Posted onmars 20, 2010
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Polémique sur la télévision et ses jeux stupides ou réflexion sérieuse sur la difficulté de se dégager d’une autorité qu’on reconnaît. Un documentaire à l’intérêt contrasté qui a quand même le mérite de faire réfléchir. Première partie.
Soumis à la pression médiatique, j’ai regardé le documentaire intitulé “Le Jeu de la mort” diffusé sur France 2 le 17 mars 2010 et disponible sur Internet à partir du 19 mars 2010.
Je me suis volontiers laissé convaincre de voir cette émission dans la mesure où l’expérience de Stanley Milgram sur la soumission à l’autorité est un élément intéressant pour comprendre certains leviers de l’obéissance.
Que ce soit au cours des matchs de football, dans un concert populaire, dans une fête nocturne, le rassemblement de nombreuses personnes qui, prises individuellement, sont raisonnables et intelligentes, peut devenir un véritable cauchemar. Dans le cadre de l’émission, le cauchemar pourrait provenir au contraire d’une trop grande solitude.
Je renvoie à plus d’informations pour rappeler le déroulement du documentaire.
Je souhaite aborder d’abord le déroulement du jeu télévisé, ensuite les points qui m’ont paru contestables du documentaire, ceux au contraire intéressants et y apporter ensuite ma modeste réflexion et quelques approfondissements possibles.
1. Quelques éléments sur le jeu télévisé en lui-même
1.1. Le producteur de l’émission, Christophe Nick, raconte qu’il a eu l’idée de cette émission en regardant l’émission “Le Maillon faible” (sur TF1) où la présentatrice humilie les joueurs qui, eux-mêmes, doivent s’éliminer les uns les autres et il s’est questionné sur la motivation des joueurs que rien ne forçait.
1.2. L’animatrice explique aux “questionneurs” (les cobayes de l’expérience) que la décharge électrique constitue un “choc dangereux” mais en ajoutant : “Il n’y a pas de pas de liaison irréversible ; ce n’est qu’un jeu”.
1.3. À 80 V, premier cri de la victime et rire de son pseudo-bourreau. La première interrogation d’un questionneur survient à 120 V, ce qui est déjà élevé.
1.4. À 180 V, la victime crie : “ça suffit”. C’est le premier choix : arrêter ou continuer. Des questionneurs commencent à s’inquiéter : “C’est pour lui, pour moi, la tâche est facile”. L’animatrice, glaciale, dit alors : “Ne vous laissez pas impressionné !”.
1.5. À 320 V, la victime refuse de répondre. À 360 V, un questionneur dit : “Je souffre autant que lui”.
1.6. À 380 V, l’acteur se tait. À 460 V, l’animatrice lance avec la musique : “Et c’est gagné !” (clap clap).
1.7. À 180 V, neuf questionneurs refusent de continuer, n’écoutant que leur partenaire voulant arrêter, malgré cinq injonctions de l’animatrice et une du public. Une dixième est ferme face à l’animatrice mais cède à la pression du public et poursuit. D’autres arrêtent avant la fin. En tout, 81% obéissent jusqu’au bout (chez Milgram, c’était 62%).
2. Points contestables du documentaire
2.1. La première réserve vient de l’énorme marketing servi à emballer cette émission. L’effet d’annonce a commencé un mois avant la diffusion afin de créer débats et polémiques et augmenter son audience. Les ficelles sont classiques et efficaces. Même le titre du documentaire “Le Jeu de la mort” est racoleur.
2.2. Pour renforcer l’effet racoleur, le documentaire lui-même tombe aussi dans le travers de la plupart des émissions à sensations : musique inutilement dramatique, voix off grave et sentencieuse, idée force martelée et répétée etc. Le documentaire fait plus appel à l’émotion qu’à l’intelligence. Pour justement réfléchir sur le pouvoir des émissions de télévision, c’est assez paradoxal. Une forme de manipulation autovalidante.
2.3. Le documentaire est beaucoup trop démonstratif : il souhaite insister sur le “pouvoir de la télévision” alors que la télévision n’est pas, en soi, une autorité, ce n’est qu’un média comme le livre ou l’ordinateur. Le fait de revenir souvent sur ce sujet pollue l’intérêt de l’expérience. Serait-ce pour concurrencer la téléréalité des chaînes de télévision privées ?
2.4. Le début du documentaire montrant un pot-pourri de tout ce qu’il se fait d’horrible dans les télévisions du monde est par conséquent inutile car hors sujet. Et trompeur car la réalité est souvent tronquée, comme évoquer cet animateur de télévision britannique qui joue à la roulette russe filmé en quasi-direct : le revolver était chargé à blanc et l’animateur est un illusionniste.
2.5. Toujours pour parler de l’importance dans la vie humaine de la télévision, le documentaire se permet des calculs très peu pertinents. Pour comparer avec la vie professionnelle.
Il calcule le temps passé durant une vie humaine à travailler en faisant le classique 8 heures par jour pendant cinq jours par semaine pendant quarante et un ans soit 77 080 heures pour une vie, or ce modèle social est complètement obsolète, tant sur la durée du temps de travail que sur le nombre d’années de travail, avec plus de sept millions de personnes cherchant un emploi stable, etc.
Le calcul du temps passé devant la télévision est encore plus folklorique : trois heures trente par jour depuis l’âge de cinq ans (pas avant !) pendant une espérance de vie de quatre-vingt ans soit 123 187 heures (calcul d’ailleurs faux et surévalué en prenant quatre heures trente de télévision par jour).
Concrètement, la télévision est apparue trop récemment pour parler de quatre-vingt années de télévision en continu. Souvent, la télévision est allumée et les gens font autre chose. De plus, c’est oublier un peu vite que l’ordinateur et Internet, ainsi que les jeux vidéos sont, depuis une décennie, en mesure de changer radicalement le comportement vis-à-vis de la télévision (l’audience d’une chaîne comme TF1 en subit d’ailleurs de sévères conséquences).
2.6. L’expérience de Stanley Milgram, qui a été répétée une vingtaine de fois, sur environ trois mille “sujets”, n’est plus une nouveauté (elle date de 1963).
Selon Michel Eltchaninoff et Christophe Nick lui-même, l’American Psychologist Association a recommandé d’arrêter ce type d’expérimentation qui n’engendre aucun résultat nouveau et qui place inutilement les “sujets” dans une situation de stress extrême : risque de dépression et de suicide, pressions psychologiques pour faire accepter leur passage dans le documentaire en disant qu’ils ont réagi comme tout le monde, relations avec l’entourage, bref, remise en cause personnelle très profonde qui peut causer bien des dommages (France 2 a indiqué qu’aucun des “questionneurs” n’a demandé d’aide psychologique).
2.7. La loi Huriet (loi n°88-1138 du 20 décembre 1988) est précise concernant tous les tests cliniques :
« L’investigateur doit alerter le participant sur l’objectif de la recherche, sa méthodologie et sa durée, les bénéfices attendus, les contraintes et les risques prévisibles, y compris en cas d’arrêt de la recherche avant son terme puis recueillir son consentement écrit libre, éclairé et exprès. Le participant doit être informé de son droit de refuser le protocole de recherche et de la possibilité de se retirer à tout moment au cours de la recherche. »
Cette réglementation n’a pas été appliquée puisque les questionneurs ont cru qu’ils participaient à un jeu télévisé (au contraire des “expérimentés” de Milgram).
2.8. La représentativité des 80 personnes choisies in fine est sujette à caution. Le recrutement s’est fait par de l’e-marketing sur un fichier de 13 000 personnes pour participer à la maquette d’un jeu télévisé sans gain possible, 2 600 ont répondu et ont rempli des questionnaires puis 80 ont été choisis parmi eux pour être représentatifs.
Parmi les caractéristiques, aucun candidat ne devait avoir déjà participé à un jeu télévisé ni avoir cherché à y participer. Si l’âge, le sexe, les catégories socioprofessionnelles ont effectivement été prises en compte, le nombre 80 correspond à un échantillon statistiquement trop faible pour se permettre de faire des conclusions statistiques (les instituts de sondages le savent depuis longtemps).
2.9. Le public (100 personnes assistaient le questionneur) a été recruté par les filières classiques de public d’émissions télévisées, avec apparemment quelques difficultés pour trouver des candidats car l’émission n’était évidemment pas connue. Des recrutements ont eu lieu directement dans des lieux publics à Paris. Ce public ne connaît rien des enjeux de l’émission.
Ce qui trouble cependant, c’est qu’il aurait dû y avoir 8 000 personnes pour ce public, soit 100 x 80 (le nombre de questionneurs). Or, il n’y en a eu que 2 000, soit 20 groupes de 100 assistant, pour chaque groupe, pendant une demi-journée. Donc, un même public a assisté quatre “questionneurs” en moyenne.
Pour le premier questionneur, le public est “naïf” mais pour les suivants, la production devait bien lui expliquer que ce n’était qu’une supercherie, car la victime était toujours la même. Or, cette différence de connaissance n’est pas expliquée dans le documentaire et les résultats ne sont pas pondérés par cette différence de traitement du public.
3. Les points intéressants du documentaire
3.1. Toute la mousse médiatique a montré au moins une chose, c’est que l’expérience de Milgram n’était pas excessivement connue des Français, ce qui m’a beaucoup étonné. Évoquée dans un film grand public avec un célèbre acteur, Yves Montand, “I comme Icare“, l’expérience aurait dû être célèbre, ce qui n’est pas le cas.
Si une émission télévisée, même avec maladresse, permettait d’accroître la notoriété d’une telle expérience, ce serait déjà très utile.
Elle donne également l’occasion de réfléchir sur la soumission à l’autorité mais aussi sur le rôle de la télévision (thème vers lequel le documentaire veut conduire mais qui est à mon sens hors sujet) avec ses polémiques périphériques sur l’intérêt d’une telle émission et les écarts du débat qui a suivi. C’est toujours bon de réfléchir sur la capacité à obéir ou à désobéir. C’est l’enjeu essentiel de la période nazie entre résistants et collaborateurs. Mais pas seulement.
3.2. Comme je l’écris plus haut, ce documentaire ne donne aucun élément sociologique ou psychologique nouveau par rapport à Milgram. Certes, mais l’expérience voulue par son producteur Christophe Nick a cependant cette originalité de replacer Milgram dans le cadre d’une émission télévisée.
3.3. C’est une expérience qui reprend les travaux scientifiques de Stanley Milgram (1933-1984) avec un psychologue social Jean-Léon Beauvois à la barbe et chevelure blanches faisant office de druide.
N’ayant pas eu connaissance de l’étude complète, il m’est évidemment difficile d’évaluer l’intérêt scientifique de cette expérience, mais il me semble que la méthodologie ait été sérieuse.
Dans une expérience scientifique, il est étudié l’effet de causes sur des conséquences et de trouver des corrélations pertinentes, c’est-à-dire, des invariants “cause donne conséquence”, le “donne” étant un verbe à associer à l’adverbe “nécessairement”.
Pour bien comprendre les causes, il faut d’abord énumérer toutes les causes imaginables (parfois, la vraie cause n’est pas intuitive) puis les séparer les unes des autres pour voir l’effet de chacune d’elles prises séparément.
Et si j’estime que statistiquement, l’étude paraît pour le moins incomplète, il me semble dans l’isolement des causes, ce travail ait été réalisé.
Ainsi, il a été fait quelques essais où l’animatrice laisse le questionneur seul avec sa victime et son public et dans ce cas, 75% des questionneurs s’arrêtent dès que la victime le demande. Cette inversion du résultat montre que c’est la présence de l’animatrice, donc de l’autorité reconnue, qui est porteuse de soumission, et pas un certain “sadisme” (plaisir de faire du mal quand l’occasion se présente), ni les encouragements du public (en présence de l’animatrice, seulement une questionneuse reviendra sur sa décision ferme d’arrêter à cause du public). Reste à savoir ce que signifient ces 75% sans autre précision, car s’il s’agissait uniquement de quatre questionneurs testés dans ces conditions, cela n’aurait aucun sens (et font-ils partie des 80 de l’expérience et sont-ils d’autres candidats ?).
Ces tests critiques permettent donc d’évacuer comme raison de soumission à l’autorité certaines éventualités intuitives comme l’appât du gain, le sadisme, la pression du public. La présence de l’autorité ou de la personne qui l’incarne serait le facteur déterminant.
Dans le prochain article, j’évoquerais des pistes qui auraient pu être développées lors de l’émission.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (20 mars 2010)
Pour aller plus loin :
Pour revoir le documentaire.
Revue de presse.
La polémique Christophe Hondelatte vs Alexandre Lacroix.
Informations supplémentaires.
I comme Icare.
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Posted onmars 18, 2010
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Dans quelques semaines, le Parlement débattra de la réforme des collectivités territoriales et, en particulier, du mode de scrutin pour élire les futurs conseillers territoriaux. Éléments de réflexion.
Dans un précédent article dont l’objet était le projet gouvernemental du mode de scrutin des futurs conseillers territoriaux, j’avais émis trois réserves importantes : représentation peu équitable car l’effet du majoritaire à un tour encore plus disproportionné que celui du majoritaire à deux tours, disparition des “indépendants” aux deux grands blocs (MoDem, FN, NPA, etc.), et complexité illisible pour le citoyen.
La disparition des “indépendants” provenait surtout de la proportion à 80% de la composante de scrutin uninominal majoritaire à un tour (dans le projet gouvernemental).
Je voudrais revenir sur le mode de scrutin de listes et évoquer la différence entre un scrutin à un tour et à deux tours. Même s’il y a une prime majoritaire à la liste arrivée en premier (la moitié des sièges pour les municipales, le quart des sièges pour les régionales), le raisonnement reste le même.
Je trouve un avantage, quand il s’agit d’un scrutin de liste, de le faire à un tour et pas deux tours. Tout candidat aux régionales ou aux municipales aura sans doute déjà fait ce type de raisonnement.
Scrutin de listes à un tour
Dans un scrutin de listes à un tour, comme actuellement les élections européennes (ou comme lors des élections législatives du 16 mars 1986), la répartition des sièges se fait dans la proportion des scores des différentes listes.
Pour simplifier les calculs et attribuer à chaque liste un nombre entier de sièges, on a institué un seuil en dessous duquel la liste n’obtient pas de siège (c’est 5%) et on calcule à la plus forte moyenne, c’est-à-dire que le dernier siège “résiduel” est obtenu par la liste qui a le plus fort rapport nombre d’électeurs sur nombre de sièges déjà attribués.
Scrutin de liste à deux tours
Dans un scrutin de listes à deux tours, ça se complique.
Si l’on prend l’exemple d’une circonscription (région ou commune) où une liste obtient dès le premier tour la majorité absolue, la situation revient pratiquement au même que dans le scrutin de liste à un tour. Sauf que dans la répartition des sièges, la liste en tête bénéficie de la prime majoritaire (donc le nombre de sièges est supérieur à celui obtenu strictement proportionnellement). Et les autres listes se partagent le restant des sièges, à la proportionnelle, à condition d’être au-dessus du seuil d’éligibilité (5%).
Si ce cas peut être fréquent lors des élections municipales, il n’a jamais eu lieu lors des élections régionales (avant 2004, les élections régionales étaient à un seul tour).
L’entre deux tours
Dans la majorité des cas, aucune liste n’a obtenu la majorité absolue des voix (avec des conditions aussi de seuil de participation), et un second tour est donc organisé. Pour pouvoir concourir à ce second tour, il est nécessaire que la liste ait obtenu au moins un autre seuil, 10%. Mais les listes ayant obtenu au moins 5% peuvent cependant fusionner avec une autre liste en capacité de se maintenir au second tour.
On voit bien que si le seuil de 10% est élevé, ce qui n’empêchera pas le 21 mars 2010 une douzaine de triangulaires (essentiellement avec le FN, et une avec le MoDem en Aquitaine et une avec les Verts en Bretagne), le scrutin n’exclut pas d’office les candidats des listes ayant obtenu entre 5 et 10%. Mais il les oblige à faire alliance avec une autre liste.
Le problème, c’est que parfois, les alliances d’entre deux tours n’ont pas été clarifiées avant le premier tour (comme lors de l’élection présidentielle), si bien que les électeurs d’une liste qui fusionne peuvent se sentir “floués”. Cela aurait été le cas du MoDem qui, finalement, n’aura convaincu aucun partenaire à gauche (ou à droite d’ailleurs) pour les rares fusions qu’il aurait été possible de conclure (Centre, Basse-Normandie et Bretagne).
Pour d’autres listes, la situation était claire avant le premier tour.
C’est ce qu’il se passe pour le bloc de gauche : la plupart des listes des Verts et du Front de gauche ont pu fusionner avec les listes du PS. Il suffisait que, dans chaque région, les listes soient au-dessus de 5%.
Les capacités de négociation d’une liste située entre 5 et 10% sont limitées, car elle ne peut plus concourir et dépend donc de la seule bonne volonté de la liste qui l’accueille. Le facteur temps est aussi essentiel puisqu’il y a uniquement deux jours pour négocier, le dépôt des listes pour le second tour devant se faire au plus tard le mardi soir qui suit le premier tour.
Par exemple, la liste du Front de gauche n’a finalement pas fusionné avec la liste socialiste en Picardie, mais ne pourra pas lui nuire car elle ne peut pas se maintenir. Au contraire, la liste écologiste de Guy Hascoët (ancien secrétaire d’État de Lionel Jospin) va se maintenir en Bretagne et fera sans doute du tort à la liste du président sortant Jean-Yves Le Drian.
La répartition des sièges à l’issue du second tour
À l’issue du second tour, la représentation proportionnelle reprend ses comptes pour le nombre de sièges, tout en gardant la prime majoritaire pour la liste arrivée en tête.
L’exemple intéressant était l’élection municipale de Fontainebleau du 18 mars 2001 où, au second tour, trois listes représentaient chacune environ un tiers des suffrages exprimés, avec une vingtaine de voix d’écart. Une liste divers droite a été en tête avec une dizaine de voix d’avance, ce qui lui a apporté une majorité absolue des sièges au conseil municipal (par la suite, la municipalité trop peu préparée, le préfet a convoqué une nouvelle élection après la démission de plus d’un tiers de conseillers municipaux).
Le problème de ce système à deux tours, c’est que les petites listes (qui font entre 5 et 10%) qui sont dans l’impossibilité de s’apparenter (comme le FN, mais aussi le MoDem, au contraire du Front de gauche) ne sont plus représentées au second tour.
Pour les municipales, c’est assez frappant : si une liste ne pense pas dépasser 10%, elle aurait tout intérêt à ce que la liste qui gagnerait soit élue dès le premier tour, car elle pourrait avoir une représentation. Ne pouvant participer de façon indépendante à un éventuel second tour, cette liste n’aurait sinon aucun élu.
L’avantage du scrutin de listes à un seul tour : les petites listes en bénéficient
Par conséquent, l’avantage d’un scrutin de liste à un seul tour est celui-ci : une meilleure représentation des listes minoritaires qui ont un minimum de poids électoral (plus de 5%).
Cette conclusion ne concerne évidemment que le scrutin de listes car concernant le scrutin uninominal majoritaire, n’instituer qu’un seul tour, avec ce paysage éclaté, permettrait l’élection d’un candidat avec très peu de voix, ce qui, en démocratie, dévaloriserait un peu plus le crédit qu’on devrait apporter aux élus locaux.
L’élection d’un député, par exemple, ne peut pas se faire au premier tour même si un candidat obtient plus de 50% des suffrages exprimés si cela représente moins de 25% des inscrits.
Le 14 mars 2010, les deux meilleures listes de la métropole, celle de Martin Malvy en Midi-Pyrénées et celle de Ségolène Royal au Poitou-Charentes, ne font respectivement que 21,2% et 19,5% des inscrits. Les autres ont des scores bien moindres. (Certes, dans un scrutin uninominal, il faudrait analyser la répartition cantons par cantons, avec plus d’aspérités par rapport à la moyenne régionale).
Les deux tours favorisent les grandes listes
Concrètement, si le scrutin de ces actuelles élections régionales n’avaient été qu’à un seul tour (comme avant 2004), auraient été élus plus de conseillers régionaux du Front national et du MoDem et moins de conseillers régionaux du PS, de l’UMP, des Verts et du Front de gauche qu’avec le scrutin actuel qui ne peut avantager que les deux listes arrivées en tête.
Quant aux autres troisièmes listes qui peuvent se maintenir au second tour (Verts en Bretagne, FN en PACA et dans onze autres régions, MoDem en Aquitaine), il n’est pas sûr que la logique majoritaire maintienne au second tour le score aussi élevé qu’elles avaient obtenu au premier tour.
Les scrutins à un tour peuvent donc avoir aussi leur utilité dans la démocratie représentative.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (18 mars 2010)
Pour aller plus loin :
Bientôt un nouveau scrutin pour les élections régionales.
Les résultats du premier tour des régionales.
Le MoDem en pleines divisions.
Précision sur les modes de scrutin du Ministère de l’Intérieur.
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Posted onmars 16, 2010
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Les élections régionales de 2010 constitueraient-elles un véritable échec pour les listes de la majorité présidentielle ? Pas sûr… si on pensait plus loin.
L’ancien Premier Ministre Alain Juppé, assez sévère dans son analyse, a parlé le 15 mars 2010 d’un « affaiblissement de l’UMP qui va devoir méditer la désaffection dont elle est objet ».
L’UMP en tête dans 9 régions
Les élections régionales du 14 mars 2010 n’auraient pourtant pas été un échec complet pour les listes de l’UMP. En effet, dans neuf régions, la majorité présidentielle serait en mesure de gagner face à ses adversaires socialistes et écologistes.
Opération du Saint-Esprit ? Non. C’est plutôt une réflexion de politique fiction du journaliste Gérard Courtois dans le journal “Le Monde” du 16 mars 2010. Ce dernier s’est amusé à appliquer le mode de scrutin prévu par le gouvernement au scrutin du 14 mars 2010.
Dans neuf régions, malgré son faible score, l’UMP est en tête de toutes les listes candidates : en Champagne-Ardenne (31,7%), en Alsace (34,9%), en Franche-Comté (32,1%), en Île-de-France (27,7%), dans la région Centre (29,0%), en Rhône-Alpes (26,3%), en Auvergne (28,7%), en Provence-Alpes-Côte d’Azur (26,6%) et en Corse (21,3%).
Or, le projet de loi envisage l’élection par un scrutin de liste à un tour. La liste majoritaire (relativement) bénéficiant ainsi d’une “prime majoritaire”.
En fait, le mode de scrutin proposé est un peu plus compliqué.
Nouveau mode de scrutin
La réforme gouvernementale est d’une bien plus grande ampleur puisqu’elle souhaite “fondre” les conseillers généraux (départements) et les conseillers régionaux (régions) dans un seul type d’élus, les conseillers territoriaux. C’est la raison pour laquelle les conseillers régionaux élus le 21 mars 2010 ne le seront que pour un mandat de quatre ans et pas de six ans. La réforme des collectivités territoriales devrait en effet s’appliquer à partir du 1er janvier 2014.
Ce mode de scrutin serait mixte et assez complexe.
Pour 80% des conseillers territoriaux, ils seraient élus au scrutin uninominal majoritaire à un tour dans le cadre traditionnel du canton.
Pour les 20% restants, issus de listes, est prévue une répartition proportionnelle au plus fort reste établie à partir des voix obtenues par les candidats au scrutin uninominal majoritaire.
Donc, évidemment, la transposition de ce scrutin à celui du 14 mars 2010 est un peu plus compliquée que d’imaginer la simple liste arrivée en tête dans chaque région. Il faudrait connaître la liste en tête dans chaque canton de la région pour déterminer la liste vainqueur dans cette région.
Mais dans tous les cas, le scrutin uninominal majoritaire à un tour a des effets rudement efficaces dans une répartition éclatée du paysage politique telle que nous pouvons l’observer dans le scrutin du 14 mars 2010.
Le scrutin majoritaire à un tour très contestable
Il a été adopté depuis longtemps en Grande-Bretagne.
En été 1958, Michel Debré, lors de la rédaction de la Constitution de la VeRépublique, l’avait proposé pour l’élection des députés mais le Général De Gaulle l’avait refusé pour adopter le scrutin uninominal majoritaire à deux tours, qui permettait à la plupart des députés d’être élus par une majorité absolue de suffrages exprimés (seuls, les cas de triangulaires ou de quadrangulaires peuvent engendrer une élection à la majorité relative et pas absolue).
Ce mode de scrutin très complexe avait été aussi proposé dans le rapport du doyen Georges Vedel remis à François Mitterrand en février 1993. Selon lui, il permettait un mélange de proportionnel et de majoritaire avec un seul vote pour l’électeur.
Le projet gouvernemental du 21 octobre 2009 prévoit également l’abaissement du seuil de 3 500 habitants à 500 habitants pour appliquer le scrutin de liste aux élections municipales.
Un scrutin pas vraiment simple ni juste
Reste à savoir si le gouvernement réussira à convaincre députés et sénateurs, très sensibles sur le sujet (la plupart sont aussi des élus locaux), et surtout, car c’est quand même l’essentiel, les citoyens de l’intérêt d’un tel mode de scrutin.
Son application aux régionales 2010 montrerait à l’évidence que la victoire de l’union des socialistes et des écologistes serait “volée” dans neuf régions. Certes, avec une règle du jeu différente, nul doute que les listes socialistes et écologistes se seraient présentées unies dès le premier tour, mais dans ce cas, comment équilibrer les rapports de force internes sans idée de leur “valeur” électorale ?
L’autre conséquence, c’est que les partis “à vocation minoritaire” comme le MoDem, le Front de Gauche (PCF et Jean-Luc Mélenchon), le FN, le NPA, LO etc. seraient laminés dans les Conseils régionaux et généraux.
Enfin, troisième inconvénient, majeur celui-ci, la complexité du mode de scrutin pour des élections où les électeurs participent déjà beaucoup trop peu serait, à mon sens, un véritable handicap. La démocratie représentative doit être claire pour tous les citoyens, même ceux qui n’ont pas fait Science Po !
Pour aller plus loin :
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Posted onmars 15, 2010
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La nouvelle majeure du premier tour des élections régionales du 14 mars 2010 est presque passée inaperçue : le MoDem est mort électoralement.
Abstention très élevée, victoire du Parti socialiste, désaveu de la majorité présidentielle, maintenance d’un courant d’écologie politique, légère remontée du Front national, léger redressement des communistes grâce à Jean-Luc Mélenchon…
Rien n’est acquis certes…
L’effondrement de l’UMP est-il si grand ? On ferait remarquer avec raison que les listes de Valérie Pécresse sont arrivées les premières d’Île-de-France et que le score de celles de Jean-Paul Huchon, à l’issue d’un deuxième mandat, est un peu faiblard.
L’UMP n’a-t-elle aucune réserve de voix ? Là aussi, on ferait remarquer que les meilleures réserves de voix ne se trouvent pas chez les électeurs des listes n’ayant pas pu se maintenir au second tour, mais tout simplement chez les nombreux abstentionnistes qu’il s’agirait de mobiliser.
Du côté du PS, qui s’est trouvé visiblement un véritable leader, le discours de Martine Aubry ce soir du 14 mars 2010 a été plutôt excellent : pas de triomphalisme, besoin de garder et mobiliser les troupes et ton assurément crédible. L’autorité de Martine Aubry devient incontestable.
La nouvelle majeure de la soirée
Parmi les enseignements du premier tour des élections régionales du 14 mars 2010, l’élément majeur qui va durablement peser sur les prochaines échéances électorales dans les années à venir a presque été oublié dans les soirées électorales (souvent en programme minimum), ou, du moins, évoqué de façon très furtive : la disparition électorale du MoDem.
La déroute complète
Alors que le PS double quasiment son score par rapport aux élections européennes du 7 juin 2009, les listes régionales du MoDem ont fait à peine la moitié du résultat déjà catastrophique des listes européennes du MoDem de l’an dernier.
Aucune liste n’est arrivée au-dessus de 10% sauf celle de Jean Lassalle, en Aquitaine (région de François Bayrou), avec un petit 10,4%. C’est la seule liste MoDem qui pourrait espérer un ou plusieurs élus le 21 mars 2010.
Seulement trois listes arrivent entre 5% et 10% et pourraient (éventuellement) fusionner avec une liste pouvant se maintenir au second tour : celle de Bruno Joncour en Bretagne (5,4%), de Rodolphe Thomas en Basse-Normandie (8,9%), et celle de Marc Fesneau dans le Centre (5,1%).
En Provence-Alpes-Côte d’Azur, le MoDem descend même jusqu’à 2,5% ! Le record étant évidemment 0%, en Languedoc-Roussillon où pour cause de querelles internes, la liste du MoDem n’a pas pu être déposée.
Pourquoi la Berezina ?
Comment expliquer un tel désaveu électoral ? Sans doute par la manière dont François Bayrou et ses proches ont agi pour transformer les 18% de l’élection présidentielle en un grand parti centriste.
C’est-à-dire comme des pieds : absence de démocratie interne, mise en veilleuse du projet présidentiel et des thèmes forts au profit d’une opposition frontale à la personne du Président de la République, stratégie illisible car absente. Tout cela nageant dans l’incohérence totale : refus théorique des alliances mais discours se voulant pourtant rassembleur.
Je commence effectivement à me demander si Simone Veil n’avait pas raison quand, le 17 mars 2007, en pleine campagne présidentielle, pour expliquer son soutien à la candidature de Nicolas Sarkozy, elle assénait sévèrement : « Il faut savoir choisir et Bayrou, c’est pire que tout ». Pire que tout ? Sûrement pas. Pensait-elle pire que Nicolas Sarkozy ?… peut-être.
François Bayrou a refusé de contribuer au redressement de la France en 2007. Il a par cette occasion rejeté ses électeurs de centre droit vers l’UMP de Nicolas Sarkozy. Mais il a aussi rejeté ses électeurs de centre gauche en refusant toute alliance avec le Parti socialiste ou les Verts. Et il a même rejeté ses électeurs d’extrême centre en refusant d’être démocrate au sein même de son mouvement.
François Bayrou a montré pendant ces trois années qu’il a été incapable de mettre en place une équipe viable, c’est-à-dire valable et durable (toutes les personnes qu’il a mises en avant sont parties : Jean-Marie Cavada, Jean-François Kahn, et bientôt Corinne Lepage), incapable d’installer un mouvement cohérent, incapable de promouvoir un projet politique marquant (où est la construction européenne ? où est la décentralisation ? à part l’antisarkozysme, renforcé par le livre sorti à un moment électoral propice, rien n’a été vraiment communiqué des valeurs supposées humanistes du MoDem), incapable de tenir une stratégie de conquête du pouvoir crédible.
Comment peut-on imaginer qu’une personne incapable de gérer un mouvement de quelques (dizaines de) milliers de personnes pourrait gérer un État de plus de soixante millions de Français ?
Grandeur et décadence de César Bayroutteau
À quoi servent les belles idées si les personnes qui les professent sont des croyants non pratiquants, comme c’est le cas de la plupart des fanatiques encore attachés au MoDem à ce jour ?
Le 11 juin 2009, je comparais l’aventure de François Bayrou à celle de Jean-Jacques Servan-Schreiber. L’aventure n’a même pas duré dix ans. JJSS a fait 1,8% aux européennes de 1979. Avec 4% aux régionales, soit moins du quart des 18% de 2007, comment François Bayrou pourrait-il garder un epsilon de crédibilité politique sans craindre ironie ou indifférence ?
Et ne parlons pas des médias : les médias ne font qu’acter la disparition du MoDem. Leur but est d’informer sur la réalité, pas de nuire au MoDem (à quoi servirait-il de faire aujourd’hui une campagne anti-MoDem vu son inexistence électorale ?). Les médias parlent de ce qui intéressent leur auditeurs, leurs lecteurs.
Que va devenir ce courant démocrate et social ?
La création du MoDem a anéanti le courant politique issu du catholicisme social. Celui appelé dans les autres pays européens “démocrate-chrétien” et issu en France de la doctrine sociale de l’Église qui, par l’Encyclique “Rerum Novarum” du pape Léon XIII, dont le centenaire fut célébré par Mgr Jean-Marie Lustiger en 1991, aboutissait au ralliement des catholiques à la République.
Celui qui prit politiquement forme avant guerre sous le nom du PDP (Parti démocrate populaire), qui après guerre devint le MRP (Mouvement des républicains populaires) rassemblant beaucoup de gaullistes résistants (comme Edmond Michelet et Maurice Schumann), puis le Centre démocrate de Jean Lecanuet, puis le CDS (Centre des démocrates sociaux) puis enfin la Nouvelle UDF.
Et il manquera à la démocratie française.
Loin d’en avoir été le sauveur en 2002, François Bayrou en a été le fossoyeur en 2007.
Qu’il ne s’étonne donc pas qu’il ait fait le vide autour de lui.
RIP.
Pour aller plus loin :
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Posted onmars 12, 2010
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Bien que non candidats, Martine Aubry et François Fillon sont devenus les deux poids lourds de la campagne des élections régionales. Un double leadership qui pourrait avoir de sérieuses conséquences pour 2012.
La chaîne de télévision “Public Sénat” retransmettait en différé ou en direct l’intégralité des derniers meetings du premier tour des élections régionales. Voici un petit aperçu de ce qui a été vu ces derniers jours.
Meeting des Verts au Cirque d’hiver de Paris du 10 mars 2010
La salle est grande, circulaire et la tribune est au centre, avec des personnes entourant l’orateur. Un fond vert pomme est visible juste derrière l’orateur.
Je vois d’abord passer Daniel Cohn-Bendit, avec ses petites lunettes, sans note. Il est très à l’aise, comme toujours.
Pas de doute, c’est un bon orateur mais il fait dans la facilité, parfois dans la démagogie. En fait, il utilise toujours les mêmes procédés verbaux. Il s’écoute parler à tel point qu’il en perd parfois le fil. C’est un show. Il a cependant une acuité politique très forte pour faire des Verts une force politique majeure : l’union durable avec José Bové par exemple a été un tour de force. Et une négociation ferme avec le PS entre les deux tours. Il compte arriver devant le PS en Alsace.
Ensuite, c’est le discours de Cécile Duflot. Elle est beaucoup moins bonne oratrice surtout à cause de sa voix assez faible. Mais elle a quelques idées et tient bien la route devant son auditoire. Elle explique aussi quelques procédures internes, ce qui n’est pas une mince affaire chez les Verts. Elle est jeune (née après la candidature de René Dumont). Elle représente nul doute la relève face aux vieux écolos. Elle rappelle comment une doctorante est devenue députée européenne en 2009 alors qu’il s’agissait déjà de faire élire Éva Joly en tête de la liste.
Les derniers sondages donnent un saut de 4% à 18% pour les Verts en Île-de-France.
Meeting du PS au Cirque d’hiver de Paris du 11 mars 2010
C’est la même salle que celle des Verts la veille. Les socialistes sont réunis en grande famille avec du beau monde. L’orateur est entouré de personnes et derrière lui se dresse un panneau blanc avec des logos du PS comme s’il en pleuvait.
Le discours de Jean-Paul Huchon, président sortant du Conseil régional d’Île-de-France et candidat pour un troisième mandat, est assez terne. Il n’est pas un grand orateur et sa voix est monocorde. C’est un notable qui semble cependant avoir un ton qui rassure.
Ensuite, arrive le discours de Martine Aubry, première secrétaire du PS. C’est un grand discours, long et excellent.
Martine Aubry est souvent contrastée. Médiocre interviewée sur France 2 le 8 mars 2010, elle montre à ce meeting du Cirque d’hiver d’excellentes qualités d’oratrice.
Peu de notes, les mains accompagnant avec fluidité sa parole, Martine Aubry quitte vite le contexte régional pour se hisser au national. Elle se montre une véritable chef de l’opposition, s’en prenant systématiquement à Nicolas Sarkozy, ne lui trouvant rien de positif. L’antisarkozysme primaire fait encore recette auprès des militants.
Elle fait sans doute aussi dans la facilité, les discours de fin de campagne sont forcément démagogues. Sa voix assez grave l’aide à imposer sa crédibilité politique (au contraire d’une voix trop aiguë qui peut stresser l’auditeur, comme c’est le cas avec Ségolène Royal).
Elle donne tous les arguments possibles pour faire voter socialistes. Elle démonte certains arguments de l’UMP. Elle revient assez souvent aux déclarations de Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP (voir son débat avec lui).
Son discours est rapide, alerte, vif, et parfois humoristique.
Le plus important à noter reste que Martine Aubry n’a pas évoqué une seule fois les Verts avec qui il faudra bien qu’elle s’entende pour le second tour des régionales.
C’est clair que si le PS obtenait des bons résultats, Martine Aubry serait la mieux placée pour prétendre à 2012. Mais elle préfère rester sur du court terme. Après une année un peu maladroite à la tête du PS, elle a réussi enfin à préserver l’unité du PS et à s’affirmer sans complexe comme chef d’orchestre.
Reste enfin à savoir si la supposée euphorie régionale de 2010 ne renouvellerait pas celle de 2004, à savoir qu’elle déboucherait finalement sur un nouvel échec présidentiel pour cause de querelle d’écuries.
Meeting de l’UMP au Parc des expositions de la Beaujoire à Nantes du 11 mars 2010
Christophe Béchu et François Fillon tenaient en haleine une salle comble à Nantes. Derrière la tribune, il y a aussi beaucoup de participants.
À peine plus âgé que Cécile Duflot, Christophe Béchu, élu député européen en 2009, est l’un des jeunes espoirs de l’UMP, élu à 29 ans président du Conseil général du Maine-et-Loire.
Le discours de Christophe Béchu est très décevant. Il parle lentement, il est ennuyeux, il évoque dans une longue liste sans intérêt tous les lieux qu’il a visités pendant la campagne. Surtout, il se prend beaucoup trop au sérieux. Il n’esquisse aucun sourire, ne quitte pas ses notes. Il a encore quelques progrès à faire pour devenir un bon orateur. Il n’inspire pas confiance.
Le suit le Premier Ministre François Fillon. Au début, il est aussi ennuyeux que son prédécesseur à la tribune. Il parle du contexte régional des Pays de la Loire, évoque sa propre présidence du Conseil régional et parle aussi de son prédécesseur, Olivier Guichard.
Heureusement, François Fillon quitte le terrain régional pour se hisser, lui aussi, sur le terrain national. Il semble répondre à Martine Aubry en reprenant beaucoup de ses arguments. C’est amusant : Martine Aubry parle sans cesse de Nicolas Sarkozy. François Fillon fait sans cesse référence à Martine Aubry.
Il est nettement plus consistant et intéressant sur la politique économique, et surtout, plus crédible que Martine Aubry. Cette dernière le critique sur la politique industrielle ? Il la justifie au contraire et rappelle que Lionel Jospin avait laissé faire les délocalisations de Renault entre autres. Le gouvernement ne fait pas assez pour la moralisation de la finance ? Laurent Fabius avait réduit la fiscalité des stock-options.
François Fillon jouit d’une période particulière. L’homme est absolument nécessaire à Nicolas Sarkozy pour engager la réforme des retraites. Il devient un présidentiable dans les médias et serait même le meilleur présidentiable de l’UMP. De quoi un petit peu agacer Nicolas Sarkozy évidemment.
C’est en quelque sorte un discours présidentiel que cette envolée de Nantes.
Entouré de Philippe de Villiers, de Roselyne Bachelot, de Laurent Wauquiez et de Christine Boutin, François Fillon alterne soigneusement le “je” et le “nous”, un “nous” signifiant parfois “le Président et moi” et d’autres fois, “le gouvernement”.
En dressant un bilan impressionnant, il laisse comprendre qu’il est incontestablement un capitaine solide de la machinerie gouvernementale, solide psychologiquement aussi tant la vie de Matignon est difficile, sous Nicolas Sarkozy comme sous n’importe quel autre prédécesseur d’ailleurs.
Fidèle de Philippe Séguin, François Fillon a toujours avancé doucement, avec flegme et discrétion. Et pourtant, en être à sa troisième année à Matignon relève d’une réelle ambition politique. On peut dire qu’il étonnera sans doute car il étonne déjà maintenant par sa longévité.
Meeting du MoDem à la Bellevilloise à Paris du 11 mars 2010
La Bellevilloise fut cette salle choisie par Daniel Cohn-Bendit pour fêter le soir du 7 juin 2009 les 16,3% des Verts aux élections européennes.
Malheureusement, la retransmission ne concerne que le discours de François Bayrou. La tête de liste en Île-de-France Alain Dolium n’aura pas eu droit aux honneurs de la retransmission (au contraire de Christophe Béchu, Cécile Duflot ou Jean-Paul Huchon).
Le cadre est glacial. C’est la comparaison avec les deux grands meetings précédents, ceux du PS et de l’UMP, qui montre à l’évidence que le MoDem n’est pas dans la même catégorie. Si la salle est remplie, elle est nettement plus petite, on dirait presque une salle d’hôtel pour conférence de presse.
Aucune personne d’autre que l’orateur n’est visible à la tribune derrière laquelle se dresse un horrible rideau jaune à reflets oranges. Parmi les participants, la venue du fameux Chevalier orange avait été annoncée.
Bref, la discours de François Bayrou ressemble plus à une conférence de presse bon enfant dans un salle de classe qu’à un grand meeting de fin de campagne. Le Zénith est loin (c’était il y a trois ans).
J’ai droit surtout à une sorte de chroniqueur. Chroniqueur fatigué. Les traits sont tirés mais le président du MoDem essaie de faire bonne mesure, sourit souvent malgré les yeux couverts de cernes, et laisse poindre une espérance que les sondages refusent à admettre.
Dans ses propos, il ne cesse de citer Marielle de Sarnez et Bernard Lehideux. Comme s’il n’y avait que trois adhérents au MoDem.
Non, un peu plus. Il commence en racontant sa première rencontre avec Alain Dolium. J’ai l’impression une fois encore que la tendance messianique de François Bayrou est très affirmée : dès le premier entretien, il voit en Alain Dolium le leader du MoDem en Île-de-France. Et il explique alors que non seulement il est intelligent mais il a des valeurs. On peut espérer que c’est le cas de tous les candidats.
Le laïus de François Bayrou pour défendre la tête de liste des deux premières régions de France, Alain Dolium en Île-de-France et Azouz Begag en Rhône-Alpes, est convaincant. Il se sert d’ailleurs de la récente déclaration de Gérard Longuet contre l’éventuelle désignation de Malek Boutih à la présidence de la HALDE pour montrer à quel point la France est un pays qui étiquette trop facilement selon des considérations dont ne sont pas responsables les personnes, comme leur origine, au contraire de la Grande-Bretagne par exemple. Sans l’évoquer, il prend la même argumentation que Barack Obama.
Ensuite, il parle des 1750 candidats du MoDem partout en France, et glisse subtilement que l’absence de liste dans le Languedoc-Roussillon est due à de “basses manœuvres”.
Et il embraie vite sur le plan national. Mais loin de faire un grand discours, comme Martine Aubry ou François Fillon, il ne fait qu’un pâle éditorial, reprenant le blog de Jacques Attali qu’il commente ou un passage du journal télévisé de France 2. À cet égard, il veut faire peur et pense que la situation grecque pourrait être celle de la France bientôt, rappelant que le déficit budgétaire a augmenté de 350% en trois ans (pourquoi a-t-il eu besoin de retraduire tout en francs, lui, l’Européen convaincu ?).
Enfin, il renouvelle ses propos anti-journalistes et anti-sondages (les journalistes ne m’interrogent pas sur les vrais problèmes) et nie le caractère national des élections régionales. Il est parfois applaudi, mais aucune ovation.
Fin de campagne
On pourra s’étonner qu’il n’y ait pas eu de retransmission d’un meeting du Front national ou du NPA, ou encore de très petites listes. S’il y en a eu, elle m’aura alors échappé.
Ces meetings sont, à eux quatre, très symboliques de cette campagne des élections régionales : un PS en position de force, une UMP qui essaie de résister par le bilan de son gouvernement et ses projets nationaux, des Verts qui ont le vent en poupe et qui rêvent aux plus hautes destinées, et un MoDem qui n’est plus qu’une maison abandonnée de plus en plus en ruine.
Les images sont frappantes. Les Verts jouent le grand jeu à égalité avec le PS : les deux meetings ont réuni chacun 1700 personnes au Cirque d’hiver à Paris. L’UMP a rassemblé 1200 personnes à Nantes. Le MoDem a attiré 400 personnes.
À la veille du premier tour des élections régionales, qui ont pris une importance nationale, le Premier Ministre François Fillon et la première secrétaire du Parti socialiste Martine Aubry ont bel et bien acquis un poids politique supplémentaire dans ce qui pourrait être la future période pré-présidentielle.
Pour aller plus loin :
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Posted onmars 5, 2010
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Il vient de disparaître à soixante-quatre ans. Connu pour ses positions tranchées, Jacques Marseille était à la fois observateur et force de proposition. Radical, il n’hésitait pas à révolutionner les perspectives économiques et sociales. Pour preuve, l’allocation universelle à 750 euros par mois pour tout le monde inconditionnellement.
Marseille à Paris. Ce n’est pas midi à quatorze heures pourtant.
Ni un match de foot OM-PSG.
Libéral
Il avait de zélés adversaires. Peut-être étaient-ce ses anciens camarades du parti communiste ? On lui contestait son militantisme anti-syndicats, son intransigeance face aux abus de l’État, son souhait d’un monde qui encouragerait un peu plus l’initiative privée.
Les plus médisants pointaient même sur sa supposée avarice que rien de tangent n’a pu confirmer. Sur ses émoluments de professeur d’histoire économique et sociale à la Sorbonne (la chaire de Marc Bloch) dont les cent vingt-huit heures annuelles de cours (penser quand même aux heures pour les préparer) lui donnaient quelques créneaux horaires pour rédiger des bouquins, et aller dans les médias, des chroniques au “Point”, à “L’Expansion”, aux “Échos”, des prestations sur Europe 1 et sur France 5 (”C dans l’air”) entre autres, des activités qui pouvaient apporter un peu de beurre à ses épinards et une visibilité accrue de ses réflexions.
Inféodé au pouvoir ?
Bon, c’est vrai que Jacques Marseille n’avait jamais caché ses idées, qu’il professait moins d’État et mieux d’État. Mais de là à dire qu’il était inféodé au pouvoir en place, c’est se tromper sur ce qu’on pourrait appeler des intellectuels qui réfléchissent à voix haute. Leur ego est bien trop grand pour se résoudre à avaler sans raison des couleuvres de la pensée. Leurs réflexions les placent dans le rôle (enviable) de l’observateur, pas de l’acteur. Jacques Marseille avait ainsi condamné le simpliste slogan de campagne de Nicolas Sarkozy « Travailler plus pour gagner plus » qu’il assimilait à « un slogan datant manifestement du siècle dernier » et préférait le slogan : « vivre mieux » (quel que soit le travailler : plus, moins, autant) assez similaire à celui des défenseurs de la décroissance.
Dysfonctionnements
Jacques Marseille était surtout connu pour avoir pointé du doigt le fameux “Mal français” d’Alain Peyrefitte comme d’autres, comme Nicolas Bavarez ou Éric Le Boucher.
Pour Jacques Marseille, l’élection de 2007 était l’un des huit rendez-vous cruciaux de l’histoire de France : « après le choix de l’État contre les féodalités, celui de la tolérance religieuse contre le fanatisme, de l’ordre contre les privilèges, des institutions stables contre le désordre (Napoléon), le choix du marché contre le paupérisme (Napoléon III), celui de la résistance contre l’accommodement (De Gaulle), du grand large contre la nostalgie coloniale (encore De Gaulle), et le choix du courage contre l’égoïsme ». Là, on pourrait dire qu’il avait un peu exagéré.
L’un de ses derniers bouquins, paru avant l’élection présidentielle, précisait clairement son contenu avec son titre : “Les 100 chiffres pour ne pas voter nul en 2007″.
L’objectif était de faire un état des lieux de la situation économique et sociale du pays qui pouvait un peu étonner. Certes, il y a eu des évolutions depuis trois ans, mais Jacques Marseille donnait quelques critères intéressants.
Par exemple, au lieu de parler du nombre de demandeurs d’emploi par nombre d’actifs, il vaudrait mieux calculer le rapport du nombre de demandeurs d’emploi sur le nombre des actifs tributaires de la conjoncture, à savoir les travailleurs du privé, en éliminant les sept millions de fonctionnaires ou assimilés (dont il était en tant qu’universitaire) qui, eux, n’ont pas à craindre de perdre leur emploi (même s’il peut y avoir d’autres problèmes). Et par conséquent, ce taux monterait non pas à 10% mais à plus de 20% ! Ceux qui, soumis au secteur marchand, recherchent un travail. Les 20% datent de 2007, nul doute que la crise aura fait exploser ce taux.
Jacques Marseille pestait aussi contre la fierté de d’affirmer que la France a une productivité horaire élevée : c’est vrai, mais par rapport aux autres pays, il y a beaucoup moins de gens qui travaillent en France, notamment entre 55-64 ans, seulement un tiers au lieu de la moitié ou des deux tiers dans d’autres pays européens.
Promoteur de l’allocation universelle
Jacques Marseille était cependant partisan d’une mesure radicale et révolutionnaire : l’allocation universelle. Verser 750 euros par mois à tous les Français âgés de plus de 18 ans et la moitié de la naissance à 18 ans. Les allocations familiales, c’est nettement moins que 375 euros : 120 euros par enfant par mois au-delà du deuxième enfant. Les bourses pour lycéens ou étudiants, c’est 400 euros, soit nettement moins que les 750 euros par mois. Cette prestation coûterait 510 milliards d’euros. Elle permettrait pour un couple de smicards de recevoir chaque mois pas 2000 euros nets mais 3500 euros net par mois.
Elle serait financée par la suppression de toutes les prestations sociales, y compris le système des retraites par répartition qui aurait, en 2050, 10 cotisants pour 8 retraités (en 1980, 4 cotisants pour 1 retraité et en 1945, 15 cotisants pour 1 retraité). Ce système se transformerait alors en système par capitalisation PLUS cette allocation universelle qui avantagerait les moins aisés et encouragerait à travailler (malgré le droit à ce revenu inconditionnel).
Seules, les prestations d’assurance maladie resteraient maintenues (de l’ordre de 160 milliards d’euros), ce qui augmenterait globalement de seulement 16% les dépenses de protection sociale, hausse qui pourrait être compensée par les économies réalisées par l’État dans la suppression de tous les dispositifs sociaux.
Il est sûr que cette idée devrait être remise à jour, notamment pour la rendre compatible avec le financement de la dépendance (prochain dossier après les retraites) et sécuriser une retraite par capitalisation des risques que la crise financière a fait apparaître au grand jour.
Contre les idées simplistes
Jacques Marseille était contre les solutions simplistes consistant à prendre aux riches l’argent et le redistribuer aux pauvres.
Avec une petite démonstration mathématique assez facile à saisir : les 40 patrons du CAC 40 gagnent à eux seuls 200 millions d’euros par an (enfin, en 2007, sûrement plus aujourd’hui… Henri Proglio ferait “pâle figure” dans ce petit cercle). Si l’on voulait les redistribuer aux plus pauvres (en 2007, près de 4 millions de personnes sont en dessous du seuil de pauvreté), alors chaque “pauvre” n’aurait annuellement que… cinquante euros supplémentaires. Pas de quoi résoudre les choses. Alors que l’allocation universelle, elle, est un dispositif innovant qui accroîtrait notablement les plus bas revenus.
Dernier combat
Enfin, jusqu’à ce jeudi 4 mars 2010 matin, Jacques Marseille était également contre le cancer, pas seulement ce « cancer qui ronge le pseudo-modèle social français » (incohérences des interactions entre l’État et le secteur marchand) mais également le vrai, celui qui mine et abat même les hommes de soixante-quatre ans au sommet de leur art.
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Posted onmars 2, 2010
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La candidature de François Bayrou avait rassemblé le 22 avril 2007 près de sept millions d’électeurs. Trois ans plus tard, où sont-ils donc passés ?
En situation très inconfortable pendant cette campagne des élections régionales, voici que François Bayrou, président du MoDem se déclare “sans opinion” concernant les soubresauts de la campagne. Un manque d’enthousiasme manifeste pour des élections qui auraient dû être une planche de salut pour le centre autonome.
La malédiction du troisième homme
Dans l’histoire de la politique française, il y aura désormais un mystère concernant le sort réservé aux 18% du premier tour de l’élection présidentielle de 2007 de François Bayrou.
Une fuite en avant vertigineuse
La stratégie du candidat François Bayrou avait su soulever un espoir politique assez inédit : la possibilité de cette troisième voie, si souvent énoncée et si souvent inexistante. Les tentatives malheureuses de Gaston Defferre, Jean-Jacques Servan-Schreiber, Michel Rocard et Jacques Delors, desservies par le scrutin majoritaire à deux tours aux élections législatives (et présidentielles), et renforcé par l’adoption du programme commun (alliance entre socialistes et communistes) préfigurant à partir de 1974 l’alliance de la droite et du centre (gaulliste et centristes), rendaient la stratégie de la troisième voie très aléatoire.
Sauf dans le cas où cette troisième voie serait devenue majoritaire. C’est-à-dire, en position de force dans le paysage électoral français.
Or, c’est un peu sur cette hypothèse que s’était appuyée la campagne du premier tour de 2007 de François Bayrou. À partir de début février 2007, François Bayrou fit un énorme bond en avant dans les sondages et son ascension a complètement bouleversé la donne politique. Au lieu d’un paisible second tour entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal qui donnerait sans surprise gagnant le premier, l’élection changeait de dimension et rendait possible l’échec de Ségolène Royal dès le premier tour et plausible la victoire de François Bayrou contre Nicolas Sarkozy au second tour.
Nul doute que François Bayrou croyait à cette étoile qui brilla si soudainement. Et avec lui, ses sept millions d’électeurs centristes, gaullistes, socialistes, écologistes…
Les discours dans les meetings et les médias furent alors rapidement jusqu’au-boutistes, à savoir en concentrant la critique uniquement contre Nicolas Sarkozy, seul candidat pouvant véritablement gagner le second tour, si bien que la posture devenait très délicate entre les deux tours.
L’impossible entre deux tours
C’était un peu la réflexion que je me faisais à l’époque. Cette campagne fut une sorte de vertigineuse ascension sans aucune idée de la manière de redescendre. François Bayrou était condamné à réussir le passage au second tour sinon il serait dans une position politique inextricable. En effet, en cas d’échec au premier tour, le second tour aboutissait au traditionnel duel entre la droite et la gauche, clivage auquel s’était opposé de toutes ses forces François Bayrou.
Soit François Bayrou aurait donné consigne de soutenir la candidature de Nicolas Sarkozy, et tout son discours antisarkozyste était renié ; soit il aurait soutenu la candidature de Ségolène Royal, et son rejet de la droite et de la gauche aurait été également renié et il aurait profondément scandalisé ses électeurs fidèles depuis 1999 ; soit enfin, il appelait à l’abstention ou au vote blanc, et pour un homme politique responsable ayant pour ambition la direction de l’État, ne pas vouloir prendre position lors la plus importante échéance de notre démocratie aurait montré de l’irresponsabilité ou de l’indécision, la règle du jeu de l’élection présidentielle voulant que le choix s’opère entre les deux seuls candidats du second tour (même De Gaulle n’a pas été élu dès le premier tour).
Bref, c’était comme faire une chute libre en se disant pendant la chute “jusque maintenant, tout va bien” et en espérant qu’il y aura un bon amortisseur au sol.
Essoufflement fatal
À partir de mi-mars 2007, la campagne de François Bayrou s’est essoufflée : d’une part, les sondages amorçaient une baisse (mais un sondage de CSA l’avait placé beaucoup trop haut, jusqu’à 24%), et aucun nouveau “coup” n’avait été prévu pour rebondir ou permettre un nouveau bond. François Bayrou, fort de mauvaises assurances apportées par des responsables politiques, promettaient des ralliements d’horizons politiques diverses qui n’ont jamais eu lieu (attendait-il le ralliement de Michel Rocard, Bernard Kouchner ou Claude Allège ?).
Conclusion, François Bayrou n’a pas été qualifié pour le second tour même s’il n’en a pas moins démérité avec ses 18% d’électeurs, soit plus que Raymond Barre en avril 1988. À cela près qu’il n’a pas su les faire “fructifier” pour la prochaine élection présidentielle. Il n’en est pas le seul fautif : au contraire de l’électorat centriste traditionnel (entre 5 et 10%) relativement fidèle et homogène, son électorat était loin de l’être.
Forte hétérogénéité de l’électorat centriste
Comme je l’avais écrit précédemment, ces 18% étaient très hétérogènes, à tel point que les sondages indiquèrent que de ces électeurs, environ 40% auraient voté Nicolas Sarkozy, 40% Ségolène Royal et 20% auraient refusé de choisir l’un ou l’autre (par le vote blanc ou l’abstention). À partir de cette répartition, il restait très illusoire de vouloir faire un parti unique de cet électorat dispersé. La stratégie du “ni droite ni gauche” n’était même pas plébiscité puisqu’il y a eu en gros quatre électeurs de François Bayrou sur cinq qui auraient finalement choisi la droite ou la gauche. Le thème commun était plutôt à comprendre dans le plus personnel “ni Sarkozy ni Royal”.
Le Chevalier orange, dont le blog continue d’enflammer la blogosphère centriste, est revenu ce week-end sur le véritable péché originel du MoDem, à savoir le refus de toute alliance législative et donc, l’absence de groupe à l’Assemblée Nationale.
Stratégie d’alliance, ce qu’il aurait dû se passer…
Selon lui, une réunion s’était tenue avec les députés UDF juste après le premier tour et tous les présents auraient été d’accord, y compris François Bayrou, pour négocier fermement leur soutien au second tour à Nicolas Sarkozy en obtenant des ministères et beaucoup de circonscriptions pour les législatives qui suivaient. Nul doute que Nicolas Sarkozy aurait réagi de façon conciliante afin de se donner le plus de chances possible.
L’objectif était donc bien d’avoir un groupe de députés bayrouïstes à l’Assemblée Nationale, et des ministres, puis, au cours du quinquennat, pour une raison judicieusement choisie, un démarquage de ces députés, une démission de ces ministres, et un passage dans l’opposition en faisant renaître l’espoir dans le camp de la majorité et de l’opposition pour 2012.
Le hic, c’est que Marielle de Sarnez, absente lors de la décision, serait arrivée à la fin de la réunion et aurait retourné la situation en disant qu’il était impossible de soutenir Nicolas Sarkozy au second tour. Le flou continuait au moment où il aurait fallu être le plus clair possible.
Ou hypothèse d’une lune de miel à gauche ?
L’autre logique d’alliance, cela aurait été de faire un pacte avec Ségolène Royal entre les deux tours, négocier des circonscriptions éligibles pour les élections législatives. Outre le fait de ne pas être dans la logique “ni droite ni gauche”, il y aurait eu un petit côté masochiste à choisir cette logique à gauche dans la mesure où personne ne songeait sérieusement à la victoire de Ségolène Royal à l’issue du second tour.
Le débat entre François Bayrou et Ségolène Royal entre les deux tours étaient surréaliste : il montrait une Ségolène Royal incapable de hiérarchiser ses impératifs de campagne (son adversaire était Nicolas Sarkozy et pas François Bayrou) à qui un tel débat ne pouvait que nuire (notamment en montrant trop clairement les nombreuses divergences de vues avec François Bayrou) et un François Bayrou mauvais joueur refusant d’admettre sa défaite du premier tour.
Ceux qui pensent que le soutien ferme de François Bayrou à la candidature de Ségolène Royal lui aurait donné quelques chances de victoire oublient que les candidats ne sont pas propriétaires de leurs voix et que les électeurs, loin d’écouter leur candidat, n’en font qu’à leur tête selon des logiques aussi respectables que parfois antagonistes. C’est même peu respectueux de la démocratie de croire qu’un candidat qui a échoué soit capable de distribuer ses voix pour un second tour. François Bayrou en avait d’ailleurs conscience en déclarant peu de jours après le premier tour : « Je n’ai pas à choisir à la place des sept millions de Français qui ont voté pour moi. ».
Le problème des outsiders dans les élections
Ne pas être présent au second tour nécessite forcément une logique d’alliance pour avoir la moindre chance de peser sur les événements en prenant part aux responsabilités.
Refuser la bipolarisation de la vie politique dans des institutions d’essence bipolaire (avec l’élection présidentielle), c’était plus idéaliste que réaliste. Donc peu politique. La seule stratégie qui aurait prévalu avant le premier tour était plutôt, loin de la refuser, de déplacer la bipolarité droite/gauche vers une bipolarité de type 1969 (Pompidou vs Poher) droite/centre. Bref, pour François Bayrou, de phagocyter le Parti socialiste. Mais en le disant clairement, pas en proposant une sorte de tripolarisation.
Il était assez logique que François Bayrou ait refusé avant le premier tour de 2007 d’indiquer aux médias ce qu’il comptait faire en cas de non qualification pour le second tour. Jacques Chirac en 1981, Raymond Barre en 1988 et Édouard Balladur en 1995 avaient toujours rejeté cette hypothèse car elle signifiait qu’ils ne partaient pas gagnants dans leur esprit. Et s’ils n’étaient pas convaincus eux-mêmes, comment convaincre les autres ?
André Santini a refusé le flou interne
En revanche, ce que le Chevalier orange révèle également, c’est que François Bayrou avait refusé aussi d’en parler avec ses proches lieutenants pendant la campagne. Cette fuite en avant avait de quoi inquiéter les parlementaires qui souhaitaient l’autonomie vis-à-vis de l’UMP mais pas la guerre.
Ainsi, André Santini, député-maire d’Issy-lès-Moulineaux (et futur secrétaire d’État pour deux ans de Nicolas Sarkozy), inquiet par l’absence de réponse de François Bayrou (à la question : “que faisons-nous si nous ne passons pas le premier tour ?”) et ne croyant pas aux chances de ce dernier de franchir l’obstacle du premier tour, avait renoncé à le soutenir pour rejoindre dès le premier tour Nicolas Sarkozy (Gilles de Robien également).
André Santini a toujours eu suffisamment de personnalité pour s’opposer à des fortes personnalités issues du RPR le cas échéant. Rappelons en effet que l’UDF de François Bayrou avait misé le 21 mars 2004 sur André Santini pour conduire les listes centristes pour les élections régionales en Île-de-France, listes qui ont obtenu plus de 16% alors que les listes UMP dirigées par Jean-François Copé obtinrent à peine 25%. Pas sûr que le MoDem puisse ce 14 mars 2010 renouveler une telle performance.
Le ralliement d’André Santini à la candidature de Nicolas Sarkozy ne provenait donc pas de sa proximité départementale (il se serait alors rallié bien avant) mais plutôt du flou de stratégie entretenu par François Bayrou auprès de ses proches. Ce flou est apparu dans toute sa “clarté” après le premier tour.
La logique implacable de la Ve République
Faire bouger les lignes politiques. Telle avait été l’ambition de François Bayrou en 2007. Les lignes politiques n’ont finalement pas beaucoup bougé. La bipolarisation s’est même accentuée depuis 2007 par rapport à 2002. À quelques jours des élections régionales, le pays reste toujours divisé en deux blocs, l’un autour du PS et l’autre autour de l’UMP, et ceux qui refusent la logique d’alliance bipolaire s’exclut définitivement de toute participation au pouvoir : le FN et le NPA depuis leur création, et le centrisme façon MoDem depuis 2007.
Mais François Bayrou veut-il vraiment le pouvoir ?
Peut-être voudra-t-il dire, à l’instar du chevalier Bayard : « Je n’ai jamais tourné le dos devant l’ennemi, je ne veux pas commencer à la fin de ma vie. »…
Pour aller plus loin :
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Posted onfévrier 24, 2010
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Le 1er mars 2010, Michel Charasse, Hubert Haenel et Jacques Barrot remplaceront Olivier Dutheillet de Lamothe, Dominique Schnapper et Pierre Joxe.
Ce 24 février 2010, trois nouveaux membres du Conseil Constitutionnel viennent d’être officiellement nommés respectivement par le Président de la République Nicolas Sarkozy, le Président du Sénat Gérard Larcher et le Président de l’Assemblée Nationale Bernard Accoyer.
Première nomination de l’ère Sarkozy
C’est la première nomination au Conseil Constitutionnel pour Nicolas Sarkozy, et la seule pour son mandat actuel. Mais l’élément majeur est son aspect doublement novateur.
D’abord, par les textes, la réforme des institutions de juillet 2008 (voir §ad), le pouvoir de nomination du Président de la République est désormais encadrée par les parlementaires (comme pour la désignation du nouveau président de Radio France).
Ensuite, par la pratique personnelle de Nicolas Sarkozy qui a voulu rendre ces nominations transparentes, au risque d’y voir la cacophonie et des amertumes. Nicolas Sarkozy a en effet voulu procéder à ces nominations en concertation avec Gérard Larcher et Bernard Accoyer (une réunion a eu lieu le 22 février 2010).
Apparemment, ces nominations ont préoccupé depuis longtemps Nicolas Sarkozy qui aurait voulu aussi en discuter avec le Président du Conseil Constitutionnel, Jean-Louis Debré, mais ce dernier a refusé toute discussion en disant qu’il prendrait acte des nominations sans faire de commentaire. Histoire de rappeler qu’à sa propre nomination à la tête des Sages, le 5 mars 2007, Jean-Louis Debré avait essuyé une remarque peu agréable de son prédécesseur direct, Pierre Mazeaud.
Les préoccupations de Nicolas Sarkozy étaient triples : d’une part, s’assurer que sa décision sera irréprochable ; d’autre part, avoir un Conseil Constitutionnel sur lequel il puisse compter (plusieurs lois ont été “retoquées“, ce qui a provoqué plusieurs fois la contrariété présidentielle) ; enfin, saisir l’occasion de continuer l’ouverture politique et troubler l’opposition.
Finalement, aucune concertation vraiment “intelligente” n’a eu lieu entre les trois personnages de l’État chargés des nominations puisque, en définitive, deux sénateurs ont été nommés sur les trois et le troisième est un ancien député. Les trois membres désignés ont autour de 70 ans. Victime collatérale : la féminité puisque elle n’est plus représentée que par une seule personne (soit moins de 10% !).
Nomination de Nicolas Sarkozy : Michel Charasse
Michel Charasse (68 ans), sénateur, est un mitterrandien de pure souche. Devenu sénateur quand Roger Quilliot est devenu ministre en 1981, il était avant tout conseiller de François Mitterrand à l’Élysée. De 1988 à 1992, il occupa l’important Ministère du Budget. Il était tellement proche de François Mitterrand que ce dernier hésita à le nommer Premier Ministre en mai 1991.
Pour des raisons de politique locale dans le Puy-de-Dôme, Michel Charasse a été exclu du Parti socialiste en 2008, ce qui l’a conduit à se rapprocher du groupe RDSE (ex-gauche démocratique) qui rassemble les radicaux de gauche et de droite au Sénat.
Sa nomination au Conseil Constitutionnel serait une promesse de Nicolas Sarkozy lors de sa campagne présidentielle, Michel Charasse ayant choisi de le soutenir. Michel Charasse est le maire de Puy-Guillaume qui se situe sur la circonscription de Brice Hortefeux, Ministre de l’Intérieur et proche de Nicolas Sarkozy.
Nicolas Sarkozy réussit aussi à maintenir une présence pseudo-socialiste après le départ de Pierre Joxe et évite la critique selon laquelle le Conseil Constitutionnel serait monolithique. Il rappelle également sa grande capacité de “digestion mitterrandienne” après avoir nommé le neveu de l’ancien Président, Frédéric Mitterrand, au Ministère de la Culture.
Étrange que Nicolas Sarkozy soit à l’origine de la consécration de deux personnalités de gauche : Bernard Kouchner avec son bâton de maréchal du quai d’Orsay et Michel Charasse au Conseil Constitutionnel. À ces consécrations peut s’ajouter celle de Didier Migaud à la tête de la Cour des Comptes.
Nomination de Gérard Larcher : Hubert Haenel
Également sénateur, depuis vingt-trois ans, Hubert Haenel (67 ans), conseiller d’État, est un élu alsacien qui a cumulé beaucoup de fonctions au sein du Sénat. Il est notamment Président de la Commission des affaires européennes (en vertu de la réforme des institutions de 2008), juge titulaire de la Cour de Justice de la République (qui va se prononcer sur le cas de Charles Pasqua), président du groupe d’amitié avec le Vatican, membre du groupe français de l’Union interparlementaire…
Selon les observateurs, la nomination d’Hubert Haenel au Conseil Constitutionnel va libérer beaucoup de postes au Sénat que Gérard Larcher pourra attribuer à certains sénateurs dans l’optique de sa réélection en octobre 2011, une élection de tous les dangers puisque le groupe socialiste est de plus en plus imposant et que l’UMP n’a plus de majorité absolue.
Autre argument utilisé par Gérard Larcher, celui de rééquilibrer le Conseil Constitutionnel en faveur du Sénat, les membres actuels ayant en leur sein trois anciens députés dont un ancien Président de l’Assemblée Nationale (les deux autres étant des anciens Présidents de la République). Le rééquilibrage va donc être important puisqu’il y aura deux sénateurs.
Par ailleurs, Hubert Haenel a fait partie de la Convention sur l’avenir de l’Europe, créée par le Conseil européen de Laeken en décembre 2001 et présidée par Valéry Giscard d’Estaing, qui a abouti à la rédaction du Traité Constitutionnel Européen adopté au Conseil européen de Rome le 29 octobre 2004. Hubert Haenel est donc un Européen convaincu qui connaît bien les rouages institutionnels de l’Union Européenne.
Nomination de Bernard Accoyer : Jacques Barrot
Au moins, voici un centriste qui n’aura pas perdu avec son ralliement immédiat à l’UMP en 2002. Jacques Barrot (73 ans) est un démocrate chrétien qui est devenu chiraquien par opportunité.
Député très jeune, à 30 ans, pour succéder à son père Noël, Jacques Barrot suivit Jacques Duhamel dans le soutien centriste à Georges Pompidou (déchirant le Centre démocrate qui, majoritairement, soutint Alain Poher). Il se retrouva sans discontinuité dans tous les gouvernements de la Présidence de Valéry Giscard d’Estaing et au début de la Présidence de Jacques Chirac (Présidents qu’il va retrouver au Conseil Constitutionnel), à des postes plus techniques que politiques : logement, commerce, santé, travail et affaires sociales. Soit neuf années de longévité ministérielle.
Secrétaire général du Centre des démocrates sociaux (parti réunifiant les centristes propompidoliens et les autres) sous la présidence de Jean Lecanuet puis de Pierre Méhaignerie (de 1976 à octobre 1991), Jacques Barrot a rejoint Jean-Pierre Raffarin, Dominique Perben et Michel Barnier dans leur tentative d’unifier l’UDF et le RPR pendant la cohabitation Jospin.
En juin 2002, Jacques Barrot (député chevronné) obtint son bâton maréchal en président l’immense groupe UMP à l’Assemblée Nationale (on constate avec Jean-François Copé que ce poste est essentiel dans le dispositif de la majorité).
Nommé Vice-Président de la Commission européenne pour la période sortante, 2004-2009, d’abord aux transports puis à la justice, Jacques Barrot abandonna la présidence du groupe UMP à Bernard Accoyer qui fut élu en juin 2007 le Président de l’Assemblée Nationale qui va le nommer au Conseil Constitutionnel. En 2004, il laissa sa circonscription à son suppléant Laurent Wauquiez, membre du gouvernement actuel.
Européen convaincu, Jacques Barrot défendait sa nomination parmi les Sages auprès de Nicolas Sarkozy en disant qu’il était nécessaire d’y désigner des personnes qui connaissent bien les institutions européennes afin de prendre des décisions qui ne seraient pas invalidées par la Cour de justice européenne.
Jacques Barrot pourra donc poursuivre son activité politique jusqu’à ses 82 ans.
Victime collatérale : la mixité sexuelle
Trois nouveaux membres : deux sénateurs, deux anciens ministres, deux fins connaisseurs des institutions européennes, deux originaires de l’UMP, deux Auvergnats.
Mais au total, sur les onze membres du Conseil Constitutionnel, il ne reste plus qu’une seule femme, Jacqueline de Guillenchmidt, dont le mandat s’achèvera au prochain renouvellement, en février 2013.
Si l’on souhaite une meilleure représentativité sexuelle du Conseil Constitutionnel, lançons le défi que les trois prochains membres désignés en 2013 soient tous… des femmes !
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (24 février 2010)
Pour aller plus loin :
L’ouverture politique.
Nomination à la Cour des Comptes.
L’amertume de Pierre Joxe.
Historique des nominations au Conseil Constitutionnel.
Les nominations présidentielles.
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Posted onfévrier 24, 2010
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Parent pauvre de la politique nationale, Grenoble n’avait jusqu’à maintenant jamais porté depuis la guerre ses élus vers de hautes destinées sauf dans un cas bien malheureux.
Nouveau volet de l’ouverture selon Nicolas Sarkozy, le député socialiste de l’Isère Didier Migaud vient d’être nommé ce 23 février 2010 premier Président de la Cour des Comptes pour succéder à l’imposant Philippe Séguin. Une marque d’estime et de reconnaissance pour l’élu compétent, mais aussi un nouveau départ pour l’une des agglomérations les plus dynanmiques du pays.
Petit rappel historique
Hubert Dubedout, maire de Grenoble depuis 1965 et leader de la “nouvelle gauche” (celle de Pierre Mendès France et Michel Rocard), avait été proposé en 1981 Ministre du Logement par Pierre Mauroy à François Mitterrand, nouveau Président de la République. Finalement, Hubert Dubedout resta à Grenoble, laissant le portefeuille à Roger Quilliot (qui laissa alors son siège de sénateur à un conseiller du Président, Michel Charasse), et il perdit même la ville jugée pourtant imprenable.
À la fin des années 1980, le département de l’Isère et la ville de Grenoble étaient devenus RPR malgré une vieille tradition de gauche.
Alain Carignon
À l’origine de ce changement radical, Alain Carignon qui, après avoir obtenu un canton en 1976 à 27 ans, s’était emparé, dès le premier tour, de la mairie d’Hubert Dubedout en mars 1983 (à 34 ans), puis d’un mandat de député européen en juin 1984 et enfin, de la présidence du Conseil général de l’Isère en mars 1985, pourtant détenue par le Président de l’Assemblée Nationale de l’époque Louis Mermaz.
Mars 1986 marquait une étape essentielle dans la vie d’Alain Carignon puisque, élu député, il fut immédiatement nommé Ministre délégué à l’Environnement dans le gouvernement de Jacques Chirac. Son ambition était sans limite puisqu’il s’imaginait déjà parmi les futurs présidentiables.
Au printemps de 1988, après la réélection de François Mitterrand, Alain Carignon imaginait poursuivre sa carrière ministérielle en devenant ministre d’ouverture dans le gouvernement de Michel Rocard. Grenoble avait largement réélu François Mitterrand et dans la perspective de sa réélection à la mairie en mars 1989, Alain Carignon cherchait lui aussi à faire de l’ouverture (avec notamment Guy Névache, le responsable des socialistes grenoblois).
Réélu député et limité par le cumul, Alain Carignon décida de démissionner de son mandat national pour conserver ses deux mandats à la tête d’un exécutif : la mairie et le département. Alain Carignon eut quelques velléités d’indépendance rénovatrice en 1989 qui se soldèrent par un échec.
Malgré un bref retour au gouvernement d’Édouard Balladur, Alain Carignon s’enlisa dans les “affaires” jusqu’à en faire de la prison. Pendant la campagne présidentielle de 1995, aucun des deux candidats issus du RPR, ni Jacques Chirac ni Édouard Balladur, n’osa faire le déplacement.
Triumvirat socialiste
Juin 1995 rouvrait naturellement les portes de la mairie à la gauche : Michel Destot, l’opposant rocardien, avait réussi le tour de force d’éviter tout parachutage national (on parlait à l’époque de Jack Lang et de Bernard Kouchner) dans une grande ville prête à être cueillie.
Maire de Grenoble, Michel Destot (63 ans), député de Grenoble depuis juin 1988, fut de la même génération que Didier Migaud (57 ans), lui aussi élu à l’Assemblée Nationale depuis juin 1988 et futur maire de Seyssins. En 1995, la répartition des rôles laissa à Didier Migaud la présidence de la communauté d’agglomération (en 1995, il avait eu, lui aussi, des visées sur la ville de Grenoble et en 1998, sur le Conseil général qui n’était pas encore repassé à gauche).
Avec André Vallini (53 ans), jeune maire de Tullins (il avait à peine 30 ans) et devenu député à partir de juin 1997, les trois élus forment depuis une quinzaine d’années le triumvirat socialiste de l’agglomération. André Vallini a été élu président du Conseil général de l’Isère en mars 2001, si bien que chacun des trois députés avait “son” mandat à la tête d’un exécutif important.
Michel Destot, rocardien proche de Dominique Strauss-Kahn mais soutenant Bertrand Delanoë en novembre 2008, n’a jamais vraiment su avoir un écho national tandis que ses deux autres compères sont devenus des spécialistes parlementaires reconnus.
Proche de François Hollande, André Vallini, qui admire le gaullisme social et institutionnel, est un spécialiste de la justice et des institutions. Cela l’a conduit à diriger la commission parlementaire sur le procès d’Outreau et à être responsable au sein du Parti socialiste de ce thème.
Didier Migaud s’est spécialisé dans l’analyse budgétaire et a vite montré ses compétences tant auprès de ses collègues socialistes que de ses adversaires (comme Jacques Barrot à l’époque président de la Commission des finances).
Didier Migaud
Proche de Laurent Fabius dont il épouse presque le look, Didier Migaud a été très déçu de ne pas faire partie de la “dream team” de Lionel Jospin en 1997 : il comptait y faire son entrée comme Ministre du Budget et n’a été que rapporteur général du budget, poste qui lui permit cependant d’être au centre des débats budgétaires. C’est à ce titre qu’il fut, avec Alain Lambert, son alter ego du Sénat, le père de la LOLF, la loi organique n°2001-692 du 1er août 2001 relative aux lois de finances qui a pour but d’évaluer les politiques publiques.
Pendant la dernière campagne présidentielle, il fut désigné comme conseiller budgétaire de la candidate Ségolène Royal, pour remplacer en catastrophe… Éric Besson démissionnaire.
Fort habile en campagne, Nicolas Sarkozy avait réussi à reprendre l’idée de sa concurrente Ségolène Royal en promettant d’attribuer à l’opposition le poste de président de la Commission des finances de l’Assemblée Nationale. Le 28 juin 2007, c’est donc tout naturellement que ses amis socialistes désignèrent Didier Migaud pour occuper ce poste.
Compétent, talentueux et sachant doser entre ses convictions et sa fonction, Didier Migaud a réussi à naviguer tant bien que mal, en présidant la commission dont il n’était pas majoritaire tout en critiquant politiquement certaines options du gouvernement (comme les heures supplémentaires du bouclier fiscal). Il a été désigné “député de l’année 2009″ par le Trombinoscope pour être le député le plus actif de l’Assemblée Nationale.
La lourde succession de Philippe Séguin
La mort de Philippe Séguin a rendu nécessaire la désignation d’un nouveau premier Président de la Cour des Comptes par le Président de la République. Pour Nicolas Sarkozy, c’est une nomination délicate et pleine de sens politique.
Après avoir proposé à Alain Juppé et à François Hollande cette fonction très importante de contrepouvoir, et après des rumeurs concernant Anne-Marie Idrac ou encore Alain Lamassoure, Nicolas Sarkozy a opté finalement pour la compétence et l’ouverture politique en désignant Didier Migaud. L’objectif d’une République irréprochable est en bonne voie.
L’indépendance et la compétence de Didier Migaud, qui voit ainsi consacrer son action politique, ne peuvent mettre en doute la pertinence de cette nomination politique, tout comme le soutien de Nicolas Sarkozy à Dominique Strauss-Kahn pour le poste de directeur général du Fonds monétaire international (FMI).
Deux réactions parmi d’autres
Parmi les nombreuses réactions qu’a suscitées cette nomination, notons-en deux.
Celle du député-maire de Drancy Jean-Christophe Lagarde, président exécutif du Nouveau centre : « En nommant M. Migaud à la tête de l’institution de contrôle des comptes publics, le Président de la République nous fait franchir un pas de plus vers une démocratie réelle, loin de ce que depuis 1958 certains ont pu appeler à juste titre la République des copains et des coquins. ».
Et celle discordante du député-maire de Vannes, François Goulard (ancien soutien de François Bayrou en 2007 et proche de Dominique de Villepin) qui craint une manœuvre politique par l’instrumentalisation de la haute institution : « Le problème est de nommer à la tête d’une juridiction un homme politique. Séguin était issu de la Cour des Comptes. ».
Parmi les prédécesseurs de Didier Migaud, il y a aussi l’ancien ministre Pierre Joxe qui quittera le 28 février 2010 le Conseil Constitutionnel dont le renouvellement est annoncé ce 24 février 2010.
Succession en Isère
Quant aux trois mandats que Didier Migaud abandonne en Isère, nul doute qu’une profonde réorganisation des rapports de force au sein des socialistes isérois va rapidement s’opérer, probablement au bénéfice d’André Vallini.
Son principal mandat, la présidence de la communauté d’agglomération de Grenoble, va être disputé certainement entre Michel Destot (député-maire de Grenoble), Geneviève Fioraso (députée, première adjointe de Grenoble et première vice-présidente), Christophe Ferrari (jeune maire de Pont-de-Claix), Marc Baïetto (maire d’Eybens et conseiller général, président des transports grenoblois) et Michel Issindou (député-maire de Gières).
Pas vassal de l’Élysée
Grenoble est sous les projecteurs de la politique nationale grâce aux performances d’un de ses plus talentueux élus, Didier Migaud, et à l’habile poursuite de l’ouverture politique décidée par Nicolas Sarkozy. On peut être sûr que Didier Migaud sera d’une indépendance à toute épreuve et ne sera pas le vassal de l’Élysée. Aussi indépendant que son prédécesseur. La Cour des Comptes en sort renforcée dans sa mission de contrôle de l’argent public. La République ne pourra qu’y gagner.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (24 février 2010)
Pour aller plus loin :
L’ouverture politique.
Nominations au Conseil Constitutionnel.
L’amertume de Pierre Joxe.
Zoom sur le PS.
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Posted onfévrier 23, 2010
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Sondages en dégringolade pour les régionales, perspectives peu heureuses avec un redressement miraculeux du Parti socialiste, querelles internes permanentes, la création du MoDem de François Bayrou risque bien de devenir l’un des échecs politiques les plus décevants de la Ve République.
Ces dernières semaines semblent catastrophiques pour le MoDem, le parti de François Bayrou dont l’ambition reste toujours de devenir Président de la République française.
Et les idées ?
J’avais été étonné par la
très mauvaise campagne du MoDem aux élections européennes du 7 juin 2009 alors que cela aurait dû être les échéances les plus valorisantes pour un mouvement qui se revendiquait comme le plus favorable à la construction européenne dans un contexte national de repli identitaire. Le thème de l’Europe, le scrutin proportionnel, l’enjeu national et la future application du Traité de Lisbonne (un
traité essentiel dans le
redémarrage des
institutions européennes) auraient dû avantager François Bayrou.
Mais le paradoxe du François Bayrou d’après mai 2007, c’est qu’il a voulu rassembler un ensemble très hétérogène de personnes qui avaient voté pour lui au premier tour de l’élection présidentielle plus par refus d’un unique choix entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal que par adhésion à son projet présidentiel.
Or, une fois l’élection de Nicolas Sarkozy acquise, le seul dénominateur commun de cet ensemble fut, au contraire de valeurs politiques fortes (redressement des déficits budgétaires, construction européenne, décentralisation) qui avaient jusque là toujours guidé le candidat François Bayrou, un simple antisarkozysme primaire qui, s’il était populaire dans certains recoins de l’espace politique n’en était qu’un élément démagogique peu constructif.
Un pédalage électoral prévisible
Les élections régionales de 14 et 21 mars 2010 auraient dû, après les européennes, être ces deuxièmes échéances capables de renforcer le MoDem : scrutin de listes, thème de la décentralisation en plein débat sur la réforme cruciale des collectivités locales (avec fusion des élus des régions et des départements) et aussi enjeu national, ne serait-ce que parce que ces élections sont les dernières majeures avant l’importante élection présidentielle de 2012 (il y aura encore des élections cantonales et sénatoriales en 2011).
Et qu’en est-il aujourd’hui ? Après bien des querelles internes pour la constitution des listes (notamment en Languedoc-Roussillon et en Picardie), le MoDem peine à reprendre un nouveau souffle. Les sondages qu’on lui crédite sont catastrophiques. Entre 2 et 7% au grand maximum, si bien qu’il n’a guère d’espoir d’être en capacité de se maintenir au second tour et même d’être capable de fusionner avec une autre liste, et puis, qui voudrait d’un parti qui ne veut être ni de droite ni de gauche et qui, par conséquent, est trop à gauche pour la droite et trop à droite pour la gauche, et qui n’apporterait aucune valeur ajoutée électorale ?
Pour certains candidats du MoDem (notamment en Provence-Alpes-Côte d’Azur), l’objectif à atteindre est descendu au seuil de… 2% ! Soit finalement pas loin du score de la liste de Jean-Jacques Servan-Schreiber à sa dernière aventure électorale, les élections européennes du 7 juin 1979 (1,8%).
Un humanisme non pratiquant
Le Chevalier orange est l’auteur d’un blog très lu et apprécié dans la petite sphère du centrisme, car très bien informé et sans langue de bois. Ses propos directs mais anonymes peuvent choquer. On peut même y ressentir parfois de la haine ou, du moins, une profonde déception de ce qu’auraient pu devenir ces 18% d’un François Bayrou surpris lui-même par un tel emballement (son objectif était d’être élu en 2012 et pas en 2007 et il n’avait pas imaginé un tel succès au début de sa campagne de 2007).
Pour être si bien informé, il faut être proche du (supposé) “pouvoir”. Le Chevalier orange est probablement parmi les proches de la direction du MoDem et n’hésite jamais à imputer à Marielle de Sarnez tous les maux du MoDem : l’incapacité d’organiser un parti en ordre de bataille, l’absence totale de démocratie interne, le choix arbitraire des candidats (aux régionales, aux européennes etc.), et surtout, le peu d’attention et de communication portées à ses propres militants et sympathisants. Bref, une sorte d’humanisme non pratiquant.
On voyait dès les élections législatives de juin 2007 que le mouvement de François Bayrou était retombé au niveau que l’UDF et François Bayrou avaient toujours connu depuis 1998, à savoir entre 7 et 10%.
L’érosion du bayrouïsme parlementaire
La raison de l’absence de “capitalisation” des 18% est en grande partie la scission survenue entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2007 où la quasi-totalité des députés UDF fidèles à François Bayrou a apporté son soutien à Nicolas Sarkozy pour le second tour. On avait dit alors que ces députés avaient “trahi” François Bayrou et que leur motivation aurait été leur réélection.
S’il y a évidemment une part de vrai (mais pas toujours, comme Pierre Albertini, ex-député-maire de Rouen), cette version refuse aussi une évidence : ces députés avaient toujours été élus contre un candidat de gauche et toujours soutenus par une alliance avec l’UMP (ce qui fut encore le cas de François Bayrou en juin 2007). Et la position dissymétrique de François Bayrou pour le second tour (qui a annoncé qu’il ne voterait pas pour Nicolas Sarkozy) a, elle aussi, “trahi” l’idéal pourtant martelé “ni droite ni gauche”.
Aujourd’hui, le Chevalier orange affirme que ce départ des députés UDF aurait pu être évité. François Bayrou aurait voulu les retenir mais Marielle de Sarnez les aurait au contraire encouragés à partir afin de faire table rase et construire sur de nouvelles bases un nouveau parti. L’auteur du blog contestataire aura certainement à justifier et préciser un peu mieux cette insinuation.
Absence sur le terrain des idées
Il me semble que c’est cet élément fondateur (scission entre le général et ses lieutenants) qui a tué les 18% de François Bayrou : indépendamment d’avoir introduit une véritable haine entre deux centrismes pourtant idéologiquement équivalents (sur la base du projet du candidat Bayrou), le MoDem et le Nouveau centre, haine de chapelles bien étrange quand on veut rassembler de Jacques Delors à édouard Balladur, il a interdit à François Bayrou d’avoir un groupe à l’Assemblée Nationale (au contraire de juin 2002 où il avait su réagir avec combativité à la création hégémonique de l’UMP).
Ce qui fait que François Bayrou et son mouvement sont totalement absents des nombreux grands débats parlementaires initiés par Nicolas Sarkozy.
Or, n’avoir pas de députés européens, être absent des conseils régionaux, perdre ses adhérents, ce n’est peut-être pas bien grave quand le point de mire est l’élection présidentielle. En revanche, l’absence d’une force capable d’être écoutée au Parlement sur tous les grands sujets politiques est un handicap à mon sens insurmontable pour celui qui prétend assumer le rôle suprême dans nos institutions. Ce n’est pas étonnant que les idées du MoDem ne résonnent pas médiatiquement : hors du Parlement, un parti est rapidement inaudible sauf s’il fait dans la provocation ou la démagogie (comme le Front national).
L’absence d’équipe solide nuit à la crédibilité d’un présidentiable
Cette absence pointe du doigt l’immense solitude de François Bayrou. À cet égard, le Chevalier orange s’était amusé à se faire peur en imaginant l’éventuel gouvernement de François Bayrou s’il arrivait à l’Élysée.
J’avais considéré à l’époque de la campagne de 2007 que l’absence d’équipe valable auprès de François Bayrou était une critique irrecevable car en cas d’élection, l’élu aurait rassemblé plus de 50% et la classe politique se serait naturellement adaptée (avec de nombreuses offres de service de la part de ceux qui sentiraient le vent tourner). L’exemple de Valéry Giscard d’Estaing élu en 1974 avec très peu de “troupes” illustre bien que les institutions recentrent toujours le paysage politique autour du Président de la République.
Maintenant, j’ai un véritable doute sur cet argument. Le Président de la République est devenu de plus en plus un “manager”, de moins en moins un “roi fainéant”, et la capacité à choisir et motiver une équipe est essentielle pour réussir (être élu mais aussi faire du bon travail une fois élu).
C’est ce qui a permis d’élire George W. Bush au lieu du favori Al Gore en novembre 2000 (c’est d’ailleurs la seule qualité de Bush Jr., celle de meneur d’hommes). C’est ce qui a fait également le succès de Lionel Jospin (qui continue encore à parler avec nostalgie de sa “dream team” de 1997). C’est aussi ce qui a permis l’élection de Nicolas Sarkozy bien mieux préparé, d’un point de vue des ressources humaines, que Ségolène Royal à diriger la France.
Aujourd’hui, le comportement de François Bayrou confirme que ce dernier n’écoute aucune personnalité de valeur qui aurait pu lui apporter des atouts supplémentaires à son ambition : une Corinne Lepage, par exemple, est tellement ignorée que cela ne fait guère de doute qu’elle reprendra sa liberté après les élections. François Bayrou ne vaut guère mieux que Ségolène Royal dans son incapacité à constituer une équipe politique solide qu’il pourrait lui-même respecter.
Une micro-chance de survie ?
Pourtant, s’il devait rester une chance minime pour François Bayrou en 2012, ce serait d’en finir avec son isolement politique : en faisant une alliance publique et claire avec au moins une autre personnalité qui souhaite affronter Nicolas Sarkozy : Dominique de Villepin ou Dominique Strauss-Kahn. Et en précisant clairement la répartition des rôles.
Depuis trois ans, il semble que François Bayrou a fait le choix de préférer perdre seul à gagner ensemble. Aut caesar aut nihil. Cela risque donc bien d’être nihil.
Le MoDem ne serait alors qu’une petite entreprise de François Bayrou où tout serait fait pour le préserver. L’effondrement aux régionales serait tellement acquis dans les cerveaux que la direction du MoDem réfléchirait déjà à la réaction adéquate à communiquer à l’issue de l’échéance pour affronter une vague de dissidence qui se préparerait elle aussi dès maintenant.
Pour vous faire une idée particulière de l’état actuel du MoDem, je vous encourage donc à lire les billets fort bien renseignés du Chevalier orange, tout en ignorant la déplorable animosité verbale de l’auteur contre certains responsables du MoDem et en fermant les yeux également sur les fautes d’orthographe, et d’y lire aussi les nombreux commentaires parfois très instructifs sur une ambition politique qui n’a jamais su se concrétiser pleinement.
Pour aller plus loin :
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Posted onfévrier 20, 2010
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Parmi les nombreuses mesures que les parlementaires adoptent tous les jours, un vote définitif a eu lieu cette semaine à l’Assemblée Nationale sur le principe d’une nouvelle solidarité : l’allocation journalière d’accompagnement d’une personne en fin de vie. Si les conditions d’obtention sont réduites, elle constitue malgré tout une avancée notable dans un domaine qui concerne tout le monde. Ce texte n’attend plus que la signature de Nicolas Sarkozy.
Depuis longtemps, le vocabulaire législatif a son propre mot pour désigner la mort ou sa proximité : la “fin de vie“. C’est un sujet essentiel avec l’augmentation de l’espérance de vie. De plus en plus de personnes ont à faire face à une fin de vie difficile, tant pour elles-mêmes que pour leur entourage direct chargé de les accompagner matériellement et moralement. Cent mille personnes sont prises en charge aujourd’hui par le dispositif de soins palliatifs.
Historique de cette loi
C’est à la suite de la mission d’évaluation de sa loi n°2005-370 du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie, mission décidée au même moment que la triste disparition de Chantal Sébire, que le député Jean Leonetti (UMP) a proposé le 28 janvier 2009 la création d’une allocation journalière d’accompagnement d’une personne en fin de vie (n°1407). Pour favoriser l’unanimité des parlementaires, il a associé un député de chaque groupe à cette proposition de loi : Gaëtan Gorce (socialiste), Olivier Jardé (Nouveau centre) et Michel Vaxès (communiste), députés qui ont également travaillé avec lui pour la mission d’évaluation…
La proposition a été discutée et a été adoptée en première lecture à l’unanimité le 17 février 2009 par l’Assemblée Nationale, puis modifiée et adoptée le 10 janvier 2010 par le Sénat en première lecture et enfin, a été adoptée en seconde lecture à l’unanimité dans la même version que celle du Sénat, ce mardi 16 février 2010, adoption qui ne nécessite donc pas de vote au Sénat en seconde lecture.
La loi est donc prête pour être promulguée dans les prochains jours par le Président de la République Nicolas Sarkozy.
Épectase du processus ?
La durée d’un an de ce parcours législatif a été très longue (nettement plus rapide cependant que le texte sur la prévention des incendies), ce qui a un peu froissé le consensus par la voix de la députée socialiste Danièle Hoffman-Rispal : « Un délai d’un an avant cette deuxième lecture me paraît exagéré, surtout si l’on prend en considération les nombreux projets de loi qui ont été adoptés en urgence dans le même temps ».
L’oratrice de l’opposition a finalement préféré surtout insister sur l’union nationale face à ce sujet délicat jusqu’à en faire de l’humour plus ou moins graveleux : « Cent onze ans jour pour jour après la mort de Félix Faure [Président de la République], tous nos concitoyens ne connaissent certes pas la chance de mourir d’épectase. Restons positifs et félicitons-nous que la loi augmente leurs chances de mourir accompagnés ! ».
Que dit ce texte ?
Le texte définitivement adopté par les parlementaires stipule qu’une « allocation journalière d’accompagnement d’une personne en fin de vie est versée aux personnes qui accompagnent à domicile une personne en phase avancée ou terminale d’une affection grave ou incurable, quelle qu’en soit la cause ».
Pour y avoir droit, le bénéficiaire doit avoir réduit ou suspendu son activité professionnelle, et soit avoir un lien de parenté, soit être une « personne de confiance au sens de l’article L. 1111-6 du code de la santé publique », soit partager le même domicile que la personne accompagnée.
La possibilité que cette mesure puisse s’appliquer aux “personnes de confiance” (dont le lien est confirmé et validé par la personne en fin de vie) est l’une des grandes améliorations apportées au texte par les sénateurs. Cela rend mieux compte de la réalité sociale où c’est parfois plutôt un ami qu’un membre de la famille qui va accompagner la personne en fin de vie.
Cette allocation est versée pendant vingt et un jours pour un montant de 41,37 euros par jour (49,16 euros par jour pour une personne seule) servant à compenser forfaitairement le manque à gagner dû à l’arrêt de l’activité professionnelle. En cas de décès de la personne accompagnée avant la fin de cette durée, le versement est arrêté au lendemain du jour du décès.
Par ailleurs, il est possible de partager cette allocation entre plusieurs personnes qui accompagnent la même personne en fin de vie.
Renforcer la solidarité nationale
Cette mesure devrait concerner vingt mille personnes chaque année, selon le Parlement, et coûterait environ vingt millions d’euros. Il est prévu de faire gérer cette allocation par le régime général d’assurance maladie ou, le cas échéant, par le régime du bénéficiaire si ce dernier est différent du régime général.
La fin de vie est petit à petit prise en compte par le législateur. La précédente avancée majeure dans le domaine de l’accompagnement des mourants avait été réalisée par l’adoption de la loi n°99-477 du 9 juin 1999 visant à garantir le droit à l‘accès des soins palliatifs (Bernard Kouchner était à l’époque Secrétaire d’État à la santé et à l’action sociale dans le gouvernement de Lionel Jospin) qui a institué le principe du congé de solidarité familial (non rémunéré et d’une durée de trois mois renouvelable une fois) qui permet aux salariés de s’absenter pour accompagner un proche affecté par une maladie grave.
Points de la loi qui peuvent être contestés
Malgré l’unanimité des parlementaires, plusieurs points ont été jugés parfois contestables mais n’ont pas donné lieu à des amendements pour accélérer la procédure législative.
Inégalité de traitement
Le premier point de cette loi consensuelle qui peut être contesté concerne la cible des personnes qui accompagnent des personnes en fin de vie résidant uniquement à leur domicile. Or, il apparaît évident que la personne en fin de vie résidant à l’hôpital ou dans un établissement spécialisé (environ trois quarts des personnes malades concernées) a autant besoin de proches les accompagnant dans cette douloureuse période que si elle réside chez elle.
Certes, le versement de l’allocation n’est pas suspendue si entre temps, la personne accompagnée est hospitalisée.
À l’instar de Jean-Luc Romero (conseiller régional ex-UMP et candidat PS en Île-de-France) qui a ainsi réagi : « Les personnes qui accompagnent à l’hôpital et qui y passent leurs jours et leurs nuits à tenir la main de celui qui va mourir, à le rassurer, ne mériteraient-elles pas également la solidarité nationale ? », certains considèrent cette distinction comme discriminatoire et anticonstitutionnelle, mais il est peu probable que le Conseil Constitutionnel soit saisi de ce point avant la promulgation de la loi. Il pourrait toutefois l’être a posteriori, comme le permet désormais la réforme des institutions de juillet 2008 (voir §5.1).
La raison de cette différence de traitement provient de l’objectif également affiché : encourager la fin de vie au domicile pour “désengorger” les hôpitaux et satisfaire le souhait majoritairement exprimé des personnes (80%) de mourir chez eux (alors que 72% meurent actuellement à l’hôpital).
Montée et durée de l’allocation
L’autre point important de contestation, c’est le montant et la durée trop faibles de l’allocation. L’équilibre était délicat à obtenir pour les parlementaires (l’article 40 de la Constitution est très contraignant à cet égard).
Le montant correspond à l’allocation journalière de présence parentale qui est égale à 10,63% de la base mensuelle de calcul des allocations familiales (12,63% pour une personne seule) avec une base mensuelle fixée au 1er janvier 2009 à 389,29 euros.
À titre de comparaison, ce montant est deux à cinq fois supérieur au dispositif belge et un peu moins du double du dispositif décidé par la municipalité de Paris avec des durées maximales supérieures, respectivement deux et trois mois.
Quant à la durée d’attribution, beaucoup considèrent que trois semaines est trop court d’autant plus qu’elle est difficilement prévisible. En 2005, 47% des Français interrogés avaient déjà accompagné un proche en fin de vie pour une durée inférieure à trois mois (pourtant, les trois quarts des patients mourant à l’hôpital sont seuls au moment de leur mort).
Le rapporteur de la loi, Bernard Perrut, s’en est expliqué : « La durée de versement de l’allocation a été fixée par les auteurs de la proposition de loi à trois semaines. L’expérience montrera s’il se révèle opportun ou non d’adapter cette durée. ».
En effet, chaque année, un rapport d’évaluation de cette nouvelle loi sera rédigé afin éventuellement d’ajuster les différents paramètres.
Arrêt brutal au lendemain du décès
Une autre mesure contestée, c’est d’arrêter brutalement l’allocation le lendemain du jour du décès et pas, comme le propose le député centriste Jean-Luc Préel, jusqu’au jour de l’inhumation.
Une première étape
Ce vote unanime est une première étape d’une « conception exigeante de notre civilisation et de l’avenir qu’ensemble nous voulons inventer » : Nora Berra, la Secrétaire d’État chargée des aînés y voit « l’occasion de mieux reconnaître le rôle de l’accompagnement par les proches d’une personne qui va mourir. Et nous savons combien comptent les soins prodigués et une présence chaleureuse dans les derniers jours d’une vie. ».
Nul doute que cette allocation sera complétée, améliorée, renforcée, revalorisée dans les années prochaines. Bien que d’un montant faible, pour une courte durée et pour un nombre de bénéficiaires limités, tous les partis politiques ont préféré montrer à la nation une belle unanimité pour rendre acquise cette première avancée et ne pas sombrer dans des polémiques parlementaires inutiles et stériles.
Jean-Luc Préel l’a d’ailleurs précisé : « Il faudra donc étendre le bénéfice de cette allocation à l’accompagnement quel que soit le lieu. Le conjoint notamment doit pouvoir cesser son activité pour accompagner la personne en fin de vie. Il a été prévu d’étendre cette allocation à la personne de confiance pour ceux qui n’ont pas de famille proche. Mais, lorsque, hélas ! il s’agit d’un enfant, ses deux parents devraient pouvoir l’accompagner et passer avec lui les derniers jours de sa trop courte vie. ».
Humanisme républicain
La République, comme toujours depuis plus de deux siècles, ne cesse de progresser pour consolider la solidarité nationale face à la détresse sociale. Elle l’a fait cette semaine pour les personnes en fin de vie dans un contexte budgétaire terriblement hostile mais dans le cadre d’un besoin humain d’autant plus criant que la crise atteint les moins aisés.
C’est ce qu’a proclamé, lors de la discussion le 16 février 2010, Jean Leonetti : « Aujourd’hui, nous exprimons notre attachement aux valeurs humanistes, aux valeurs de la République, au lien social indispensable entre le fort et le faible, entre le sachant et le souffrant, entre ceux qui, comme on ne peut regarder le soleil fixement, sont dans l’impossibilité de regarder la marque de notre finitude autrement que de façon subreptice, et ceux qui acceptent de la regarder, avec le sens que cela peut donner à une existence. ».
Cette discussion consensuelle augure d’ailleurs bien, au sein du Parlement, du futur grand débat concernant le financement de la dépendance, volet nettement plus important que la “fin de vie” puisque la dépendance pourrait concerner des durées de plusieurs décennies.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (20 février 2010)
Pour aller plus loin :
Texte définitif de la loi.
Historique de la loi.
Dernière discussion à l’Assemblée Nationale sur le sujet.
Rapports parlementaires sur le sujet.
Dépêche sur le sujet.
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Posted onfévrier 18, 2010
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La France a un retard considérable dans la prévention des incendies domestiques. Après plus de quatre ans d’âpres débats et de nombreux faits divers sordides, le Parlement s’est enfin mis d’accord à l’unanimité sur une mesure cruciale pour la sécurité des ménages et la préservation des vies humaines.
Les Français vivent dangereusement : chaque année, huit cents d’entre nous meurent dans un incendie, le plus souvent la nuit. Et dix mille sont blessés. Un incendie se déclare en France toutes les deux minutes.
Or, la France est très en retard dans la prévention de ces incendies. La seule protection efficace demeure des détecteurs de fumée. Dans les pays où une législation existe à ce sujet, la mortalité est divisée par deux. La France a un taux d’équipements beaucoup trop faible : seulement un pourcent des habitations sont équipées (selon le député Damien Meslot).
Le seul moyen de redresser efficacement ce taux est donc de rendre obligatoires ces équipements par la loi. C’était le sens de la proposition de loi déposée par les députés Damien Meslot et Pierre Morange le 28 septembre 2005 (n°2535).
Une discussion parlementaire de longue durée
Les débats ont duré très longtemps : l’Assemblée Nationale a voté en première lecture cette proposition le 13 octobre 2005, puis le Sénat l’a modifiée le 25 janvier 2007. Le changement de législature a retardé le processus parlementaire et ce n’est que le 17 juin 2008 que l’Assemblée Nationale l’a adoptée en seconde lecture avec encore des modifications. Le Sénat l’a modifiée également le 10 juillet 2008.
L’échec de la “navette parlementaire”, à savoir, de l’adoption d’un texte identique par les deux chambres, a conduit les parlementaires à convoquer une commission mixte paritaire dont Daniel Meslot est le rapporteur (il avait déjà été le rapporteur des deux premières lectures à l’Assemblée Nationale). Cette commission avait pour but de mettre d’accord députés et sénateurs sur la version finale du texte. Elle a réussi à conclure à l’unanimité le 13 janvier 2010 sur un texte qui ne devrait donc pas faire l’objet de modification.
À la suite de cette belle unanimité, le gouvernement a pris l’engagement de l’inscrire à l’ordre du jour. Le vote formel de la proposition aura lieu la semaine prochaine, si le calendrier n’est pas changé, le 23 février 2010 à l’Assemblée Nationale et le 25 février 2010 au Sénat.
Le délai très long entre 2008 et 2010 provient d’une “astuce” parlementaire qui avait conduit les parlementaires à insérer les dispositions de cette proposition de loi dans la loi de mobilisation pour le logement et la lutte contre l’exclusion, mais cette procédure avait été invalidée par le Conseil Constitutionnel pour une question de forme. Cette “astuce”, qui visait à accélérer le processus, l’a finalement retardé.
Notons par ailleurs que cette commission mixte paritaire ne s’est pas réunie à la demande du gouvernement mais pour la première fois à l’initiative du Parlement, première application d’une des nouvelles procédures introduites par la révision constitutionnelle de juillet 2008.
Précisons enfin que le gouvernement a été très réservé sur cette proposition de loi même s’il a conscience de l’importance des vies en jeu par la mise en place récente d’une campagne de sensibilisation à l’occasion des fêtes de fin d’année (les décorations électriques et les bougies renforçant les risques d’incendie).
Que dit le texte final ?
La phrase essentielle de la future loi est la suivante : « L’occupant d’un logement, qu’il soit locataire ou propriétaire, installe dans celui-ci au moins un détecteur de fumée normalisé. Il veille à l’entretien et au bon fonctionnement de ce dispositif. ».
La question en discussion avait été de savoir sur qui revenait la charge de l’installation et de la maintenance de tels détecteurs : sur le propriétaire (version sénatoriale) ou sur l’occupant (version des députés) ?
Le risque d’une charge sur l’occupant est que le détecteur de fumée ne soit pas installé malgré l’obligation (un locataire sur dix de HLM ne souscrit pas d’assurance pourtant obligatoire). L’enjeu financier réside essentiellement chez les bailleurs sociaux qui auraient dû, selon la version sénatoriale, débourser 650 millions d’euros pour la mise en sécurité de leurs immeubles.
La responsabilité de l’occupant a été finalement choisie dans son principe au même titre que l’occupant est dans l’obligation de souscrire une assurance habitation. Les sénateurs ont cependant contribué à l’amélioration du texte par l’aspect technique des équipements (c’est le Conseil d’État qui précisera par décret les normes acceptables).
Proposés aussi par les sénateurs, quelques cas d’exception sont prévus, notamment pour les locations meublées, les foyers d’étudiants, les locations saisonnières et les logements de fonction, où l’obligation incombera au propriétaire et pas à l’occupant.
Par ailleurs, les copropriétés devront également installer des détecteurs de fumée dans les parties communes des immeubles.
La loi prévoit un délai de cinq ans pour se mettre aux normes. L’occupant aura tout intérêt à signaler à son assureur dès la mise aux normes de son logement afin de réduire le montant de sa prime. A contrario, celui qui n’aura pas mis aux normes aura une franchise plus élevée en cas de dégâts consécutifs à un incendie. Au-delà de ce délai de cinq ans, l’habitation restera toutefois assurée même si l’installation obligatoire n’a pas été réalisée.
Des vies sont en jeu
Près de cinq ans de divergences ont été nécessaires pour aboutir à ce texte. Les clivages étaient nombreux : majorité/opposition, députés/sénateurs et Parlement/gouvernement. De nombreuses vies sont en jeu.
Il est regrettable que les parlementaires aient mis si longtemps à se mettre d’accord, et que le gouvernement se soit montré si réticent (la mesure n’est pas populaire dans le sens où elle renforce la réglementation et surtout, elle va nécessiter à chaque habitant de payer l’équipement obligatoire).
Le délai (long) de cinq ans avant l’obligation va permettre de faire passer un message de prévention et d’encouragement avant un message brutal d’obligation.
L’objectif du Parlement à l’horizon 2015, c’est que les deux tiers des foyers français soient équipés d’au moins un détecteur de fumée. Ce qui paraît un objectif réaliste (le Royaume-Uni a un taux de quatre cinquièmes).
Reste maintenant à savoir concrètement quel sera le coût réel pour les particuliers de l’installation d’un détecteur.
Et il faudra désormais faire attention aux fumées de cigarette dans les appartements, sous peine d’avoir la même mésaventure que
Monsieur De Mesmaeker qui, après avoir signé les fameux
contrats avec Prunelle, mettait en alerte les protections anti-incendie après avoir levé son cigare au plafond et se faisait mouiller par des jets d’eau automatiques (un gag de
Gaston Lagaffe).
Pour aller plus loin :
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Posted onfévrier 12, 2010
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Christian Boltanski a réussi à faire naître beaucoup de réflexions et d’émotions avec son art des vêtements dans ses “Personnes” au Grand Palais (Monumenta 2010). Une œuvre qui peut déconcerter mais qu’on ne peut vraiment “jauger” que sur place.
L’art rentre toujours par effraction dans sa vie. Il arrive par là où l’on ne l’attend pas et il n’est pas là où l’on l’imagine. L’art contemporain est toujours entré dans ma vie par plus grande effraction encore. Peut-être est-ce le privilège du temps qui passe ? Je commence à goûter de plus en plus à ce qu’on appelle “art contemporain” et qui n’est autre qu’une expression, parmi d’autres, mais toujours de plus en plus originale.
Comment d’ailleurs ne pas penser à Pierre Henry et à sa musique acoustique lorsqu’il m’est venu à l’idée de gravir les marches du Grand Palais à Paris ?
Aucune préméditation à cela. La Pinacothèque à la Madeleine affichait complet avec une file monstrueusement longue ce samedi 30 janvier 2010 vers midi. Aucun espoir de voir cette exposition pourtant si voulue sur l’âge d’or hollandais. Tant pis, ça finissait le 7 février 2010.
J’allais donc errer dans la nef du Grand Palais. Une très belle salle, qui ressemble à un grand hall de gare : plus de deux cents mètres de longueur avec une immense verrière et un dôme de quarante-cinq mètres de hauteur.
J’y étais déjà allé plusieurs fois. Une fois en septembre 2005 lors de la réouverture (le bâtiment n’avait pas vocation à durer plus de six mois après l’Exposition universelle de 1900), pour contempler les deux globes de Coronelli, puis, en mars 2007 pour les “Trésors engloutis d’Égypte” et enfin en avril 2007 pour un salon de manuscrits et de documents anciens dont je n’ai plus l’intitulé exact.
Le souci pour ce genre d’endroit, beaucoup trop haut, c’est qu’il est très difficile de réguler la température : soit la salle est glaciale, soit elle est surchauffée par les verrières qui renforcent l’impact du soleil.
Pour la troisième édition (après Anselm Kiefer en 2007 et Richard Serra en 2008), le Grand Palais (désormais présidé par Jean-Paul Cluzel depuis que Jean-Luc Hees est devenu président de Radio France) accueille une « œuvre magistrale spécialement conçue pour l’occasion » en janvier et février, à savoir une “exposition” ou une “installation” (selon le vocabulaire), histoire d’occuper cet espace si étrange qu’est cette nef.
Je n’avais évidemment aucun préconçu (ni aucun prérequis) en y entrant et découvrant ces soixante-neuf “Personnes” de Christian Boltanski même si l’art contemporain en général pourrait me rebuter d’un premier abord. Avant cette visite, je ne connaissais pas Boltanski.
Et finalement, je n’ai pas été déçu. J’y suis resté presque une heure (cinquante minutes), avec la chance d’un ciel ensoleillé, et j’ai beaucoup apprécié. Je me moque un peu des exégèses, des détracteurs ou des laudateurs de l’art contemporain et de Boltanski en particulier. Ce type de débat me paraît assez stérile et théorique. Pour moi, une œuvre d’art me touche en plein cœur ou n’est pas. Ici, elle était.
Essai de description factuelle
Premier constat, prévisible, il y avait beaucoup moins de visiteurs qu’à la Pinacothèque. Ce qui m’a permis d’entrer après seulement cinq minutes d’attente. Quasiment rien, donc.
Quand j’ai poussé la porte d’entrée, je fus immédiatement envahi par deux éléments singuliers, qui agressaient mes sens : un mur, comme ça, planté juste devant moi, nécessitant de le contourner pour entrer dans la nef ; et un son très choquant, très oppressant, continu, sans mélodie.
J’ai vite appris que le son-ci n’était pas un caquètement de train mais des battements de cœurs. Soixante-neuf cœurs. Ce qui, pour les personnes qui ont des appareils auditifs, pouvait leur casser les oreilles. Et les autres aussi.
C’est dommage car j’aurais bien mis, tant qu’à être concret et contemporain, la “Symphonie pour un homme seul” de Pierre Schaeffer et Pierre Henry (ce dernier, très âgé et diminué par une santé fragile, avait fait un concert très apprécié à la Maison de Radio France au début de l’année).
Mais revenons déjà au mur. Ce n’était pas le clou de l’installation, mais c’était un prélude déjà bien macabre : le mur était composé de briques oranges et rempli de petits numéros. Inhumanité de la numérotation mais vision bien commune : j’aurais dit un colombarium. Et très vite, j’imaginais aussi des victimes numérotées… la Shoah. Je la vis également après.
Mais restons encore factuel dans cette description. J’écrirai mes impressions, réflexions, sentiments ensuite.
En observant bien, le mur n’était pas constitué de briques mais de vieilles boîtes de biscuits rouillées empilées les unes sur les autres.
Une fois contourné le mur, j’atterris dans une vaste place lumineuse. Il n’y avait pas d’itinéraire. Chacun faisait sa propre visite. Sur le sol, soixante-neuf rectangles. Très grands. Sortes de tapis. Dessus, plein de vêtements. Pas de vêtements troués, que des neufs, en tout cas, en bon état. Et à l’esthétique qui m’a étonné : couleurs très vives et diversifiées. Ces rectangles sont éclairés par des néons de proximité, un tube néon suspendu par rectangle.
La superficie était donc occupée de manière à peu près homogène.
Les visiteurs faisaient partie sans doute du décor. Les vêtements sur le sol étaient inertes mais les visiteurs vivants, dynamiques.
Assis sur des marches, des personnes faisaient quelques croquis, d’autres, très nombreux, prenaient des photographies. Pour une fois que c’était explicitement permis.
Le soleil, les nuages, et j’imaginais bien à la tombée de la nuit (mais je n’y étais pas), les couleurs du ciel avaient une conséquence esthétique de première importance sur ce hall à l’éclairage si particulier. Le vernissage a eu lieu en pleine nuit, le soir du 12 janvier 2010 (photos ici).
Lieu de vie, c’était cela. L’art est un lieu de vie.
Deux attractions étaient pourtant jetées en pleine figure du visiteur.
La première n’était qu’une pancarte pour aller enregistrer (”sonorement”) les battements de son cœur. On pouvait aussi récupérer le “CD” pour cinq euros. Aucune envie de donner une partie de mon bruitage cardiaque. Je préfère qu’on vienne me l’écouter en direct. Et quand il ne battra plus, qu’on ne puisse plus l’écouter. Étrange idée. C’est visiblement un projet qui tient beaucoup “à cœur” Boltanski depuis 2005 : un peu comme les Mormons avec la généalogie, vouloir mémoriser les battements de cœur de tous les humains. Et les conserver sur une île.
La seconde attraction fut celle dont (apparemment) tout le monde parlait dans les journaux. Cette montagne de vêtements aux mêmes couleurs criantes placée juste dans l’aile à l’opposé de l’entrée.
J’imaginais qu’un cône en polystyrène avait été recouvert de ces vêtements qu’on retrouvait aussi sur les rectangles au sol.
Une grue était installée à côté du tas géant et une sorte de fourche ou de pelle mécanique prenait inlassablement des vêtements, les montait jusqu’au haut plafond puis les lâchait, rendant cette installation plus dynamique, plus mécanique que statique.
Le mouvement avait son importance et n’était jamais le même. On pouvait craindre d’ailleurs un simple accident (quand la mécanique est là, il y a toujours un risque). Une rapide observation m’a fait poser le regard sur la petite cabine de l’opérateur. Il y avait en effet un opérateur chargé de réaliser ces montées/lâchages en permanence. Sa vision lui permettait aussi de s’assurer de la sécurité des visiteurs.
On pouvait aussi grimper les escaliers de l’aile et avoir une vision de la montagne de vêtements à mi-hauteur.
Le tout, je le répète, dans un bruit assourdissant de battements de cœur et de fonctionnement de grue. Bref, de travaux. Il ne manquait plus que le bruit des marteaux piqueurs.
Impressions personnelles
Loin de moi l’idée de donner une interprétation de l’auteur. D’ailleurs, je n’ai jamais voulu imaginer ce qu’a supputé un auteur d’œuvre d’art. Salvador Dali aimait trop se moquer des fausses exégèses pour être très prudent. Je me contenterai donc d’exprimer ici uniquement mes impressions personnelles. Uniquement personnelles.
Je n’avais pas pu m’empêcher de l’évoquer dès l’évocation du “mur” (qui n’a rien du Mur de Berlin). Dès le début, j’ai pensé à la Shoah. Chaque vêtement représentant évidemment une victime. Le vêtement indiquant qu’il y avait une personne, mais qu’elle n’y était plus puisque vide à l’intérieur.
Le long des rangées de rectangles au sol donnait l’allure d’une sorte d’opération de grande envergure. Le grand tas de vêtements renforçait cette impression comme les tas de vêtements et d’affaires personnelles des Juifs lorsqu’ils arrivaient dans les camps de la mort, juste avant les chambres à gaz et qu’ils se déshabillaient.
Le présence d’une grue qui était une présence à la fois mécanique (la pelle mécanique) et humaine (l’opérateur enfermé dans sa bulle) laissait entendre l’industrialisation des exécutions, minutieusement calculées, à la fois travail à la chaîne et travail d’artisan.
Travail d’artisan, à l’évidence : chaque visiteur aura vu une unique installation. L’angle de vue, l’itinéraire, la durée, et même les vêtements qui n’étaient jamais les mêmes à être jetés en l’air… bref, à chacun son expo.
Donc, les premières impressions, un camp de la mort. Avec une vision des exécutions. Au moment du soixante-cinquième anniversaire de la libération d’Auschwitz.
Et donc, un premier étonnement : pourquoi beaucoup de visiteurs, jeunes ou moins jeunes, se faisaient-ils donc prendre en photo, souriants, en tournant le dos à cette montagne de vêtements ? Pour moi, cela faisait le même effet que se faire prendre en photo (souriant souvent) devant la tombe d’une célébrité, au Père Lachaise par exemple. Cela m’a paru assez inconvenant.
Cette inconvenance n’était évidemment que subjective. Je me disais que toutes ces choses, ce n’était pas forcément que symbole de mort. Que mon interprétation première pouvait être mauvaise, faussée.
Pourquoi suis-je donc resté assez longtemps sans but précis ? À observer. À méditer. Peut-être parce que l’émotion m’a tenaillé dès le début et lorsque je suis ému, en général, je me pose, je m’arrête.
Les couleurs vives des vêtements m’ont ainsi intrigué. Si j’avais voulu parler de la mort, j’aurais mis des vêtements ternes, gris, noirs, blancs, mais pas des vêtements de couleurs si expressives. Ces couleurs-là, c’était la vie qui s’y exprimait. Pas la mort.
Chaque vêtement pouvait n’être qu’une coque d’individu. Une enveloppe charnelle. Voire une âme ? Que savais-je ?
La vue des rectangles sur le sol, avec plein de vêtements, me faisait penser à une chose assez futile et personnelle. C’était mon dernier jour au 27eBataillon des Chasseurs Alpins (BCA) d’Annecy et la journée était consacrée au départ. Je me souviens de mon paquetage qu’il me fallait rendre : uniforme et autre matériel seulement prêtés par l’armée. J’étais un parmi d’autres dans le même cas que moi, attendant debout sur mon carré au sol avec toutes mes affaires qui attendaient l’inventaire. Cela durait longtemps. Ce n’était pas trop fatigant. Je terminais une petite vie très particulière pour moi. C’était le départ. C’était une fin mais surtout un début. Et un début souriant. Ma vocation n’était pas militaire, donc j’étais bien heureux d’avoir fini de servir bien et loyalement la défense de mon pays et de passer à autre chose.
Oui, cette installation ne m’a pas inspiré seulement mort et fin mais aussi vie et début. Nouvelle vie.
Évidemment, il y a là tous les poncifs de la mort, du peu de chose que nous sommes et de la mort comprise dans la vie. Du renouvellement.
Les vêtements sans cesse ramassés, montés puis relâchés donnaient un semblant de Sisyphe dont le mythe fut si bien évoqué par Albert Camus. Un cycle en quelques sortes. Perpétuel recommencement du début et de la fin. Comme une fontaine d’où l’eau, symbole de la vie, puisée rejaillit sans cesse. Puisée et épuisée.
Cette étincelle de vie se retrouvait aussi dans la forme et la couleur de la pelle mécanique rouge : elle ressemble, à plus grande échelle, à cette pince qu’on peut manipuler dans les boutiques de hasard dans les foires attractives, dans le but de saisir des jetons à points ou de beaux cadeaux.
L’autre impression en voyant toute la nef, c’était une idée de tentes, de campement. La vie sur Terre n’est qu’un passage. On campe, on n’est pas “installé” (contrairement à l’appellation de cette manifestation culturelle).
Peut-être la montagne et la grue n’étaient que de la manutention pour ce campement. Que c’étaient des travaux pour continuer à faire des rectangles de vie ou de mort.
Et ce remuage des vêtements par un deux ex machina (l’opérateur) pourrait aussi évoquer la communion des Saints. Une remue-ménage incessant.
Ces visages étonnés, interloqués, des spectateurs, cherchant à donner du sens à une agglomération de “choses” pas forcément signifiantes d’un premier abord, donnaient aussi une étrange stupéfaction : celle des condamnés dans les camps de la mort ? ou celle de ceux qui ne voient que la mort et qui vont encore finalement vivre, comme des malades guéris, ou encore des pessimistes qui deviennent joyeux et plein d’espérance ?
Suggestions personnelles
Ce titre ne se veut nullement prétentieux, il se propose juste d’y mêler ma propre sensibilité.
Comme je l’ai déjà indiqué, j’aurais été Boltanski, j’aurais mis une autre bande son, un peu moins monotone et oppressante mais tout autant surprenante : la “Symphonie d’un homme seul” de Pierre Schaeffer et Pierre Henry.
En fait, Boltanski a demandé au compositeur Franck Krawczyk de créer un concert-opéra sur le thème du battement de cœur et de la vanité (”Polvere”) qui a été spécialement joué au Grand Palais le 6 février 2010 à 20 heures (je n’ai, hélas, pas pu y assister).
Et je me serais aussi amusé à installer beaucoup de caméras un peu partout dans la nef pour prendre le visage des visiteurs. Avec des écrans aussi un peu partout pour les montrer. Cela aurait fait un peu “chat se mordant la queue” mais c’était bien le principe de cette montagne de vêtements.
Quelques explications “officielles” sur cette installation
Après ma visite, j’ai lu quelques papiers sur cette manifestation et d’abord, ceux qui présentent officiellement Monumenta 2010.
Christian Boltanski, qui a basé son œuvre sur les vêtements depuis 1988 (c’est donc peut-être insolite mais pour lui, ça a un sens réel), a voulu une œuvre oppressante : « Cette installation est conçue pour produire un puissant sentiment d’oppression. Il s’agit d’une expérience dure et je suis convaincu que les gens éprouveront un soulagement en sortant. » tout en expliquant que “Personnes” abordent des thèmes classiques (le hasard, Dieu, la mort) : « à partir d’un certain âge, on a le sentiment de traverser en permanence un champ de mines, on voit les autres mourir autour de soi, alors que, sans raison, on reste, jusqu’au moment où on sautera à son tour. Tel est le sujet de “Personnes”. ».
Cette présentation module ainsi mon propre ressenti. Dans la présentation, aucune évocation de la Shoah n’est esquissée. L’œuvre s’est voulue beaucoup plus généraliste, parlant plus du deuil un peu à la manière de François Truffaut avec son film “La Chambre verte”. Une mort aussi singulier que pluriel. Aussi individuelle que collective.
Boltanski a trouvé un grand intérêt à jouer avec cet immense espace : « Quand je travaille au Grand Palais, j’ai la sensation de réaliser un opéra, avec cette différence que l’architecture remplace la musique. L’œuvre est une scénographie. ». D’où la volonté de dépasser le concept d’une exposition classique : « Ce qui m’intéresse principalement aujourd’hui, c’est que le spectateur ne soit plus placé devant une œuvre, mais qu’il pénètre à l’intérieur de l’œuvre. ».
Le Ministre de la Culture
Frédéric Mitterrand a évoqué dans sa présentation une
« inquiète et fascinante interrogation » qu’engendrait cette
« expérience troublante » dans une
« danse macabre » qui venait
« hanter notre imaginaire ».
La commissaire de l’exposition, Catherine Grenier, spécialiste de l’œuvre de Boltanski, en parlait, elle, comme d’une « réflexion sur l’inéluctabilité de la mort et sur le hasard qui préside au destin de chacun » en poursuivant : « La mise en scène de ce coup de dés qui fait que l’un sera choisi avant l’autre, sans raison humainement justifiable, se manifeste dans cette installation par une métaphore puissante. » et l’associait au questionnement de grands auteurs comme Dante, Baudelaire, Lautréamont, Artaud, Genet et Faulkner en pointant du doigt « le vertige d’un art qui côtoie le néant ».
Le thème du hasard ne m’avait pas effleuré. Pourtant, après réflexion, il est évident : les vêtements happés par la pelle sont tous différents, aléatoires. Comme la mort qui survient, la part du hasard est énorme. Mon propre itinéraire, mes pas, mon cheminement étaient également presque aléatoires dans la nef. Le hasard est propice à la méditation.
Boltanski et le concept de l’art “contemporain”
Christian Boltanski paraît plutôt modeste en disant ceci : « Je pense que chacun peut ressentir ce genre d’émotions sans qu’il soit nécessaire de connaître quoi que ce soit à l’art contemporain. Je dis toujours pour m’amuser que si, ayant visité l’une de mes expositions, le visiteur déclare “voilà un très bon artiste post-conceptuel”, c’est qu’il s’agit forcément d’une exposition ratée. Il faut, au contraire, que le visiteur arrive, qu’il avoue ne rien comprendre à ce qu’il voit et à ce qu’il ressent, et se mette à pleurer ou à rire sous le coup de l’émotion. Le sentiment artistique dépasse la lecture du cartel. ».
Boltanski raconte en exemple une exposition faite à Saint-Jacques de Compostelle, dans une église : « La veille de l’ouverture, une vieille dame arrive et me demande ce qui se passe dans cette église. Je lui dis que nous préparons une festivité en l’honneur des morts. Elle a trouvé l’exposition magnifique ! Si je lui avais dit qu’il s’agissait d’une exposition d’art contemporain, elle aurait trouvé cela honteux de réaliser cette exposition dans une église. ».
Pour lui, l’art « consiste uniquement à poser des questions, à donner des émotions, sans avoir de réponse ». En somme, à être “en vie”.
Imposture ? ou posture ?
Alors, Boltanski, imposteur ? Son installation Monumenta 2010, imposture ? “foutage de gueule” ? Assurément, non ! À partir du moment où le visiteur y a investi ses sens et sa sensibilité, ses sensations et ses sentiments, c’est devenu une vraie œuvre d’art. Pleinement.
Et même si l’intention originale de l’auteur avait été de l’imposture, son installation aurait pris malgré lui du sens.
Je vous recommande donc vivement de juger sur place. Sans a priori ni influence d’aucune sorte. Et le plus déconcertant, dans ce type d’expo, c’est sans doute que l’art peut se présenter sous de multiples formes et qu’aucune des formes n’est “fausse” si elle atteint ses visiteurs.
Monumenta 2010 : “Personnes” de Christian Boltanski
Nef du Grand Palais
Avenue Winston Churchill
Paris 8e
Métro 1, 9 et 13 (stations Roosevelt et Champs-Élysées Clemenceau).
Bus : 28, 32, 42, 72, 73, 80, 83 et 93.
4 euros l’entrée (en tarif normal).
Ouvert jusqu’au 21 février 2010.
Tous les jours sauf le mardi de 10 heures à 19 heures et nocturne du jeudi au dimanche jusqu’à 22 heures.
Christian Boltanski propose également une autre exposition, “Après”, à Vitry-sur-Seine (place de la Libération), au Musée d’art contemporain du Val-de-Marne jusqu’au 28 mars 2010.
Pour aller plus loin :
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Posted onfévrier 2, 2010
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Retour sur la “petite phrase” de Georges Frêche et quelques précisions utiles.
Dans son site “Arrêt sur image”, Daniel Schneidermann est visiblement un homme à chercher la petite bête. Et finalement, ce n’est pas plus mal pour être bien informé.
Toujours soupçonneux face à des “buzz”, le journaliste a en effet voulu mieux comprendre, ces deux derniers jours, l’origine de la dernière “affaire Frêche” qui n’aurait jamais dû en être une.
Je ne reviens pas sur le fond : il paraît assez insensé de prendre la petite phrase du président sortant du Conseil régional du Languedoc-Roussillon comme une attaque antisémite contre Laurent Fabius qui l’avait, deux jours auparavant, provoqué.
Parler de « tronche pas catholique », certes, ce n’est pas une déclaration d’amour, mais cela ne peut pas vraiment être taxé d’antisémitisme d’autant plus que ces mots ont été adressés à un catholique vaguement agnostique dont les parents se sont convertis. C’est une expression que j’ai déjà entendue à de nombreuses occasions sans lien avec son sens propre et religieux et il est bien possible que je l’eusse également prononcée dans ma jeunesse au même titre que j’ai dû aussi utiliser l’expression “pas très orthodoxe”.
Cette phrase aurait dû être contestée non pour son inexistant antisémitisme mais surtout pour son impolitesse et sa malveillance. En gros, il ne s’agit pas de religion mais plutôt de “délit de sale gueule”. Bref, la tête de Laurent Fabius ne lui revient pas parce que ce doit être réciproque. Bonjour le niveau de l’argumentation politique. Vive le débat électoral !
Je ne reviens pas non plus sur l’extraordinaire division du Parti socialiste, sur la bienveillance tacite de Ségolène Royal envers l’un de ses plus fermes soutiens (la fédération du PS de l’Hérault est très importante) ni sur la tentative de récupération de cette fédération par le siège national (en excluant éventuellement les indélicats).
Je veux juste rappeler la citation exacte qu’on pourra retrouver dans l’enregistrement sonore mis en ligne par le site “Montpellier Journal” (à la retranscription très incertaine des formes conditionnelles, reprise sans aucune correction par des journalistes !), enregistrement cité par Rue89 dès le 28 janvier 2010.
Voici la citation exacte de Georges Frêche : « Huchon, ça c’est du solide. Moi, je serais à Paris, je voterais Huchon. Si j’étais en Haute-Normandie, je ne sais pas si je voterais Fabius. Je m’interrogerais. Ce mec me pose problème. Il a une tronche pas catholique. ça ne fait rien mais peut-être que je voterais pour lui, mais j’y réfléchirais à deux fois. Notez là-haut, je vous fais une puce ! ». Il répondait donc à Laurent Fabius qui affirmait deux jours avant sur France 5 qu’il ne serait pas sûr de voter pour Georges Frêche s’il était électeur du Languedoc-Roussillon.
Le contexte, c’était la réunion du conseil d’agglomération de Montpellier du 22 décembre 2009 qu’il a présidée. La maire de Montpellier, Hélène Mandroux, désormais tête de file des socialistes pour les élections régionales dans sa région après le retrait du soutien du PS à la candidature de Georges Frêche, y était bien entendu présente. Et, à l’époque, elle n’avait pas protesté contre de tels propos. Il y a parfois des réactions à retardement.
La dernière phrase citée était adressée aux journalistes locaux. “Puce” fait référence à la rubrique “La puce à l’oreille” du “Midi Libre” et signifie une brève, un “confidentiel” comme en raffolent les médias. Ces petites indiscrétions qui pimentent la langue de bois prévisible du discours politique.
Georges Frêche est un provocateur et donc, il aide de façon assez grossière les journalistes à faire parler de lui. Mais sans doute n’imaginait-il pas son procès en antisémitisme puisqu’il a dû écrire ensuite à Laurent Fabius un courrier en précisant que « l’expression que j’ai utilisée n’a pas de connotation religieuse ».
Dans un communiqué le 28 janvier 2010, il exprimait son étonnement : « Interrogé sur le non-soutien de Laurent Fabius à mon endroit, j’ai répondu par une expression populaire utilisée par tous les Français depuis des siècles. (…) [Ma phrase] exprime le manque de confiance que j’ai à son égard depuis le congrès de Rennes de 1990 et pas autre chose. (…) À Paris, se servir de mes propos, les déformer à dessein, devient la principale occupation de certains dirigeants en panne d’idées. C’est devenu un sport national que de taper sur Georges Frêche. Les habitants du Languedoc-Roussillon qui me connaissent savent combien cette caricature, qui vire à la chasse à l’homme, est dérisoire. Comme le dit le dicton populaire hérité de Voltaire : “Gardez-moi de mes amis, quant à mes ennemis, je m’en charge”. ».
L’origine de ce procès, c’est un article de “L’Express” du 27 janvier 2010 qui a su utiliser la “puce” et qui rappelait, après la citation incriminée, que « issu d’une famille juive, Laurent Fabius a été élevé dans la religion catholique. Il se définit aujourd’hui comme “agnostique” et “laïque dans l’âme”, tout en reconnaissant : “L’opinion me considère comme juif. (…) Dès lors, je laisse dire, j’assume, et même je revendique”. Sollicité par “L’Express”, il n’a pas souhaité réagir aux propos de Georges Frêche. ».
Finalement, Laurent Fabius a réagi, bien après le début de la polémique, en confirmant faussement et tardivement que la petite phrase de Georges Frêche avait « bien évidemment un caractère antisémite »…
Dans son éditorial du 1erfévrier 2010, Daniel Schneidermann se demandait pourquoi le PS a réagi de façon si disproportionnée pour cette petite phrase alors que Georges Frêche avait sorti des propos plus contestables dans le passé. Il se risquait à une interprétation peut-être fort pertinente : « Trop c’est trop. Pourquoi maintenant ? Sans trop de risque, je pressens que beaucoup d’entre vous tireront la conclusion suivante : “les harkis et les Noirs, passe encore, on a le droit de rire ; mais pas les Juifs, et surtout pas Fabius”. Rien n’indique qu’ils aient tort. ».
Dans un tel contexte si dégradé de la vie politique, je ne vois qu’un seul parti capable de vraiment tirer son épingle du jeu en Languedoc-Roussillon… et c’est fort regrettable.
Pour aller plus loin :
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Posted onjanvier 29, 2010
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Faut-il lutter par la loi contre les « escroqueries sentimentales » (selon Éric Besson) que sont les “mariages gris” ? Le gouvernement doit-il s’immiscer dans les affaires les plus intimes des citoyens ? C’est un peu ce qu’il ressort de cette nouvelle mission sur la lutte contre les “mariages gris”.
Le 18 novembre 2009, le ministre Éric Besson exprimait son intention de lutter plus efficacement contre les “mariages gris” qu’il qualifia de véritables « escroqueries sentimentales » (l’expression est en fait de Marie-Annick Delaunay) et confia ce dossier à une députée de Tours, Claude Greff, après avoir reçu en grande pompe Blandine Jullian, présidente de l’ANVI (Association nationale des victimes de l’insécurité).
Le “mariage gris”
Contrairement au mariage blanc, où les deux époux se marient volontairement sans amour afin de bénéficier d’une manière ou d’une autre de leur statut d’époux, le “mariage gris” (à l’appellation déjà ancienne et très douteuse puisqu’elle reprend une injure parfois utilisée pour nommer des personnes d’origine nord-africaine) concerne le mariage où l’un des deux époux est sincère et l’autre manipulateur.
Deux raisons de fond et une raison politique ont incité Éric Besson à faire une telle annonce.
La première raison, c’est que les “mariages gris” qui sont donc avant tout des mariages mixtes, c’est-à-dire, civilement, des mariages entre un Français (ou une Française) et un étranger, permettent à terme l’acquisition de la nationalité française au conjoint étranger (ou au moins une autorisation de séjour).
La seconde raison, qui est plus sociale que civile, c’est la détresse des conjoints sincères qui ont eu à subir une séparation difficile (une fois les papiers acquis), avec éventuellement des violences morales ou physiques, des menaces, des pertes financières importantes et des difficultés encore plus grandes en cas de naissance d’enfants.
Enfin, une raison politique, pour ne pas dire politicienne, s’agglutine à ces faits, celle de vouloir faire des effets d’annonce à but publicitaire sur le sujet chaud de l’immigration, deux semaines après avoir lancé le débat sur l’identité nationale.
Un essai d’état des lieux ?
Si on ne tient pas compte des critiques acerbes qui ciblent la personne d’Éric Besson et qui donnent lieu à des plaisanteries plus ou moins douteuses (comme la chronique de Stéphane Guillon le 25 novembre 2009 sur France Inter où il fait le remake de l’arroseur arrosé, ou encore cette caricature sur son remariage), on pourrait regarder cette annonce avec une complaisance lucide.
D’autant plus lucide que depuis plusieurs années, des témoignages très poignants, souvent de femmes (de nationalité française d’origine maghrébine) fleurissent sur Internet et dans les autres médias. Chagrin d’amour, tristesse, sensation difficile à assumer de s’être fait tromper par trop de naïveté, beaucoup d’éléments passionnels qui engendrent la compassion et l’empathie.
Mais au fait, combien y a-t-il de “mariages gris” chaque année en France ? Évidemment, c’est comme les statistiques de l’immigration clandestine, s’ils sont clandestins, les immigrés ne peuvent être décomptés exactement.
Les seules données dont on peut disposer concernent les annulations de mariage pour fraude.
Notons qu’une annulation de mariage n’a rien à voir avec un divorce : il est réputé n’ayant jamais eu lieu, si bien qu’une autorisation de séjour acquise par un mariage annulé pourrait être remise en cause, ce qui ne pourrait jamais être le cas dans un divorce. Cette remise en cause ne pourrait avoir lieu dans le cas d’enfants reconnus par l’ex-conjoint étranger, puisque dans ce cas-là, il peut jouir d’autres dispositions.
En 2008, par exemple, sur les 273 500 mariages célébrés en France, 84 000 étaient des mariages mixtes, c’est-à-dire (je précise de nouveau), de conjoints dont l’un est français et l’autre est étranger, soit un peu plus de 30%.
Remarquons par ailleurs qu’il est très difficile aux couples mixtes, du fait des lois actuelles sur l’immigration, de vivre sans se marier, le conjoint étranger perdant beaucoup de temps à renouveler sa carte de séjour : sa naturalisation, malgré lui, devient une nécessité familiale.
Ces mariages mixtes sont la première cause migratoire régulière vers la France (on comprend mieux la préoccupation d’Éric Besson) puisqu’ils engendrent la moitié des autorisations de séjour long délivrées.
Selon Marie-Annick Delaunay (auteur de “L’immigration par escroquerie sentimentale“, éd. Tatamis), ces mariages mixtes ont été multipliés par huit entre 1997 et 2005 grâce à la loi n°98-349 du 11 mai 1998 relative à l’entrée, au séjour des étrangers en France et au droit d’asile (votée par la majorité socialiste).
Concernant les mariages mixtes annulés (80% des mariages annulés sont mixtes), il faut reprendre les statistiques de l’année 2004 (plus ancienne), citées par Nicolas Ferran, coordinateur du “collectif des Amoureux au ban public” dans une interview donnée au “Journal du Dimanche” le 19 novembre 2009 : Sur 88 123 mariages mixtes, 737 ont été annulés, dont seulement 395 pour leur caractère frauduleux. Cette fraude peut être un “mariage gris” mais aussi un mariage blanc (les deux époux manipulant les lois de la République à des fins intéressées). Soit moins de 0,45% des mariages mixtes, c’est-à-dire une ultra-minorité.
Actuellement dans le droit français
Quelques centaines de cas chaque année peuvent évidemment remplir les colonnes de journaux de témoignages aussi émouvants que scandaleux.
La loi n°2003-1119 du 26 novembre 2003 relative à la maîtrise de l’immigration, au séjour des étrangers en France et à la nationalité a introduit un délit de mariage de complaisance, puni de cinq ans de prison de quinze mille euros d’amende.
Une disposition que des juristes avaient à l’époque déjà contestée [voir l’article "La loi sur la maîtrise de l’immigration : analyse critique" par Danièle Lochak, "Regards sur l’actualité" (La Documentation française), n°299, mars 2004, pp 22-23] car un mariage de complaisance (donc frauduleux) pouvait déjà encourir l’annulation et donc remettre en cause l’autorisation de séjour du conjoint étranger. Un délit qui ne remet pas non plus en cause le principe de mariage blanc pour d’autres raisons que migratoires (par exemple, pour obtenir une mutation dans la fonction publique).
Quatre-vingt-quatre députés de la majorité (dont Claude Greff chargée par Éric Besson d’une mission à ce sujet) ont déposé le 27 novembre 2009 au bureau de l’Assemblée Nationale une proposition de loi visant à renforcer la lutte contre les mariages de complaisance (proposition n°2122 de Marc Le Fur) qui ressemble plus à un texte protégeant les maires qu’à une disposition vraiment nouvelle concernant les “mariages gris”.
Faut-il alors légiférer ?
En fait, le grand problème de ces “mariages gris”, c’est que l’un des époux est sincère et l’autre, a priori, ne le serait pas. Mais il est bien difficile de déterminer la frontière de la sincérité d’un amour. La plupart des couples “sincèrement amoureux” auraient bien du mal à définir leur amour, leur raison de s’aimer, la nature de leur sincérité.
En voulant lutter contre les “mariages gris”, on risquerait avant tout de stigmatiser tous les mariages mixtes qui, pour la grande majorité des cas (plus de 99,5%), sont des mariages dont la sincérité ne peut pas être mise en doute. Avec un objectif implicite, celui de diminuer cette principale filière du flux migratoire.
Les dommages collatéraux, c’est qu’il serait bien difficile, même pour les mariages entre deux Français, de définir la sincérité du sentiment amoureux. Faudrait-t-il un jour remettre en cause un mariage parce qu’il aurait été un mariage “intéressé” (comme c’était le cas fréquemment il y a encore quelques générations) ? Faudrait-il imaginer, comme l’a fait l’humoriste Stéphane Guillon dans sa chronique déjà citée, du chantage affectif au sein du ménage pour éviter l’annulation du mariage ?
Le divorce pour le droit à l’erreur
Heureusement, la décision d’annulation de mariage pour mensonge à propos de la virginité de l’épouse a été elle-même annulée quelques mois plus tard (voir cette affaire de 2008 ici).
Les époux peuvent se tromper. Un époux peut se tromper. Un époux peut tromper l’autre. Un époux peut être la victime sentimentale de ses élans du cœur vers un être plus manipulateur qu’amant. Un époux peut être naïf. Un époux peut utiliser la naïveté de l’autre. C’est triste. C’est la règle des relations amoureuses et même, plus généralement, des relations humaines.
Pour répondre à ces errements, le divorce existe. Il permet de mettre fin à une situation au départ imaginée positivement mais devenue de plus en plus insupportable.
La loi ne peut soupçonner a priori que les mariages en général (et a fortiori les mariages mixtes) ne soient pas sincères. Le mariage est un engagement individuel qui a une grande portée dans l’intimité des êtres. Le divorce et la possibilité de remariage sont des éléments modérateurs en cas d’erreur personnelle.
Entre vie privée et vie publique
L’État ne doit pas s’ingérer dans cette affaire. Les dispositifs de la loi du 26 novembre 2003 sont déjà suffisamment lourds pour donner des outils répressifs adaptés aux mariages de complaisance, qu’ils soient “gris” ou blancs.
Ne laissons pas législateur entrer jusque dans le lit des citoyens.
Préservons la part d’intimité du mystère amoureux.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (29 janvier 2010)
Pour aller plus loin :
Annonce d’Éric Besson sur le “mariage gris”.
Remous après l’annonce d’Éric Besson sur le “mariage gris”.
Stéphane Guillon et le “mariage gris” (25 novembre 2009).
Recueils de témoignages sur Internet.
Proposition de loi n°2122 contre les “mariages gris” (27 novembre 2009).
Pénalisation et dépénalisation de 1970 à 2005 (par Gatien-Hugo Riposseau).
Vers la possibilité de mariages posthumes ?
Mariage annulé pour mensonge sur la virginité.
Réception d’Éric Besson des victimes de “mariages gris”.
(Illustrations : blog de Skyrock sur les “mariages gris” et Ministère de l’Immigration).
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Posted onjanvier 28, 2010
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L’un des plus sanguinaires hiérarques de l’ancien régime de Saddam Hussein a été exécuté par pendaison le 25 janvier 2010 à Bagdad.
Capturé le 21 août 2003, quatre fois condamné à mort le 24 juin 2007, le 2 décembre 2008, le 11 mars 2009 et le 17 janvier 2010, (le dessinateur Mabi sur Agoravox l’avait déjà croqué le 26 juin 2007), parfois pour les mêmes crimes contre l’humanité que son cousin Saddam Hussein (lui aussi condamné à mort le 5 novembre 2006 et exécuté par pendaison le 30 décembre 2006).
Auteur de la campagne Anfal qui ensanglanta le peuple kurde entre février et août 1988 ayant causé près de deux cent mille morts, responsable du massacre des chiites qui se révoltèrent après la guerre du Golfe en 1991, coupable des meurtres et des déportations de populations chiites en 1999 à Bassorah et commanditaire du massacre par gaz les 17 et 18 mars 1988 d’au moins cinq mille habitants kurdes du village d’Halabja (photo ci-dessous), pour la plupart des femmes et des enfants.
Cruel et sans cœur, il avait même fait exécuter en février 1996 ses deux neveux (Hussein et Saddam Kamel) qui avaient déserté leur pays en allant en Jordanie et qui y étaient rentrés fort imprudemment.
Chef du parti Baas (celui de Saddam Hussein) dans le nord de l’Irak, Ministre des Affaires locales et gouverneur du Koweït lorsque celui-ci fut sous l’occupation irakienne, Ali Hassan al-Majid, 69 ans, fut communément appelé “le boucher du Kurdistan” ou “Ali le Chimique” pour avoir employé les armes chimiques à grande échelle contre les populations kurdes et chiites de l’Irak, parfois sous la surveillance passive des États-Unis.
Ali le Chimique, durant son procès, n’a exprimé aucun regret, bien au contraire : « C’est moi qui ai donné les ordres à l’armée de détruire des villages et de reloger les villageois. Je ne me défends pas. Je ne m’en excuse pas. Je n’ai pas commis d’erreur. ».
Le Premier Ministre irakien Nouri al-Maliki a estimé que cette exécution tournait « une autre page noire de l’oppression, des génocides et des crimes contre l’humanité commis par Saddam et ses agents pendant 35 ans du régime abominable du parti Baas ».
Il est clair que cette personne n’a pas eu beaucoup de considération pour la vie humaine et fait partie de la pire catégorie des êtres humains, celle qui n’hésite pas à massacrer, à torturer, à tuer pour des raisons politiques et ethniques.
Par conséquent, je ne me soucie pas beaucoup du sort de cet homme dont la mort ne peut pas m’émouvoir pour ces raisons.
Et pourtant. Si je me pose la question : “Fallait-il exécuter Ali le Chimique ?”, c’est parce que je crois que c’est l’un des exemples les plus extrêmes pour rappeler que la peine de mort est un acte barbare et monstrueux.
Si le condamné à mort avait été douteux, si sa culpabilité n’était pas ressortie de manière évidente dans le procès, s’il avait regretté une folie passagère, si son innocence avait été proclamée, il serait sûr que son exécution aurait été beaucoup plus facilement contestable.
D’ailleurs, depuis quelques années, aux États-Unis, grâce aux nouvelles technologies des analyses ADN, une grande prudence a lieu à propos des condamnations à mort : la possibilité qu’un condamné à mort puisse être innocent (et l’ADN a pu parfois le prouver) a même inquiété quelques gouverneurs (principalement républicains) qui ont préféré suspendre les exécutions.
Mais il ne faut pas s’y tromper : cette prudence renforce au contraire le principe de la peine de mort, car si la culpabilité est prouvée, la peine de mort demeure largement approuvée par les Américains et les autorités américaines, y compris Barack Obama qui ne s’est jamais opposé au principe des exécutions capitales.
Le maintien en vie d’Ali le Chimique, tout comme celui de son cousin Saddam Hussein, n’aurait constitué aucun danger politique pour l’évolution de l’Irak. Leur exécution, bien entendu, pouvait à la fois permettre de faire taire tout rappel sur la position américaine (et plus généralement “occidentale”) lors de la guerre Iran-Irak et satisfaire les populations qui ont été victimes de ce régime sanguinaire : « C’est un jour historique pour le peuple kurde et irakien : La justice irakienne a fait son travail (…) et si Dieu veut, les autres connaîtront le même sort. » a déclaré Majid Hamed Amin, Ministre kurde des Martyrs et des Déplacés.
Beaucoup de Kurdes ont dit leur joie à Souleimaniyeh. Kamel Abdelkader, 24 ans, dont les sept frères et sœurs et les parents ont été massacrés à Halabja, est, lui aussi, content : « Je suis très heureux de l’annonce de cette exécution et j’espère qu’ils vont continuer à exécuter tous les autres impliqués dans des crimes contre les Kurdes. » tandis que les chiites auraient préféré accélérer le processus comme l’a suggéré Latif al-Hamidi, porte-parole à Najaf du Conseil suprême islamique en Irak : « Nous sommes désolés que cette exécution ait pris tant de temps. C’est une victoire pour tous les martyrs. ».
L’exécution d’Ali le Chimique ne peut se comprendre que sur le plan d’une vengeance symbolique. Elle n’a pas fait revivre ses centaines de milliers de victimes. Elle n’empêchera pas, dans le futur, l’arrivée au pouvoir, en Irak ou ailleurs dans le monde, d’autres dictateurs, d’autres sanguinaires. Elle n’a ni un effet dissuasif, ni un effet politique, ni même un effet rédempteur (effet décrit par Albert Camus qui estimait que la peine de mort n’était pas concevable dans un État laïque puisque aucune considération ne devait avoir cours après la mort).
Je regrette donc cette exécution. La loi du talion n’a jamais été la marque d’une grande intelligence et d’une grande civilité. La reconnaissance des crimes contre l’humanité d’Ali le Chimique était bien suffisante pour l’aspect moral et historique de ses procès. Sa réclusion à perpétuité n’aurait pas bouleversé le chaos en Irak. Elle aurait permis de montrer que la conscience humaine, le « devoir envers l’être humain comme tel » (selon les mots de Simone Weil), l’aspiration à redonner sens à l’humanité malgré la barbarie pouvaient l’emporter.
Le principe de la peine de mort ne saurait être justifié par l’existence de bourreaux.
« La passion criminelle n’est pas plus arrêtée par la peur de la mort que d’autres passions. (…) Partout, dans le monde, et sans aucune exception, où triomphent la dictature et le mépris des droits de l’Homme, partout vous y trouverez inscrite, en caractères sanglants, la peine de mort. (…) La vraie signification politique de la peine de mort, c’est bien qu’elle procède de l’idée que l’État a le droit de disposer du citoyen jusqu’à lui retirer la vie. C’est par là que la peine de mort s’inscrit dans les systèmes totalitaires. » disait Robert Badinter, alors Ministre de la Justice, le 17 septembre 1981 devant les députés lors du débat sur l’abolition de la peine de mort.
La pendaison d’Ali le Chimique n’a résolu aucun problème.
Et avec elle, c’est un peu comme si ses crimes contre l’humanité avaient continué.
Pour aller plus loin :
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Posted onjanvier 22, 2010
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Après Dominique Strauss-Kahn, après François Hollande, voici que Martine Aubry montre également son appétit présidentiel. Analyse des chances élyséennes de la numéro un du Parti socialiste.
Le 17 janvier 2010 dans l’émission “Grand Jury” de RTL-LCI, la première secrétaire du Parti socialiste Martine Aubry a fait deux déclarations assez déterminantes dans le paysage politique actuel.
Un début d’année 2010 en fanfare
La première est encore en cours d’effet à propos de la réforme des retraites. Pour la première fois depuis trente ans, la responsable du premier parti de l’opposition parlementaire est prête à participer à l’élaboration d’une réforme des retraites qui devraient être approuvée par l’ensemble des partis politiques, comme cela s’est passé en Allemagne par exemple.
Si cette annonce ne manque pas de courage ni de panache (le Premier Ministre François Fillon a rapidement pris note et approuvé ces bonnes dispositions), elle ne doit pas cacher la seconde information, qui est l’éventualité de sa possible candidature à l’élection présidentielle (elle aura 61 ans et demi en 2012) : « Je pense que j’en ai les capacités comme d’autres. J’ai été numéro deux du gouvernement de Lionel Jospin, j’ai rempli des fonctions importantes, j’ai travaillé dans une entreprise, je dirige une ville. » a juste constaté Martine Aubry qui semble avoir adopté la même posture que Ségolène Royal qui avait rappelé ses états de service lors de la campagne présidentielle le 19 février 2007 sur TF1.
Climat favorable
Et elle n’a pas fait ce genre de déclarations par hasard. D’une part, elle a intégré la logique des institutions de la Ve République qui ne donnent de l’importance médiatique qu’aux leaders politiques alimentant des ambitions présidentielles ; d’autre part, elle le fait quelques jours après la déclaration de candidature de François Hollande, son prédécesseur.
De plus, elle jouit d’un climat politique (sans doute précaire) qui lui est plutôt favorable. En effet, depuis quelques semaines, les sondages la placent à la tête du leadership de l’opposition, ce qui n’est en fait pas très étonnant pour une chef de parti de l’opposition. Le sondage d’OpinionWay du 14 janvier 2010 (téléchargeable ici) est à cet égard intéressant : elle supplante François Bayrou, Dominique Strauss-Kahn, Ségolène Royal et Olivier Besancenot dans la capacité à s’opposer au Président Nicolas Sarkozy (je rappelle que les sondages ne sont intéressants que dans les tendances qu’ils apportent, leur évolution par rapport au temps, pas dans l’absolu).
Parmi les autres raisons de son embellie dans les sondages, sa combativité prête à rassembler ses ouailles. Sa sortie, lors de ses vœux, sur le droit de vote aux étrangers dans les élections locales se voulait un pavé dans la mare de l’UMP. Une mesure qui rassemble à gauche et qui laisse dans l’expectative la majorité présidentielle.
La ficelle est certes un peu grosse, déjà utilisée mille et une fois (dont une fois par François Mitterrand en début avril 1988 pour grossir le vote en faveur de Jean-Marie Le Pen), mais ça montre une Martine Aubry dynamique, politique, et surtout (notion que le PS avait oubliée depuis 1997), opposante pressée d’en découdre avec ses adversaires et capable de mobiliser son camp.
Martine Aubry présidentiable ?
Ce serait étonnant et pourtant, Martine Aubry devient même le principal atout des socialistes dans ce jeu des ego si importants.
Car Martine Aubry revient de loin.
Après avoir été la “Dame des 35 heures“, haïe par le chroniqueur politique Philippe Alexandre, Martine Aubry a fait une petite traversée du désert (échec en juin 2002 aux législatives) et s’est consacrée à Lille où elle est devenue (en mars 2001) l’héritière de l’ancien Premier Ministre Pierre Mauroy (assez mal élue). En juin 2007, elle a été finalement brillamment élue députée et en mars 2008 brillamment élue maire de Lille en incluant dans sa majorité des membres du MoDem (Jacques Richir entre autres).
Quelques mois après, il y avait le fameux congrès de Reims. Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius (soutenus par Lionel Jospin, Pierre Mauroy et d’autres diplodocus du Parti socialiste) ont trouvé intelligent de pousser la candidature de Martine Aubry pour écarter à la fois Ségolène Royal (très motivée pour reprendre le PS) et Bertrand Delanoë (à l’époque en haut des sondages). Le deal étant que Martine Aubry à la tête du PS leur permettrait d’attendre pour la candidature à l’élection présidentielle.
Bien qu’arrivée en troisième position dans le vote des militants en novembre 2008 et malgré un score très serré (sérieusement contesté), Martine Aubry l’emporta sur Ségolène Royal au second tour.
Maintenant à la tête du PS, première femme à diriger le Parti socialiste (pas première femme chef d’un grand parti de gouvernement, puisque Michèle Alliot-Marie avait déjà été élue à la présidence du RPR en 1999 à la succession de Philippe Séguin), Martine Aubry a passé une bonne année pour imposer son autorité au sein du Parti socialiste, notamment par une consultation interne.
Primaire pour l’élection présidentielle de 2012
Parmi les dossiers internes importants, il y avait le principe d’une primaire pour choisir le candidat socialiste à l’élection présidentielle de 2012. Martine Aubry n’y était pas vraiment favorable tandis que c’était le sésame de Ségolène Royal. Finalement, Martine Aubry s’est ralliée à l’idée et a confirmé que la primaire aurait lieu au second semestre de l’année 2011.
Comme je l’avais précédemment dit, la date de cette primaire est d’une importance politique capitale : François Hollande est partisan (comme Ségolène Royal) de la faire le plus tôt possible afin de permettre au candidat choisi de faire campagne suffisamment tôt devant les Français (et se faire connaître auprès d’eux) alors que Dominique Strauss-Kahn bloqué par son mandat de directeur général du FMI (jusqu’en novembre 2012, de toute façon bien après l’élection présidentielle) a intérêt à retarder le plus tard possible afin de rester dans ses fonctions le plus longtemps possible.
En choisissant le plus tard possible (contre l’avis d’Arnaud Montebourg, l’un de ses grands soutiens actuellement), Martine Aubry souhaite favoriser avant tout Dominique Strauss-Kahn qui est, selon elle, « lui aussi quelqu’un qui peut tout à fait diriger notre pays ».
Jeu collectif et ambitions plurielles
Rappelons que Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn sont les deux héritiers politiques de Lionel Jospin, tandis que François Hollande s’est toujours revendiqué hors des courants du PS (proche de Jacques Delors, le père de Martine Aubry). Quant à Ségolène Royal, elle se sent l’héritière (sans doute lointaine) de François Mitterrand.
Consciente qu’il n’est pas forcément intelligent de mettre ses ambitions personnelles trop en avant, Martine Aubry a souligné que son CV, « tout ça à soi seul ne suffit pas, il faut qu’à un moment donné, on soit l’homme ou la femme de la situation qui permettra de mobiliser un maximum de Français : d’abord, on joue collectif, après, on choisit le capitaine, mais on n’en est pas là. ».
Après tout, quoi de plus normal que d’imaginer le chef d’un parti candidat à l’élection présidentielle ? Les trois derniers Présidents de la République, François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, ont été les chefs de leur parti juste avant leur (première) élection, et parmi les candidats à la stature incontestable, François Bayrou (entre autres) est lui aussi chef de son parti. A contrario, la candidature de Ségolène Royal en 2007 a été considérablement gênée par l’absence de cohésion du PS à son égard.
Forces et faiblesses
Énumérons les forces et faiblesses d’une éventuelle candidature de Martine Aubry pour évaluer ses chances à l’élection présidentielle.
Les faiblesses :
1. Martine Aubry n’a pas beaucoup de charisme. Son look (qui, je le rappelle, est un élément déterminant dans l’attractivité des électeurs) mériterait d’être amélioré. Elle présente un aspect austère qui rassure par son sérieux mais empêche aussi le rêve.
2. Sa capacité à rassembler au-delà du Parti socialiste pour gagner un second tour est très contestable. Refusant des alliances nationales avec le MoDem ou Europe Écologie (l’un des thèmes de campagne interne de Martine Aubry en 2008 portait sur l’alliance avec le MoDem), elle reste assez incohérente entre ses imprécations et les faits (alliance locale à Lille par exemple).
3. Les 35 heures (qui sont aussi pour elle un atout) peuvent être un handicap pour se faire prévaloir des milieux économiques : sa réforme a plombé l’embellie économique des premières années du gouvernement Jospin et a rendu moins souple la notion de temps de travail (pauses décomptées etc.) tout en renforçant sa flexibilité (temps décompté annuellement).
4. Elle a provoqué de nombreuses réactions hostiles en autorisant en 2000 (comme première adjointe puis comme maire) des horaires d’ouverture exclusivement réservés aux femmes dans la piscine municipale à Lille-Sud (politique qu’elle a renoncé à poursuivre en juin 2008).
5. Ses deux grands soutiens, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn, risquent de lui faire défaut si d’aventure eux-mêmes décidaient de se présenter à la primaire. Son camp serait donc susceptible de se disloquer.
Les forces :
1. Martine Aubry a une bonne notoriété et une solide réputation de travailleuse. Elle n’a pas un ego trop développé, ce qui lui permet d’être crédible lorsqu’elle dit : « d’abord, on joue collectif ».
2. Au-delà du côté collectif, elle est une femme d’appareil et une militante de longue date du PS. Elle est sans doute plus apte à rassembler les socialistes qu’aucun autre candidat. Ce qui en ferait une bonne candidate de premier tour, mais pas forcément de second tour.
3. Parmi le respect que les militants de gauche peuvent accorder à Martine Aubry, il y a “son” œuvre politique, les 35 heures qui est pour elle son précieux certificat de gauche. Reste à savoir si c’est suffisant pour attirer des voix issues du Parti communiste ou de l’extrême gauche de type NPA.
4. Bien que ne disposition pas d’un réseau personnel au sein du PS comme Ségolène Royal ou Bertrand Delanoë, Martine Aubry a maintenant mis en en place une équipe de travail qui lui est inféodée avec des personnalités comme Arnaud Montebourg, Harlem Désir et même Benoît Hamon (jeune homme irrésistible selon elle) à la direction du PS.
5. Si elle réussit à négocier avec le gouvernement un accord sur la réforme des retraites, elle aura un acquis politique très fort à faire prévaloir.
« J’y pense tous les matins en mettant mes boucles d’oreille »
L’ambition à court terme de Martine Aubry, c’est de gagner les élections régionales de mars 2010. Gagner même les deux régions qui ne sont pas, parmi les Conseils régionaux sortants, à majorité socialiste. C’est sans doute un seuil très élevé et un pari un peu casse-cou.
Toute la dextérité politique de Martine Aubry consistera ensuite à réussir son pari de la primaire socialiste : ne faire apparaître qu’une seule candidature de la gauche gouvernementale, en impliquant non seulement les adhérents du Parti socialiste mais également ceux du Parti radical de gauche et pourquoi pas ? de Europe Écologie et du Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon (ce qui est loin d’être acquis). Cela signifiera aussi que tous les candidats battus à cette primaire acceptent, comme en novembre 2006, de soutenir pleinement la candidature de la personnalité qui aura été choisie.
Une condition nécessaire (mais pas suffisante) pour ne pas laisser François Bayrou seul face à Nicolas Sarkozy. Un Nicolas Sarkozy qui serait très heureux d’affronter une nouvelle fois une femme au second tour.
Après être devenue la “dame de fer française” (notion très thatchérienne), Martine Aubry va-t-elle devenir la future “Angela Merkel française” ?
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (22 janvier 2010)
Pour aller plus loin :
Martine Aubry prête à transiger sur les retraites.
DSK pense à 2012.
François Hollande pense à 2012.
Martine Aubry y pense aussi, à 2012.
Lionel Jospin n’y pense plus.
La primaire selon Arnaud Montebourg.
Sondages au beau fixe.
Comment elle a conquis le PS.
Zoom sur le PS.
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Posted onjanvier 22, 2010
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Un ancien Premier Ministre qui s’épanche sur sa carrière, ça peut être la manifestation d’un orgueil sans limite. Exemple pris au hasard.
Dans la seconde partie du documentaire interview “Lionel raconte Jospin” diffusée par France 2 le 21 janvier 2010, qui portait sur la période 1988-2002, on a pu comprendre une fois encore que Lionel Jospin a un ego vraiment surdimensionné, peut-être plus que celui de Valéry Giscard d’Estaing ou d’Édouard Balladur même si n’apparaît pas cette condescendance propre aux personnes qui se croient super-intelligentes.
J’ai noté (entre autres) quelques passages savoureux de narcissisme et de super-opinion de lui-même :
1. Lorsqu’il est Ministre de l’Éducation nationale (1988-1992), Lionel Jospin évoque le formidable boom démographique auquel il a dû faire face et les moyens qu’il a réussi à mettre en place pour cela. Il continue en disant qu’heureusement qu’il était là !
2. En 1992, Lionel Jospin explique qu’il est convoqué par Mitterrand à l’Élysée. Au lieu de discuter des forces et faiblesses des candidats à la succession d’Édith Cresson à Matignon, Mitterrand lui annonce qu’il ne sera certainement pas présent dans le prochain gouvernement (celui de Bérégovoy). Jospin explique cette mise à l’écart par la présence de Bernard Tapie et que Mitterrand ne voulait pas le mettre mal à l’aise avec Tapie (Mitterrand ne lui avait évidemment pas annoncé son intention de nommer Tapie ministre). Amusante explication personnelle qui minimise les autres raisons qui auraient pu le faire évincer du gouvernement.
3. En 1993, après son échec aux législatives, il se retrouve sans activité (mais avec son salaire de haut fonctionnaire du quai d’Orsay). Il demande alors à Alain Juppé (son ministre de tutelle) une mission (qui aurait pu le faire quitter définitivement de la politique). Jospin insiste cependant pour dire qu’il lui fallait quand même une mission à la hauteur de ses compétences (bref, pas n’importe quoi non plus, à l’époque, la rumeur parlait de l’ambassade en Allemagne, poste prestigieux). Finalement, Juppé refuse de lui confier une mission car ses amis l’auraient refusé… (il a dû se mordre les doigts).
4. Quand il explique son action comme Premier Ministre (de 1997 à 2002), il parle de “quinquennat” au lieu de “législature”, comme s’il avait eu un quinquennat (alors qu’à l’époque, c’était encore le septennat de 1995 à 2002 et que ce mot désigne exclusivement un mandat présidentiel, pas celui de Premier Ministre). Bref, Jospin reste très marqué par sa non-élection de 2002.
Sylvain Rakotoarison (22 janvier 2010)
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Posted onjanvier 15, 2010
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La famine comme arme de guerre. Des images chocs pour mobiliser la générosité internationale. Une nécessité malgré le malaise et l’éthique ?
Le 15 janvier 1970 finissait l’une des guerres civiles les plus terribles de l’Afrique postcoloniale. Il est vrai que toutes les guerres sont terribles et d’autres, comme le conflit au Rwanda, seront également épouvantables. Plus d’un million de victimes dans un pays pourtant voué à s’enrichir grâce à ses ressources énergétiques.
Confrontations ethniques faussement requalifiées en guerres de religion, souvent encouragées de l’extérieur, mainmise des gisements en pétrole et en charbon, position géostratégique… Tout ce qui sera devenu banal par la suite était déjà présent dans la guerre du Biafra.
Guerre civile postcoloniale
De quoi s’agissait-il ? Du Nigeria, presque le double de la superficie de la France, qui fut sous domination coloniale britannique qui, jusqu’à l’indépendance le 1er octobre 1960, avait favorisé les Ibos (ethnie principalement chrétienne vivant au Sud) au détriment des Haoussas (principalement musulmans vivant au Nord) et des Yorubas (musulmans et chrétiens de l’Ouest).
Après une série de coups d’État et de fortes tensions ethniques (30 000 personnes auraient été massacrées en 1966), le gouverneur militaire de la région de l’Est, la région la plus riche car recouvrant la partie est du delta du fleuve Niger (pétrole, charbon), le colonel Odumegwu Emeka Ojukwu s’opposa à une partition fédérale qui désavantagerait les Ibos. Il proclama l’indépendance de sa région le 30 mai 1967, sous l’appellation de République du Biafra, le Biafra étant le nom du golfe au sud, sur la côte atlantique, et délimitée à l’ouest par le fleuve Niger et à l’est par la frontière camerounaise.
Commença alors le 6 juillet 1967 une longue guerre civile qui ensanglanta et affama le Nigeria.
Concrètement, la sécession du Nigeria, anglophone, fut vue par le général De Gaulle comme un moyen de réduire l’influence britannique en Afrique. Soutenant implicitement le Biafra, la cellule africaine de l’Élysée y envoya des mercenaires (notamment Bob Denard). Les mercenaires Roger Faulques, Rolf Steiner et Hank Warton ainsi que le poète Chris Okigbo ont eu ainsi un rôle essentiel au début de la guerre.
Les Biafrais envahirent la région à l’ouest du Delta pour conquérir l’ensemble des réserves en pétrole. Représentant 20% de la population totale du Nigeria (et 70% de la population biafraise), les Ibos furent également soutenus par les compagnies pétrolières alors que le gouvernement fédéral du Nigeria était soutenu par la Grande-Bretagne, les États-Unis et l’Union soviétique.
Parmi les soutiens politiques à la République du Biafra, par l’influence française, on retrouva Omar Bongo qui devint Président du Gabon le 2 décembre 1967 (il vient de mourir le 8 juin 2009), Félix Houphouët-Boigny (Président de la Côte d’Ivoire) et également d’autres pays africains comme la Tanzanie, la Zambie, l’Afrique du Sud et la Rhodésie. Le Portugal, l’Espagne et Israël également. Même le Vatican se rangea en fin 1968 du côté biafrais (sans doute pour soutenir le “camp chrétien”).
C’est parce que les compagnies pétrolières (notamment Shell et BP) décidèrent qu’elles payeraient directement au gouvernement biafrais que le gouvernement nigérian a lancé une offensive pour récupérer les territoires de la République du Biafra. Les opérations militaires durèrent deux ans et demi. Finalement, les groupes pétroliers versèrent tous les royalties au Nigeria.
En 1968, une véritable guerre de positions eut lieu, rendant les populations civiles dans le plus grand dénuement, dans un étau entre l’armée biafraise (qui comptait 100 000 soldats) et l’armée nigériane (environ 120 000 soldats).
Les Nigérians reconquirent le sud de la région empêchant les Biafrais d’avoir accès à la mer. La grave famine qui sévit dans les camps de réfugiés (assiégés par l’armée nigériane) alarma la communauté internationale par une surmédiatisation du drame humanitaire (des sociétés de relations publiques furent même sollicitées par le gouvernement biafrais), ce qui engendra indignation et mobilisation.
Selon l’armée nigériane, l’envoi d’aide humanitaire aurait été l’occasion d’aider militairement les Biafrais.
Les troupes nigérianes récupérèrent l’ensemble du territoire biafrais et le gouvernement biafrais capitula le 12 janvier 1970. Les combats cessèrent le 15 janvier 1970. Le pays bénéficia de la croissance de la demande pétrolière pour prospérer après cette atroce guerre.
Le Président biafrais Ojukwu, qui avait fui quelques jours avant en Côte d’Ivoire, pourra ensuite revenir dans son pays en 1976 (après un pardon accordé par le gouvernement) et sera candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2003 (à l’âge de 70 ans).
Une guerre qui a été donc vraiment inutile et dont l’enjeu pétrolier était clairement identifié, même si Ojukwu, encore aujourd’hui, rejette cette motivation.
Parenthèse : quarante années après le retour à la paix, le Nigeria subit la maladie de son Président. Hospitalisé en Arabie saoudite (à Jeddah) pour une maladie cardiaque grave depuis le 23 novembre 2009, le Président Umaru Yar’Adua n’est en effet plus en état d’assumer ses fonctions. Le 14 janvier 2010, la Haute cour fédérale du Nigeria devait commencer à étudier à Abuja (la capitale) les possibilités d’un transfert de ses pouvoirs à son Vice-Président Goodluck Jonathan. Les décisions sont attendues à partir du 22 janvier 2010. Le vide du pouvoir avait engendré des manifestations de plusieurs milliers de personnes le 12 janvier 2010 au moment où l’Assemblée Nationale débattait de la santé d’Umaru Yar’Adua qui s’était toutefois exprimé le même jour dans une interview sur la BBC.
L’humanitaire en campagne médiatique
C’est donc à partir de 1968 que les premières campagnes d’appel à l’aide humanitaire furent lancées pour secourir les populations affamées. Les moyens étaient draconiens puisque les affiches montraient des enfants du Biafra mal nourris, squelettiques avec un ventre gonflé qui évoquaient amèrement les photos prises lors de la libération des camps d’extermination en 1945.
L’émotion, la tristesse, les sentiments passionnels étaient recherchés pour encourager la charité et la générosité.
C’est encore aujourd’hui une question qui, pour moi, est sans réponse. Faut-il utiliser l’émotion jusqu’à en faire de la propagande pour une juste cause ?
Le tsunami du 24 décembre 2004, maintenant le terrible tremblement de terre à Haïti du 12 janvier 2010, les multiples campagnes souvent annuelles pour différentes causes, comme la lutte contre la lèpre (il suffit de si peu d’argent pour soigner une personne), le cancer, le sida, le Téléthon, les campagnes médiatiques pour un sac de riz en Somalie, les multiples occasions de favoriser la générosité des gens plus chanceux (pas forcément plus riches), nécessitent et nécessiteront toujours l’emploi d’images fortes, l’emploi de visuels qui choquent, de symboles qui marquent, de photos qui dérangent dans le but de se secouer l’esprit.
Le risque, c’est la surenchère : quand le Sidaction veut concurrencer par exemple le Téléthon. Car il peut y avoir une réelle compétition entre plusieurs causes humanitaires.
Pour le cas du Biafra, il y avait urgence. Comme pour la population haïtienne aujourd’hui. Et dans l’urgence, on commet forcément des erreurs, on peut pécher par excès ou par omission.
On peut penser que la diffusion d’images difficiles, de scènes terribles ne fait que satisfaire un besoin universel de voyeurisme. Que ces images difficiles, que certains ont eu l’occasion de voir dans leur petite enfance, peuvent traumatiser. Mais elles permettent aussi de graver, de ne pas oublier. Elles permettent de réagir. Elles obligent à réagir. Elles peuvent parfois être sujettes à caution, être exercice de propagande (comme les charniers de Timisoara) mais elles réveillent et font réfléchir dans tous les cas.
Aujourd’hui, Haïti
Haïti, un autre Biafra ? Eh non justement ! Car la grande différence, c’est que la guerre du Biafra était largement évitable. Que toutes les parties (intérieures et extérieures) avaient tout intérêt à favoriser ce conflit pour des raisons ethniques, politiques, idéologiques (Ojukwu nourrissait un anticommunisme viscéral), religieuses et bien sûr économiques.
Alors que la catastrophe à Haïti n’est pas une catastrophe engendrée par l’homme, mais une catastrophe naturelle. Le vocabulaire est important : la Nature n’est pas forcément belle, n’est pas forcément “humaine”. Le naturel n’est pas forcément la panacée.
Le désastre haïtien aurait-il pour autant été impossible à éviter ? Je ne sais pas. Aucun signal avant-coureur n’avait été détecté avant la secousse de magnitude 7,3. Donc, aucune possibilité de prévenir les populations, et même si elles avaient été prévenues, qu’auraient-elles pu faire ? Quitter l’île ? Pour aller où et comment ?
L’heure est à l’urgence, pour sauver le plus de vies possible. Puis l’heure sera à la reconstruction. Et à ce moment-là, il devient impératif que les habitants de Haïti se dotent de constructions antisismiques. Comme au Japon. Il est indispensable que la communauté internationale, d’une manière ou d’une autre, puisse aider les Haïtiens dans cette perspective. Car tout porte à croire que d’autres secousses de grande ampleur seront encore à prévoir dans les années ou décennies qui viennent dans cette zone extrêmement sensible.
Biafra, Haïti… deux drames humanitaires totalement différents, mais qui ont des conséquences humaines identiques et considérables : rien ne sera inutile pour favoriser l’arrivée de nouvelles aides et de nouveaux secours.
Pour aller plus loin :
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Posted onjanvier 14, 2010
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C’est très étrange : le journal “Le Monde” a publié dans son édition datée du 14 janvier 2010 une chronologie des années 2000 (sauvegardée ainsi à 20:00). Rappelons entre parenthèses que la décennie des années 2000 se termine le 31 décembre 2010 et qu’elle n’a commencé que le 1er janvier 2001, au même moment que le XXIe siècle et le IIIe millénaire (car il n’existe pas d’année 0).
Mais ce qui est le plus frappant, c’est que le journal identifie une dizaine d’événements pour chaque année et pour l’année 2001, le 9 septembre 2001 est indiqué avec l’assassinat du Commandant Massoud puis… rien au 11 septembre 2001, les attentats n’ont pas été évoqués alors qu’ils constituent sans doute le seul événement essentiel de toute cette décennie.
SR (13 janvier 2010)
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