l’Institut Pierre Simon de Laplace au CEA.

Je cite :
« dont les prix Nobel Albert Fert, Claude Cohen-Tannoudji, Jean Jouzel ou encore Jean-Marie Lehn ».

Or Jean Jouzel, médaille d’or du CNRS, n’est pas prix Nobel. Et “Le Monde” a oublié de citer François Jacob, de l’Institut Pasteur, lui prix Nobel.

La cause de l’erreur est assez simple… Sur le document fourni à la presse, dans la liste, Jean Jouzel figurait juste après François Jacob (ordre alphabétique).

Oui, mais “Le Monde” n’a pas tout à fait tort non plus car Jean Jouzel est aussi membre du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental) qui a reçu en 2007 le prix Nobel de la Paix avec Al Gore… mais rien à voir avec un prix Nobel scientifique, même si les qualités scientifiques de Jean Jouzel sont incontestables (médaille d’or du CNRS).

Sur le Palais de la Découverte, voir ici.

Sylvain Rakotoarison (25 mars 2009)

Benoît Hamon, beau gosse énervé de Martine Aubry

Vus sur LCP ces extraits de déclarations : Martine Aubry fait du sexisme avec son jeune poulain-rival Benoît Hamon en présentant les listes européennes du PS. Elle dit en substance que Benoît Hamon n’a pas besoin d’être en première place puisqu’il va séduire toutes les femmes. Sourire pincé de Benoît Hamon sur le beau mot qui, en inversant les sexes, aurait provoqué un scandale.

Puis, quelques jours plus tard, dans une émission politique, Benoît Hamon devient glacial et explique que Martine Aubry a eu tort d’employer ce ton avec lui car il veut être reconnu pour ses responsabilités politiques et pas pour sa jeunesse ou beauté masculine. La froideur de Hamon montre à quel point cet homme est dévorant d’ambition. Ce n’était pas nouveau depuis le congrès du PS, mais c’est confirmé.

Et pendant ce temps, le PS s’enlise toujours…

S. Rakotoarison (23 mars 2009)

Incompréhensions américaines (1) : 11 septembre 2001, Afghanistan et Irak

Les attentats du 11 septembre 2001, la guerre en Irak, les ambitions nucléaires de l’Iran : c’est le troisième et dernier volet d’un excellent documentaire sur les relations entre l’Iran et l’Occident à l’occasion du trentième anniversaire de la Révolution islamique. Une occasion de montrer de bien grandes inconséquences des gouvernements américains. Première partie.Je vous avais parlé de la première partie de l’excellent documentaire de Delphine Jaudeau, Paul Mitchell et Dai Richards “L’Iran et l’Occident” diffusée le 17 février 2009.

 

La deuxième partie portait sur la période entre 1982 (la guerre au Liban) et 2001 (les attentats du World Trade Center) diffusée le 18 février 2009 a été tout aussi passionnante.

Voici la troisième partie qui évoquait les relations entre l’Iran et le monde occidental de 2001 à 2006.

Encore des témoins à forte valeur ajoutée

Comme pour les deux précédents volets, des acteurs de premier ordre sont interrogés, entre autres : Vladimir Poutine en personne, des diplomates iraniens (dont l’ambassadeur d’Iran à l’ONU, Javad Zarif), le Ministre britannique des Affaires Étrangères Jack Straw, ses homologues américains Colin Powell et Condoleezza Rice, le diplomate britannique John Sawers, beaucoup de diplomates américains de haut rang (comme l’ambassadeur américain à l’OTAN Nicholas Burns devenu Sous-Secrétaire d’État pour les Affaires politiques, le conservateur et Sous-Secrétaire d’État John Bolton, le numéro 2 du Département d’État, aussi Sous-Secrétaire d’État, Richard L. Armitage, le directeur du Planning politique et délégué pour l’Iran Richard Haas) et aussi des diplomates d’autres pays européens comme le Haut représentant de l’Union Européenne, Javier Solana, et le Ministre allemand des Affaires Étrangères Joschka Fischer…

Si, du côté français, on appréciera le témoignage de Stanislas de Laboulaye, on regrettera l’absence d’intervention de quatre de nos Ministres des Affaires Étrangères de la période, à savoir : Hubert Védrine, Dominique de Villepin, Michel Barnier et Philippe Douste-Blazy et, plus généralement, on s’étonnera que ce documentaire donne très peu la place à la vision française des événements, en passant notamment sous silence l’intervention de Jacques Chirac le 18 septembre 2006 à l’ONU martelant : « Ne laissons plus les extrémistes dicter leur loi ! ».

Les attentats du World Trade Center

L’assassinat du commandant Ahmad Massoud, chef de guerre afghan, a conduit Vladimir Poutine à téléphoner à George W. Bush pour lui dire que selon ses informations, un grave événement allait avoir lieu de la part des islamistes.

Le Président russe s’entretenant avec le Président américain sur la situation en Afghanistan, c’est un tableau assez surréaliste quand on se souvient de la guerre froide deux décennies auparavant.

Et en effet, deux jours après, les attentats du 11 septembre 2001 sur le sol américain, attribués à la mouvance islamiste sunnite Al-Qaïda, terrorisaient le monde entier.

Saisissant cet événement, l’Iran a été parmi les plus rapides à exprimer sa compassion envers les victimes américaines. Voyant un moyen de se rapprocher des Américains, le Président iranien Khatami a condamné les attentats, parlé de chagrin et affirmé que l’Iran pleurait les morts américains.

Mieux : après le début des bombardements américains en Afghanistan (7 octobre 2001), l’Iran proposa aux Américains leur aide pour chasser les talibans en Afghanistan (également leurs ennemis). Colin Powell accepta et négocia en échange une levée partielle de l’embargo américain. Le 12 novembre 2001, grâce à l’aide iranienne, les Alliance du Nord prit Kaboul. L’Iran contribua avec les Occidentaux à mettre en place le nouveau gouvernement afghan du Président Hamid Karzaï.

Axe du mal et mal axé

Pendant deux mois, les Iraniens demandèrent donc un geste américain. Colin Powell, qui l’avait promis, ne parvint pas à avoir gain de cause. Richard Haas et Richard Armitage étaient d’accord mais Dick Cheney et Donald Rumsfeld contre.

Perdant une occasion de renouer les relations entre l’Iran et les États-Unis, le 29 janvier 2002, le Président George W. Bush, dans son discours sur l’état de l’Union, qualifia l’Iran d’axe du mal (avec l’Irak et la Corée du Nord). Pour l’Iran, c’est une nouvelle rupture.

L’Europe comprit cependant la nécessité de poursuivre les relations avec l’Iran.C’est surtout Jack Straw qui, avec ses homologues français Dominique de Villepin et allemand Joschka Fischer, garda le contact avec l’Iran pendant plusieurs années et chercha à convaincre les Américains de changer leur point de vue. En effet, les États-Unis ne voulaient pas traiter avec l’Iran tant que le régime théocratique n’était pas renversé. L’humiliation de la prise d’otages en 1979 était restée encore dans les mémoires.

 

Pourtant, l’Iran devenait essentiel pour réussir leur guerre en Irak. C’est ainsi que les Iraniens firent comprendre aux Occidentaux qu’ils proposaient leur aide aux Américains en Irak. Colin Powell avait été convaincu de l’intérêt stratégique de cette aide, mais il était assez seul au gouvernement américain.

Peu après la “fin” de la guerre en Irak, le 1er mai 2003, l’Iran fit une proposition d’accord très novatrice aux Américains : ces derniers annulaient les sanctions contre l’Iran et renonçaient à toute ingérence pour renverser la République islamique, et l’Iran transformerait le Hezbollah et le Hamas en partis politiques et aiderait à la résolution du conflit israélo-palestinien. Cette proposition était nouvelle car implicitement, l’Iran reconnaissait sa responsabilité dans les attentats islamistes en Israël et au Liban. Proposition rejetée par Colin Powell.

L’Europe, passerelle entre l’Iran et les États-Unis

En reprenant son bâton de pèlerin à Téhéran, Jack Straw eut alors ce dialogue surréaliste avec le Président Khatami : le ministre britannique lui reprochait de voir dans les défilés iraniens de grandes banderoles en anglais disant “à mort les Américains”. Et Khatami lui répondit fort étonnement : « Oui, mais je vous avoue que j’ai été soulagé car avant, il était écrit : “à mort Khatami !” », reconnaissant clairement les difficultés auxquelles il était avec les conservateurs de son propre pays.

En 2004, lors d’une réunion entre les Ministres des Affaires Étrangères européens et iranien, Jack Straw devait s’excuser de son absence car il devait s’occuper d’une affaire grave : la prise d’otage de soldats britanniques en Irak.

Et le documentaire montre alors le cynisme de Kamal Kharrazi, son homologue iranien, ironisant en constatant que le refus américain de l’aide iranienne en Irak avait été très peu responsable avec ces mots : L’Irak « est un environnement très dangereux. C’était plus sûr quand Saddam Hussein était au pouvoir. » avec un rictus très froid. John Sawers lui fit remarquait que Saddam Hussein avait tué de nombreux Iraniens et Kharrazi de lui répliquer : oui, mais qui lui a vendu des armes ?

L’Iran demandait un geste pour lever l’embargo car son aviation civile manquait de pièces détachées. Le problème des Européens était de trouver des contreparties suffisantes pour les Iraniens.

Colin Powell était favorable à un accord. Les Européens obtinrent donc un rendez-vous avec les Américains pour en parler, pensant y trouver une évolution de leurs positions. Le numéro deux du Département d’État Richard Armitage, modéré et proche de Colin Powell, les accueillit pour faire le lien (Armitage explique dans le documentaire : « Je les ai accueillis pour qu’ils sachent qu’il y a des gens raisonnables dans la diplomatie américaine. » !).

Mais finalement, la réunion fut présidée par le très conservateur John Bolton. Ce dernier n’écouta pas les Européens et lut seulement une déclaration officielle dans laquelle les États-Unis refusaient tout dialogue avec l’Iran.

Témoin participant à cette réunion, Stanislas de Laboulaye exprime avec un style très imagé l’attitude de John Bolton : « Bolton nous a écoutés avec un visage qui ne bougeait pas. (…) Le voilà en train de lire comme un fonctionnaire soviétique un papier de fermeture totale. » (Stanislas de Laboulaye sera quelques années après ambassadeur de France en Russie et il vient d’être nommé ambassadeur au Vatican il y a quelques mois). Richard Armitage explique alors que John Bolton avait été placé au Département d’État par Dick Cheney.

La guerre en Irak montra en effet l’enlisement des Américains dans un pays qu’ils connaissaient à peine.

Le risque nucléaire iranien

Malgré tout, Jack Straw obtint à l’arrachée un accord avec les Iraniens pour stopper pendant trois mois leurs activités avec les centrifugeuses capables d’enrichir l’uranium en échange d’un avancement des négociations sur la levée de l’embargo.

Jack Straw raconte alors de façon cocasse qu’il se trouvait quelques jours après dans un train de banlieue pour aller se reposer, au milieu d’autres passagers, quand il reçut un coup de téléphone de Kamal Kharraz qui lui demanda de revenir sur l’accord pour permettre à l’Iran d’utiliser quelques centrifugeuses pour faire de la recherche. Pour rester discret, Jack Straw avait dû aller dans les toilettes du train et a dû arrêter la communication car quelqu’un voulait trop obstinément sa place (« tambourinait à la porte pour que je lui cède la place ») et que la demande était beaucoup trop importante pour être traitée dans ces conditions (assis sur une cuvette !). Jack Straw refusa par la suite, car il apprit que deux ans de recherche pouvait suffire pour avoir la compétence sur l’enrichissement de l’uranium.Cette anecdote illustre à quel point les diplomates européens, unis à propos de l’Iran (et refusant à tout prix la division provoquée par la guerre en Irak) étaient convaincus de l’importance de renouer avec l’Iran et surtout de convaincre les États-Unis.

 

Dans le prochain article sur ce sujet, l’arrivée de Condoleezza Rice qui changea les vues américaines sur la question iranienne.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (3 mars 2009)

Pour aller plus loin :

De quoi fouetter un Shah (18 février 2009).

N’oubliez pas le Guide (20 février 2009).

Incompréhensions américaines (1) et (2).

Émission de France 3 “L’Iran et l’Occident” (17-18 février 2009).

Session de septembre 2006 à l’ONU : Bush, Ahmadinejad, Chirac.

Dennis Ross et les Iraniens.

Un émissaire français à Téhéran.

Gérard Araud.

Stanislas de Laboulaye.

Khatami candidat pour juin 2009.

Radio France et Jean-Paul Cluzel, nouveau symbole de l’indépendance ?

Le mandat du président de Radio France, Jean-Paul Cluzel, se termine le 12 mai 2009. Candidat à son renouvellement, avec un bilan très positif et une vision d’avenir très élaborée, il devra faire face à des impondérables politiques.

Au milieu du mois de janvier 2009, les employés de Radio France avaient la drôle de surprise de découvrir que leur patron venait de poser torse nu en tenue de catcheur pour un calendrier dont les bénéfices iront à l’association Act’Up. Précisément pour le mois de mars 2009.

Ses engagements personnels

Certes, Jean-Paul Cluzel, président de Radio France depuis le 12 mai 2004, est libre de ses initiatives et sa participation dans ce calendrier avait été anonyme (son visage étant caché) et surtout à titre personnel, pas en tant que l’un des principaux responsables de l’audiovisuel public français.

Oui mais le “secret” a été vite dévoilé, ce qui ne le gênait pas outre mesure puisqu’il a toujours assumé ses actes, mais cela pouvait mettre mal à l’aise ses collaborateurs à un moment crucial pour Radio France puisque son mandat se termine et qu’il en désirerait le renouvellement, cette fois-ci directement décidé par l’Élysée et le Conseil des ministres en raison de la réforme de l’audiovisuel public promulguée le 5 mars 2009. Une première pour son application.

Le 11 mars 2009, il a cependant reconnu que son implication dans ce calendrier était une « erreur d’appréciation », surtout parce qu’il n’avait pas besoin de cela pour assumer sa propre identité qu’il résume en trois mots : « gay, catholique et libéral ».

Jean-Paul Cluzel n’a en effet jamais caché son homosexualité et a toujours souhaité aider ceux qui luttaient contre l’homophobie et aussi ceux qui aidaient à prévenir le sida. Il a par ailleurs été très attentif à la diversité, jusqu’à instaurer une “fête de la diversité” le 20 janvier dernier au sein même de son entreprise. Sans doute une conviction très ancienne qu’il s’est forgée au cours de ses deux années d’études aux États-Unis.

Un grand commis de l’État

Jean-Paul Cluzel, 62 ans, fils de quincaillier, est entré major à l’ENA. Parmi ses camarades de la même promotion, il y a l’ancien Premier Ministre Alain Juppé et l’ancien Ministre de la Justice Dominique Perben mais aussi Jérôme Clément (président de Arte), Louis Gallois (président de EADS) et Jean-Cyril Spinetta (président d’Air France). Jean-Paul Cluzel est généralement considéré comme un chiraquien proche d’Alain Juppé (la première fille d’Alain Juppé est même sa filleule).

Il a travaillé auprès de Jean François-Poncet lorsque ce dernier était Ministre des Affaires Étrangères de Valéry Giscard d’Estaing, puis a dirigé le cabinet de Bernard Bosson, Ministre délégué aux Affaires Européennes lors de la première cohabitation. Par la suite, il a dirigé l’Opéra de Paris pendant trois ans avant d’assumer trois mandats de la présidence de Radio France Internationale (de décembre 1995 à mai 2004), ne finissant pas son dernier mandat car appelé à diriger Radio France par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) à la suite de la démission de son prédécesseur, Jean-Marie Cavada, car devenu candidat UDF aux élections européennes du 13 juin 2004.

Un bilan flatteur

Le bilan du mandat de Jean-Paul Cluzel à Radio France est plus que flatteur : il a réussi à donner à France Inter une audience en hausse en concurrence directe avec RTL en baisse sensible depuis quelques années. De 13 à 14 millions d’auditeurs écoutent chaque jour l’une des nombreuses stations de Radio France (notamment France Inter, France Info, France Culture, France Musique, le réseau des radios locales avec France Bleue et ses radios thématiques).

Mais son meilleur bilan est sans doute un meilleur climat social : le nombre de jours de grève est passé de 4 500 en 2004 à 150 en 2008. Un bilan étonnant quand on sait que par ailleurs, avec clarté et courage, il a voulu réformer cette entreprise gérée alors de manière très archaïque, où les syndicats faisaient la loi (jusqu’à inscrire dans des accords d’entreprise la non-suppression de poste dans tel ou tel service).

D’ailleurs, c’est même ce 17 mars 2009 que Radio France a annoncé une initiative qui va  dénoncer la convention collective de l’audiovisuel public, une convention qui allait de toute façon perdre de son intérêt technique avec la fusion des sociétés de France Télévisions dans sa holding.

Cette modernisation nécessaire de l’administration d’une société de droit privée qui est essentiellement financée de la redevance (donc par les contribuables) a été en partie réussie grâce à la nomination d’une direction efficace et à la politique d’une véritable direction des ressources humaines qui a défini sa propre vision indépendamment des corporatismes internes tout en maintenant une certaine souplesse dans les relations avec les syndicats. Un dosage bien délicat qui est une véritable performance et un succès pour Jean-Paul Cluzel.

Autre succès à mettre à l’actif de la mandature de Jean-Paul Cluzel, c’est la mise en place d’une véritable synergie tant entre tous les services qu’entre les différentes entités de Radio France, ce qui renforce l’efficacité et la motivation des ressources humaines et améliore la qualité du service public.

Une vision claire de l’avenir

Depuis plusieurs semaines, Jean-Paul Cluzel travaille d’ailleurs sur la société Radio France de la prochaine décennie et a déjà pointé deux enjeux cruciaux dans le développement de l’entreprise :

1. la radio numérique, qui va être nécessaire pour maintenir la concurrence avec les radios privées (RTL, Europe 1 etc.) même si le mode numérique se fera beaucoup plus douloureusement que pour la télévision (car il faudra remplacer tous les postes de radios et d’autoradios, ce qui va être coûteux pour l’auditeur qui ne verra pas beaucoup d’avantages par rapport à l’analogique) ;

2. et le développement des applications sur Internet (radio en direct etc.) avec des problèmes liés à la propriété intellectuelle pour les rediffusions.

Des attaques bien maigres face aux enjeux actuels

Alors, évidemment, quand on s’aperçoit de ce qui vient d’être dit et qu’on observe parallèlement la mousse médiatique qui entoure la première application de la réforme de l’audiovisuel public, on peut s’en étonner. La Ministre de la Culture Christine Albanel a même reconnu le 9 mars 2009 sur France Culture la nécessité d’avoir de bons arguments contre Jean-Paul Cluzel.

Car on reprocherait à Jean-Paul Cluzel deux ou trois choses assez futiles comparées aux réussites dont il est à l’origine, et en particulier :

1. Ce fameux calendrier dont il reconnaît aujourd’hui que c’était sans doute une erreur (cela montre au moins qu’il est un homme indépendant et courageux pour l’avoir fait mais qu’il sait aussi reconnaître ses erreurs).

2. Les chroniques impertinentes de Stéphane Guillon (en particulier sur Dominique Strauss-Kahn, sur Martine Aubry, et sur le voyage présidentiel au Mexique), un chroniqueur dont il s’est récemment démarqué, considérant la préservation de la vie privée des hommes politiques comme une valeur sacrée.

3. Et aussi quelques problèmes judiciaires avec deux audiences aux prud’hommes prévues les 11 mars et 27 avril 2009 pour des licenciements et une comparution le 25 mars 2009 devant une juge d’instruction du tribunal de grande instance de Paris pour une affaire très mineure de chahut entre animateurs d’une radio thématique.

Absence de contrat adapté à l’audiovisuel

L’un des enjeux de ces audiences, d’ailleurs, concerne le type de contrat que peuvent avoir des chroniqueurs ou animateurs maison. Ce sont en principe des CDD (contrats à durée déterminée) pour la saison (des “contrats de grille”), reconductibles en fonction de la reconduction de la grille pour l’année suivante.

Or, souvent, au bout de plusieurs années, en cas de non-reconduction (ou de départ à la retraite), ces personnes demandent (et obtiennent) la requalification de leurs CDD en CDI (contrat à durée indéterminée), ce qui, en principe, est normal dans un emploi classique mais moins évident pour des emplois dans l’audiovisuel.

Ce problème récurrent, qui touche autant l’audiovisuel public que privé, pourrait être résolu par la mise en place de contrats sur le même modèle que le “contrat de projet” mis en place par François Fillon dans sa loi de modernisation de l’économie du 4 août 2008 (loi 2008-776).

La nécessité d’un grand manager non politisé

La gestion d’une entreprise comme Radio France, qui compte 4 000 collaborateurs pour un budget de 600 millions d’euros, deux orchestres et un chœur, est loin d’être un job pour un journaliste. Michèle Cotta nommée par François Mitterrand en 1981 l’avait reconnu et Jean-Marie Cavada l’avait aussi compris (il n’a pas laissé un souvenir impérissable aux employés sinon la grève record des journalistes de 18 jours en début 2004, au contraire de Jean-Noël Jeanneney, futur ministre, très apprécié encore des salariés de Radio France). C’est d’abord le job d’un grand commis de l’État suffisamment sûr de lui pour savoir mener la barque selon sa propre vision.

Alors, il est sûr que les procès d’influence politique sont un peu absurdes.

D’une part, considérer Jean-Paul Cluzel comme se laissant influencer par les “gauchistes” est un peu drôle : il suffit de regarder les tracts des syndicats pour s’apercevoir que Jean-Paul Cluzel est la cible privilégiée de ces “gauchistes” qui dénoncent en permanence son “libéralisme” même si, étrangement, la CGT commence à se rendre compte que Jean-Paul Cluzel serait finalement un meilleur président de Radio France qu’un homme trop partisan qui pourrait lui succéder.

D’autre part, le considérer comme “de droite”, ce qui, culturellement, est sans doute vrai, c’est oublier que les journalistes, les éditorialistes et les animateurs ont tous de forte personnalité et se laissent rarement dicter leur propre conduite (et Stéphane Guillon en premier lieu).

Qui pour 2009-2014 ?

Alors, qui va être nommé pour les cinq prochaines années ? Un gestionnaire ou un journaliste ? Un homme de radio ou un homme alibi ?

Parmi les noms qui circulent, il y a Bruno Patino (44 ans, IEP, ESSEC, actuel directeur de France Culture depuis le 16 septembre 2008 et ancien président du “Monde Interactif” et de “Télérama”), David Kessler (50 ans, normalien, énarque au Conseil d’État, son prédécesseur à France Culture et actuel directeur général délégué de Radio France pour la stratégie et les contenus), Jean-Marie Colombani (60 ans, IEP, ancien directeur du “Monde”), Laurent Joffrin (56 ans, IEP, directeur de “Libération” et ancien directeur du “Nouvel Observateur”), Denis Olivennes (48 ans, normalien, énarque de la Cour des Comptes, directeur du “Nouvel Observateur”, ancien président de la FNAC et ancien collaborateur de Pierre Bérégovoy, il a fait partie des “Gracques” qui soutenaient une alliance entre François Bayrou et Ségolène Royal), Chrisophe Barbier (42 ans, normalien, directeur de “L’Express”), Denis Jeambar (61 ans, directeur des Éditions du Seuil, ancien président du groupe Express-Expansion, ancien directeur d’Europe 1 et du “Point”), Jean-Luc Hees (57 ans, ancien directeur de France Inter)…

…ou finalement Jean-Paul Cluzel

devenu au fil des derniers jours le symbole de l’indépendance de la radio publique et dont le bilan aurait été reconnu à sa juste valeur ? 

On pourrait en effet supposer que les besoins de la continuité dans la modernisation de la gestion passeraient avant des considérations purement politiques. C’est en tout cas ce qu’il a tenté de plaider auprès de l’Élysée hier soir.

Après tout, parmi les camarades de promotion de Jean-Paul Cluzel à l’ENA se trouve aussi Christian Frémont, qui n’est autre que le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République… et le retour d’Alain Juppé sur le plan national pourrait aussi favoriser son maintien.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 mars 2009)

Pour aller plus loin :

Une erreur de Nicolas Sarkozy.

La photo qui dérange.

Rude journée pour Jean-Paul Cluzel (17 mars 2009).

Pour approfondir et préciser le sujet de cet article.

L’avenir de Radio France par ses auditeurs.

L’avenir de Radio France selon Jean-Paul Cluzel.

 

Le putsch malgache du 17 mars 2009

C’est fini. La légalité constitutionnelle a perdu. Marc Ravalomanana, le Président de Madagascar, élu démocratiquement en 2006, a démissionné ce 17 mars 2009 et a remis les pouvoirs à l’amiral Hyppolite Ramaroson.

Depuis plus de deux mois, la Grande Île marche la tête à l’envers. Ce week-end, l’opposant démagogue a gagné son pari : renverser le Président Marc Ravalomanana, constitutionnellement élu.

Marc Ravalomanana, isolé politiquement, géographiquement et militairement depuis trois jours, était prêt à perdre sa vie pour rester Président. Andry Rajoelina refusait tout compromis tant que Ravalomanana n’avait pas démissionné. L’un avait la légitimité constitutionnelle, l’autre celle de la rue qu’il opposait à celle des urnes.

La crise malgache a déjà été la cause de cent trente-cinq morts dans le pays. C’est un bilan impressionnant pour un peuple pacifique, mais heureusement, les évolutions de la crise qui ont le plus marquées institutionnellement Madagascar n’ont engendré à ce jour aucun mort.

Une mutinerie dans l’armée en faveur de l’opposant

Ces évolutions, elles sont pourtant un peu comme des pas d’éléphants dans un magasin de porcelaine.

Si depuis la mi-février 2009, le mouvement populaire s’essoufflait auprès de l’opposant Andry Rajoelina à Tananarive, les agitations s’étaient multipliées en province et l’armée, qui s’était mutinée, commençait maintenant à agir en soutenant l’opposition, d’autant plus facilement que le Ministre de la Défense Mamy Ranaivoniarivo avait dû démissionner après un mois d’exercice. L’armée est désormais dirigée par un chef d’état-major choisi par les mutins, le colonel André Andriarijaona.

L’armée a pris en effet clairement position en faveur de l’opposition, ce qui explique peut-être a posteriori la mollesse de réaction de Marc Ravalomanana depuis deux mois, à mettre sans doute sur le compte d’une sage prudence.

Mais la plus récente surprise fut certainement la décision de Jacques Sylla, Président de l’Assemblée Nationale, ancien Premier Ministre de Marc Ravalomanana de 2002 à 2007 et ancien Ministre des Affaires Étrangères du Président Albert Zafy, de rejoindre les opposants (même physiquement en se rendant sur la place du 13-Mai le 14 mars 2009).

Une accélération dans la prise de pouvoir insurrectionnelle

Samedi 14 mars 2009, les partisans d’Andry Rajoelina avaient déjà réussi à s’emparer du palais de Mahazoarivo, le siège du Premier Ministre Charles Rabemananjara qui avait déserté les lieux. Sans coup férir donc. Cela a été l’occasion pour la prétendue Haute autorité de transition de déclarer déchus non seulement le Président de la République et le gouvernement mais aussi l’Assemblée Nationale et le Sénat.

Dimanche 15 mars 2009, Marc Ravalomanana avait annoncé un référendum sur son maintien ou pas (dont il avait précisé les contours au Conseil des ministres du 16 mars 2009). Mais dans un pays en proie à tant de désordres politiques, un scrutin rapidement organisé risquait d’être difficilement réalisable. Parallèlement, Andry Rajoelina, au nom de lui-même, avait mis en état d’arrestation le Président constitutionnel.

Lundi 16 mars 2009, l’affaire était beaucoup sérieuse, puisqu’en fin de journée, l’armée s’était emparé du palais présidentiel d’Ambohitsorohitra occupé d’ordinaire par le Président (mais qui n’est en fait que l’ancienne mairie de Tananarive en plein centre ville, enjeu d’une fusillade qui a fait une trentaine de morts le 7 février 2009). Les chars et les journalistes l’ont accompagnée sans effusion de sang puisque les militaires savaient que Marc Ravalomanana n’y siégeait pas à cette heure-là. Il s’était en effet réfugié dans le vrai palais présidentiel, celui d’Iavoloha, situé à une quinzaine de kilomètres du centre de la capitale et protégé par la garde présidentielle. L’armée ne comptait pas l’y déloger par la manière forte pour éviter toute violence.

Mardi 17 mars 2009, le chef des opposants Andry Rajoelina s’est installé dans le palais présidentiel d’Ambohitsorohitra avec la protection des militaires. Et à Iavoloha, le Président Marc Ravalomanana a jeté l’éponge après une série d’erreurs politiques et tactiques très étonnantes : il vient de démissionner et de remettre le pouvoir au militaire le plus ancien dans le plus haut grade, à savoir l’amiral Hyppolite Ramaroson.

Incrédulité

C’est donc bien un véritable coup d’État qui se déroule sous les yeux incrédules et désabusés du peuple malgache qui ne sait pas quoi vraiment penser.

De moins en moins de Malgaches considèrent que la venue au pouvoir d’Andry Rajoelina résoudra les problèmes économiques, d’autant plus qu’il a montré sa dévorante ambition et finalement, sa capacité à user et abuser des mêmes méthodes que celui qu’il contestait.

La main de la Francafrique ?

Beaucoup de Malgaches croient d’ailleurs voir dans ce putsch la main de la France. Pour dernière preuve, le fait d’avoir accepté, la semaine dernière, de recueillir Andry Rajoelina comme réfugié politique à l’ambassade de France à Madagascar avant de le remettre à l’évêché de Tananarive. Beaucoup avaient aussi reproché à Bernard Kouchner d’être entré en contact il y a quelques mois avec Roland Ratsiraka, le neveu du dictateur communiste et l’un des principaux opposants de Marc Ravalomanana à l’élection présidentielle de décembre 2006.

Cependant, il y a fort à parier que la France se désintéresse totalement du sort de Madagascar et que les pays anglo-saxons et asiatiques sont bien plus soucieux de son sort au moins économique. Cela ne semble en tout cas pas actuellement une priorité du Président Nicola Sarkozy. Et échaudée par ses hésitations pour reconnaître la légitimité de Marc Ravalomanana en 2002, la France risque bien de précipiter sa reconnaissance d’une situation de fait et pas de droit.

Un pas vers l’inconnu

Bref, avec la démission de Marc Ravalomanan, la situation politique va entrer dans une période de grande incertitude institutionnelle, et, grâce à l’appui de l’armée, le sort de Madagascar semblerait s’orienter en faveur d’Andry Rajoelina, jeune tribun populiste et futur dictateur de la nouvelle espèce.

Comme cela s’est fait pour la Mauritanie et plus récemment pour la Guinée-Bissau, la suspension probable des aides financières internationales va avoir de graves conséquences sur la vie du peuple malgache.

« Putsch : Coup d’État ou soulèvement organisé par un groupe armé en vue de s’emparer du pouvoir. » (Petit Larousse)

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 mars 2009)

Pour aller plus loin :

Inquiète malgache (27 janvier 2009).

La révolution orange voit rouge 1 (11 février 2009).

La révolution orange voit rouge 2 (11 février 2009).

Orange glauque 1 (19 février 2009).

Orange glauque 2 (19 février 2009).

Informations sur Madagascar.

 

Chasseur alpin, courageux jusqu’au bout de la vie

Des morts ont-elles plus de sens que d’autres ?…

Aussi étrange que ça puisse me paraître, je suis membre de l’amicale des anciens chasseurs alpins, plus précisément du 27e bataillon de chasseurs alpins d’Annecy.

Ce bataillon fait partie de la Force d’action rapide, la FAR, et est un bataillon d’élite. Je le dis en toute modestie puisque ce n’est évidemment pas grâce à moi qu’il est d’élite !

Lorrain, j’avais peu de chance d’y être affecté. Les destinations sont généralement plus communes, comme en Allemagne, à Colmar ou à Bitche. Je m’y suis trouvé d’autant plus par hasard que j’en connaissais à peine l’existence.

Certains compagnons avaient demandé de longue date cette affectation et en étaient fiers. Certains venaient même des Vosges.

Et c’est vrai qu’aux yeux des habitants d’Annecy, être chasseur alpin était très bien vu, était presque un honneur que je mesurais. C’était ce bataillon qui avait déblayé le camping du Grand-Bornand quand il y a eu cette triste coulée de boue qui a fait vint et un morts le 14 juillet 1987 et avait aidé les habitants et les touristes lors de cette brutale crue.

Moi qui regrettais de “perdre” un an pour faire le service militaire, j’y trouvais une certaine cohérence. Bataillon éthique aussi : le capitaine demandait à tout le monde de l’avertir si un petit gradé cherchait à nous humilier. Pas d’humiliation chez nous, notre réputation devait rester excellente. Cela devait être très différent à Colmar ou Bitche…

Cohérence par exemple dans l’uniforme : l’uniformité est un critère de solidarité. C’est vrai que ça a l’air peu pertinent de l’extérieur, mais ça soude à l’intérieur. Illustration : un des soldats a froid et demande à mettre son foulard rouge. Si tous ses camarades sont d’accord, alors toute la petite troupe en sortie met son foulard. Idem pour une mèche de cheveux qui dépasse : si les autres l’acceptent, on ne la lui coupe pas (il l’a donc gardée). Bref, ce n’est pas un paramètre irrationnel, c’est juste un mode de management particulier. Et d’efficacité éventuellement (en cas de combat).

Je suis resté cependant bien incapable de marcher au pas, sans doute un réel problème psychologique, mais malgré mon aversion pour les armes à feu, j’étais parmi les meilleurs en démontage/montage de Famas (fusil mitrailleur, la “kalachnikov française”), question rapidité je précise.

Finalement, ce fut une période très instructive de ma vie : malgré la vie collective dont la promiscuité et le conformisme de groupe m’étaient pénibles, ce séjour à Annecy m’a permis de faire de belles randonnées en montagne avec de beaux paysages, de faire de belles rencontres aussi (le service militaire était sans doute le meilleur lieu du brassage social, dommage pour cette raison de l’avoir supprimé sans l’avoir remplacé par un service civil ne serait-ce que de quelques semaines), et de faire du sport comme jamais je n’en ferai plus.

La patrie, ce n’est pas non plus un vain mot : je me suis recueilli sur le plateau des Glières et j’ai pris conscience des durs combats au moment de la Libération, au cours desquels le lieutenant Tom Morel (29 ans) a été tué (lors d’une opération de résistance). C’étaient des jeunes patriotes qui ont, pour beaucoup, perdu la vie pour ma liberté. Que le Président de la République ait voulu en faire un lieu symbolique pouvait être pertinent. Que Nicolas Sarkozy ait cherché à récupérer ce lieu juste avant le second tour de l’élection présidentielle, cela aurait pu être bien sûr discutable.

Tom Morel, c’était précisément le nom de la caserne où je séjournais.

Le colonel qui commandait à l’époque le 27e bataillon était absent car il était en mission au Liban. À l’époque où les troupes françaises étaient à l’arrière-garde.

On nous proposait même, sous réserve de motivation, en tant qu’appelés, d’y aller pour six mois. Pour certains, c’était le paradis : quatre mille francs par mois au lieu des très faibles deux cents francs (oui, en francs). On nous disait qu’il n’y avait pas de risque, ou que la probabilité de combat ou d’attentat était très faible.

Je me disais cependant qu’il fallait être vraiment dans l’inconnu de son devenir, sans projet professionnel, pour se jeter ainsi, sans beaucoup de préparation, dans une nasse toujours incertaine. Moins d’une décennie auparavant, le 23 octobre 1983, cinquante-huit parachutistes français y étaient victimes d’un attentat islamiste qui traumatise encore l’armée française (le même jour, deux cent cinquante-six marines américains avaient perdu la vie au cours d’un autre attentat).

Samedi dernier, 14 mars 2009, à quinze heures trente (heure de Paris), le conducteur d’un char blindé a explosé lors d’un tir de roquette antichar taliban dans la vallée d’Alassaï, en Afghanistan (au nord-est de Kaboul).

C’est le vingt-septième soldat français qui meurt en Afghanistan depuis 2002.
Et quatre soldats américains sont morts le même jour que lui.

Il était soldat au 27e bataillon de chasseurs alpins.

Il s’appelait Nicolas Belda. Il était originaire d’Albi puis avait passé sa scolarité en Auvergne. Il avait rejoint Annecy en 2004, était devenu caporal en 2006 et avait déjà effectué des missions de reconnaissance en Guyane et au Tchad.

Il avait 23 ans.

Quand on s’engage dans l’armée, on se préparerait à mourir ?
Eh bien, demandez à ses parents et à ses amis…

Silence et une pensée pour les proches.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 mars 2009)

Pour aller plus loin :

Mort d’un soldat français en Afghanistan.

27e soldat.

27e bataillon de chasseurs alpins.

Nicolas Sarkozy au plateau des Glières le 4 mai 2007.

 

Incompréhensions américaines (2) : le nucléaire iranien

Les attentats du 11 septembre 2001, la guerre en Irak, les ambitions nucléaires de l’Iran : c’est le troisième et dernier volet d’un excellent documentaire sur les relations entre l’Iran et l’Occident à l’occasion du trentième anniversaire de la Révolution islamique. Une occasion de montrer de bien grandes inconséquences des gouvernements américains. Seconde partie.

Suite de la première partie de “Incompréhension américaine”.

Une nouvelle proposition des Iraniens (secrète et révélée par John Sawers, mais jamais démentie par l’Iran) visait à mettre fin aux attentats islamistes contre les soldats occidentaux en Irak en échange de l’abandon de toute protestation contre leur programme nucléaire civil. Une proposition inacceptable (accueillie à la Maison Blanche avec la conviction que la seule issue serait militaire) mais qui confirmait, pour ceux qui en doutaient encore, que l’Iran était bien à l’origine des difficultés en Irak (et même pour la formation du gouvernement irakien, les Iraniens faisant pression par chiites interposés).

Du nouveau avec Condoleezza Rice

En février 2005, Colin Powell quitta le Département d’État et c’est Condoleezza Rice qui reprit la direction de la diplomatie américaine. Beaucoup plus intelligente, elle a demandé à un fidèle, Nicholas Burns, de faire l’inventaire des compétences sur l’Iran. Ce dernier raconte : « J’ai fait mon enquête et je lui ai dit qu’il n’y a personne dans ce ministère qui se consacre à ce pays alors que c’est le pays actuellement l’un des plus importants. Elle a été atterrée. ».

Malgré ses bonnes relations avec Condoleezza Rice, Jack Straw dut quitter le Ministère britannique des Affaires Étrangères le 5 mai 2006 à la demande de Tony Blair (les travaillistes venaient de subir une grave défaite aux élections locales ; Jack Straw sera ensuite nommé Ministre de la Justice le 28 juin 2007 par Gordon Brown ; au Foreign Office, il fut remplacé par Margaret Beckett).

À la stupéfaction des diplomates européens, après la réunion du groupe de travail USA-Europe du 9 mai 2006, Condoleezza Rice annonça le 31 mai 2006 l’accord des Américains pour renouer avec les Iraniens et proposa même des contreparties beaucoup plus audacieuses. Pour la première fois depuis trente ans, les États-Unis renonçaient à renverser le régime iranien.

Pendant tout l’été, Javier Solana pour l’Union Européenne et Ali Laridjani pour l’Iran entamèrent des discussions.

Les premières négociations en direct entre Américains et Iraniens devaient se faire concrètement en septembre 2006 à l’occasion de la session de l’ONU à New York. Au dernier moment, juste avant le week-end, les Iraniens demandaient des visas à trois cents Iraniens qui devaient faire partie de la délégation. Rice mobilisa le consulat américain à Berne pour les faire obtenir à temps.

Le lundi 18 septembre 2006, l’avion de ces trois cents diplomates iraniens n’avait pourtant pas décollé de Téhéran. À la place, le lendemain, le Président iranien en personne, le nouveau, conservateur et populiste, élu en 2005, Ahmadinejad, prenait la parole sur le sol américain et fit une déclaration fortement anti-américaine se moquant des États-Unis en Irak et défendant le programme nucléaire civil iranien.

Juste avant, George W. Bush avait tenu au contraire des propos mesurés en disant son admiration et son respect pour le peuple iranien (« Vous méritez d’avoir la chance de décider de votre propre avenir, d’avoir une économie qui récompense votre intelligence et vos talents et une société qui vous permette d’utiliser votre énorme potentiel. ») et en déclarant : « Nous cherchons une solution diplomatique pour qu’un jour, vous puissiez vivre en liberté quand l’Amérique et l’Iran seront amis et œuvreront pour la paix. ».

George W. Bush avait également adressé ce message aux musulmans du monde entier : « Mon pays veut la paix. (…) Nous respectons l’islam. » après avoir dénoncé « les extrémistes qui veulent faire croire que l’Occident est engagé dans une guerre avec l’islam pour justifier leurs actes de terreur. », ce qui changeait de mots comme “croisades” ou “axe du mal” qui semblaient plus dans le registre guerrier.

Ali Laridjani (qui fut candidat à l’élection présidentielle iranienne et considéré comme un modéré), chargé des négociations à propos du nucléaire iranien, fut remplacé par un plus dur, Saïd Jalili, vice-Ministre iranien des Affaires Étrangères, le 20 octobre 2007.

Alors qu’entre 2002 et 2005, sous l’impulsion du modéré Khatami, l’Iran était demandeuse de relations avec les États-Unis, ces derniers les refusaient. À partir du moment où ils ont compris l’importance stratégique de renouer, il était trop tard, les durs avaient pris le pouvoir à Téhéran et tout était à recommencer.

Khatami avait pourtant prévenu : « Plus on attend, et plus les ultras gagnent du terrain. ».

Et pour 2009-2012 ?

Le documentaire finit donc par une note très pessimiste : l’échec d’un début d’accord pacifique entre Américains et Iraniens, tant sur le nucléaire iranien que sur l’embargo américain.

Pourtant, une nouvelle fenêtre d’opportunités s’ouvre à l’horizon : l’élection de Barack Obama et la prochaine élection présidentielle en Iran, le 12 juin 2009.

Quel sera donc le quatrième volet pour plus tard ? La situation va évoluer beaucoup dans les prochains mois.

De nouveaux émissaires occidentaux en Iran

D’abord, l’élection de Barack Obama et l’arrivée de Hillary Clinton vont bouleverser la politique moyen-orientale des États-Unis. La désignation de Dennis Ross comme émissaire en Iran ne semble peut-être pas convenir aux dirigeants iraniens mais a le mérite de tenter de renouer le dialogue.

Un échange de dépêches le 10 février 2009 a montré un nouveau climat de détente entre l’Iran d’Ahmadinejad et les États-Unis d’Obama, à confirmer bien évidemment.

L’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder a, quant à lui, déjà rencontré fin février le Président iranien Ahmadinejad lors d’un séjour de deux jours à Téhéran.

Pour rester dans le jeu, le Président français Nicolas Sarkozy a lui aussi envoyé un émissaire en Iran en la personne de Gérard Araud, directeur des affaires politiques au quai d’Orsay (l’un des postes les plus influents), considéré par le journaliste Bernard Guetta comme le diplomate le plus capable même s’il est contesté par les pro-Palestiniens parce qu’il a été ambassadeur en Israël.

Une élection cruciale en Iran

L’autre élément-clef, c’est que l’Iran va également changer ses dirigeants. On sait que le chef suprême restera Khamenei, mais la vision du Président iranien est cruciale dans les relations entre l’Iran et l’Occident. En 2005, l’élection d’Ahmadinejad a cassé les espoirs de dialogue que venaient enfin d’envisager les Américains.

Le 12 juin 2009, Ahmadinejad va chercher à se faire réélire mais son impopularité grandissante (en raison de la situation sociale et aussi de son opposition théologique avec les mollahs) pourrait faire le jeu de son prédécesseur Khatami, beaucoup plus ouvert, ou de son successeur à la mairie de Téhéran, le conservateur Mohamed Baqer Qalibaf (13,9% en 2005), ou encore du diplomate conservateur modéré Ali Laridjani (5,8% en 2005) ou encore le réformateur Mehdi Karroubi (3e de peu en 2005 avec 17,2% derrière Rafsandjani 21,1% et Ahmadinejad 19,4%), candidats en 2009 selon la BBC.

Étonnant régime d’ailleurs que celui de l’Iran qui fait cohabiter à la fois une démocratie réelle (les résultats du premier tour du 17 juin 2005 l’attestent avec sept candidats qui ont obtenu de 4,4 à 21,0% avec une participation de 62,7% et prise en compte des 4,2% de votes blancs ou nuls) et une théocratie dont la clef de voûte est le Guide de la Révolution islamique, coopté à vie et en haut de l’édifice institutionnel.

Next…

Espérons donc pour conclure qu’il n’y aura plus autant d’occasions ratées que dans ces dix dernières années. Question d’unité de temps, sans doute.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (3 mars 2009)

Pour aller plus loin :

De quoi fouetter un Shah (18 février 2009).

N’oubliez pas le Guide (20 février 2009).

Incompréhension Américaine (1) et (2).

Émission de France 3 “L’Iran et l’Occident” (17-18 février 2009).

Session de septembre 2006 à l’ONU : Bush, Ahmadinejad, Chirac.

Dennis Ross et les Iraniens.

Un émissaire français à Téhéran.

Gérard Araud.

Stanislas de Laboulaye.

Khatami candidat pour juin 2009.

Détente entre Américains et Iraniens ?

Premiers jours de la “République Sarkozy”

La modernisation des institutions est désormais entrée en application. Rappel des quatre mesures phares concernant le travail parlementaire.

La révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 nécessitait quelques lois et lois organiques complémentaires avant d’être mise en application. Comme prévu, la réforme des institutions est désormais applicable depuis ce lundi 2 mars 2009. La première application concrète aura lieu ce mardi 3 mars après-midi.

Il n’est pas ici dans l’objectif de revenir en détail sur cette réforme et sur les lois organiques (cela fera l’objet d’un développement ultérieur beaucoup plus long) mais de rappeler un certain nombre de mesures concrètes auxquelles il va falloir s’habituer désormais, ou plutôt, auxquelles les parlementaires vont devoir s’habituer.

1. Les questions au gouvernement

La première application aura donc lieu ce mardi après-midi avec la séance de 15 heures des questions au gouvernement à l’Assemblée Nationale.

Jusqu’à aujourd’hui, le temps de parole (une heure chaque mardi et une heure chaque mercredi) était partagé par les différents groupes au prorata de leur représentation numérique, ce qui faisait mécaniquement une prédominance de questions provenant de la majorité qui, si elles sont loin d’être inutiles (chaque député cherchant aussi de défendre leurs dadas et leur circonscription), sont évidemment moins gênantes que les questions de l’opposition.

Un meilleur contrôle de l’opposition

Cette après-midi, donc, le temps de parole a été considérablement transformé en répartissant le temps pour moitié seulement à la majorité et pour moitié à l’opposition.

On peut donc dire que cette mesure qui avantage les groupes de l’opposition est une bonne mesure, qui améliore la démocratie et qui permet à l’opposition d’assurer un meilleur contrôle de l’action gouvernementale.

Une bipolarisation renforcée

Oui et non, en fait : si elle donne plus de “pouvoir” aux députés de l’opposition (ce qui est très bien), elle oblige aussi les groupes à se déclarer explicitement dans la majorité ou dans l’opposition. Ce qui, pour l’UMP, les socialistes, les radicaux de gauche, les écologistes et les communistes, paraît normal l’est nettement moins pour les rares députés du MoDem.

En effet, il a fallu donc définir ce qu’est un groupe de la majorité et ce qu’est un groupe de l’opposition, or le seul acte palpable correspond aux votes de confiance ou de motion de censure depuis le début de la législature, ce qui veut dire que chaque groupe devrait voter de manière homogène, ce qui contrevient à la liberté du parlementaire qui, contrairement aux États-Unis ou à l’Afrique du Sud par exemple, n’a aucun mandat impératif.

Ce principe même (de se définir à l’intérieur ou à l’extérieur de la majorité) est un principe qui renforce une bipolarisation (UMP-PS) déjà très soutenue et qui complique la démarche de parlementaires refusant tout dogmatisme et qui veulent se prononcer pour ou contre sur chaque texte concrètement, sans parti pris.

Par ailleurs, la mesure désavantage énormément les petits groupes se déclarant de la majorité puisqu’ils vont perdre proportionnellement quasiment tout leur temps de parole à moins que leur grand frère ne leur en octroie par bonne volonté (c’est le cas ici du Nouveau Centre).

Donc, en pratique et à court terme, cette mesure donne quelques questions supplémentaires aux groupes socialistes de l’Assemblée Nationale et du Sénat.

2. L’ordre du jour des assemblées

Élément crucial pour l’activité parlementaire, l’ordre du jour des séances de l’Assemblée Nationale et du Sénat était généralement décidé à Matignon ou à l’Élysée.

L’innovation consiste désormais à donner plus de poids aux parlementaires, essentiellement de la majorité, sur l’initiative des textes en discussion en réservant plus de temps pour les propositions de loi (d’initiative parlementaire) au détriment des projets de loi (d’initiative gouvernementale) avec également quelques séances dédiées à la discussion de texte provenant de groupes de l’opposition.

3. La nature des textes mis en discussion

Sans doute est-ce l’amélioration majeure du travail des parlementaires.

Avant d’être mis en discussion en séance publique pour le vote des articles, des amendements et le vote final, le texte (projet ou proposition de loi) est mis à l’étude au sein de la commission concernée et fait l’objet d’un rapport (chaque projet ou proposition a son “rapporteur”) et d’éventuelles modifications sur le texte d’origine.

Le problème, c’est que lorsque le projet de loi passait en discussion plénière, c’était sur la base de la première version, la version gouvernementale, ce qui, finalement, faisait considérer le travail des parlementaires de la commission concernée comme inutile.

Depuis le 2 mars 2009, donc, le texte qui sera mis en référence en séance publique ne sera plus le projet initial voulu par le gouvernement, mais le texte modifié et amélioré en commission. Cela fera faire déjà un gain de temps (beaucoup de modifications sont techniques sans enjeu politique) et une reconnaissance essentielle du travail en commission (qui pourrait même être public, puisque son importance est accrue).

Pour ceux qui ont déjà travaillé en groupe, il est inutile de rappeler que le travail en commission, où sont impliqués généralement des parlementaires spécialistes de sujets proches, est beaucoup plus efficace et technique que le travail en séance plénière où le grand nombre de parlementaires souvent peu concernés et peu connaisseurs du sujet rend plus difficile un débat déjà plus politisé.

Notons également que de nouvelles commissions ont été également prévues par la révision du 23 juillet 2008, notamment celle concernant les Affaires européennes, ce qui donnent de nouveaux moyens aux parlementaires pour étudier les textes à venir, et que la durée minimale entre le dépôt d’un texte et sa discussion en séance publique a été rallongée, donnant plus de temps aux commissions de l’étudier.

4. Les nominations en Conseil des ministres

Jusqu’à maintenant, toutes les nominations pour pourvoir aux emplois importants civils et militaires (dont le nombre a considérablement augmenté sous la Présidence de François Mitterrand à la veille de la première cohabitation en 1986) s’effectuaient sur décision du Conseil des ministres après proposition du ou des ministres concernés.

Beaucoup laissaient entendre (depuis De Gaulle) que ces nominations étaient souvent le fait du prince (plus précisément, du Président de la République) et apparemment, ces supputations seraient très peu éloignées de la réalité.

La réforme des institutions a donc introduit une très faible avancée par rapport à l’existant en permettant aux commissions parlementaires concernées (une de l’Assemblée Nationale et une du Sénat) non pas de prendre part aux nominations (comme cela se passe aux États-Unis pour la désignation même des ministres, on le voit avec les nominations malheureuses de Barack Obama), mais au moins de rejeter des nominations dans le cas où celles-ci sont très majoritairement contestables.

En effet, pour que le Parlement puisse refuser une nomination, il faut qu’au moins trois cinquièmes des membres des composition s’y opposent. Ce qui signifie forcément que des parlementaires de la majorité s’y opposent. Cela pourrait paraître invraisemblable mais ça dépend de ceux-ci surtout, et ça donne une petite garantie en cas de nominations très controversées.

C’est d’ailleurs par cette procédure que seront nommés les présidents des sociétés de l’audiovisuel public (Radio France, France Télévisions et France Monde) et qui a été présentée avec erreur par le Président Nicolas Sarkozy lors de son interview télévisée du 5 février 2009. Sa première application pratique aura lieu en mai.

Wait and see

J’ai choisi quatre sujets sur plusieurs dizaines de nouveautés. J’aurais pu aussi évoquer le droit d’amendement qui a fait l’objet d’un baroud d’honneur un peu ridicule de la part du groupe socialiste en janvier dernier afin de limiter les trop longues obstructions parlementaires que l’opposition pourrait faire subir au gouvernement (chaque “camp” en ayant eu dans sa propre histoire).

Cet article ne se focalisait que sur l’amélioration du travail parlementaire et ces principales mesures n’ont eu aucune opposition de fond lors de la discussion de la réforme au printemps 2008 (au contraire des questions relatives à l’Exécutif).

On verra donc avec le temps la manière dont les parlementaires vont s’approprier ces nouveaux outils et prendre par eux-mêmes un peu plus d’indépendance par rapport au pouvoir exécutif. Rendez-vous à la fin de cette législature.

D’ici là, La Chaîne Parlementaire propose une émission sur ce thème de la réforme du travail parlementaire le mardi 3 mars 2009 à 21 heures.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (3 mars 2009)

Pour aller plus loin :

Le sacre de la République Sarkozy.

Les institutions et leurs réformes.

Le droit d’amendement est-il menacé ? (26 janvier 2009).

Les nominations dans l’audiovisuel public.

La bipolarisation de la Ve République.


La première nomination dans l’audiovisuel public.

Les deux décisions constitutionnelles qui entérinent la réforme de l’audiovisuel public

Vous pouvez lire l’intégralité des deux décisions du Conseil Constitutionnel, l’une pour la loi organique sur les nominations des sociétés d’audiovisuel public et l’autre sur la loi interdisant entre autres la publicité dans l’audiovisuel public.

Intégralité des deux décisions constitutionnelles.

Ainsi que prendre connaissance des commentaires qui ont motivé ces deux décisions :

Commentaires du Conseil Constitutionnel (fichier .pdf).

SR

Rude journée pour JPC

Rude journée que ce mardi 17 mars 2009 pour Jean-Paul Cluzel, président sortant de Radio France dont le mandat s’achève le 12 mai 2009.

En ouverture du comité centrale d’entreprise de Radio France, il a fait une annonce qui risque de faire entrer sa société dans une zone de turbulences sociales importantes (une « attaque frontale » dit le SNJ, syndicat des journalistes), à savoir pour début avril 2009, la dissolution inéluctable de l’Association des Employeurs de l’Audiovisuel Public (AESPA) en raison du départ des sociétés de France Télévisions (France 2, France 3 et RFO) qui vont fusionner avec la holding de France Télévisions (comme le stipule la réforme de l’audiovisuel public).

Concrètement, cela signifie que Radio France va donc mécaniquement dénoncer les deux convention collectives qui régissent les rapports sociaux au sein de l’entreprise : « Il faudra définir un nouveau cadre conventionnel pour les collaborateurs de Radio France. » a déclaré Jean-Paul Cluzel aux représentants du personnel.

Une décision qui montre clarté et courage de la part de Jean-Paul Cluzel qui aurait pu éviter de prendre des décisions impopulaires à la fin de son mandat qu’il souhaite voir renouveler. C’était le sujet de sa visite ce soir à l’Elysée.

Sylvain Rakotoarison (17 mars 2009)

Le rapport du Comité Balladur 2 sur les collectivités locales est paru

Ce 5 mars 2009 a eu lieu la remise du rapport du Comité Balladur II sur la réforme des collectivités locales au Président de la République Nicolas Sarkozy.

Allocution du Président de la République Nicolas Sarkozy.

Communiqué de presse de Matignon.

Rapport du Comité Balladur II à télécharger.

SR

Les discours à propos de l’OTAN

Le discours le plus important est celui de Nicolas Sarkozy prononcé le 11 mars 2009 :

Nicolas Sarkozy le 11 mars 2009 sur l’OTAN.

Autre verbatim intéressant, la séance de discussion à l’Assemblée Nationale du 17 mars 2009 avec le discours introductif de François Fillon et d’autres discours dont ceux de Jean-François Copé, Laurent Fabius, Noël Mamère et François Baroin.

Séance à l’Assemblée Nationale du 17 mars 2009 sur l’OTAN (1).

Séance à l’Assemblée Nationale du 17 mars 2009 sur l’OTAN (2).

Séance à l’Assemblée Nationale du 17 mars 2009 sur l’OTAN (3).

Séance à l’Assemblée Nationale du 17 mars 2009 sur l’OTAN (4).

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