Rafrêchissement au Parti socialiste ?

Posted onfévrier 2, 2010 
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Retour sur la “petite phrase” de Georges Frêche et quelques précisions utiles.

yartiFreche01Dans son site “Arrêt sur image”, Daniel Schneidermann est visiblement un homme à chercher la petite bête. Et finalement, ce n’est pas plus mal pour être bien informé.

 
Toujours soupçonneux face à des “buzz”, le journaliste a en effet voulu mieux comprendre, ces deux derniers jours, l’origine de la dernière “affaire Frêche” qui n’aurait jamais dû en être une.
 
Je ne reviens pas sur le fond : il paraît assez insensé de prendre la petite phrase du président sortant du Conseil régional du Languedoc-Roussillon comme une attaque antisémite contre Laurent Fabius qui l’avait, deux jours auparavant, provoqué.
 
Parler de « tronche pas catholique », certes, ce n’est pas une déclaration d’amour, mais cela ne peut pas vraiment être taxé d’antisémitisme d’autant plus que ces mots ont été adressés à un catholique vaguement agnostique dont les parents se sont convertis. C’est une expression que j’ai déjà entendue à de nombreuses occasions sans lien avec son sens propre et religieux et il est bien possible que je l’eusse également prononcée dans ma jeunesse au même titre que j’ai dû aussi utiliser l’expression “pas très orthodoxe”.
 
Cette phrase aurait dû être contestée non pour son inexistant antisémitisme mais surtout pour son impolitesse et sa malveillance. En gros, il ne s’agit pas de religion mais plutôt de “délit de sale gueule”. Bref, la tête de Laurent Fabius ne lui revient pas parce que ce doit être réciproque. Bonjour le niveau de l’argumentation politique. Vive le débat électoral !
 
Je ne reviens pas non plus sur l’extraordinaire division du Parti socialiste, sur la bienveillance tacite de Ségolène Royal envers l’un de ses plus fermes soutiens (la fédération du PS de l’Hérault est très importante) ni sur la tentative de récupération de cette fédération par le siège national (en excluant éventuellement les indélicats).
 
Je veux juste rappeler la citation exacte qu’on pourra retrouver dans l’enregistrement sonore mis en ligne par le site “Montpellier Journal” (à la retranscription très incertaine des formes conditionnelles, reprise sans aucune correction par des journalistes !), enregistrement cité par Rue89 dès le 28 janvier 2010.
 
Voici la citation exacte de Georges Frêche : « Huchon, ça c’est du solide. Moi, je serais à Paris, je voterais Huchon. Si j’étais en Haute-Normandie, je ne sais pas si je voterais Fabius. Je m’interrogerais. Ce mec me pose problème. Il a une tronche pas catholique. ça ne fait rien mais peut-être que je voterais pour lui, mais j’y réfléchirais à deux fois. Notez là-haut, je vous fais une puce ! ». Il répondait donc à Laurent Fabius qui affirmait deux jours avant sur France 5 qu’il ne serait pas sûr de voter pour Georges Frêche s’il était électeur du Languedoc-Roussillon.
 
Le contexte, c’était la réunion du conseil d’agglomération de Montpellier du 22 décembre 2009 qu’il a présidée. La maire de Montpellier, Hélène Mandroux, désormais tête de file des socialistes pour les élections régionales dans sa région après le retrait du soutien du PS à la candidature de Georges Frêche, y était bien entendu présente. Et, à l’époque, elle n’avait pas protesté contre de tels propos. Il y a parfois des réactions à retardement.
 
La dernière phrase citée était adressée aux journalistes locaux. “Puce” fait référence à la rubrique “La puce à l’oreille” du “Midi Libre” et signifie une brève, un “confidentiel” comme en raffolent les médias. Ces petites indiscrétions qui pimentent la langue de bois prévisible du discours politique.
 
Georges Frêche est un provocateur et donc, il aide de façon assez grossière les journalistes à faire parler de lui. Mais sans doute n’imaginait-il pas son procès en antisémitisme puisqu’il a dû écrire ensuite à Laurent Fabius un courrier en précisant que « l’expression que j’ai utilisée n’a pas de connotation religieuse ».
 
Dans un communiqué le 28 janvier 2010, il exprimait son étonnement : « Interrogé sur le non-soutien de Laurent Fabius à mon endroit, j’ai répondu par une expression populaire utilisée par tous les Français depuis des siècles. (…) [Ma phrase] exprime le manque de confiance que j’ai à son égard depuis le congrès de Rennes de 1990 et pas autre chose. (…) À Paris, se servir de mes propos, les déformer à dessein, devient la principale occupation de certains dirigeants en panne d’idées. C’est devenu un sport national que de taper sur Georges Frêche. Les habitants du Languedoc-Roussillon qui me connaissent savent combien cette caricature, qui vire à la chasse à l’homme, est dérisoire. Comme le dit le dicton populaire hérité de Voltaire : “Gardez-moi de mes amis, quant à mes ennemis, je m’en charge”. ».
 
L’origine de ce procès, c’est un article de “L’Express” du 27 janvier 2010 qui a su utiliser la “puce” et qui rappelait, après la citation incriminée, que « issu d’une famille juive, Laurent Fabius a été élevé dans la religion catholique. Il se définit aujourd’hui comme “agnostique” et “laïque dans l’âme”, tout en reconnaissant : “L’opinion me considère comme juif. (…) Dès lors, je laisse dire, j’assume, et même je revendique”. Sollicité par “L’Express”, il n’a pas souhaité réagir aux propos de Georges Frêche. ».
 
Finalement, Laurent Fabius a réagi, bien après le début de la polémique, en confirmant faussement et tardivement que la petite phrase de Georges Frêche avait « bien évidemment un caractère antisémite »
 
Dans son éditorial du 1erfévrier 2010, Daniel Schneidermann se demandait pourquoi le PS a réagi de façon si disproportionnée pour cette petite phrase alors que Georges Frêche avait sorti des propos plus contestables dans le passé. Il se risquait à une interprétation peut-être fort pertinente : « Trop c’est trop. Pourquoi maintenant ? Sans trop de risque, je pressens que beaucoup d’entre vous tireront la conclusion suivante : “les harkis et les Noirs, passe encore, on a le droit de rire ; mais pas les Juifs, et surtout pas Fabius”. Rien n’indique qu’ils aient tort. ».
 
Dans un tel contexte si dégradé de la vie politique, je ne vois qu’un seul parti capable de vraiment tirer son épingle du jeu en Languedoc-Roussillon… et c’est fort regrettable.
 
 
Aussi sur le blog.
 
Sylvain Rakotoarison (2 février 2010)
 
 
Pour aller plus loin :
 
La citation exacte de Georges Frêche (la bande son originale).
 
Georges Frêche se défend.
 
Un peu plus sur le Parti socialiste.

Ciel gris sur les mariages

Posted onjanvier 29, 2010 
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Faut-il lutter par la loi contre les « escroqueries sentimentales » (selon Éric Besson) que sont les “mariages gris” ? Le gouvernement doit-il s’immiscer dans les affaires les plus intimes des citoyens ? C’est un peu ce qu’il ressort de cette nouvelle mission sur la lutte contre les “mariages gris”.

yartiGris02Le 18 novembre 2009, le ministre Éric Besson exprimait son intention de lutter plus efficacement contre les “mariages gris” qu’il qualifia de véritables « escroqueries sentimentales » (l’expression est en fait de Marie-Annick Delaunay) et confia ce dossier à une députée de Tours, Claude Greff, après avoir reçu en grande pompe Blandine Jullian, présidente de l’ANVI (Association nationale des victimes de l’insécurité).

Le “mariage gris”

Contrairement au mariage blanc, où les deux époux se marient volontairement sans amour afin de bénéficier d’une manière ou d’une autre de leur statut d’époux, le “mariage gris” (à l’appellation déjà ancienne et très douteuse puisqu’elle reprend une injure parfois utilisée pour nommer des personnes d’origine nord-africaine) concerne le mariage où l’un des deux époux est sincère et l’autre manipulateur.

Deux raisons de fond et une raison politique ont incité Éric Besson à faire une telle annonce.

La première raison, c’est que les “mariages gris” qui sont donc avant tout des mariages mixtes, c’est-à-dire, civilement, des mariages entre un Français (ou une Française) et un étranger, permettent à terme l’acquisition de la nationalité française au conjoint étranger (ou au moins une autorisation de séjour).

La seconde raison, qui est plus sociale que civile, c’est la détresse des conjoints sincères qui ont eu à subir une séparation difficile (une fois les papiers acquis), avec éventuellement des violences morales ou physiques, des menaces, des pertes financières importantes et des difficultés encore plus grandes en cas de naissance d’enfants.

Enfin, une raison politique, pour ne pas dire politicienne, s’agglutine à ces faits, celle de vouloir faire des effets d’annonce à but publicitaire sur le sujet chaud de l’immigration, deux semaines après avoir lancé le débat sur l’identité nationale.

Un essai d’état des lieux ?

Si on ne tient pas compte des critiques acerbes qui ciblent la personne d’Éric Besson et qui donnent lieu à des plaisanteries plus ou moins douteuses (comme la chronique de Stéphane Guillon le 25 novembre 2009 sur France Inter où il fait le remake de l’arroseur arrosé, ou encore cette caricature sur son remariage), on pourrait regarder cette annonce avec une complaisance lucide.

D’autant plus lucide que depuis plusieurs années, des témoignages très poignants, souvent de femmes (de nationalité française d’origine maghrébine) fleurissent sur Internet et dans les autres médias. Chagrin d’amour, tristesse, sensation difficile à assumer de s’être fait tromper par trop de naïveté, beaucoup d’éléments passionnels qui engendrent la compassion et l’empathie.

Mais au fait, combien y a-t-il de “mariages gris” chaque année en France ? Évidemment, c’est comme les statistiques de l’immigration clandestine, s’ils sont clandestins, les immigrés ne peuvent être décomptés exactement.

Les seules données dont on peut disposer concernent les annulations de mariage pour fraude.

Notons qu’une annulation de mariage n’a rien à voir avec un divorce : il est réputé n’ayant jamais eu lieu, si bien qu’une autorisation de séjour acquise par un mariage annulé pourrait être remise en cause, ce qui ne pourrait jamais être le cas dans un divorce. Cette remise en cause ne pourrait avoir lieu dans le cas d’enfants reconnus par l’ex-conjoint étranger, puisque dans ce cas-là, il peut jouir d’autres dispositions.

En 2008, par exemple, sur les 273 500 mariages célébrés en France, 84 000 étaient des mariages mixtes, c’est-à-dire (je précise de nouveau), de conjoints dont l’un est français et l’autre est étranger, soit un peu plus de 30%.

Remarquons par ailleurs qu’il est très difficile aux couples mixtes, du fait des lois actuelles sur l’immigration, de vivre sans se marier, le conjoint étranger perdant beaucoup de temps à renouveler sa carte de séjour : sa naturalisation, malgré lui, devient une nécessité familiale.

Ces mariages mixtes sont la première cause migratoire régulière vers la France (on comprend mieux la préoccupation d’Éric Besson) puisqu’ils engendrent la moitié des autorisations de séjour long délivrées.

Selon Marie-Annick Delaunay (auteur de “L’immigration par escroquerie sentimentale“, éd. Tatamis), ces mariages mixtes ont été multipliés par huit entre 1997 et 2005 grâce à la loi n°98-349 du 11 mai 1998 relative à l’entrée, au séjour des étrangers en France et au droit d’asile (votée par la majorité socialiste).

Concernant les mariages mixtes annulés (80% des mariages annulés sont mixtes), il faut reprendre les statistiques de l’année 2004 (plus ancienne), citées par Nicolas Ferran, coordinateur du “collectif des Amoureux au ban public” dans une interview donnée au “Journal du Dimanche” le 19 novembre 2009 : Sur 88 123 mariages mixtes, 737 ont été annulés, dont seulement 395 pour leur caractère frauduleux. Cette fraude peut être un “mariage gris” mais aussi un mariage blanc (les deux époux manipulant les lois de la République à des fins intéressées). Soit moins de 0,45% des mariages mixtes, c’est-à-dire une ultra-minorité.

Actuellement dans le droit français

Quelques centaines de cas chaque année peuvent évidemment remplir les colonnes de journaux de témoignages aussi émouvants que scandaleux.

La loi n°2003-1119 du 26 novembre 2003 relative à la maîtrise de l’immigration, au séjour des étrangers en France et à la nationalité a introduit un délit de mariage de complaisance, puni de cinq ans de prison de quinze mille euros d’amende.

Une disposition que des juristes avaient à l’époque déjà contestée [voir l’article "La loi sur la maîtrise de l’immigration : analyse critique" par Danièle Lochak, "Regards sur l’actualité" (La Documentation française), n°299, mars 2004, pp 22-23] car un mariage de complaisance (donc frauduleux) pouvait déjà encourir l’annulation et donc remettre en cause l’autorisation de séjour du conjoint étranger. Un délit qui ne remet pas non plus en cause le principe de mariage blanc pour d’autres raisons que migratoires (par exemple, pour obtenir une mutation dans la fonction publique).

Quatre-vingt-quatre députés de la majorité (dont Claude Greff chargée par Éric Besson d’une mission à ce sujet) ont déposé le 27 novembre 2009 au bureau de l’Assemblée Nationale une proposition de loi visant à renforcer la lutte contre les mariages de complaisance (proposition n°2122 de Marc Le Fur) qui ressemble plus à un texte protégeant les maires qu’à une disposition vraiment nouvelle concernant les “mariages gris”.

Faut-il alors légiférer ?

En fait, le grand problème de ces “mariages gris”, c’est que l’un des époux est sincère et l’autre, a priori, ne le serait pas. Mais il est bien difficile de déterminer la frontière de la sincérité d’un amour. La plupart des couples “sincèrement amoureux” auraient bien du mal à définir leur amour, leur raison de s’aimer, la nature de leur sincérité.

En voulant lutter contre les “mariages gris”, on risquerait avant tout de stigmatiser tous les mariages mixtes qui, pour la grande majorité des cas (plus de 99,5%), sont des mariages dont la sincérité ne peut pas être mise en doute. Avec un objectif implicite, celui de diminuer cette principale filière du flux migratoire.

Les dommages collatéraux, c’est qu’il serait bien difficile, même pour les mariages entre deux Français, de définir la sincérité du sentiment amoureux. Faudrait-t-il un jour remettre en cause un mariage parce qu’il aurait été un mariage “intéressé” (comme c’était le cas fréquemment il y a encore quelques générations) ? Faudrait-il imaginer, comme l’a fait l’humoriste Stéphane Guillon dans sa chronique déjà citée, du chantage affectif au sein du ménage pour éviter l’annulation du mariage ?

Le divorce pour le droit à l’erreur

Heureusement, la décision d’annulation de mariage pour mensonge à propos de la virginité de l’épouse a été elle-même annulée quelques mois plus tard (voir cette affaire de 2008 ici).

Les époux peuvent se tromper. Un époux peut se tromper. Un époux peut tromper l’autre. Un époux peut être la victime sentimentale de ses élans du cœur vers un être plus manipulateur qu’amant. Un époux peut être naïf. Un époux peut utiliser la naïveté de l’autre. C’est triste. C’est la règle des relations amoureuses et même, plus généralement, des relations humaines.

Pour répondre à ces errements, le divorce existe. Il permet de mettre fin à une situation au départ imaginée positivement mais devenue de plus en plus insupportable.

La loi ne peut soupçonner a priori que les mariages en général (et a fortiori les mariages mixtes) ne soient pas sincères. Le mariage est un engagement individuel qui a une grande portée dans l’intimité des êtres. Le divorce et la possibilité de remariage sont des éléments modérateurs en cas d’erreur personnelle.

Entre vie privée et vie publique

L’État ne doit pas s’ingérer dans cette affaire. Les dispositifs de la loi du 26 novembre 2003 sont déjà suffisamment lourds pour donner des outils répressifs adaptés aux mariages de complaisance, qu’ils soient “gris” ou blancs.

Ne laissons pas législateur entrer jusque dans le lit des citoyens.
Préservons la part d’intimité du mystère amoureux.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 janvier 2010)

Pour aller plus loin :

Annonce d’Éric Besson sur le “mariage gris”.

Remous après l’annonce d’Éric Besson sur le “mariage gris”.

Stéphane Guillon et le “mariage gris” (25 novembre 2009).

Recueils de témoignages sur Internet.

Proposition de loi n°2122 contre les “mariages gris” (27 novembre 2009).

Pénalisation et dépénalisation de 1970 à 2005 (par Gatien-Hugo Riposseau).

Vers la possibilité de mariages posthumes ?

Mariage annulé pour mensonge sur la virginité.

Réception d’Éric Besson des victimes de “mariages gris”.

(Illustrations : blog de Skyrock sur les “mariages gris” et Ministère de l’Immigration).

Fallait-il exécuter Ali le Chimique ?

Posted onjanvier 28, 2010 
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L’un des plus sanguinaires hiérarques de l’ancien régime de Saddam Hussein a été exécuté par pendaison le 25 janvier 2010 à Bagdad.

yartialilechimique50Capturé le 21 août 2003, quatre fois condamné à mort le 24 juin 2007, le 2 décembre 2008, le 11 mars 2009 et le 17 janvier 2010, (le dessinateur Mabi sur Agoravox l’avait déjà croqué le 26 juin 2007), parfois pour les mêmes crimes contre l’humanité que son cousin Saddam Hussein (lui aussi condamné à mort le 5 novembre 2006 et exécuté par pendaison le 30 décembre 2006).
 
Auteur de la campagne Anfal qui ensanglanta le peuple kurde entre février et août 1988 ayant causé près de deux cent mille morts, responsable du massacre des chiites qui se révoltèrent après la guerre du Golfe en 1991, coupable des meurtres et des déportations de populations chiites en 1999 à Bassorah et commanditaire du massacre par gaz les 17 et 18 mars 1988 d’au moins cinq mille habitants kurdes du village d’Halabja (photo ci-dessous), pour la plupart des femmes et des enfants.

Cruel et sans cœur, il avait même fait exécuter en février 1996 ses deux neveux (Hussein et Saddam Kamel) qui avaient déserté leur pays en allant en Jordanie et qui y étaient rentrés fort imprudemment.

 
Chef du parti Baas (celui de Saddam Hussein) dans le nord de l’Irak, Ministre des Affaires locales et gouverneur du Koweït lorsque celui-ci fut sous l’occupation irakienne, Ali Hassan al-Majid, 69 ans, fut communément appelé “le boucher du Kurdistan” ou “Ali le Chimique” pour avoir employé les armes chimiques à grande échelle contre les populations kurdes et chiites de l’Irak, parfois sous la surveillance passive des États-Unis.
 
Ali le Chimique, durant son procès, n’a exprimé aucun regret, bien au contraire : « C’est moi qui ai donné les ordres à l’armée de détruire des villages et de reloger les villageois. Je ne me défends pas. Je ne m’en excuse pas. Je n’ai pas commis d’erreur. ».
 
Le Premier Ministre irakien Nouri al-Maliki a estimé que cette exécution tournait « une autre page noire de l’oppression, des génocides et des crimes contre l’humanité commis par Saddam et ses agents pendant 35 ans du régime abominable du parti Baas ».
 
Il est clair que cette personne n’a pas eu beaucoup de considération pour la vie humaine et fait partie de la pire catégorie des êtres humains, celle qui n’hésite pas à massacrer, à torturer, à tuer pour des raisons politiques et ethniques.
 
Par conséquent, je ne me soucie pas beaucoup du sort de cet homme dont la mort ne peut pas m’émouvoir pour ces raisons.
 
Et pourtant. Si je me pose la question : “Fallait-il exécuter Ali le Chimique ?”, c’est parce que je crois que c’est l’un des exemples les plus extrêmes pour rappeler que la peine de mort est un acte barbare et monstrueux.
 
Si le condamné à mort avait été douteux, si sa culpabilité n’était pas ressortie de manière évidente dans le procès, s’il avait regretté une folie passagère, si son innocence avait été proclamée, il serait sûr que son exécution aurait été beaucoup plus facilement contestable.
 
D’ailleurs, depuis quelques années, aux États-Unis, grâce aux nouvelles technologies des analyses ADN, une grande prudence a lieu à propos des condamnations à mort : la possibilité qu’un condamné à mort puisse être innocent (et l’ADN a pu parfois le prouver) a même inquiété quelques gouverneurs (principalement républicains) qui ont préféré suspendre les exécutions.
 
Mais il ne faut pas s’y tromper : cette prudence renforce au contraire le principe de la peine de mort, car si la culpabilité est prouvée, la peine de mort demeure largement approuvée par les Américains et les autorités américaines, y compris Barack Obama qui ne s’est jamais opposé au principe des exécutions capitales.
 
yartialilechimique05Le maintien en vie d’Ali le Chimique, tout comme celui de son cousin Saddam Hussein, n’aurait constitué aucun danger politique pour l’évolution de l’Irak. Leur exécution, bien entendu, pouvait à la fois permettre de faire taire tout rappel sur la position américaine (et plus généralement “occidentale”) lors de la guerre Iran-Irak et satisfaire les populations qui ont été victimes de ce régime sanguinaire : « C’est un jour historique pour le peuple kurde et irakien : La justice irakienne a fait son travail (…) et si Dieu veut, les autres connaîtront le même sort. » a déclaré Majid Hamed Amin, Ministre kurde des Martyrs et des Déplacés.
 
Beaucoup de Kurdes ont dit leur joie à Souleimaniyeh. Kamel Abdelkader, 24 ans, dont les sept frères et sœurs et les parents ont été massacrés à Halabja, est, lui aussi, content : « Je suis très heureux de l’annonce de cette exécution et j’espère qu’ils vont continuer à exécuter tous les autres impliqués dans des crimes contre les Kurdes. » tandis que les chiites auraient préféré accélérer le processus comme l’a suggéré Latif al-Hamidi, porte-parole à Najaf du Conseil suprême islamique en Irak : « Nous sommes désolés que cette exécution ait pris tant de temps. C’est une victoire pour tous les martyrs. ».
 
L’exécution d’Ali le Chimique ne peut se comprendre que sur le plan d’une vengeance symbolique. Elle n’a pas fait revivre ses centaines de milliers de victimes. Elle n’empêchera pas, dans le futur, l’arrivée au pouvoir, en Irak ou ailleurs dans le monde, d’autres dictateurs, d’autres sanguinaires. Elle n’a ni un effet dissuasif, ni un effet politique, ni même un effet rédempteur (effet décrit par Albert Camus qui estimait que la peine de mort n’était pas concevable dans un État laïque puisque aucune considération ne devait avoir cours après la mort).
 
Je regrette donc cette exécution. La loi du talion n’a jamais été la marque d’une grande intelligence et d’une grande civilité. La reconnaissance des crimes contre l’humanité d’Ali le Chimique était bien suffisante pour l’aspect moral et historique de ses procès. Sa réclusion à perpétuité n’aurait pas bouleversé le chaos en Irak. Elle aurait permis de montrer que la conscience humaine, le « devoir envers l’être humain comme tel » (selon les mots de Simone Weil), l’aspiration à redonner sens à l’humanité malgré la barbarie pouvaient l’emporter.
 
Le principe de la peine de mort ne saurait être justifié par l’existence de bourreaux.
 
« La passion criminelle n’est pas plus arrêtée par la peur de la mort que d’autres passions. (…) Partout, dans le monde, et sans aucune exception, où triomphent la dictature et le mépris des droits de l’Homme, partout vous y trouverez inscrite, en caractères sanglants, la peine de mort. (…) La vraie signification politique de la peine de mort, c’est bien qu’elle procède de l’idée que l’État a le droit de disposer du citoyen jusqu’à lui retirer la vie. C’est par là que la peine de mort s’inscrit dans les systèmes totalitaires. » disait Robert Badinter, alors Ministre de la Justice, le 17 septembre 1981 devant les députés lors du débat sur l’abolition de la peine de mort.
 
La pendaison d’Ali le Chimique n’a résolu aucun problème.
Et avec elle, c’est un peu comme si ses crimes contre l’humanité avaient continué.
 
 
Aussi sur le blog.
 
Sylvain Rakotoarison (26 janvier 2010)
 
 
Pour aller plus loin :
 
L’exécution d’Ali le Chimique (dépêches).
 
Le premier exécuté de la Présidence Obama.
 
La peine de mort, pour ou contre ?
 
L’exécution de Saddam Hussein (30 décembre 2006).
 

Martine Aubry sera-t-elle la future Angela Merkel française ?

Posted onjanvier 22, 2010 
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Après Dominique Strauss-Kahn, après François Hollande, voici que Martine Aubry montre également son appétit présidentiel. Analyse des chances élyséennes de la numéro un du Parti socialiste.

Le 17 janvier 2010 dans l’émission “Grand Jury” de RTL-LCI, la première secrétaire du Parti socialiste Martine Aubry a fait deux déclarations assez déterminantes dans le paysage politique actuel.

Un début d’année 2010 en fanfare

La première est encore en cours d’effet à propos de la réforme des retraites. Pour la première fois depuis trente ans, la responsable du premier parti de l’opposition parlementaire est prête à participer à l’élaboration d’une réforme des retraites qui devraient être approuvée par l’ensemble des partis politiques, comme cela s’est passé en Allemagne par exemple.

Si cette annonce ne manque pas de courage ni de panache (le Premier Ministre François Fillon a rapidement pris note et approuvé ces bonnes dispositions), elle ne doit pas cacher la seconde information, qui est l’éventualité de sa possible candidature à l’élection présidentielle (elle aura 61 ans et demi en 2012) : « Je pense que j’en ai les capacités comme d’autres. J’ai été numéro deux du gouvernement de Lionel Jospin, j’ai rempli des fonctions importantes, j’ai travaillé dans une entreprise, je dirige une ville. » a juste constaté Martine Aubry qui semble avoir adopté la même posture que Ségolène Royal qui avait rappelé ses états de service lors de la campagne présidentielle le 19 février 2007 sur TF1.

Climat favorable

Et elle n’a pas fait ce genre de déclarations par hasard. D’une part, elle a intégré la logique des institutions de la Ve République qui ne donnent de l’importance médiatique qu’aux leaders politiques alimentant des ambitions présidentielles ; d’autre part, elle le fait quelques jours après la déclaration de candidature de François Hollande, son prédécesseur.

De plus, elle jouit d’un climat politique (sans doute précaire) qui lui est plutôt favorable. En effet, depuis quelques semaines, les sondages la placent à la tête du leadership de l’opposition, ce qui n’est en fait pas très étonnant pour une chef de parti de l’opposition. Le sondage d’OpinionWay du 14 janvier 2010 (téléchargeable ici) est à cet égard intéressant : elle supplante François Bayrou, Dominique Strauss-Kahn, Ségolène Royal et Olivier Besancenot dans la capacité à s’opposer au Président Nicolas Sarkozy (je rappelle que les sondages ne sont intéressants que dans les tendances qu’ils apportent, leur évolution par rapport au temps, pas dans l’absolu).

Parmi les autres raisons de son embellie dans les sondages, sa combativité prête à rassembler ses ouailles. Sa sortie, lors de ses vœux, sur le droit de vote aux étrangers dans les élections locales se voulait un pavé dans la mare de l’UMP. Une mesure qui rassemble à gauche et qui laisse dans l’expectative la majorité présidentielle.

La ficelle est certes un peu grosse, déjà utilisée mille et une fois (dont une fois par François Mitterrand en début avril 1988 pour grossir le vote en faveur de Jean-Marie Le Pen), mais ça montre une Martine Aubry dynamique, politique, et surtout (notion que le PS avait oubliée depuis 1997), opposante pressée d’en découdre avec ses adversaires et capable de mobiliser son camp.

Martine Aubry présidentiable ?

Ce serait étonnant et pourtant, Martine Aubry devient même le principal atout des socialistes dans ce jeu des ego si importants.

Car Martine Aubry revient de loin.

Après avoir été la “Dame des 35 heures“, haïe par le chroniqueur politique Philippe Alexandre, Martine Aubry a fait une petite traversée du désert (échec en juin 2002 aux législatives) et s’est consacrée à Lille où elle est devenue (en mars 2001) l’héritière de l’ancien Premier Ministre Pierre Mauroy (assez mal élue). En juin 2007, elle a été finalement brillamment élue députée et en mars 2008 brillamment élue maire de Lille en incluant dans sa majorité des membres du MoDem (Jacques Richir entre autres).

Quelques mois après, il y avait le fameux congrès de Reims. Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius (soutenus par Lionel Jospin, Pierre Mauroy et d’autres diplodocus du Parti socialiste) ont trouvé intelligent de pousser la candidature de Martine Aubry pour écarter à la fois Ségolène Royal (très motivée pour reprendre le PS) et Bertrand Delanoë (à l’époque en haut des sondages). Le deal étant que Martine Aubry à la tête du PS leur permettrait d’attendre pour la candidature à l’élection présidentielle.

Bien qu’arrivée en troisième position dans le vote des militants en novembre 2008 et malgré un score très serré (sérieusement contesté), Martine Aubry l’emporta sur Ségolène Royal au second tour.

Maintenant à la tête du PS, première femme à diriger le Parti socialiste (pas première femme chef d’un grand parti de gouvernement, puisque Michèle Alliot-Marie avait déjà été élue à la présidence du RPR en 1999 à la succession de Philippe Séguin), Martine Aubry a passé une bonne année pour imposer son autorité au sein du Parti socialiste, notamment par une consultation interne.

Primaire pour l’élection présidentielle de 2012

Parmi les dossiers internes importants, il y avait le principe d’une primaire pour choisir le candidat socialiste à l’élection présidentielle de 2012. Martine Aubry n’y était pas vraiment favorable tandis que c’était le sésame de Ségolène Royal. Finalement, Martine Aubry s’est ralliée à l’idée et a confirmé que la primaire aurait lieu au second semestre de l’année 2011.

Comme je l’avais précédemment dit, la date de cette primaire est d’une importance politique capitale : François Hollande est partisan (comme Ségolène Royal) de la faire le plus tôt possible afin de permettre au candidat choisi de faire campagne suffisamment tôt devant les Français (et se faire connaître auprès d’eux) alors que Dominique Strauss-Kahn bloqué par son mandat de directeur général du FMI (jusqu’en novembre 2012, de toute façon bien après l’élection présidentielle) a intérêt à retarder le plus tard possible afin de rester dans ses fonctions le plus longtemps possible.

En choisissant le plus tard possible (contre l’avis d’Arnaud Montebourg, l’un de ses grands soutiens actuellement), Martine Aubry souhaite favoriser avant tout Dominique Strauss-Kahn qui est, selon elle, « lui aussi quelqu’un qui peut tout à fait diriger notre pays ».

Jeu collectif et ambitions plurielles

Rappelons que Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn sont les deux héritiers politiques de Lionel Jospin, tandis que François Hollande s’est toujours revendiqué hors des courants du PS (proche de Jacques Delors, le père de Martine Aubry). Quant à Ségolène Royal, elle se sent l’héritière (sans doute lointaine) de François Mitterrand.

Consciente qu’il n’est pas forcément intelligent de mettre ses ambitions personnelles trop en avant, Martine Aubry a souligné que son CV, « tout ça à soi seul ne suffit pas, il faut qu’à un moment donné, on soit l’homme ou la femme de la situation qui permettra de mobiliser un maximum de Français : d’abord, on joue collectif, après, on choisit le capitaine, mais on n’en est pas là. ».

Après tout, quoi de plus normal que d’imaginer le chef d’un parti candidat à l’élection présidentielle ? Les trois derniers Présidents de la République, François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, ont été les chefs de leur parti juste avant leur (première) élection, et parmi les candidats à la stature incontestable, François Bayrou (entre autres) est lui aussi chef de son parti. A contrario, la candidature de Ségolène Royal en 2007 a été considérablement gênée par l’absence de cohésion du PS à son égard.

Forces et faiblesses

Énumérons les forces et faiblesses d’une éventuelle candidature de Martine Aubry pour évaluer ses chances à l’élection présidentielle.

Les faiblesses :

1. Martine Aubry n’a pas beaucoup de charisme. Son look (qui, je le rappelle, est un élément déterminant dans l’attractivité des électeurs) mériterait d’être amélioré. Elle présente un aspect austère qui rassure par son sérieux mais empêche aussi le rêve.

2. Sa capacité à rassembler au-delà du Parti socialiste pour gagner un second tour est très contestable. Refusant des alliances nationales avec le MoDem ou Europe Écologie (l’un des thèmes de campagne interne de Martine Aubry en 2008 portait sur l’alliance avec le MoDem), elle reste assez incohérente entre ses imprécations et les faits (alliance locale à Lille par exemple).

3. Les 35 heures (qui sont aussi pour elle un atout) peuvent être un handicap pour se faire prévaloir des milieux économiques : sa réforme a plombé l’embellie économique des premières années du gouvernement Jospin et a rendu moins souple la notion de temps de travail (pauses décomptées etc.) tout en renforçant sa flexibilité (temps décompté annuellement).

4. Elle a provoqué de nombreuses réactions hostiles en autorisant en 2000 (comme première adjointe puis comme maire) des horaires d’ouverture exclusivement réservés aux femmes dans la piscine municipale à Lille-Sud (politique qu’elle a renoncé à poursuivre en juin 2008).

5. Ses deux grands soutiens, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn, risquent de lui faire défaut si d’aventure eux-mêmes décidaient de se présenter à la primaire. Son camp serait donc susceptible de se disloquer.

Les forces :

1. Martine Aubry a une bonne notoriété et une solide réputation de travailleuse. Elle n’a pas un ego trop développé, ce qui lui permet d’être crédible lorsqu’elle dit : « d’abord, on joue collectif ».

2. Au-delà du côté collectif, elle est une femme d’appareil et une militante de longue date du PS. Elle est sans doute plus apte à rassembler les socialistes qu’aucun autre candidat. Ce qui en ferait une bonne candidate de premier tour, mais pas forcément de second tour.

3. Parmi le respect que les militants de gauche peuvent accorder à Martine Aubry, il y a “son” œuvre politique, les 35 heures qui est pour elle son précieux certificat de gauche. Reste à savoir si c’est suffisant pour attirer des voix issues du Parti communiste ou de l’extrême gauche de type NPA.

4. Bien que ne disposition pas d’un réseau personnel au sein du PS comme Ségolène Royal ou Bertrand Delanoë, Martine Aubry a maintenant mis en en place une équipe de travail qui lui est inféodée avec des personnalités comme Arnaud Montebourg, Harlem Désir et même Benoît Hamon (jeune homme irrésistible selon elle) à la direction du PS.

5. Si elle réussit à négocier avec le gouvernement un accord sur la réforme des retraites, elle aura un acquis politique très fort à faire prévaloir.

« J’y pense tous les matins en mettant mes boucles d’oreille »

L’ambition à court terme de Martine Aubry, c’est de gagner les élections régionales de mars 2010. Gagner même les deux régions qui ne sont pas, parmi les Conseils régionaux sortants, à majorité socialiste. C’est sans doute un seuil très élevé et un pari un peu casse-cou.

Toute la dextérité politique de Martine Aubry consistera ensuite à réussir son pari de la primaire socialiste : ne faire apparaître qu’une seule candidature de la gauche gouvernementale, en impliquant non seulement les adhérents du Parti socialiste mais également ceux du Parti radical de gauche et pourquoi pas ? de Europe Écologie et du Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon (ce qui est loin d’être acquis). Cela signifiera aussi que tous les candidats battus à cette primaire acceptent, comme en novembre 2006, de soutenir pleinement la candidature de la personnalité qui aura été choisie.

Une condition nécessaire (mais pas suffisante) pour ne pas laisser François Bayrou seul face à Nicolas Sarkozy. Un Nicolas Sarkozy qui serait très heureux d’affronter une nouvelle fois une femme au second tour.

Après être devenue la “dame de fer française” (notion très thatchérienne), Martine Aubry va-t-elle devenir la future “Angela Merkel française” ?

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 janvier 2010)

Pour aller plus loin :

Martine Aubry prête à transiger sur les retraites.

DSK pense à 2012.

François Hollande pense à 2012.

Martine Aubry y pense aussi, à 2012.

Lionel Jospin n’y pense plus.

La primaire selon Arnaud Montebourg.

Sondages au beau fixe.

Comment elle a conquis le PS.

Zoom sur le PS.

Lionel Jospin était le meilleur !

Posted onjanvier 22, 2010 
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Un ancien Premier Ministre qui s’épanche sur sa carrière, ça peut être la manifestation d’un orgueil sans limite. Exemple pris au hasard.

yartiPSjospin03Dans la seconde partie du documentaire interview “Lionel raconte Jospin” diffusée par France 2 le 21 janvier 2010, qui portait sur la période 1988-2002, on a pu comprendre une fois encore que Lionel Jospin a un ego vraiment surdimensionné, peut-être plus que celui de Valéry Giscard d’Estaing ou d’Édouard Balladur même si n’apparaît pas cette condescendance propre aux personnes qui se croient super-intelligentes.

J’ai noté (entre autres) quelques passages savoureux de narcissisme et de super-opinion de lui-même :

1. Lorsqu’il est Ministre de l’Éducation nationale (1988-1992), Lionel Jospin évoque le formidable boom démographique auquel il a dû faire face et les moyens qu’il a réussi à mettre en place pour cela. Il continue en disant qu’heureusement qu’il était là !

2. En 1992, Lionel Jospin explique qu’il est convoqué par Mitterrand à l’Élysée. Au lieu de discuter des forces et faiblesses des candidats à la succession d’Édith Cresson à Matignon, Mitterrand lui annonce qu’il ne sera certainement pas présent dans le prochain gouvernement (celui de Bérégovoy). Jospin explique cette mise à l’écart par la présence de Bernard Tapie et que Mitterrand ne voulait pas le mettre mal à l’aise avec Tapie (Mitterrand ne lui avait évidemment pas annoncé son intention de nommer Tapie ministre). Amusante explication personnelle qui minimise les autres raisons qui auraient pu le faire évincer du gouvernement.

3. En 1993, après son échec aux législatives, il se retrouve sans activité (mais avec son salaire de haut fonctionnaire du quai d’Orsay). Il demande alors à Alain Juppé (son ministre de tutelle) une mission (qui aurait pu le faire quitter définitivement de la politique). Jospin insiste cependant pour dire qu’il lui fallait quand même une mission à la hauteur de ses compétences (bref, pas n’importe quoi non plus, à l’époque, la rumeur parlait de l’ambassade en Allemagne, poste prestigieux). Finalement, Juppé refuse de lui confier une mission car ses amis l’auraient refusé… (il a dû se mordre les doigts).

4. Quand il explique son action comme Premier Ministre (de 1997 à 2002), il parle de “quinquennat” au lieu de “législature”, comme s’il avait eu un quinquennat (alors qu’à l’époque, c’était encore le septennat de 1995 à 2002 et que ce mot désigne exclusivement un mandat présidentiel, pas celui de Premier Ministre). Bref, Jospin reste très marqué par sa non-élection de 2002. 

Sylvain Rakotoarison  (22 janvier 2010)

Il y a 40 ans, le premier drame humanitaire médiatisé se terminait : le Biafra

Posted onjanvier 15, 2010 
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La famine comme arme de guerre. Des images chocs pour mobiliser la générosité internationale. Une nécessité malgré le malaise et l’éthique ?

yartibiafra01Le 15 janvier 1970 finissait l’une des guerres civiles les plus terribles de l’Afrique postcoloniale. Il est vrai que toutes les guerres sont terribles et d’autres, comme le conflit au Rwanda, seront également épouvantables. Plus d’un million de victimes dans un pays pourtant voué à s’enrichir grâce à ses ressources énergétiques.
 
Confrontations ethniques faussement requalifiées en guerres de religion, souvent encouragées de l’extérieur, mainmise des gisements en pétrole et en charbon, position géostratégique… Tout ce qui sera devenu banal par la suite était déjà présent dans la guerre du Biafra.
 
 
Guerre civile postcoloniale
 
De quoi s’agissait-il ? Du Nigeria, presque le double de la superficie de la France, qui fut sous domination coloniale britannique qui, jusqu’à l’indépendance le 1er octobre 1960, avait favorisé les Ibos (ethnie principalement chrétienne vivant au Sud) au détriment des Haoussas (principalement musulmans vivant au Nord) et des Yorubas (musulmans et chrétiens de l’Ouest).
 
Après une série de coups d’État et de fortes tensions ethniques (30 000 personnes auraient été massacrées en 1966), le gouverneur militaire de la région de l’Est, la région la plus riche car recouvrant la partie est du delta du fleuve Niger (pétrole, charbon), le colonel Odumegwu Emeka Ojukwu s’opposa à une partition fédérale qui désavantagerait les Ibos. Il proclama l’indépendance de sa région le 30 mai 1967, sous l’appellation de République du Biafra, le Biafra étant le nom du golfe au sud, sur la côte atlantique, et délimitée à l’ouest par le fleuve Niger et à l’est par la frontière camerounaise.
 
Commença alors le 6 juillet 1967 une longue guerre civile qui ensanglanta et affama le Nigeria.
 
Concrètement, la sécession du Nigeria, anglophone, fut vue par le général De Gaulle comme un moyen de réduire l’influence britannique en Afrique. Soutenant implicitement le Biafra, la cellule africaine de l’Élysée y envoya des mercenaires (notamment Bob Denard). Les mercenaires Roger Faulques, Rolf Steiner et Hank Warton ainsi que le poète Chris Okigbo ont eu ainsi un rôle essentiel au début de la guerre.
 
Les Biafrais envahirent la région à l’ouest du Delta pour conquérir l’ensemble des réserves en pétrole. Représentant 20% de la population totale du Nigeria (et 70% de la population biafraise), les Ibos furent également soutenus par les compagnies pétrolières alors que le gouvernement fédéral du Nigeria était soutenu par la Grande-Bretagne, les États-Unis et l’Union soviétique.
 
Parmi les soutiens politiques à la République du Biafra, par l’influence française, on retrouva Omar Bongo qui devint Président du Gabon le 2 décembre 1967 (il vient de mourir le 8 juin 2009), Félix Houphouët-Boigny (Président de la Côte d’Ivoire) et également d’autres pays africains comme la Tanzanie, la Zambie, l’Afrique du Sud et la Rhodésie. Le Portugal, l’Espagne et Israël également. Même le Vatican se rangea en fin 1968 du côté biafrais (sans doute pour soutenir le “camp chrétien”).
 
C’est parce que les compagnies pétrolières (notamment Shell et BP) décidèrent qu’elles payeraient directement au gouvernement biafrais que le gouvernement nigérian a lancé une offensive pour récupérer les territoires de la République du Biafra. Les opérations militaires durèrent deux ans et demi. Finalement, les groupes pétroliers versèrent tous les royalties au Nigeria.
 
En 1968, une véritable guerre de positions eut lieu, rendant les populations civiles dans le plus grand dénuement, dans un étau entre l’armée biafraise (qui comptait 100 000 soldats) et l’armée nigériane (environ 120 000 soldats).
 
Les Nigérians reconquirent le sud de la région empêchant les Biafrais d’avoir accès à la mer. La grave famine qui sévit dans les camps de réfugiés (assiégés par l’armée nigériane) alarma la communauté internationale par une surmédiatisation du drame humanitaire (des sociétés de relations publiques furent même sollicitées par le gouvernement biafrais), ce qui engendra indignation et mobilisation.
 
Selon l’armée nigériane, l’envoi d’aide humanitaire aurait été l’occasion d’aider militairement les Biafrais.
 
Les troupes nigérianes récupérèrent l’ensemble du territoire biafrais et le gouvernement biafrais capitula le 12 janvier 1970. Les combats cessèrent le 15 janvier 1970. Le pays bénéficia de la croissance de la demande pétrolière pour prospérer après cette atroce guerre.
 
Le Président biafrais Ojukwu, qui avait fui quelques jours avant en Côte d’Ivoire, pourra ensuite revenir dans son pays en 1976 (après un pardon accordé par le gouvernement) et sera candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2003 (à l’âge de 70 ans).
 
Une guerre qui a été donc vraiment inutile et dont l’enjeu pétrolier était clairement identifié, même si Ojukwu, encore aujourd’hui, rejette cette motivation.
 
Parenthèse : quarante années après le retour à la paix, le Nigeria subit la maladie de son Président. Hospitalisé en Arabie saoudite (à Jeddah) pour une maladie cardiaque grave depuis le 23 novembre 2009, le Président Umaru Yar’Adua n’est en effet plus en état d’assumer ses fonctions. Le 14 janvier 2010, la Haute cour fédérale du Nigeria devait commencer à étudier à Abuja (la capitale) les possibilités d’un transfert de ses pouvoirs à son Vice-Président Goodluck Jonathan. Les décisions sont attendues à partir du 22 janvier 2010. Le vide du pouvoir avait engendré des manifestations de plusieurs milliers de personnes le 12 janvier 2010 au moment où l’Assemblée Nationale débattait de la santé d’Umaru Yar’Adua qui s’était toutefois exprimé le même jour dans une interview sur la BBC.
 
L’humanitaire en campagne médiatique
 
C’est donc à partir de 1968 que les premières campagnes d’appel à l’aide humanitaire furent lancées pour secourir les populations affamées. Les moyens étaient draconiens puisque les affiches montraient des enfants du Biafra mal nourris, squelettiques avec un ventre gonflé qui évoquaient amèrement les photos prises lors de la libération des camps d’extermination en 1945.
 
L’émotion, la tristesse, les sentiments passionnels étaient recherchés pour encourager la charité et la générosité.
 
C’est encore aujourd’hui une question qui, pour moi, est sans réponse. Faut-il utiliser l’émotion jusqu’à en faire de la propagande pour une juste cause ?
 
Le tsunami du 24 décembre 2004, maintenant le terrible tremblement de terre à Haïti du 12 janvier 2010, les multiples campagnes souvent annuelles pour différentes causes, comme la lutte contre la lèpre (il suffit de si peu d’argent pour soigner une personne), le cancer, le sida, le Téléthon, les campagnes médiatiques pour un sac de riz en Somalie, les multiples occasions de favoriser la générosité des gens plus chanceux (pas forcément plus riches), nécessitent et nécessiteront toujours l’emploi d’images fortes, l’emploi de visuels qui choquent, de symboles qui marquent, de photos qui dérangent dans le but de se secouer l’esprit.
 
Le risque, c’est la surenchère : quand le Sidaction veut concurrencer par exemple le Téléthon. Car il peut y avoir une réelle compétition entre plusieurs causes humanitaires.
 
Pour le cas du Biafra, il y avait urgence. Comme pour la population haïtienne aujourd’hui. Et dans l’urgence, on commet forcément des erreurs, on peut pécher par excès ou par omission.
 
On peut penser que la diffusion d’images difficiles, de scènes terribles ne fait que satisfaire un besoin universel de voyeurisme. Que ces images difficiles, que certains ont eu l’occasion de voir dans leur petite enfance, peuvent traumatiser. Mais elles permettent aussi de graver, de ne pas oublier. Elles permettent de réagir. Elles obligent à réagir. Elles peuvent parfois être sujettes à caution, être exercice de propagande (comme les charniers de Timisoara) mais elles réveillent et font réfléchir dans tous les cas.
 
 
Aujourd’hui, Haïti
 
Haïti, un autre Biafra ? Eh non justement ! Car la grande différence, c’est que la guerre du Biafra était largement évitable. Que toutes les parties (intérieures et extérieures) avaient tout intérêt à favoriser ce conflit pour des raisons ethniques, politiques, idéologiques (Ojukwu nourrissait un anticommunisme viscéral), religieuses et bien sûr économiques.
 
Alors que la catastrophe à Haïti n’est pas une catastrophe engendrée par l’homme, mais une catastrophe naturelle. Le vocabulaire est important : la Nature n’est pas forcément belle, n’est pas forcément “humaine”. Le naturel n’est pas forcément la panacée.
 
Le désastre haïtien aurait-il pour autant été impossible à éviter ? Je ne sais pas. Aucun signal avant-coureur n’avait été détecté avant la secousse de magnitude 7,3. Donc, aucune possibilité de prévenir les populations, et même si elles avaient été prévenues, qu’auraient-elles pu faire ? Quitter l’île ? Pour aller où et comment ?
 
L’heure est à l’urgence, pour sauver le plus de vies possible. Puis l’heure sera à la reconstruction. Et à ce moment-là, il devient impératif que les habitants de Haïti se dotent de constructions antisismiques. Comme au Japon. Il est indispensable que la communauté internationale, d’une manière ou d’une autre, puisse aider les Haïtiens dans cette perspective. Car tout porte à croire que d’autres secousses de grande ampleur seront encore à prévoir dans les années ou décennies qui viennent dans cette zone extrêmement sensible.
 
Biafra, Haïti… deux drames humanitaires totalement différents, mais qui ont des conséquences humaines identiques et considérables : rien ne sera inutile pour favoriser l’arrivée de nouvelles aides et de nouveaux secours.
 
 
Aussi sur le blog.
 
Sylvain Rakotoarison (15 janvier 2010)
 
 
Pour aller plus loin :
 
Reportages de l’époque sur la guerre du Biafra (INA).
 
Des images faites pour choquer (en 1968).
 
Le colonel Ojukwu.
 
Le désastre à Haïti.
 
Chronologie de l’État biafrais.
 
Dossier sur le Biafra.
 
Le Nigeria n’a plus de Président en 2010.
 

L’étrange oubli du journal “Le Monde” dans sa chronologie des années 2000

Posted onjanvier 14, 2010 
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C’est très étrange : le journal “Le Monde” a publié dans son édition datée du 14 janvier 2010 une chronologie des années 2000 (sauvegardée ainsi à 20:00). Rappelons entre parenthèses que la décennie des années 2000 se termine le 31 décembre 2010 et qu’elle n’a commencé que le 1er janvier 2001, au même moment que le XXIe siècle et le IIIe millénaire (car il n’existe pas d’année 0).

Mais ce qui est le plus frappant, c’est que le journal identifie une dizaine d’événements pour chaque année et pour l’année 2001, le 9 septembre 2001 est indiqué avec l’assassinat du Commandant Massoud puis… rien au 11 septembre 2001, les attentats n’ont pas été évoqués alors qu’ils constituent sans doute le seul événement essentiel de toute cette décennie.

SR (13 janvier 2010)

Apocalypse now : l’autre possibilité d’une île

Posted onjanvier 14, 2010 
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La tectonique des plaques prédit des perturbations sismiques de grande échelle sur la planète. Mais elles sont prévisibles avec quelques décennies d’indétermination.

yartiHaiti201001On ne prête qu’aux riches… et les pauvres vont devenir de plus en plus pauvres.
 
Combien va-t-on compter de victimes ? Mille ? Dix mille ? Des centaines de milliers ? Des réfugiés, des sans-logis, sûrement plus d’un million. Une nouvelle catastrophe d’une ampleur exceptionnelle a ravagé l’île haïtienne.
 
Hier, le mardi 12 janvier 2010, à 22:53 heure de Paris, un tremblement de terre de magnitude 7,3 (sur l’échelle de Richter) a eu lieu à quinze kilomètres à l’ouest de Port-au-Prince qui regroupe une agglomération de près de quatre millions d’habitants.
 
Deux autres secousses ont suivi, une de 5,9 sept minutes après, et une autre de 5,5 cinq heures dix-neuf minutes après. Le séisme a été ressenti à plus de trois cents kilomètres à la ronde.
 
La faille qui a remué fait cinq cents kilomètres de long et a cassé sur cinquante kilomètres de long. Les derniers séismes de cette ampleur avaient eu lieu au XVIIIe siècle. On sait maintenant mesurer (grâce au GPS) la vitesse de glissement de la plaque nord-américaine contre la plaque caraïbe : environ deux centimètres par an, ce qui fait un déplacement de cinq mètres environ depuis les derniers tremblements de terre.
 
Ce type de séisme était prévisible depuis une vingtaine d’années. Mais la prévision est à quelques décennies près. On en parle aussi pour San Francisco, pour Kyoto, pour Naples, pour Nice aussi.
 
Eh oui, Haïti est un pays pauvre. Le plus pauvre du monde : 70% des neuf millions d’habitants ont moins de deux dollars par jour pour vivre. Le pays n’a pas pu investir dans le contrôle sismique. Une surveillance qui n’aurait servi à rien, de toute façon, car les instruments mis en place par des observateurs internationaux n’ont détecté aucun signal précurseur (au contraire de ce genre de séisme titanesque).
 
La route qui mène la capitale politique à la capitale économique (Pétionville) est sur la ligne de faille. Beaucoup d’activités se sont développées le long de cet axe. Des bidonvilles, conséquence d’une urbanisation non maîtrisée, s’y sont multipliés ces dernières décennies.
 
La cathédrale, le Palais national, le siège de l’ONU, des ministères, entre autres, se sont effondrés. De nombreuses personnes sont ensevelies ou ont disparu. Les aides internationales commencent à arriver. L’ONU a fait du forcing car elle a des troupes stationnées dans l’île.
 
Pas de chance ? Sans doute. Les éléments du destin ne sont pas plaisants. En 2008, plus d’un millier de personnes avaient péri dans plusieurs cyclones faisant un million de sinistrés. Des inondations avaient aussi meurtri le pays en 2004 et en 2008.
 
Haïti allait pourtant un peu mieux. Les routes étaient en cours de reconstruction, le pouvoir politique commençait à avoir autorité et avait organisé des élections législatives pour mai prochain.
 
Oui, il n’a pas de chance, ce pays, ce peuple.
 
Comme pour le tsunami il y a quelques années, les médias s’affolent déjà, les appels au secours vont faire une surenchère bien nécessaire pour venir en aide aux populations dévastées, puis, dans quelques semaines, on oubliera à nouveau qu’il y a des peuples Sisyphe et des peuples qui ont un peu plus de chance. (Certes, Sisyphe était heureux, avait précisé Albert Camus).
 
Et cela fait comme un léger signal subliminal pour relativiser les problèmes quotidiens dérisoires, pour dédramatiser par exemple la neige et la pluie verglaçante du petit matin.
 
 
Aussi sur le blog.
 
Sylvain Rakotoarison (13 janvier 2010 à 17:20)
 
 
Pour aller plus loin :
 
Les premières informations sur la situation à Haïti.
 
Communiqués de l’ONU d’appel à l’aide internationale.

Déjà 100 000 victimes envisagées à Haïti par son Premier Ministre.

Des informations supplémentaires au 14 janvier 2010 à 09:55.

Le jospinosaure, un ruminant présarkozique qui rumine encore et toujours

Posted onjanvier 13, 2010 
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Quand Lionel Jospin arrêtera-t-il donc de dire qu’en fait, il aurait dû gagner l’élection présidentielle du printemps 2002 ? Même Valéry Giscard d’Estaing a reconnu et digéré sa défaite du 10 mai 1981 et n’a pas hésité à poursuivre son action politique dès 1982 pour apporter ses compétences et son énergie au service de l’avenir de la France. Au lieu de cela, Lionel Jospin essaie de vendre un livre et ressasse. Pitoyable homme d’État !

yartiPSjospin44C’est sûr que l’ancien Premier Ministre Lionel Jospin veut faire acheter son bouquin “Lionel raconte Jospin” qui vient de sortir et dont quelques extraits sont lisibles ici. Alors, il s’épanche partout dans les médias et est même l’unique sujet d’un documentaire éponyme réalisé par Patrick Rotman dont le premier volet sera diffusé sur France 2 le jeudi 14 janvier 2010 à 22h35 et que Serge Moati décrit (le 9 janvier 2010) en ces termes : « Tous les hommes politiques ont dû demander récemment au petit Papa Noël un tel cadeau : un film tout à eux dédié, sans questions qui fâchent. Et ça fait de l’excellente télé. Sans secousse, ni surprise, mais passionnant. Même si, durant ces trois heures, on n’apprend pas grand-chose de neuf, le film colle et ressemble au personnage : la voix de Jospin. Le ton de Jospin. Sa timidité. Sa pudeur. Son orgueil. Autoportrait en majesté démocratique. ».

Il y a cependant un réel malaise à ressasser une fois encore son échec de 2002 alors que les socialistes ne semblent pas en avoir fini avec la malédiction de la défaite. S’agit-il encore d’un homme politique, ou d’une statue de cire du Musée Grévin ?

Jospin entré dans l’histoire

Lionel Jospin peut s’enorgueillir d’avoir été l’un des trois ou quatre leaders socialistes à avoir fait gagner la gauche non radicale depuis le début de la IIIe République, avec Léon Blum et François Mitterrand (et éventuellement Guy Mollet, même si ce fut plutôt la victoire volée de Pierre Mendès France).

Gagner une élection nationale. En permettant la formation d’un gouvernement socialiste.

Lionel Jospin avait en quelques sortes rompu avec la singularité de François Mitterrand. Oui, la gauche pouvait revenir aux affaires normalement, ordinairement, dans un jeu dédramatisé d’alternances classiques.

Il était revenu de loin. Il avait failli abandonner la politique lors de son échec aux législatives de mars 1993. Il voulait réintégrer le quai d’Orsay. On parlait même de lui comme ambassadeur de France en Allemagne. Un poste prestigieux. Mais il n’a pas eu la carrière de Philippe Séguin (retrait de la politique et excellence dans son corps d’origine). Il est finalement devenu candidat des socialistes presque faute de combattant dès 1995. Sans espoir de gagner et il avait réussi quand même l’exploit d’arriver premier au premier tour d’une élection qui devait départager Édouard Balladur et Jacques Chirac.

Ce bon score du premier tour (sans espoir pour le second tour) l’avait remis en “selle” pour reprendre la direction du PS qu’il avait abandonnée lors de son entrée au gouvernement en 1988. Il était l’un des deux dauphins de François Mitterrand (avec Laurent Fabius) mais a vite eu besoin de parler du “droit d’inventaire”, un terme repris maintenant par François Hollande, qui fut à Lionel Jospin ce que Jospin fut à Mitterrand.

La dissolution de 1997 et l’impopularité du gouvernement Juppé ont suffi à lui apporter la victoire législative deux ans après son échec présidentiel. Matignon au lieu de l’Élysée, donc. Et Chirac inaugura le “septennat de deux ans”.

Pendant cinq ans, Lionel Jospin a donc cru gouverner convenablement, du haut de ses certitudes.

Pourtant, il a fait plein d’erreurs.

Erreurs et fautes politiques du “quinquennat Jospin”

La première, la plus grosse, c’était les 35 heures. Heureusement que le monde se trouvait alors dans un contexte de prospérité et de croissance. Il est toujours étonnant d’entendre encore des socialistes rappeler que le “quinquennat Jospin” correspondrait à une période de prospérité, de croissance et de baisse du chômage. Étonnant car la conjoncture internationale peu maîtrisée par les États allait dans ce sens. Au contraire, Lionel Jospin, avec la réduction du temps de travail, a freiné cette croissance économique. D’ailleurs, la preuve en est que la crise des nouvelles technologies (informatique et télécommunications) à partir de 2000 a engendré une baisse significative de la création d’emplois et de la croissance. Toujours sous ce même gouvernement.

Une autre erreur fondamentale fut l’adoption du quinquennat. Pas l’inversement du calendrier électoral car il n’était qu’un corollaire du quinquennat. En donnant suite à la proposition de Valéry Giscard d’Estaing du quinquennat, Lionel Jospin voulait mettre initialement dans l’embarras Jacques Chirac qui avait toujours refusé une telle réforme, mais sa volte-face a montré que le quinquennat pouvait présenter un intérêt pour se représenter, après sept ans de mandat et un âge déjà bien avancé (69 ans).

J’ai été parmi les très peu nombreux (27% des 30% de votants) à voter contre le quinquennat au référendum du 24 septembre 2000. Maintenant, avec presque deux quinquennats de recul, beaucoup de voix commencent à se faire entendre disant que le quinquennat n’est finalement pas très pertinent, car il rend les députés trop dépendants de l’Élysée. Cela rend la Présidence “hyperprésidentielle”.

Mais les deux principales fautes politiques de Lionel Jospin ne furent pas des actions mais des démissions : son refus de s’occuper du douloureux problème des retraites par simple lâcheté électoraliste et, par ignorance du monde “réel”, son manque de compréhension des problèmes de sécurité, thème principal de la campagne présidentielle de 2002 après les attentats du 11 septembre 2001.

Éthique et colégramme

On représente souvent Lionel Jospin comme un homme à probité et intégrité extraordinaires. Il est vrai qu’aucune “affaire” n’est venue lui obscurcir l’horizon. Mais peut-on mettre sur le même plan par exemple l’esprit républicain incontestable (et reconnu en grandes pompes aux Invalides le 11 janvier 2010 à 15h00 et au Palais Bourbon le 12 janvier 2010 à 16h00) de Philippe Séguin et celui de Lionel Jospin ? Pas forcément sûr. Ou peut-être si, les historiens le diront plus tard. Comme le dit Anne Roumanoff : « Avec sa voix détimbrée et son intransigeance orgueilleuse, Lionel Jospin n’est sans doute pas assez retors pour avoir un grand destin politique. ».

La morale d’un homme se juge aussi sur ses actes. Or, si son échec dès le premier tour du 21 avril 2002 a été pour lui un coup terrible (on l’imagine bien), il a été très décevant pour tous ceux qui combattaient les thèses de l’extrême droite en refusant d’appeler à voter au second tour pour son adversaire, Jacques Chirac, et pire, en refusant même de se déplacer pour le second tour, imitant ainsi les leaders gauchistes de Lutte ouvrière considérant que Le Pen et Chirac étaient bonnet blanc et blanc bonnet. Au contraire d’un Dominique Strauss-Kahn, par exemple, qui n’a pas hésité une seule seconde à voter et faire voter Chirac (idem pour les communistes).

Est-on intègre quand on a fait passer son amertume et son ego devant sa morale politique ? Est-ce de l’intégrité ?

L’abandon politique qui a suivi était une conséquence logique de cette prédominance de l’ego sur le combat politique. Depuis, les éléphants socialistes restent bien seuls dans leurs querelles.

Suffisance du mammouth ruminant

Un ego assez bien développé est sans doute la marque ordinaire d’un leader politique de premier plan. Mais malgré l’échec, peut-on rester avec tant d’autosatisfaction et de suffisance ? « Quand je regarde en arrière, c’est le plaisir qui domine, parfois, la fierté, jamais l’amertume. (…) Je me suis personnellement accompli et j’ai servi mon pays. ».

Alors, entendre Lionel Jospin, en 2010, ruminer encore et toujours sur son échec de 2002 et n’avoir aucune capacité à faire de l’autocritique est franchement aberrant. Et décrédibilisant. L’entendre dire (comme sur France Inter le 7 janvier 2010 où son interview a dû être écourtée en raison de l’annonce du décès de Philippe Séguin) que “normalement”, 2002 aurait dû se passer autrement, c’est vouloir refaire l’histoire, refuser le verdict des électeurs, et finalement, c’est toujours faire preuve de mauvais perdant. Il répète en ce moment ce type de phrase : « Nous savons tous qu’avec un peu moins de légèreté et d’imprudence à gauche, le sort de l’élection pouvait être tout autre. ».

Et de marteler avec la méthode Coué : « Je n’ai pas été la cause première de la défaite. ». Tant mieux pour sa conscience.

Le seul mea culpa, ce fut pour dire du bout des lèvres : « J’ai surestimé le rejet de Jacques Chirac, j’ai surestimé la perception positive de mon bilan. J’ai sous-estimé l’impact qu’avait la division de la gauche, j’ai sous-estimé le premier tour. Ma campagne n’a pas été assez offensive. ». Tout en se dédouanant immédiatement : « Mais quand l’attelage va à hue et à dia, c’est difficile d’être bon. ».

Pierre Moscovici, ancien ministre jospiniste et candidat éventuelle à la candidature, ne dit pas autre chose en estimant la période du gouvernement Jospin plutôt positive : « L’inventaire doit certes être établi, mais en n’oubliant jamais la force de notre actif : la table rase ne fait pas une politique ! » et en reconnaissant que l’autocritique « n’est pas, ne sera jamais le fort de Lionel Jospin – mais après tout, est-ce bien à lui de le faire, de céder à ce qui serait de sa part une auto-flagellation ? ».

Les causes réelles de son éviction ne sont pas dans la désunion de la gauche (ce n’est pas Chevènement, ce n’est pas Taubira, ce n’est pas Mamère). Il y a des causes qui proviennent de lui-même, de sa manière de se comporter avec les citoyens, et de sa politique, comme Vincent Peillon le note le 5 janvier 2010 : « Les socialistes n’ont toujours pas encore vraiment admis que leur échec de 2002 ne fut pas seulement le fait de la division de la gauche, mais aussi le résultat de leurs propres carences en matière de politique fiscale, de sécurité ou de rapport à l’Europe. ». Après huit ans, il serait temps de le reconnaître.

Toujours le passé… Et l’avenir, alors ?

Alors, Monsieur Jospin, avec tout le respect que je vous dois, je vous propose une alternative : reprenez le travail que vous avez refusé de faire en 2002, analysez les raisons réelles de votre échec, aidez vos camarades socialistes… ou alors, taisez vos ruminations une fois pour toute et tournez-vous vers l’avenir, faites des propositions pour la France et son avenir, vous qui êtes si intelligent !

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 janvier 2010)

Pour aller plus loin :

François Hollande présidentiable ?

Dominique Strauss-Kahn présidentiable ?

Lionel Jospin se regarde le nombril.

Quelques avis sur le retour médiatique de Lionel Jospin.

Un peu plus sur le PS.

L’ambition présidentielle de François Hollande : lui aussi se rase !

Posted onjanvier 12, 2010 
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Le Parti socialiste a un nouveau candidat à l’élection présidentielle. Analyse des forces et faiblesses d’une candidature de François Hollande.

yartiPSHoll201035 yartihollande09L’ancien premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande (qui a battu le record de longévité à ce poste depuis Guy Mollet, de 1997 à 2008), vient de clarifier son ambition présidentielle qu’il entretenait secrètement depuis le 21 avril 2002 et l’échec catastrophique de la candidature de Lionel Jospin.

En effet, réfutant les rumeurs le hissant à la succession de Philippe Séguin à la première présidence de la Cour des comptes (à l’instar d’un autre leader socialiste, Pierre Joxe), François Hollande (qui a intégré la Cour des comptes après ses études à l’ENA) a déclaré clairement sur Europe 1 le 10 janvier 2010 qu’il se préparait à l’élection présidentielle de 2012.

Candidat

Il l’a d’ailleurs confirmé dès le lendemain dans l’émission “Mots croisés” animés par Yves Calvi où il était opportunément confronté en direct avec un présidentiable de l’UMP, Jean-François Copé, ancien ministre et puissant président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale, qui n’a pas caché, depuis de nombreuses années, son ambition d’être candidat à l’élection présidentielle de… 2017.

L’éventualité de la candidature de François Hollande peut prêter à sourire, surtout lorsqu’on prend conscience de sa très faible notoriété. De tempérament assez simple (et donc assez proche de la vie quotidienne de ses compatriotes), il lui arrive de faire ses courses lui-même, seul, tranquillement, et dans le magasin, seul un petit tiers se retourne et le reconnaît (en exprimant surtout de la sympathie). Certes, Jean-Pierre Raffarin l’avait déjà affirmé en février 2002 : le problème de notoriété sera résolu dès que l’homme est en situation.

François Hollande est un peu l’anti-Jospin en terme de personnalité. D’un très grand humour, il est connu pour ses plaisanteries et sa capacité d’observation souvent percutante. Son problème est même le contraire de Lionel Jospin. Comment montrer son sérieux et ne plus faire sourire ? Il semble même vouloir adopter un nouveau look, plus grave, pourquoi pas ?

Après l’échec de Lionel Jospin, François Hollande avait repris le leadership des socialistes pour les élections législatives de juin 2002 et s’était même vu futur Premier Ministre, imaginant que l’union nationale qui avait fait élire Jacques Chirac contre Jean-Marie Le Pen allait installer une majorité de gauche pour équilibrer (c’était oublier la logique implacable de la VeRépublique).

Coincé entre le “je” et le “nous”

Pendant le dernier mandat de Jacques Chirac, François Hollande a cultivé deux attitudes pourtant diamétralement opposées.

D’une part, il a tout fait pour maintenir l’unité du Parti socialiste, au prix de “synthèses molles” dignes de son lointain prédécesseur Guy Mollet, ce qui n’était pas une mince affaire, surtout lors du référendum sur le Traité constitutionnel européen du 29 mai 2005 où ses troupes étaient complètement divisées.

D’autre part, il se considérait comme le meilleur présidentiable de son parti pour 2007 et a attendu (vainement) qu’on vînt le chercher pour devenir un candidat de consensus. Mais il n’avait pas pris en compte le développement quasi-spontané de la popularité de sa compagne d’alors (et mère de ses quatre enfants), Ségolène Royal, contre qui il ne pouvait pas vraiment intriguer. Aujourd’hui, il a estimé qu’une confrontation directe au cours d’une primaire ne lui poserait pas de problème.

L’échec de Ségolène Royal l’a ravi au même titre que l’ensemble des éléphants socialistes. Sa loyauté irréprochable vis-à-vis de Ségolène Royal durant la campagne présidentielle de 2007 peut lui laisser espérer un renvoi d’ascenseur pour 2012.

Quelles sont les forces et les faiblesses d’une possible candidature de François Hollande ?

Les handicaps d’une candidature Hollande

Aucune expérience ministérielle

Parlons d’abord de sa faiblesse principale : François Hollande n’a jamais gouverné. Il n’a jamais été ministre et ne sait donc pas ce qu’est servir l’État au plus haut niveau. Ségolène Royal avait déjà eu un déficit de crédibilité à ce sujet en n’ayant occupé que des postes subalternes au gouvernement. François Hollande, lui, n’a pas d’expérience gouvernementale du tout, ce qui peut lui être autant préjudiciable que le fait que Dominique de Villepin, par exemple, n’ait eu aucune expérience électorale.

Certes, il peut maintenant s’enorgueillir d’avoir été élu en mars 2008 président du Conseil général de Corrèze, un département anciennement chiraquien, et quelques années avant (en mars 2001), avoir conquis la mairie de Tulle, chef-lieu de ce département. Mais ses responsabilités budgétaires n’ont pas l’importance des grosses collectivités locales comme celle que préside Ségolène Royal.

La réponse sur sa crédibilité gouvernementale pourrait être apportée sur deux plateaux. Le plateau politique : François Hollande ayant été onze ans patron de l’un des deux plus grands partis de France, dont cinq au pouvoir, il a largement la capacité à aborder tous les sujets politiques de manière globale. Le plateau institutionnel qui pourrait être une vraie différence avec Nicolas Sarkozy : François Hollande pourrait envisager une Présidence modeste, et pas une “omniprésidence”. Ce qui signifierait que ce serait son Premier Ministre qui gouvernerait effectivement. Mais alors, pourquoi élire le Président et pas le Premier Ministre ?

Au jeu de l’uchronie, François Hollande pourrait même rappeler la nocivité du quinquennat qui a mis les députés en ordre de bataille derrière le Président de la République et s’amuser à rêver que si le second mandat de Jacques Chirac avait duré sept ans et pas cinq, en 2007, il n’y aurait eu que des législatives que le PS aurait sans doute gagnées, ce qui aurait amené François Hollande à …Matignon (selon Bruno Roger-Petit).

Look atypique

L’autre faiblesse est sans doute un problème d’apparence, de look, de personnalité. Il ne semble pas avoir le profil. C’est un peu désolant d’y mettre de l’importance, mais la réalité est que dans une élection présidentielle au suffrage universelle direct, le look est un élément majeur de réussite… ou d’échec.

Face à Jean-François Copé incisif, sûr de lui jusqu’à une certaine condescendance même, François Hollande fait figure d’honnête homme, de personnage modeste, de brave proche des gens, mais qu’on imagine encore mal à la tête de l’État, chef des armées, prêt le cas échéant à commander le feu nucléaire.

C’est vrai que les questions de look sont vite réglées pendant une campagne électorale. Car cela sert surtout à cela, une campagne, à se donner une posture. Gagnante ou perdante, c’est selon les critères, très fluctuants, des électeurs.

Transcourant

Autre handicap qui peut être insurmontable au pays des éléphants en primaire, c’est l’absence de courant estampillé “hollandiste”.

Dès le début de sa carrière parlementaire (en 1988), il avait refusé d’appartenir à un réseau en faisant du “transcourant” pour rassembler le plus de monde derrière Jacques Delors. Chef du PS, il a toujours refusé de prendre partie personnellement dans la bataille des ego et des idées dans un parti au bord de l’éclatement. Jusqu’au congrès de Reims de novembre 2008.

Beaucoup de militants socialistes soupçonnent François Hollande de vouloir récupérer les réseaux de Ségolène Royal par l’intermédiaire de Vincent Peillon. La polémique de novembre 2009 entre Ségolène Royal et Vincent Peillon qui se disait son premier lieutenant est l’un des signes d’une probable manipulation de militants. À l’origine, le député-maire de Dijon, François Rebsamen, ami de François Hollande (qui en fit son numéro deux au PS) et soutien de Ségolène Royal en 2007, pourrait jouer un rôle essentiel dans cette “récupération” de courant (au grand dam de Ségolène Royal).

Les atouts d’une candidature Hollande

Crédibilité gouvernementale, look à améliorer, absence de réseaux efficaces. Quand on regarde de très près, François Hollande n’a pas énormément de handicaps par rapport aux points forts qu’il peut proposer aux socialistes et aux Français.

Très bon analyste politique

Premier point fort, c’est son analyse de la logique de l’élection présidentielle. Encore ce 11 janvier 2010 sur France 2, François Hollande a rappelé l’importance qu’il attache à l’organisation d’une primaire socialiste au moins un an avant l’élection présidentielle (ce qui signifie barrer la route à Dominique Strauss-Kahn). Il n’a pas tort lorsqu’il compare la majorité, en ordre de bataille depuis plus de cinq ans derrière un leader incontestable (Nicolas Sarkozy) et un parti efficace et uni (l’UMP) alors que le PS ne sait toujours pas qui sera son champion à deux ans de l’échéance. J’avais évoqué la course de lenteur après 2002 pour éviter de départager trop vite les multiples compétiteurs potentiels.

François Hollande a donc compris la logique institutionnelle que détermine l’élection présidentielle. C’est aussi pour cela qu’il a renoncé à la direction du PS. Trop lié aux “synthèses molles“, il lui était impossible de se distinguer des autres éléphants puis, de se distinguer des autres partis.

Un thème dominant : la politique fiscale

Son indépendance retrouvée depuis un peu plus d’un an lui permet de s’exprimer enfin à titre personnel, et de commencer sa propre campagne présidentielle en abordant ses thèmes de prédilection. Et le principal concerne la politique fiscale. C’est sûr d’ailleurs qu’il risque de ne pas faire rêver beaucoup les gens en envisageant une refonte totale de l’imposition sur les revenus, en supprimant les mille et une niches fiscales. Quand on touche aux impôts, on ne fait que des mécontents : ceux pour qui ça profite trouvent cela normal (”encore heureux !”) et ceux pour qui ça empire ne peuvent que râler.

Le thème fiscal n’est donc pas vraiment porteur, mais il est responsable puisque François Hollande se base avant tout sur la catastrophique dette publique et les déficits publics qui ne cessent de s’accroître. Responsable donc car soucieux de l’intérêt général (en particulier des jeunes générations qui vont devoir payer les pots cassés depuis trente ans), mais aussi très habile politiquement.

Court-circuiter le MoDem et rassembler la gauche

Car cette posture plaçant la dette comme point fondamental, c’est exactement le discours que tient François Bayrou depuis presque 2002 et l’un des thèmes majeurs de sa campagne présidentielle de 2007. Prendre à François Bayrou ce thème est donc un élément tactique fort astucieux qui ôte la spécificité du candidat centriste et qui redonne à la gauche sa crédibilité économique (rassurant notamment les principaux acteurs économiques et financiers).

Ce type d’habileté politique n’est pas nouveau avec François Hollande. Il a joué sur ce registre pendant tout le temps où il dirigeait le PS. C’est d’ailleurs sur ses synthèses qui refusèrent de départager entre le social-libéralisme et l’altermondialisme que François Hollande peut aussi prétendre qu’il serait le plus apte, au PS, à rassembler toute la gauche au second tour, de Dominique Strauss-Kahn (voire François Bayrou) aux écologistes et aux communistes (voire aux gauchistes du NPA).

Une intelligence politique percutante mais méconnue

Bizarrement, François Hollande subit le même type de réputation qu’un Jacques Toubon par exemple, un peu falot alors qu’il jouit d’une très grande intelligence d’analyse. L’avantage, c’est qu’il ne risque pas d’être pris pour un homme méprisant ou condescendant, ni pour un homme dangereux ; il peut donc surprendre plus facilement ses adversaires.

Le succès qu’il a obtenu personnellement aux élections régionales de mars 2004 et européennes de juin 2004, ainsi qu’aux élections municipales de mars 2008 (les seules élections qu’il était en capacité de mener pleinement, au contraire des élections présidentielles de 2002 et 2007, et des législatives consécutives, qui dépendaient avant tout des candidats) montrent qu’à l’évidence, François Hollande a beaucoup de potentiel dans la conduite de campagnes électorales. Il l’a aussi prouvé en Corrèze sur un terreau pas évident.

Intelligence également illustrée par un très beau sens de la répartie, comme sur France 2 lorsque Yves Calvi lui a demandé si Jean-François Copé avait la stature d’un candidat à l’élection présidentielle, il a simplement répondu : « Oui, en 2017 ! ».

Le rasoir de François Hollande

Le lieutenant de Laurent Fabius, Guillaume Bachelay s’était fait connaître au prix de l’humour politique avec cette petite phrase assassine : « La présidentielle, Hollande y pense en nous rasant. ».

Aujourd’hui, il est possible que François Hollande, poursuivant son bonhomme de chemin, commence à raser de plus en plus, et pas seulement les murs…

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 janvier 2010)

Pour aller plus loin :

François Hollande prêt.

Dominique Strauss-Kahn sera-t-il Président de la République française ?

Émission “Mots croisés” sur France 2 le 11 janvier 2010 : débat François Hollande vs Jean-François Copé.

Un peu plus sur le PS.

Séguinitude

Posted onjanvier 9, 2010 
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La mort d’un esprit indépendant et forte tête montre que la France sait reconnaître la qualité de ses meilleurs hommes d’État. Même si c’est trop tard, c’est toujours mieux que l’oubli et l’indifférence.

yartiseguin200994La multitude des louanges, non seulement de la classe politique qui oscille entre les propos convenus et une réelle émotion mais aussi des citoyens français, ceux de la “France d’en bas”, qui appréciaient Philippe Séguin, me fait revenir sur cet événement.

Car c’est un événement. L’ampleur des réactions et la quasi-unanimité ont de quoi étonner l’observateur qui constate par ailleurs que les messages simplistes et les slogans publicitaires sont les meilleures armes pour réussir en politique. Tout le contraire de Philippe Séguin.

C’est dire la probité, l’intégrité, l’honnêteté d’un tel homme politique. Ses convictions l’ont emporté sur ses ambitions. C’est peut-être dommage.

Philippe Séguin aura ainsi déçu : a-t-il été velléitaire ? sans doute pas, car sa volonté ne manquait pas. Mais pourquoi n’a-t-il finalement gouverné que deux petites années à un poste, important certes avec le problème du chômage, mais pas décisif dans la définition de la politique de la nation ?

J’ai l’impression amère d’un talent gâché, d’un homme désabusé que ne méritait pas la République. Une sorte de désamour entre la France et lui. Il l’a parfois mérité, c’est vrai. Très mauvaise campagne municipales à Paris en 2001 (pourquoi était-il entré dans cette galère ?). Mauvais comportement (colère, fougue, chantage à la démission passée à l’acte, comme Jean-Pierre Chevènement) au sein du RPR, ou pour la campagne européenne de 1999.La raison doit sans doute se chercher dans ses relations équivoques avec Jacques Chirac. Des relations comme toujours faites d’attraction et de répulsion. Il n’avait pas de père depuis l’âge d’un an (son père est mort pendant la Seconde guerre mondiale) et Chirac aurait pu le remplacer. Le parrainer. Le mettre sous son aile. L’aider. Le favoriser.

 

Je me souviens de l’importance qu’avait pris le jeune député Séguin dès l’année 1981 et la victoire de la gauche socialo-communiste. Il n’avait que 38 ans mais il avait déjà droit aux grandes émissions politiques comme le “Grand Jury” sur RTL le dimanche soir.Déjà à l’époque, Jacques Chirac s’inquiétait de sa loyauté.

 

Après la défaite de Chirac en 1988, il était clair que plus personne à droite et au centre ne voulait d’une nouvelle candidature de Chirac à l’élection présidentielle suivante (prévue en 1995 mais peut-être anticipée à cause de la maladie de François Mitterrand). La popularité d’Édouard Balladur a permis à cette classe politique UDF-RPR de trouver un nouveau présidentiable.Mais dès le début des années 1990, Philippe Séguin avait compris qu’il pouvait faire cavalier seul. C’était dans sa nature tempétueuse, et surtout, c’était dans ses possibilités politiques.

 

Selon Jean-Marie Colombani (« bien placé pour savoir »), Philippe Séguin et Charles Pasqua ont fait campagne pour le “non” à Maastricht parce que, convaincu par Édouard Balladur que c’était une condition sine qua non pour réussir l’élection présidentielle, Jacques Chirac avait décidé de soutenir le Traité de Maastricht après bien des hésitations et beaucoup de dissidence au sein de son propre parti. Si Chirac avait soutenu le “non”, il aurait été probable que Séguin eût soutenu le “oui”. Mais personne ne pourra confirmer.

L’hypothèse est cependant tentante car Philippe Séguin avait besoin de “tuer” le “père”, de s’attaquer à Jacques Chirac. Peut-être imaginait-il de reprendre le flambeau du RPR à cette époque ?

Bizarrement, l’éruption dans la course élyséenne d’Édouard Balladur a cassé cette belle mécanique séguiniste. Ce n’était plus Séguin contre Chirac mais Balladur contre Chirac, et là, la détestation d’Édouard Balladur et de ce qu’il représente en RPR néo-libéral l’a finalement rapproché de Jacques Chirac.

Ce soutien à Jacques Chirac n’a pas été vain puisque c’est sur les thèmes de Philippe Séguin qu’il a gagné en 1995. Thèmes de gauche. Sur la fracture sociale, sur les plus démunis, la pauvreté etc. Un observateur aguerri de la vie politique pouvait imaginer la réalité et la sincérité des discours électoraux de Jacques Chirac qui était allègrement passé de l’appel de Cochin en 1978 (critiquant « le parti de l’étranger » de Valéry Giscard d’Estaing) à ce “oui” à Maastricht, du travaillisme à la française au thatchérisme reaganien etc. Mais la sauce a bien pris puisque la jeunesse et même une certaine gauche, celle qui détestait Lionel Jospin, ont finalement cru reconnaître en Jacques Chirac un nouvel homme plus social, plus rassembleur.

La nomination d’Alain Juppé à Matignon était pourtant prévisible. Le pire moment pour Philippe Séguin eut lieu (comme le rappelle “Le Monde” du 8 janvier 2010) lors d’un meeting électoral à Strasbourg où Philippe Séguin l’appela à « montrer et ouvrir la route » et Jacques Chirac, ingrat, de répondre à côté de la plaque en félicitant Alain Juppé « probablement le meilleur d’entre nous ».

Le “père” avait encore une possibilité de se racheter. En 1997, au plus fort de l’impopularité du gouvernement d’Alain Juppé, Jacques Chirac aurait pu le nommer à Matignon pour préparer les législatives de 1998. Il en a décidé autrement. Jacques Chirac fut un Président qui ne voulait pas travailler avec des Premiers Ministres difficiles, indociles : donc, ni Philippe Séguin en 1995 ou 1997, ni Nicolas Sarkozy en 2002 ou 2005.

Le Président François Mitterrand a été, à cet égard, beaucoup plus responsable et aussi beaucoup plus malin : en nommant Michel Rocard en 1988 à Matignon, il répondait à une exigence politique (la conséquence de sa campagne d’ouverture politique) et à un impératif politicien : user Michel Rocard pour le rendre inapte à l’élection présidentielle, bref, le “rocardiser”.

La présidence du RPR pour un homme hors appareil, des européennes calamiteuses qu’il délaissa en cours de route (à ne jamais faire !) et des municipales déplorables sur fond de déloyauté et de dissidence ont totalement eu raison d’une candidature potentielle de Philippe Séguin à l’élection présidentielle de 2002.

Pourtant, 2002 (il avait 59 ans) et même 2007 (il avait 64 ans) auraient pu être deux occasions d’un boulevard élyséen pour le gaulliste républicain homme d’État.

Un vrai animal politique n’est jamais hors course et peut toujours revenir : Philippe Séguin faisait partie de ces personnes-là comme Laurent Fabius aussi. Tous les deux ont profité d’un référendum sur un traité européen pour parfaire leur stratégie nationale (respectivement en 1992 et en 2005). Cela a échoué pour les deux mais qu’importe. Fabius se sait impopulaire mais y pense encore. Séguin laissait planer le doute sur un retour comme ministre (comme celui de la Justice).

Tant qu’un homme politique est en vie, il y a toujours des possibles retours.

Les cas de retour sont nombreux : Georges Clemenceau (après l’affaire de Panama), Charles De Gaulle (bien sûr), Lionel Jospin (après sa disgrâce en 1992 et l’échec de 1993), Laurent Fabius (après le scandale du sang contaminé), Martine Aubry (après son échec personnel en 2002), mais cela nécessite une bonne dose de combativité que ne semble pas avoir par exemple un Dominique Strauss-Kahn trop porté au FMI et au dilettantisme politique.

En fait, depuis quelques temps, la mort physique n’est plus nécessaire pour renoncer définitivement à toute ambition nationale.

Effectivement, il est même possible de faire de louanges bien avant la mort physique d’un homme politique. C’était assez rare il y a encore quelques décennies, mais le mouvement tend à s’imposer. Alors qu’hier, on ne pouvait être mort politiquement qu’à sa mort physique (exemple : Valéry Giscard d’Estaing qui n’a jamais digéré sa défaite de 1981, François Mitterrand que la maladie a atteint, Edgar Faure, Charles Hernu, Michel Crépeau, Gaston Defferre morts “les bottes aux pieds”, etc.), aujourd’hui, il est désormais possible d’être hors course même de son vivant.

Hors course pour l’Élysée bien sûr.

Les exemples ne manquent plus : François Léotard a abandonné en 2002 (très troublé par la mort de son frère), Alain Juppé en 2004 (à cause des affaires de la ville de Paris), Édouard Balladur en 1995 (avec son échec), Lionel Jospin en 2002 (avec son échec), Michel Rocard en 1994 (après son échec aux européennes), etc. Ces hommes, à cause de l’âge, de l’impopularité ou d’autres considérations plus personnelles, il leur a fallu un travail sur eux fort délicat pour accepter de continuer à vivre en jetant cette ambition présidentielle qui leur pourrissait la vie.

Jeudi dernier, en quelque sorte, Philippe Séguin vient de rappeler son existence en partant soudainement. Sans prévenir. Sans signe avant-coureur. Le premier de sa génération.

La France l’avait un peu oublié. Elle s’en aperçoit trop tard.
Elle avait laissé passer un talent de cette envergure.

Tant pis pour elle.
En attendant, elle va pouvoir sortir les grandes pompes aux Invalides.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (9 janvier 2010)

Pour aller plus loin :

Philippe Séguin, un républicain inachevé.

Retransmission télévisée des obsèques aux Invalides.

Philippe Séguin, l’encombrant gaulliste social et le républicain au parcours inachevé

Posted onjanvier 8, 2010 
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Un homme de réflexion, d’une épaisseur politique et intellectuelle reconnue, à la pensée indépendante, mais d’un potentiel qui n’a jamais réussi à se transformer en victoire personnelle nationale. Une énigme de la vie politique française pour une figure majeure presque oubliée depuis une décennie.La nouvelle initiée par RTL à huit heures a brusqué un matin couvert de neige sur Paris : Philippe Séguin est mort dans le 7 janvier 2010 à six heures quarante-cinq à Paris (15e) à la suite d’une crise cardiaque. Il était encore présent publiquement le 6 janvier 2010 à Matignon lorsque le Premier Ministre François Fillon présentait ses vœux pour 2010. Il sera enterré le 11 janvier prochain.

yartiseguin200901

Un roc qui s’en va

Philippe Séguin a été l’une des personnalités majeures de la vie politique française depuis l’accession au pouvoir de François Mitterrand en 1981 jusqu’à la fin du premier mandat de Jacques Chirac en 2002. Et pourtant, même certains jeunes journalistes semblent montrer qu’il a été oublié par les médias, malgré quelques épisodiques coups de gueule contre la situation financière déplorable de l’État.

J’ai eu la chance de l’avoir rencontré à plusieurs reprises à partir du début des années 1990 et si son visage intimidant et sa silhouette très imposante pouvaient impressionner, c’était avant tout la densité de sa réflexion politique et son indépendance conquise dès le début de sa trajectoire qui apparaissaient en premier. Indépendance qui ne ménageait pas certaines susceptibilités et qui l’empêchèrent sans doute d’atteindre les plus hautes fonctions de l’État, à savoir Matignon et l’Élysée.

Principal axe de sa doctrine personnelle, le gaullisme social, qui se conjuguait par un souci de préserver la souveraineté nationale et la préoccupation d’une nécessaire solidarité nationale auprès des plus démunis. Rejetant les héritiers du gaullisme qu’il pouvait juger un peu trop libéraux (Jacques Chirac, Édouard Balladur, Alain Juppé), ses réflexions ont abouti à se placer comme le fer de lance du “non” lors du référendum sur le Traité de Maastricht en septembre 1992 (il dira par la suite que la monnaie unique européenne était finalement un succès et qu’il convenait de ne pas revenir au franc) et à souffler à Jacques Chirac le thème très porteur de la “fracture sociale” lors de la campagne présidentielle de 1995.

Il était capable de profondes transformations, même physique, puisqu’à partir de 1991, lorsqu’il a envisagé un destin présidentiel, il avait réussi une cure d’amaigrissement draconienne, et depuis son retrait de la vie politique, en juin 2002, il avait laissé pousser une courte barbe très à la mode chez les quinquagénaires.

Respecté comme un républicain incontestable, il était aussi craint et ses collaborateurs ont souvent fait les frais de ses grosses colères (capables de traumatiser les interlocuteurs).

Une jeunesse déracinée

Né à Tunis le 21 avril 1943, orphelin de père, Philippe Séguin mena avec succès des études de lettres et de sciences politiques à Aix-en-Provence puis réussit le concours de l’ENA (promotion Robespierre). Sorti parmi les meilleurs, il intégra en 1970 la prestigieuse Cour des comptes (mais il aurait préféré le Conseil d’État comme Jacques Attali, son condisciple).

Pendant les années 1970, il collabora dans différents cabinets ministériels, jusqu’à devenir chargé de mission à Matignon auprès du Premier Ministre Raymond Barre entre octobre 1977 et février 1978. Sa grande estime pour Raymond Barre rendit méfiant Jacques Chirac sur sa loyauté.

Parachuté dans une circonscription difficile à Épinal (il aurait préféré dans le Var), Philippe Séguin fut élu député en mars 1978 (à 34 ans) et fit partie de cette nouvelle génération de parlementaires (avec entre autres François Léotard) qui devinrent les principaux opposants aux gouvernements socialistes Mauroy et Fabius entre 1981 et 1986. Dans la lignée des gaullistes sociaux comme Robert Boulin, Philippe Séguin n’hésitait pas, quand il le fallait, à lutter férocement contre ses adversaires, pimentant quelques séances de l’Assemblée Nationale de son verbe résonnant.

Une volonté et un caractère affirmés

L’indépendance, c’était sa prise de position, très claire, en faveur de l’abolition de la peine de mort en septembre 1981 (Jacques Chirac aussi a été abolitionniste).

En mars 1983, Philippe Séguin fut élu maire d’Épinal, fonction qu’il fit renouveler jusqu’en 1997. Bien que membre du Conseil régional de Lorraine de 1979 à 1983, il n’a jamais voulu prendre le leadership politique de la région (ni du département des Vosges “réservé” à Christian Poncelet), préférant se consacrer entièrement à ses ambitions nationales.

À partir de 1984, la grande popularité de Raymond Barre rendit difficiles les relations entre Jacques Chirac et Philippe Séguin, soupçonné de barrisme rampant. Pourtant, Philippe Séguin n’allait pas cesser, par la suite, de faire acte de fidélité et d’allégeance à Jacques Chirac jusqu’à l’élection présidentielle de 1988.

Lors de la mise en place du gouvernement de Jacques Chirac au cours de la première cohabitation entre mars 1986 et mai 1988, ce fut tout naturel pour Philippe Séguin de se retrouver l’important Ministre des Affaires sociales et de l’Emploi. Rappelons que peu avant les élections législatives de 1986, Valéry Giscard d’Estaing avait rêvé, faute de Matignon, d’obtenir un grand Ministère de la Reconstruction nationale incluant les Finances et les Affaires sociales.

Gaulliste “de gauche”, Philippe Séguin ne pouvait cependant voir d’un très bon œil les principales mesures du gouvernement Chirac comme la suppression administrative de licenciement (qu’il signa pourtant lui-même) ou la suppression de l’impôt sur les grandes fortunes (rétabli après la réélection de François Mitterrand).

Paradoxalement, ces deux années au gouvernement furent les seules où Philippe Séguin était aux affaires. Il n’y revint plus malgré sa stature politique incontestable. Parmi ses collaborateurs, Roger Karoutchi (ancien ministre sous Nicolas Sarkozy), chargé de mission (puis chef de cabinet à l’hôtel de Lassay puis conseiller politique de Philippe Séguin à la présidence du RPR).

Un leadership autonome

Après l’échec cinglant de Jacques Chirac à l’élection présidentielle de mai 1988, le doute au RPR était très fort. Philippe Séguin en profita pour prendre deux initiatives au sein de l’opposition UDF-RPR qui allaient échouer.

La première en avril 1989, en concertation avec François Bayrou, le plaça parmi les leaders des rénovateurs de l’opposition (en firent partie également François Fillon, Charles Millon et Philippe de Villiers). L’objectif clairement avoué était de changer de génération (en finir avec les “Chirac-Giscard-Barre” avec une échéance immédiate, les élections européennes de juin 1989, à la suite des élections municipales de mars 1989 qui furent un grand succès pour les jeunes têtes de l’opposition (Lyon, Grenoble, Toulouse, Annecy, etc.).

Si le mouvement des rénovateurs prit de l’ampleur grâce à la popularité de Michel Noir et de Dominique Baudis, il fut vite stoppé par les antagonismes européens entre un Philippe Séguin souverainiste et un François Bayrou fédéraliste.

L’échec de cette tentative qui n’eut aucun lendemain provenait aussi de l’absence d’implication des deux héritiers majeurs de l’époque, Alain Juppé (qui devint rapidement le rival récurrent de Philippe Séguin au sein de la Chiraquie) et François Léotard (qui se risqua à une seconde tentative de rénovation avec Michel Noir et Michèle Barzach une année plus tard sans aucun succès médiatique ni politique).

Seconde initiative sans lendemain organisée par Philippe Séguin, la mise en place d’un courant souverainiste au sein du RPR en fin 1990 dans une alliance interne avec Charles Pasqua, gaulliste “de droite” qui étonna beaucoup les observateurs. Dans ses mémoires publiées récemment, Pasqua affirma qu’à l’époque, ne croyant plus aux chances présidentielles de Jacques Chirac et surtout, à son identité gaulliste, il trouva en Philippe Séguin un futur présidentiable prêt à défendre un gaullisme authentique.

Dans ce courant, Philippe Séguin accueillit l’un de ses fidèles, François Fillon, ainsi que Michel Barnier, et le père de Nathalie Kosciusko-Morizet (actuelle secrétaire d’État). Ils n’obtinrent que 31% aux assises du RPR au Bourget le 11 février 1990.

Maastricht, tremplin pour une ambition présidentielle

yartiseguin200992Encouragé par Charles Pasqua, Philippe Séguin ne prit toute son envergure qu’à partir du débat sur le Traité de Maastricht proposant une monnaie unique européenne. Il réclama un référendum le 5 mai 1992 dans un discours à l’Assemblée Nationale qui fit date. Référendum finalement accordé par François Mitterrand.

Son talent d’orateur et ses arguments bien affûtés contre la construction européenne lui donnèrent un rôle prépondérant dans la campagne référendaire avec la consécration par le Président de la République François Mitterrand qui lui fit l’honneur d’un débat télévisé contradictoire à la Sorbonne le 2 septembre 1992.

Une consécration qui l’a piégé car la maladie de François Mitterrand, ses nombreuses pauses pour soulager ses souffrances l’avaient dissuadé d’attaquer trop fortement et il se montra finalement assez mou dans un débat fort policé (au grand dam de Charles Pasqua). Même si le “oui” l’avait emporté (de très peu), Philippe Séguin avait toutefois acquis une véritable stature de présidentiable.

Choc frontal contre Édouard Balladur et Alain Juppé

La victoire des élections législatives de mars 1993 permit à Philippe Séguin de devenir un Président de l’Assemblée Nationale respecté et apprécié (il a été élu au perchoir au second tour après un premier tour face à Dominique Baudis). Il choisit notamment Henri Guaino (actuel conseiller spécial à l’Élysée) comme chargé de mission, très brièvement puisque Charles Pasqua le nomma ensuite à son cabinet place Beauvau.

De mars 1993 à juin 1997, il a cherché à moderniser l’institution parlementaire en obligeant les députés à venir plus souvent en séance, refusant le vote des absents et très strict sur les temps de paroles (les Guignols de l’Info en fit alors un véritable cauchemar pour les députés).

Placé ainsi en position d’observateur, Philippe Séguin eut tout le loisir de combattre le gouvernement d’Édouard Balladur : « Balladur existe puisqu’il se trompe à chaque fois qu’il prend une décision » (cité par “Le Monde” du 8 janvier 2010) .Il employa même des termes très forts comme celui d’accuser le Premier Ministre de préparer un « Munich social ».

Alors que son ancien compère, Charles Pasqua, retrouva à Édouard Balladur quelques qualités (il le laissait tranquille au Ministère de l’Intérieur sans intervention de sa part), Philippe Séguin s’engagea pleinement dans la campagne présidentielle désespérée de Jacques Chirac, à l’instar de très rares responsables politiques (comme Alain Juppé, Jean-Louis Debré, Hervé de Charette, Charles Millon et Alain Madelin). Même François Fillon ne sut résister aux sirènes balladuriennes.

La victoire inespérée de Jacques Chirac en mai 1995 (alors qu’en janvier 1995, Nicolas Sarkozy imaginait même qu’Édouard Balladur serait élu dès le premier tour) ne fut pas à la hauteur des attentes de Philippe Séguin malgré sa part déterminante dans cette campagne. Son rival de toujours, Alain Juppé, fut nommé à Matignon et lui restait au perchoir, la victoire dérobée.Il ne sera jamais Premier Ministre

 

Le 21 avril 1997, Jacques Chirac fit la première des deux bêtises de sa Présidence. À savoir, il décida de dissoudre une Assemblée Nationale qui lui était très majoritairement favorable, sur conseil peu avisé de Dominique de Villepin et d’Alain Juppé.

Pourtant, comme l’impopularité commencée avec les dures grèves de 1995 contre la réforme de la sécurité sociale désarmait surtout le gouvernement d’Alain Juppé, Jacques Chirac aurait plutôt dû choisir la seule option possible pour préparer les élections législatives prévues en mars 1998 : le changement de Premier Ministre et la nomination incontournable de Philippe Séguin à Matignon. C’est ce que Jacques Chirac a compris, mais trop tard, seulement entre les deux tours des législatives (”pour convenances personnelles”) de juin 1997, où Alain Juppé renonçait dans tous les cas à diriger le gouvernement. Lionel Jospin bénéficia de cette véritable faute stratégique. Et pour cinq années d’une troisième cohabitation.

Patron éphémère du RPR

yartiseguin200938Philippe Séguin fut en juillet 1997 le recours irrésistible du RPR et des gaullistes ayant échoué (de nombreux députés sortants battus en voulurent à Jacques Chirac de ne même pas avoir été prévenus de la dissolution). Philippe Séguin devenait en quelques sortes le “Michel Rocard du gaullisme”, à l’instar de Michel Rocard hissé à la tête du Parti socialiste après l’échec des législatives de mars 1993.

Ce fut donc un binôme qui se forma la tête du RPR : Philippe Séguin à la présidence et Nicolas Sarkozy au secrétariat général. Pendant vingt et un mois, ils travaillèrent ensemble en bonne entente malgré des options idéologiques, des alliances politiques et des personnalités très différentes. Parmi les actions entreprises, Philippe Séguin fit adopter le principe de l’élection directe par les adhérents du président du RPR. Michèle Alliot-Marie bénéficiera (seule) de cette mesure en 1999 (pour lui succéder).

L’échéance cruciale pour lui était les élections européennes de juin 1999 qui s’auguraient très mal : Charles Pasqua, battu car balladurien, en disgrâce définitive de la Chiraquie, et très déçu par Philippe Séguin, décida de monter une liste aux européennes avec les autres souverainistes, comme Philippe de Villiers qui avait eu de beaux scores en juin 1994 et avril 1995 (respectivement 12,3% et 4,7%). Le choc allait être lourd à gérer entre Séguin et Pasqua, anciens alliés.

Beaucoup de chiraquiens (comme Bernard Pons) ayant laissé entendre que les deux listes reflétaient les mêmes idées du RPR, Philippe Séguin démissionna de la présidence du RPR le 16 avril 1999 et renonça à sa candidature aux européennes, constatant « un contexte où la loyauté, la clarté et la transparence ne sont pas des vertus cardinales ».

Fin de carrière politique chaotique

D’un point de vue personnel, il n’a pas eu forcément tort puisque Nicolas Sarkozy, assurant l’intérim à la tête du RPR, a dû le remplacer très vite à la tête de la liste et s’est retrouvé seulement à égalité avec la liste Pasqua, un véritable échec. Mais aussi une estime réciproque entre Philippe Séguin et Nicolas Sarkozy.

Michel Rocard a perdu politiquement lors des élections européennes de juin 1994. Sans combattre, Philippe Séguin a également perdu politiquement toute possibilité élyséenne lors des élections européennes de juin 1999.

Dans cette affaire, la responsabilité de Jacques Chirac ne fut pas vraiment nulle, car il pouvait craindre une candidature de Philippe Séguin pour l’élection présidentielle de 2002 en cas de succès aux européennes. Il n’en fut donc rien.

C’est pourtant Jacques Chirac qui remit en scelle Philippe Séguin pour les élections municipales à Paris en mars 2001 malgré les demandes d’investiture d’Édouard Balladur et de François de Panafieu (qui sera candidate officielle en mars 2008). Philippe Séguin, assez peu crédible par son ancienne étiquette de maire provincial, mena une campagne très mauvaise, desservie par la dissidence du maire sortant Jean Tibéri, l’absence de soutien clair de Jacques Chirac et quelques entêtements personnels sur le choix des candidats et des options du projet municipal qui aboutirent à l’élection (historique) du socialiste Bertrand Delanoë.

En juin 2002, Philippe Séguin renonça à se présenter aux élections législatives, ayant d’ailleurs opportunément compris qu’il avait droit à une retraite très généreuse (il a été député pendant vingt-deux ans). Il démissionna aussi du Conseil de Paris (où il présidait le groupe RPR) pour refuser d’adhérer à l’UMP. Il abandonna donc toute activité politique.

Cette retraite politique déçut beaucoup de ses proches et en particulier François Fillon qui l’aurait bien vu candidat à l’élection présidentielle en 2007 (il aura eu 64 ans, soit le même âge que François Mitterrand en 1981).

Le suprême commissaire aux comptes

Le 21 juillet 2004, il fut nommé Premier Président de la Cour des comptes, le bâton de maréchal pour un haut fonctionnaire de ce grand corps de l’État, succédant à quatre autres ministres, Pierre Joxe (1993-2001), Pierre Arpaillange (1990-1993), André Chandernagor (1983-1990) et Lucien Paye (1970-1972).

À ce poste, Philippe Séguin prit la posture qu’il préférait, celui de l’observateur donnant des mauvaises notes. Et l’État, avec ses déficits publics récurrents, sa dette épouvantable et ses gaspillages, était sa cible de choix, son cancre, au fil des rapports annuels qu’il publiait.

Toujours soucieux de la dépense publique et de l’intégrité des hommes, Philippe Séguin avait désapprouvé la nomination du député René André à la Cour des comptes, décidée au Conseil des ministres du 27 septembre 2006 pour permettre au ministre Philippe Bas de se présenter dans la circonscription du nouveau « conseiller maître en service extraordinaire » (comme l’a rappelé le chroniqueur Jean-Michel Aphatie).

Nicolas Sarkozy aurait proposé à Philippe Séguin de devenir Ministre de la Justice au printemps 2007 mais il aurait refusé en considérant que ministre était un poste trop incertain pour lui. En mars 2009, de nouvelles rumeurs faisaient encore état de son retour au gouvernement.

Passionné de football (il présidait même la commission Grands Stades pour l’Euro 2016), Philippe Séguin était un historien dans l’âme, passionné par la vie républicaine (il écrivit la vie des Présidents de l’Assemblée Nationale) et paradoxalement promoteur de la réhabilitation politique de Napoléon III dans un ouvrage qui fit en 1990 beaucoup de bruit médiatique, “Louis Napoléon le Grand“.

La classe politique unanimement en deuil

Les réactions à la disparition de Philippe Séguin ont été évidemment nombreuses et élogieuses.

Le Président Nicolas Sarkozy a évoqué le « tempérament chaleureux et généreux » d’un homme qui « a consacré toute sa vie, toute l’étendue de ses talents et la force exceptionnelle de ses convictions à la chose publique ». Il a parlé aussi de son « souci constant de concilier sans jamais les opposer le progrès économique et la justice sociale, avec la préoccupation chevillée au corps d’une gestion rigoureuse des deniers publics ». (Il est cependant étrange d’observer que dans le communiqué de l’Élysée daté de 9:56, il y a une erreur, faisant élire Philippe Séguin au perchoir en 1995 au lieu de 1993, qui n’a été corrigée qu’entre 15:30 et 16:00).

Le Premier Ministre François Fillon a été très ému (jusqu’aux larmes) par la mort de l’un de ses deux parrains en politique, « déchirure avec des années de complicité politique, mais surtout personnelle ». François Fillon a décrit « cette ironie tendre, qu’il me réservait en me voyant assumer mes fonctions de Premier Ministre, lui qui me regardait toujours comme le jeune parlementaire qu’il avait choisi de prendre sous son aile ». Il a ajouté : « L’aura et la culture de Philippe Séguin s’imposaient à tous. Son autorité et son rayonnement intellectuel ne laissaient personne indifférent. Chacun pressentait que dans son patriotisme ombrageux, il y avait en quelques sorte une part de notre histoire nationale. ».

L’ancien Président Jacques Chirac a publié un communiqué où il a exprimé son émotion : « Avec [Philippe Séguin], les mots de République, de Nation et d’État prenaient tout leur sens. Je perds, pour ma part, un ami pour lequel j’avais un grand respect et une profonde affection. ».

Un de ses prédécesseur, Valéry Giscard d’Estaing, a observé, très cérébral : « Il était dans le sillon de ce que l’on appelle le gaullisme social ».

Un « parcours exemplaire de rigueur et d’honnêteté » pour le Président de l’Assemblée Nationale Bernard Accoyer. Une « personnalité forte, complexe, capable de résister, capable de dire non, mais, surtout, il y avait chez lui une certaine idée de la France, un grand respect de la République et, surtout, le désir ancré profondément de faire en sorte que la France, la nation française, soit respectée, forte et fière » pour le Président du Conseil constitutionnel Jean-Louis Debré. Un « homme à caractère exceptionnel » pour l’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin qui l’a ainsi décrit : « Il n’avait peur de personne, il résistait à tout, il avait de fortes convictions et beaucoup de courage, beaucoup d’audace. ». Et pour l’ancien Premier Ministre Alain Juppé (collègue d’enseignement au Québec), « ce n’était pas quelqu’un de facile, nous avons eu des divergences fortes, notamment sur l’Europe. C’était une intelligence, c’est une grande perte pour la République. ».

Selon son “complice” Charles Pasqua, « il n’avait pas d’ambition personnelle, mais une ambition pour la France. Il avait l’étoffe d’un chef d’État. ».

Beaucoup de gaullistes sociaux furent à son “école” comme la Ministre de la Recherche Valérie Pécresse (« une des plus grandes figures du gaullisme social, homme d’engagement, de caractère et d’action ») ou le Président du Sénat Gérard Larcher.

François Bayrou, son autre “complice” à l’époque des rénovateurs, a vu en lui un trait qu’il appréciait bien : « Il ne renonçait pas même s’il apparaissait seul contre tous. (…) Tout le monde entendait bien derrière son grand rire une trace de mélancolie. Cette fêlure sur fond de tristesse le rendait plus attachant aux yeux de ceux qui l’aimaient. ».

La gauche aussi a réagi de façon très consensuelle (sauf Lutte ouvrière).

Ainsi, la première secrétaire du PS Martine Aubry a déclaré : « Ces dernières années, grâce à son travail admirable à la Cour des comptes, il était devenu pour la République un sage dont la voix était une référence et une boussole. ». Beaucoup d’autres leaders sont intervenus également à chaud sur cette brutale disparition, comme les anciens Premiers Ministres Lionel Jospin, Laurent Fabius et Michel Rocard, les anciens candidats à l’élection présidentielle Jean-Pierre Chevènement et Ségolène Royal, et aussi l’ancien Ministre de la Justice Robert Badinter qui a expliqué ceci : « Il était l’un des rares qui maintenait au Parlement la tradition de l’éloquence. ».

Tristesse partagée…

Profonde tristesse donc, tant personnelle que nationale, pour la disparition d’un des derniers grands mastodontes politiques que la France ait connu dans sa période postgaulliste.

Sincères condoléances à la famille.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (7 janvier 2010)

Pour aller plus loin :

La disparition de Philippe Séguin (1).

La disparition de Philippe Séguin (2).

Réaction de Nicolas Sarkozy à la disparition de Philippe Séguin.

Réaction de François Fillon à la disparition de Philippe Séguin.

Autres réactions à la disparition de Philippe Séguin.

L’enterrement de Philippe Séguin aux Invalides.

Un homme libre

Posted onjanvier 4, 2010 
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Il y a déjà cinquante ans exactement. Le lundi 4 janvier 1960 vers quatorze heures quinze. À Villeblevin, à la limite francilienne de la Bourgogne, juste avant Villeneuve-la-Guyard.

yarticamus03Je roulais souvent sur la Nationale 6. J’allais de Grenoble à Paris en passant par Chalon-sur-Saône puis Avallon, Auxerre, Sens, Montereau, Fontainebleau. Je roulais sur la route parfois droite, parfois bordée de platanes.Chaque fois, j’avais le cœur qui frémissait. Je ne savais pas où exactement l’accident avait eu lieu, mais je me l’imaginais, là, devant moi, sur cette route si facile. Si facile qu’il était si tentant d’accélérer un peu trop. Beaucoup trop.

 

Puis, j’ai habité dans la région. Je roulais alors pour ma quotidienneté, plus ponctuellement pour des grands voyages. Je repassais alors sur cette route. J’y ai même visité une vieille maison que je comptais acquérir pour la restaurer (mais de la théorie à la pratique, il y avait un monde, un trop grand fossé, j’ai renoncé).

Je me disais bien que ce n’était pas loin, à cet endroit. Mais jusqu’à aujourd’hui, je n’avais jamais voulu connaître le nom de la commune exactement. Le lieu exact. Je le sentais, et j’étais en fait tout proche. Et ce n’était pas le premier accident mortel dans le coin qui m’avait interpellé, hélas. Mais l’autre était encore plus grave. Plus grave pour moi, évidemment. Plus touché.

Jamais je n’aurais pu le connaître. Ni le rencontrer. Interdiction chronologique hélas. Il était pourtant plus jeune que mon grand-père.

yarticamus57Il rentrait de ses fêtes de fin d’année et du Nouvel An passées dans le Vaucluse. Il avait acheté une propriété grâce à l’argent de son Prix Nobel attribué le 17 octobre 1957 pour « l’ensemble d’une œuvre qui met en lumière les problèmes se posant de nos jours à la conscience des hommes ». Son rival l’aura refusé un peu plus tard. Pas lui. À quoi bon ? La modestie était déjà en bouillie, pourquoi vouloir être encore plus narcissique ?

Ils étaient quatre dans la voiture. Une belle voiture de luxe, rapide. Trop rapide, elle aurait roulé à cent quatre-vingt kilomètres par heure. Un pneu a éclaté. Un platane. Un second.

Albert Camus était le passager avant. Son ami et éditeur Michel Gallimard était au volant. La femme de ce dernier, Jeanne, quarante ans, s’était assise à l’arrière avec leur fille Annie, dix-huit ans. Elle avait laissé sa place à l’avant à Albert à cause de ses grandes jambes.

Trop rapide. Trop triste.

La route était en ligne droite. Il n’y avait personne d’autre sur la route. La voiture a percuté deux arbres. Albert Camus fut tué sur le coup. Quarante-six ans seulement. Le neveu de Gaston Gallimard quelques jours plus tard à l’hôpital, à quarante-trois ans.

On peut lire la triste dépêche ici.

On a retrouvé dans sa poche un billet de train qu’il aurait dû prendre avec René Char qui avait décliné le voyage en belle voiture. Albert a préféré le voyage avec Annie.

Albert aimait choquer et pendant son funeste voyage, il s’amusait à vouloir que leur corps fût momifié et que chacun figurât dans la salle à manger. Annie n’appréciait pas vraiment ce genre d’humour.

Albert Camus, je l’ai connu tardivement.
Enfin, connu, je veux dire, je l’ai lu tardivement.

J’ai eu la chance de ne pas l’avoir eu au programme de philosophie dans ma classe de terminale. Chance car je l’ai découvert quelques années après, quatre exactement, et ceux de mon âge qui l’avaient “eu” en ont été dégoûtés pour longtemps. C’était dommage. La philosophie, c’est une question de maturité. D’histoire personnelle. Pas de programmes scolaires.

Je l’ai découvert au détour d’une angoisse. D’une profonde douleur. Je l’ai découvert chez “Virgin Mégastore”, avenue des Champs-Élysées à Paris, pendant ma pause déjeuner alors que je travaillais dans le 7e arrondissement. J’avais vingt et un ans. C’est l’un de ses livres les plus abrupts qui m’avait attiré l’œil : “Le Mythe de Sisyphe”.

« Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d’être vécue, c’est répondre à la question fondamentale de la philosophie. »

J’ai tellement adoré que j’ai acheté très vite tous ses autres livres. Œuvres très différentes : théâtre, essai, récit. Mais un style toujours très clair, aux phrases courtes, fluides, incisives.

“Les Justes” comme combat entre l’innocence et la révolution.

Le meilleur, selon moi, fut “La Chute”.
Petit récit qui n’a l’air de rien et qui peut ennuyer mais qu’il faut poursuivre jusqu’au bout.
Avec pour thème récurrent, pour seul thème qui vaille… le deuil.

J’adorais tellement Camus que je m’étais interdit de lire Sartre pendant quelques années. Une forme d’hommage pas vraiment intelligent. J’ai ensuite adoré Jean-Paul Sartre. Lui aussi produisait différents types d’œuvres : théâtre, essai, récit. L’un n’interdit pas l’autre. J’aime les deux.

Le destin écourté d’Albert Camus est sans aucun doute un drame pour la littérature française. Au-delà du drame humain.

Sans suite, son œuvre restera hélas plutôt sombre et négative. Pourtant, Albert Camus était un homme d’espérance. De vie, de vitalité, qui adorait les femmes, le football, le vin etc.

Dans sa progression, Albert Camus avait déjà réalisé deux grandes parties de son œuvre : l’Absurde en premier lieu, et sa réaction, la Révolte, en second lieu.

Il comptait conclure sur une troisième partie, consacrée à l’Amour, plus positive, plus optimiste, plus mesurée.

La mort aura été plus forte.
Et le Panthéon n’en ferait rien.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (4 janvier 2010)

Pour aller plus loin :

La dépêche annonçant la mort d’Albert Camus.

Pas de Panthéon pour Albert Camus.

Dominique Strauss-Kahn sera-t-il le prochain Président de la République française ?

Posted ondécembre 22, 2009 
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Peut-on être à la fois au four et au moulin ? Dominique Strauss-Kahn va devoir s’accrocher s’il veut être porté par la vague élyséenne. Tout est encore permis, mais rien n’est évident pour lui.

yartiDSKaa14Les analystes politiques ne sont pas plus aptes que madame Soleil à prévoir l’avenir. Et pourtant…
 
 
Un directeur du FMI élu Président ?
 
Le directeur général du FMI a démissionné presque quatre ans après sa nomination à Washington. Docteur en science économique et diplômé de sciences politiques, il avait été auparavant Ministre de l’Économie dans son pays. Deux mois et demi après sa démission du FMI, il est élu Président de la République dès le premier tour avec 50,1% pour cinq ans. Il est réélu cinq années plus tard.
 
Non ! Ce n’est pas de la politique fiction. Il ne s’agit pas de Dominique Strauss-Kahn, l’actuel directeur général du FMI, mais de Horst Köhler, actuel Président de la République fédérale d’Allemagne élu le 23 mai 2004 pour cinq ans et réélu le 23 mai 2009, qui avait occupé le même poste quelques années avant DSK.
 
Ce clin d’œil montre que ce haut poste de l’économie mondiale (qui a rang de chef d’État) peut mener à tout, même à atteindre la plus haute magistrature de son pays (pour l’Allemagne à titre très honorifique).
 
Mais revenons à Dominique Strauss-Kahn et à sa possible candidature à l’élection présidentielle de 2012.
 
 
Des sondages élogieux
 
Depuis juillet 2009, le personnage jouit d’une très forte popularité auprès des Français et en début novembre 2009, on le donnait même gagnant dans un second tour face à Nicolas Sarkozy (les sondages dans leur intégralité sont téléchargeables ici et ).
 
On a beau critiquer ou aduler les sondages, ce sont eux qui rendent une candidature à l’Élysée “naturelle” ou pas. Et ce n’est pas récent. Jacques Chirac s’en servait déjà en avril 1974 pour soutenir la candidature de Valéry Giscard d’Estaing, constatant que Jacques Chaban-Delmas ne tenait pas la route dans sondages face à François Mitterrand. Pour la première fois depuis le début de la République, démentant d’éminents politologues (comme Alain Duhamel), la candidature de Ségolène Royal fut montée en mayonnaise par un effet médiatique persistant et des sondages qui tournaient en boucle.
 
Les médias étant ce qu’ils sont, ils voient donc aujourd’hui en Dominique Strauss-Kahn le seul adversaire sérieux de Nicolas Sarkozy. En fait, il aurait dû déjà l’être au printemps 2007 s’il l’avait… vraiment voulu.
 
 
Le trop plein
 
Retournons quelques mois en arrière. En 2007, François Hollande, premier secrétaire du Parti socialiste, fait tout pour retarder le congrès de sa succession. Il fallut attendre un an et demi et une querelle byzantine incroyable à Reims pour qu’il quittât la direction.
 
En 2007, Ségolène Royal croyait encore en ses chances pour 2012, se disant la seule socialiste de l’histoire à avoir recueilli le 6 mai 2007 autant de suffrages : 16 790 440 voix (sauf qu’avec la croissance démographique, c’était encore insuffisant pour battre Nicolas Sarkozy).
 
En 2008, l’année du congrès si prometteur, c’était celle de Bertrand Delanoë. Le maire de Paris avait pour ambition de diriger son parti pour le mener ensuite à l’élection présidentielle. Son échec au congrès de Reims a mis rapidement un terme à cette ambition.
 
Dans la balance, il ne reste donc plus que Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn. On pourrait évidemment imaginer une candidature de Martine Aubry qui, depuis quelques semaines, gagne des points dans les sondages (10% de plus que Ségolène Royal quand même), mais si elle sait rassembler sur sa gauche, elle aurait beaucoup de difficulté à communiquer sur son refus d’alliance avec le MoDem tout en ayant des adjoints MoDem à sa mairie de Lille. Et puis, un joker, François Hollande, qui croit malgré sa très faible notoriété qu’il serait l’homme providentiel du PS.
 
Laurent Fabius ? Il y a renoncé, je crois, assez clairement, admettant qu’il n’était actuellement plus en position d’être candidat, ce qui, de sa part, est une position honnête et lucide pas forcément facile à admettre. Et la nouvelle génération ? oui, mais qui ? Vincent Peillon, Manuel Valls, Pierre Moscovici, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Gérard Collomb… ou même Hubert Védrine si l’on tient compte des noms de domaine réservés sur Internet ? Là aussi, le trop plein fabrique le vide.
 
Dominique Strauss-Kahn va donc probablement, dans les mois qui vont venir, bénéficier d’une image très positive qui ne sera jamais altérée : ni par les régionales, ni par les aléas de la vie politique ordinaire. Il est au-dessus, ailleurs, absent tout en surplombant.
 
Il va faire l’homme providentiel incontournable. Raymond Barre à partir de 1984 qui devenait de plus en plus évident qu’il aurait été le seul à battre François Mitterrand en 1988. Jacques Delors en 1995, le seul à battre… Édouard Balladur. Ou encore ce Lionel Jospin de 2002, sûr de lui, de son bilan, de son intelligence, en avance dans les sondages sur son concurrent Jacques Chirac.
 
 
Attentisme contreproductif
 
yartiDSKaa41Oui, mais. Le problème de Dominique Strauss-Kahn, c’est que c’est un dilettante. Un dilettante politique dans les faits. Peut-être par peur de tuer, par fidélité à son parti, par absence de stratégie claire. Mais dilettante.
 
Dominique Strauss-Kahn était, dès 1997, le dauphin potentiel de Lionel Jospin, avec une rivale, Martine Aubry (désormais alliée depuis un an). Le probable Premier Ministre d’un Lionel Jospin Président en 2002. Son éviction du gouvernement le 2 novembre 1999 pour cause d’affaire MNEF a un peu terni l’héritier naturel.
 
Et à ce titre, Dominique Strauss-Kahn a été un excellent porte-parole dans les soirées électorales. Refusant toute abstention et choquée même de l’attitude de Lionel Jospin, il fit appel sur les plateaux de télévision dès le soir du 21 avril 2002 à voter Jacques Chirac contre Jean-Marie Le Pen (rappelons que Lionel Jospin, prisonnier d’un ego vexé, s’est abstenu).
 
Mais il aurait dû aller plus loin, d’autant plus que Lionel Jospin avait annoncé clairement la couleur de son abandon. Dominique Strauss-Kahn aurait dû tout de suite relever le poing et annoncer qu’il voulait prendre la suite. Il y aurait eu parmi les éléphants beaucoup de bousculement, mais il les aurait pris de vitesse et aurait pu poursuivre avec la bataille des élections législatives de juin 2002 que François Hollande a donc dû mener. À l’époque, Ségolène Royal n’avait pas encore été “fabriquée”. En revanche, les ambitions présidentielles de Nicolas Sarkozy étaient désormais très claires.
 
Cinq années pour préparer une candidature à l’Élysée, ce n’était pas de trop. Je rappelle quand même le nombre d’années qu’il a fallu à chaque Président de la République pour être élu à partir de l’expression publique de son ambition présidentielle :
- Charles De Gaulle : 12 ans (c’est un peu spécial, car collège électoral réduit).
- Georges Pompidou : 7 ans.
- Valéry Giscard d’Estaing : 12 ans.
- François Mitterrand : 16 ans.
- Jacques Chirac : 19 ans.
- Nicolas Sarkozy : 5 ans.
 
Le système politique français laisse peu de chance à des éventuels Barack Obama de venir en irruption dans le débat présidentiel.
 
En prenant date en 2002, Dominique Strauss-Kahn aurait pu construire une opposition solide sans problème de leadership. Il n’a pas osé. Il n’a peut-être pas voulu ? Il pensait que le succès était dans une guerre de lenteur. Que l’éléphant qui se déclarerait le premier allait perdre. Finalement, aucun éléphant ne partit et c’est Ségolène Royal qui gagna sans trop de suspens la primaire socialiste du 16 novembre 2006.
 
Dominique Strauss-Kahn avait pourtant rassemblé Michel Rocard, Lionel Jospin, Robert Badinter etc. mais n’était rien au regard des sondages. Et il avait osé se revendiquer ouvertement de la social-démocratie, rompant avec les dogmes de façade du socialisme français de l’époque Guy Mollet-François Mitterrand.
 
Au second tour du 6 mai 2007, nouvel échec des socialistes, là aussi Dominique Strauss-Kahn avait un beau discours sur les plateaux de télévision sur un PS à reconstruire. On avait même l’impression que cette fois-ci, débridé par l’échec de Ségolène Royal, il allait enfin donner de la voix. Finalement, non. Ni ce soir-là. Ni les mois qui suivirent. Car pendant ce temps, il se préparait à devenir le directeur général du Fonds monétaire international (nommé le 28 septembre 2007, en fonction le 1er novembre 2007 pour cinq ans).
 
 
Démocratie sociale et social-démocratie
 
Bien que d’origines “jospino-mitterrandistes”, Dominique Strauss-Kahn reprend la tradition de la deuxième gauche, celle “moderne” de Michel Rocard et de Jacques Delors qui se veut réaliste et pas utopique.
 
Concrètement, son positionnement social-démocrate aurait dû être une aubaine pour la candidature centriste de François Bayrou. L’idée de ce dernier aurait été de faire éclater le PS et de récupérer la branche strauss-kahnienne.
 
Mais cette branche-là, en fait, depuis deux ans, n’existe plus vraiment. Ses amis sont partis dans des courants très différents, mais on peut penser que les sondages les aideraient à retrouver leur ancienne loyauté.
 
 
Et les électeurs dans tout ça ?
 
En quittant la scène nationale, il est peu probable que Dominique Strauss-Kahn puisse gagner une élection présidentielle. Car cette élection se gagne par la rencontre avec les électeurs. Jacques Chirac avait bien compris en 1994, à l’époque où l’on donnait Édouard Balladur élu presque dès le premier tour. Or, Dominique Strauss-Kahn, selon une remarque d’un journaliste, préférerait la fréquentation des chefs d’État et des grands patrons à la rencontre des ouvriers, des employés, des électeurs de son pays.
 
S’il est aussi haut dans les sondages, c’est surtout parce qu’il représente une position modérée, raisonnable, acceptable par beaucoup de monde, y compris des personnes qui ne sont pas dans le même “camp” que lui. Mais lorsqu’il s’agira de mettre le bulletin dans l’urne, l’expérience a montré que cette cohorte de sympathisants regagnent leur “camp” sans se préoccuper de la sympathie qu’ils peuvent avoir pour la personnalité. La forte popularité d’une Simone Veil et même d’un Raymond Barre n’a jamais pu se traduire en victoire électorale. Cette mésaventure aurait sans doute eu lieu en cas de candidature de Jacques Delors en 1995 (Lionel Jospin y avait finalement terminé en tête du premier tour alors qu’était sérieusement envisagé un duel au second tour entre Jacques Chirac et Édouard Balladur).
 
 
Une primaire retardée, le scénario catastrophe bis
 
Le principe d’une nouvelle primaire pour désigner le candidat socialiste de 2012 devient déterminant dans l’attitude de Dominique Strauss-Kahn. Il a tout intérêt à ce que la primaire se déroule le plus tard possible, c’est-à-dire comme pour la précédente, vers l’automne 2011. Son mandat au FMI aurait été largement entamé et sa démission ne serait pas synonyme d’abandon après quatre ans de mandat (comme Horst Köhler). Martine Aubry, première secrétaire du PS, a, elle aussi, tout intérêt à retarder le plus possible cette primaire afin de conserver sa fragile autorité au sein du PS. Seule Ségolène Royal aurait intérêt à organiser une primaire le plus tôt possible afin de mobiliser ses troupes de militants.
 
D’un point de vue tactique, Ségolène Royal a évidemment raison. La primaire de 2006 avait considérablement plombé les soutiens de la candidates socialistes qui ne lui étaient pas favorables initialement (tout le monde n’est pas Barack Obama qui a réussi à rassembler les électeurs d’Hillary Clinton).
 
Pour devenir un candidat crédible et reconnu par les siens, il aurait fallu organiser cette primaire dès 2008, au même moment que le congrès de Reims, or, tous les responsables socialistes étaient d’accord au contraire sur ce seul point : ne pas désigner le futur candidat. 2012 risque donc de renouveler 2007 de façon assez prévisible.
 
Ni Nicolas Sarkozy ni François Bayrou n’ont cet handicap de légitimité à se présenter. Et à être reconnus comme candidats “naturels”. Ni Ségolène Royal bien sûr.
 
 
Que manque-t-il à Dominique Strauss-Kahn ?
 
Si sa crédibilité politique et sa crédibilité économique ne sont pas en cause, la question de la crédibilité électorale de Dominique Strauss-Kahn reste entière. Comment bâtir un mouvement électoral suffisamment puissant dans chaque commune, dans chaque canton si le candidat est en permanence à l’étranger ?
 
Il aurait à répondre à ce slogan relativement destructeur : “candidat de l’étranger” ou à se justifier de son opposition à Nicolas Sarkozy dont les relations restent équivoques (des rumeurs en faisaient même son Premier Ministre en 2009).
 
Il va devoir ménager la chèvre (ses fonctions actuelles) et le chou (une hypothétique élection à l’Élysée).
 
En refusant de se consacrer totalement à sa candidature à l’élection présidentielle, Dominique Strauss-Kahn, comme il en a maintenant l’habitude, risquerait d’hypothéquer ses dernières chances pourtant réelles (il aura 63 ans le 25 avril 2012).
 
 
Une perspective de candidature somme toute peu envisageable
 
Le scénario de sa candidature paraît donc bien compromis en raison du double saut d’obstacles : la primaire socialiste et l’élection elle-même. Pourrait-il ne pas démissionner du FMI en étant candidat à la primaire ? Et s’il démissionnait du FMI et qu’il perdait la primaire, il aurait “tout” perdu ? Pourrait-il être candidat sans diriger son parti, ce qui avait été le grand handicap de Ségolène Royal en 2007 ?
 
Il serait en fait tenté d’imaginer le scénario des Verts de 2002 (Alain Lipietz désigné en primaire puis y renonçant au profit de Noël Mamère). Ne pas participer à la primaire, favoriser alors la candidature-cheval de Troie de Martine Aubry et meilleur dans les sondages, la remplacer dans les derniers mois de la campagne.
 
Ce scénario de candidature “servie sur plateau d’argent” aurait l’avantage de rester au FMI et de ne prendre aucun risque ni personnel ni politique, mais c’est sans doute ne pas comprendre qu’une fois le candidat du PS choisi et investi par la base, celui-ci serait convaincu qu’il serait le meilleur (puisqu’il aurait gagné la primaire), et c’est pourquoi en 2007, Ségolène Royal n’avait aucune raison de céder le pas à un Michel Rocard tellement hors du temps que sa proposition était peut-être à comprendre dans un répertoire comique.
 
L’autre scénario, sans doute le plus dangereux pour Nicolas Sarkozy, ce serait que François Bayrou et Dominique Strauss-Kahn se mettent d’accord avant le premier tour pour présenter un projet politique commun, l’un candidat à l’Élysée, l’autre à Matignon. Mais seraient-ils capables de s’entendre ? et qui devrait quitter son parti d’origine ?
 
 
DSK delenda est
 
Dans cette perspective, même si elle a actuellement des sondages plutôt médiocres, Ségolène Royal a sans problème sa crédibilité de candidate (elle l’a été et a fait un score loin d’être ridicule en comparaison avec le Lionel Jospin de 2002), ce qui est un avantage sur ses concurrents socialistes.
 
Et le Président de la République Nicolas Sarkozy pourrait alors envisager sa possible réélection avec une assez grande sérénité.
 
À moins que…
 
 
Aussi sur le blog.
 
Sylvain Rakotoarison (22 décembre 2009)
 
 
Pour aller plus loin :
 
Sondages sur DSK à télécharger (novembre 2009).
 
Sondage sur DSK à télécharger (décembre 2009).
 
Y a-t-il encore un strauss-kahnien ?
 
Pluralité dissonante.
 
Zoom sur le PS.
 

Les singes de maître Stéphane Guillon, nouveau pape de la médecine

Posted ondécembre 18, 2009 
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Avec ses singes vaccinés et son ami d’ami, l’humoriste a réussi à faire mieux que faire rire, il a fait peur. Dix mois après avoir suscité la colère.

_yartisingeguillon01.jpgDepuis sa sortie  dans sa chronique du 17 février 2009 sur la vie privée de Dominique Strauss-Kahn et les protestations de ce dernier, Stéphane Guillon a atteint les sommets de la notoriété. Humoriste de radio (il sévit le matin sur France Inter juste avant l’interview de l’invité de Nicolas Demorand), Stéphane Guillon est avant tout un saltimbanque qui fait de la scène. Son humour est parfois caustique, fumeux, provoquant, d’un goût douteux, mais c’est un peu l’exercice de style qui veut cela même si parfois, les blagues s’enferment dans une sorte de narcissisme très égocentré. L’indépendance de Radio France avait à l’époque tangué mais l’humoriste était confirmé l’année suivante malgré le changement de présidence.
 
Bref, on l’aime ou on ne l’aime pas, mais il est toujours sain que des fous du roi existent même en République.
 
Apparemment, une seconde chronique risque de consolider sa notoriété sur Internet, et donc, son autonomie par rapport à sa station de radio. Depuis son petit speech du 8 décembre 2009, la rumeur court que des singes vaccinés contre le virus de la grippe A (H1N1) 2009 seraient morts au bout de quatre mois.
 
 
Stéphane Guillon, expert en pharmacovigilance
 
Certaines personnes sur Internet ont repris une partie de la chronique de Stéphane Guillon dans un but précis d’alarmisme contre le vaccin : « J’ai un ami qui possède un laboratoire de recherche aux États-Unis. Je tiens l’histoire de lui, Éric, elle est véridique. Tous les singes qu’il a fait vacciner en août sont morts quatre mois plus tard. Tous. ».
 
L’aparté « elle est véridique » semble avoir apporté à ces phrases son pesant de crédibilité pour ne pas dire de cacahuètes.
 
Puis, sous prétexte que sa chronique était restée indisponible pendant quelques heures sur le site de Radio France (probablement pour des raisons techniques), certains imaginèrent que non seulement Stéphane Guillon avait donné une information capitale sur le vaccin contre la grippe A mais en plus, il était courageux, car le seul à avoir eu l’audace de le dire, d’aller contre la prétendue ”omerta” des médias, et finalement, censuré par son employeur (on s’étonne encore aujourd’hui de pouvoir écouter la chronique chez Dailymotion et Youtube malgré cette “censure”).
 
La côte de popularité de l’humoriste, par conséquent, a dû monter aussi haut que sa courbe de notoriété. Le seul courageux qui dit enfin la vérité mais qu’on veut réduire au silence. J’imagine l’humoriste en train de se marrer de telles réactions.
 
 
Prenons d’abord la “pseudo-information”
 
Analysons les éléments avant même de la replacer dans le contexte humoristique.
 
L’imprécision totale (le nom de l’ami ? le lieu exact aux États-Unis ? nom du laboratoire ? nom précis de l’espèce de ces singes ? le type de vaccin ? contre quel virus ? de quoi les singes sont-ils morts, insuffisance respiratoire, crise cardiaque… ? etc.) discrédite facilement une telle assertion. Une information, ce sont des faits vérifiables, donc précis en unité de temps, de lieu et de circonstances : qui, quoi, quand, où, comment…
 
De plus, en général, on ne “possède” pas un labo de recherche, on est d’abord scientifique, médecin, biologiste etc. et par ce métier, on occupe certaines fonctions, on enseigne, on dirige un labo, une équipe, un organisme de veille sanitaire etc.
 
Le fait que ce soit aux États-Unis réduit d’ailleurs l’intérêt puisqu’à ma connaissance, les Américains n’utilisent pas le même type de vaccins qu’en France.
 
Enfin, vaccinés ou pas vaccinés, les gens mourront tous d’une manière ou d’une autre et ce n’est donc pas une mort qui a lieu après une vaccination qui est l’information intéressante, c’est le lien prouvé de causalité entre la vaccination et la mort (lien par ailleurs bien difficile à établir de façon certaine).
 
 
Contexte de la chronique
 
On oublie un peu vite d’écouter le début et la suite de cette rumeur qui ont encadré ces trois phrases sur les singes.
 
Début du passage : « Je voudrais terminer sur une bonne nouvelle, quelque chose qui devrait apaiser nos auditeurs vaccinés et conforter les autres. ».
 
Ensuite, les phrases déjà citées, puis la fin du passage : « Alors, d’un côté, c’est vrai que c’est une info un peu anxiogène, je vous l’accorde ; de l’autre, et c’est pour ça que j’ai parlé de bonne nouvelle, quatre mois, ça vous laisse jusqu’en avril pour mettre vos affaires en ordre. On sait qu’on passe un Noël tranquille, sans complication. C’est déjà pas si mal. ».
 
En fait, Stéphane Guillon se moquait bien sûr de toutes les rumeurs qui sont colportées depuis plusieurs mois sur Internet à propos du vaccin contre la grippe A et s’est amusé justement en inventant une histoire complètement abracadabrantesque. Il ne devait pas penser qu’autant de crédules, qui se disent pourtant incrédules vis-à-vis de l’information des institutions médicales officielles, le prendraient au pied de ses mots.
 
Il est sûr que l’expérience, la formation, les réseaux, toute la trajectoire personnelle de Stéphane Guillon lui apportent toute autorité en matière d’informations médicales extrêmement pointues.
 
Pour s’en convaincre, il suffit aussi de lire sa chronique dans “Libération” du 28 novembre 2009 où il raconte sa semaine : « Mercredi [donc le 25 novembre]. Folle journée ! Ma chronique ce matin à France Inter. Les activités des enfants, mon papier à écrire pour Canal + et un spectacle ce soir au théâtre de Colombes. Donc rien pour Libération. Dîner chez des amis après le spectacle, ambiance chaleureuse, discussion enflammée… “Quelqu’un a un ami qui connaît un ami qui tient un laboratoire, tous les singes vaccinés en août dernier contre la grippe A sont morts”. Ma femme et moi sommes très surpris, nous répondons que parmi tous les singes que nous fréquentons assidûment, aucun n’est mort suite au vaccin. ».
 
Bref, cette petite histoire de singes n’est pas nouvelle, il l’avait déjà inventée dix jours avant avec une petite différence, ce n’est pas un “ami”, mais une relation qui connaît un ami du patron du labo, soit, en gros, tout pour apporter l’imprécision classique des rumeurs fondées sur du vide (”je connais le voisin du cousin d’un ami qui…”). Il a repris le 8 décembre 2009 son histoire de singe en la modifiant un peu… uniquement parce que la Ministre de la Santé Roselyne Bachelot était l’invitée du jour.
 
 
Vous avez dit humour ?
 
Toujours pour confirmer que ce n’est que de l’humour (j’ai l’impression de marteler une évidence pourtant palpable), Stéphane Guillon s’était aussi amusé le même jour à dire qu’il venait de croiser Roselyne Bachelot et que son visage était paralysé à cause du vaccin.
 
Ses mots exacts sont retranscrits ici :
 
« Je m’attendais à accueillir la Roselyne qu’on connaît, bonne vivante, gouailleuse en veste fuchsia et rouge à lèvres assorti… Eh bien, pas du tout. Je n’avais encore jamais vu de près une personne vaccinée avec tous les effets secondaires qui vont avec. C’est terrible. En la voyant débarquer il y a cinq minutes à peine, je me suis dégonflé. On se demande souvent si j’ai des limites. Eh bien oui, je refuse d’attaquer Roselyne dans l’état où elle se trouve. Ces derniers temps, beaucoup de gens se sont moqués de ses mimiques, de ses roulements d’yeux. C’est vrai que lorsqu’elle annonce des morts, on a le sentiment qu’elle vient d’enterrer elle-même les corps. On dénonçait une dramaturgie excessive. La vérité est plus cruelle. Quand Bachelot essaie de bouger son visage paralysé suite aux effets du vaccin, les ordres envoyés par son cerveau font rouler ses yeux, d’où ce sentiment d’assister à un mauvais film muet des années 20. En tout cas, il existe une paralysie du faciès certaine. On navigue entre Sylvester Stallone et la momie de Lénine. Toutes les femmes qui se ruinent en injection de botox, faites-vous vacciner contre la grippe A ! ça paraît bien plus efficace. Depuis l’arrivée de Roselyne dans les couloirs, la gène est palpable. Tout le monde regarde ses chaussures. Deux techniciens qui passaient par hasard ont voulu faire une promesse de don. Il a fallu toute la dextérité de Thomas Legrand [chroniqueur politique sur France Inter] pour leur dire : “Non non, les gars, c’est pas le Téléthon, c’est madame Bachelot. Rangez vos chéquiers.”. Le plus triste dans tout cela, c’est qu’on sent que Roselyne ne profite pas de son succès. (…) Elle ne profite pas, elle est totalement Guillain-Barré. ».
 
Faut-il préciser que Roselyne Bachelot n’a pas semblé utile de publier un démenti ?
 
 
Alors, à qui ce petit jeu profite-t-il ?
 
D’abord à l’humoriste qui a tout intérêt à laisser la rumeur s’enfler. Il sait bien qu’on ne pourra pas l’accuser de divulgation de fausse information, il n’est pas journaliste et est censé faire rire tous les jours. S’il est cru, c’est donc qu’il a bien réussi sa chronique, c’est du boulot donc bien fait. 
 
On ne peut pas vraiment parler de mensonges quand on est dans le registre de la plaisanterie. Ainsi, même la caisse de champagne supposée offerte à lui par Frédéric Schlesinger (directeur de France Inter à l’époque de sa chronique sur DSK) est fausse malgré ses affirmations sur Canal +.
 
En revanche, il y a beaucoup de perdants, et en premier lieu les personnes inquiètes et soucieuses d’informations médicales précises, exactes et sérieuses. Et ceux qui n’ont pas le sens de l’humour.
 
 
Vous avez dit “crédule” ?
 
La morale, car il y en a une, c’est que les personnes soi-disant indépendantes, capables de mieux comprendre la médecine que les plus hauts spécialistes d’épidémiologie, préoccupées (avec raison) par leur libre arbitre, incrédules vis-à-vis de la communication institutionnelle qui est sans doute loin d’être parfaite, tombent comme des enfants dans le panneau le plus simpliste d’une blague de potache qui, tellement grosse, ne cherchait même pas à tromper son auditoire (heureusement, tous les journalistes l’ont compris comme tel).
 
En résumé, les incrédules sont bien plus crédules qu’ils ne voudraient le faire croire, tout simplement par un besoin évident de chercher le moindre petit élément qui pourrait confirmer leurs sentiments à l’égard du vaccin contre la grippe A sans être capables d’avoir le recul nécessaire pour analyser la pertinence de ce même élément.
 
 
Dans un autre article sur le sujet, j’évoquerai cette fameuse “décharge” dont on parle tant à propos du vaccin contre la grippe A.
 
 
Aussi sur le blog.
 
Sylvain Rakotoarison (18 décembre 2009)
 
 
Pour aller plus loin :
 
Faites-vous vacciner contre la grippe A.
 
La décharge et la vaccination (à venir).
 
Radio France, symbole de l’indépendance ?
 
Stéphane Guillon et ses singes vaccinés.
 
Stéphane Guillon et ses singes vaccinés (vidéo).
 
Stéphane Guillon s’amuse avec DSK.
 
Stéphane Guillon s’amuse avec DSK (vidéo).
 

Le bug du Sénat risque de tourner à l’aigre

Posted ondécembre 16, 2009 
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Une boulette du Sénat arrive au plus mauvais moment pour la majorité : lorsque Rachida Dati laisse échapper ses états d’âme sur le fonctionnement du Parlement européen. Une comparaison peu élogieuse pour le fonctionnement du Parlement français.

_yartibug07.jpgAprès le bug du rejet de la loi HADOPI le 9 avril 2009 à l’Assemblée Nationale par une erreur de vote du député (et ancien ministre) Jean-François Lamour, un sénateur vient de commettre le même type d’erreur sur la loi ratifiant l’ordonnance de redécoupage des circonscriptions législatives. Le Sénat est pourtant l’une des instances les plus calmes de la République. Il s’est un peu agité lundi soir.
 
 
Une séance ordinaire au Sénat
 
La séance de discussion au Sénat avait lieu le soir du 14 décembre 2009 et était présidée par la première vice-présidente du Sénat, la socialiste Catherine Tasca (ancienne Ministre de la Culture), en l’absence du Président du Sénat Gérard Larcher.
 
Cette séance se déroulait donc normalement après un débat mené par le Secrétaire d’État aux Collectivités territoriales Alain Marleix. Comme prévu, l’opposition sénatoriale présentait quelques amendements et la majorité les rejetait.
 
Jusqu’à cet amendement n°24 présenté par la sénatrice communiste Josiane Mathon-Poinat qui proposait purement et simplement la suppression de l’article unique du projet de loi… car ce texte ne comporte qu’un seul article. Cela revenait littéralement à supprimer le projet de loi.
 
A priori, comme pour les autres amendements de l’opposition, celui de Josiane Mathon-Poinat aurait dû être rejeté. Comme les sénateurs étaient peu nombreux pour cette séance de nuit, l’UMP avait systématiquement demandé un vote public pour chacun des amendements, le vote public permettant aux absents de voter grâce à l’entremise d’un sénateur de leur groupe qui votait à leur place. Ainsi, tout devait être bien “verrouillé”.
 
 
Un mauvais vote
 
C’était sans compter sur la faible expérience du sénateur centriste du Rhône Jean-Jacques Pignard, ancien maire de Villefranche-sur-Saône et suppléant de Michel Mercier, devenu sénateur le 24 juillet 2009 car Michel Mercier a été nommé au gouvernement.
 
Jean-Jacques Pignard était chargé des votes du groupe Union centriste (regroupant notamment des sénateurs du MoDem et des sénateurs Nouveau centre). Mais il a fait une erreur de vote. Croyant qu’il s’agissait de voter pour la loi et pas pour l’amendement, il a glissé dans l’urne des bulletins OUI.
 
Résultat du vote : l’amendement de Josiane Mathon-Poinat a été approuvé par 167 sénateurs (la majorité absolue était à 162) et refusé par 156. L’adoption de cet amendement a impliqué immédiatement le rejet du projet de loi d’Alain Marleix. On peut lire précisément l’analyse du vote à ce lien.
 
Parmi les sénateurs heureux de ce rejet, il y avait l’ancien député RPR Jean-Louis Masson, opposé au redécoupage des circonscriptions dans son département, en Moselle.
 
 
Bataille de procédure
 
Une fois les résultats connus officiellement à 20 heures, le président du groupe de l’Union centriste, Nicolas About (MoDem et favorable au projet de loi) a immédiatement demandé à la présidente de séance, Catherine Tasca, d’annuler ce vote en raison d’une erreur matérielle de vote. Catherine a alors expliqué qu’elle n’avait pas été saisie de cette erreur au moment du vote et n’a donc pas pu l’annuler.
 
Alain Marleix a alors brandi l’article 43 alinéa 4 du règlement du Sénat pour demander une seconde délibération avant le vote du projet de loi pour rétablir l’article unique. Le rapporteur du projet, Jean-Jacques Hyest, président de la Commission des lois allait également dans ce sens.
 
Mais deux sénateurs de l’opposition firent valoir que cette seconde délibération pour un amendement n’était possible que s’il restait encore un texte, or la suppression de l’article unique a fait qu’il n’y avait plus de texte, donc plus lieu de délibérer.
 
Catherine Tasca qui dirigeait la séance est restée prudente : « Le vote est acquis, mais je ne suis pas habilitée à déterminer si l’on a voté sur un amendement ou sur l’ensemble du texte. C’est au Sénat de décider. ».
 
Les sénateurs socialistes mirent alors la pression en menaçant de quitter l’hémicycle si une seconde délibération était décidée. Afin de déterminer l’issue de ce vote, Catherine Tasca décida de deux suspensions de séance d’un total de deux heures vingt.
 
 
Le rejet du projet de loi confirmé
 
En reprenant la séance à 22 heures 45, Catherine Tasca a finalement donné raison à l’opposition : « J’ai beaucoup réfléchi depuis que nous nous sommes séparés. J’ai constaté que de multiples interprétations étaient données de la situation assez particulière que nous vivons. Dans notre assemblée, la présidence a sa responsabilité. Je prends donc mes responsabilités et considère que l’adoption de l’amendement n°24 de suppression, mis aux voix par scrutin public à la demande du groupe UMP, a, de fait, abouti au rejet de l’ensemble du texte. En conséquence, je lève la séance. ».
 
Les sénateurs de la majorité ont violemment protesté (« coup de force » ; « tricherie organisée » ; « c’est honteux ! », « abus de pouvoir », « quel mépris ! » etc.). De nombreuses personnalités de la majorité ont continuer les protestations jusqu’à la mi-journée du lendemain.
 
La conférence des présidents du Sénat (qui statue sur l’ordre du jour de ses séances) a finalement approuvé le 15 décembre 2009 la décision de Catherine Tasca, donnant tort au gouvernement et aux responsables de l’UMP. En l’approuvant, la conférence des présidents (la majorité y est majoritaire) a ainsi préféré soutenir l’une de ses élus plutôt que de la désavouer. Catherine Tasca a d’ailleurs fait preuve de fermeté, calme et bonne connaissance de la procédure parlementaire.
 
 
Indépendance à l’arraché
 
Par cette confirmation du rejet du texte, le Sénat montre une nouvelle fois son indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif, ce qui était aussi l’un des buts de la réforme des institutions (même si, ici, la procédure n’avait pas été changée par cette réforme).
 
Le Ministre des Relations avec le Parlement Henri de Raincourt a jeté l’éponge sur ce vote, en déclarant : « L’affaire est close aujourd’hui au Sénat. Le gouvernement n’a pas à s’immiscer. ». II faut rappeler qu’Henri de Raincourt est avant tout un ancien sénateur (avant son entrée au gouvernement le 23 juin 2009) et a présidé lui-même le groupe UMP du Sénat. Il garde certainement dans son esprit une réelle solidarité avec ses anciens collègues qu’il retrouvera sans doute après son départ du gouvernement.
 
Concrètement, ce “couac”n’aura pas une grande conséquence législative. Le projet d’Alain Marleix repassera probablement en janvier 2010 en seconde lecture devant l’Assemblée Nationale qui l’avait adopté le 20 octobre 2009. Comme ce projet de loi concerne les prochaines élections législatives qui auront lieu en juin 2012, cet retard parlementaire n’aura aucune incidence sinon une mauvaise image.
 
 
Pendant ce temps, à Strasbourg…
 
Une mauvais image qui arrive au même moment que la polémique suscitée par M6 en diffusant publiquement le 13 décembre 2009 une conversation privée de l’ancienne Ministre de la Justice Rachida Dati.
 
Cette dernière, députée européenne, très lassée par sa présence en séance au Parlement européen, a laissé entendre qu’elle devait rester présente dans l’hémicycle car son absence se verrait lors des votes : « Je suis obligée de rester là, de faire la maligne, parce qu’il y a un peu de presse et, d’autre part, il y a l’élection de Barroso. (…) Quand tu es à Strasbourg, on voit si tu votes ou pas. Sinon, ça veut dire que tu n’es pas là… ».
 
 
De là à faire des comparaisons entre les procédures parlementaires européennes et les procédures parlementaires françaises… (alors que les députés français ont déjà protesté contre les mesures prises pour réduire leur absentéisme).
 
 
Aussi sur le blog.
 
Sylvain Rakotoarison (16 décembre 2009)


Le rejet du redécoupage électoral par le Sénat en détail.
Le redécoupage électoral.

 

Rachida Dati oppressée par le Parlement européen ?

Pour aller plus loin :

Valoriser le potentiel national

Posted ondécembre 15, 2009 
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Le grand emprunt va servir aux investissements de l’avenir. Un projet ambitieux et une vision à long terme.

_yartiemprunt07.jpgAu cours de sa conférence de presse du 14 décembre 2009, le Président de la République Nicolas Sarkozy a indiqué en détails les objectifs du grand emprunt de 35 milliards d’euros qu’il a lancé lors de son discours au Parlement réuni en Congrès du 22 juin 2009.
 
 
Une rupture et une vision
 
Dans les grandes lignes issues de la commission coprésidée par Alain Juppé et Michel Rocard, les objectifs vont dans la bonne direction et d’ailleurs, l’opposition ne s’y trompe pas puisqu’elle ne focalise ses critiques que sur la manière de financer l’emprunt, pas sur sa destination.
 
Comme Nicolas Sarkozy l’a expliqué, ce plan (qui n’est pas un plan de relance et qui est indépendant du traitement de la crise) est une véritable rupture pour préparer l’avenir de la France pour les décennies prochaines. Il l’a comparé au début des années 1960 avec le programme nucléaire et au début des années 1970 avec d’autres programmes technologiques comme le TGV. Il y a bien eu une tentative de lancement d’une grande politique industrielle à la fin de la Présidence de Jacques Chirac mais la mise en place de pôles de compétitivité, si cela allait dans le bon sens pour valoriser les ressources technologiques du pays, n’obtenaient pas les moyens au niveau des ambitions affichées.
 
 
Riche en science, pauvre en valorisation
 
Cela fait depuis les débuts des années 1980 que tous les acteurs de l’innovation connaissent le grand handicap de la France. Le pays compte en son sein des chercheurs d’excellence mondiale. Les nombreux succès technologiques l’ont démontré et la France se situait en 2008 au 4e rang pour l’attribution des Prix Nobel (même si ce n’est pas le premier critère, c’est quand même une reconnaissance et une visibilité). Malgré ces atouts d’excellence, le pays a du mal à transformer ses succès scientifiques en succès industriels et économiques.
 
À cela, il y a certainement une part de psychologie qui a trait à l’argent et à son positionnement autour de l’argent : en France, on ne dit pas le niveau de son salaire, on aime bien s’enrichir (comme partout) mais sans trop le dire vraiment, bref, l’argent est déconsidéré et souvent mis en opposition avec la connaissance, le savoir, les idées. L’argent est “sale” comme disait un prédécesseur de Nicolas Sarkozy. Ce sont évidemment des traits sans doute trop caricaturaux et qui ne prennent pas en compte les lentes évolutions sociologiques, cependant, j’ai pu m’en rendre compte quand j’ai mené un projet de recherche avec une collaboration entre public et privé, et le privé était même semi-privé puisqu’il s’agissait d’une entreprise publique. Le fait même de faire cofinancer le projet par des sources privées rendait le projet suspect intellectuellement pour certains éminents chercheurs. Le problème, c’est que les projets nécessitent en général des investissements lourds que seul le privé est capable de financer.
 
Concrètement, cette fausse opposition entre savoir et argent a une incidence catastrophique sur le pays en termes économique et social : la valorisation est très difficile à émerger, à savoir, le passage entre la découverte dans un laboratoire (qui n’apporte que la reconnaissance scientifique à ses auteurs) et la fabrication d’un produit d’application et sa vente avec profit (qui apporte salaire aux employés, richesse aux fournisseurs et valeur ajoutée aux clients, taxes et impôts à l’État). Le mot “profit” fait encore frémir beaucoup de Français alors que seul le profit d’une entreprise lui permet d’investir et de préparer d’autres activités qui elles-mêmes feront des emplois.
 
Quelques signes montrent cette difficulté à la valorisation. C’est par exemple l’absence de réflexe du brevet. Quand il n’y a qu’un ingénieur de propriété intellectuelle dans un site de 20 000 chercheurs de haut niveau, c’est normal que plusieurs milliers de brevets potentiels ne soient pas déposés chaque année par manque de moyen. Sans brevet, inutile de vouloir faire de la valorisation industrielle. Et un brevet coûte très cher car pour être utile, il doit s’étendre internationalement.
 
Un autre signe, c’est la capacité d’un chercheur public (université ou institut de recherche) à créer une entreprise. Au Canada et aux États-Unis, en général, le professeur d’université et directeur d’équipe de recherche est en même temps patron de son entreprise qui valorise les travaux de son équipe. L’intérêt, c’est qu’il trouve sans trop de problème un emploi à tous ses doctorants, chose quasi-impossible en France car le monde de la recherche est très différent du monde des entreprises (c’est surtout une question de mentalités qui évoluent heureusement, notamment grâce à l’apport des Doctoriales initiées par l’Association Bernard Grégory (ABG) et le Ministère de la Défense, qui chaque année réunissent en séminaire des doctorants sur le thème industriel, et à celui de certaines écoles doctorales, comme à Chimie Paris par exemple, qui incluent dans leur cursus des conférences sur la valorisation industrielle).
 
 
Des pouvoirs publics déjà sensibilisés
 
Les pouvoirs publics sont loin d’être restés aveugles face à ces défis majeurs : de très bonnes initiatives ont eu lieu depuis plus de dix ans pour favoriser l’innovation technologique et les ponts entre recherche publique et monde économique.
 
Contrairement à ce qu’on peut croire, des institutions qu’on pourrait croire ringardes sont parfois à la pointe de cet esprit. Le Sénat par exemple a été l’inspirateur de manifestations comme “Tremplin Entreprises” ou d’autres rencontres très utiles pour la valorisation et l’innovation. Des collectivités locales (souvent les conseils régionaux) proposent également des aides à l’innovation dont les crédits sont généralement votés par l’ensemble des élus hors des clivages politiques.
 
Mais jusqu’à maintenant, l’État n’avait soutenu aucune politique très volontariste dans ce domaine (en terme de moyens) malgré quelques avancées très positives depuis 1998 (comme la création des incubateurs publics et la possibilité pour un chercheur de faire de l’essaimage sans perdre son poste).
 
 
Les cibles du grand emprunt
 
Je ne détaille pas les différents sujets qui seront financés par le grand emprunt (voir le document à télécharger). La plupart ont trait à la recherche, à l’université et aux entreprises de valorisation.
 
Une philosophie à laquelle j’adhère mais qui peut être contestable est de diminuer les cibles de financements et de leur attribuer le maximum de moyens pour soutenir une grande ambition (Nicolas Sarkozy me paraît toutefois un peu trop ambitieux et nationaliste lorsqu’il veut « la meilleure université du monde », le monde de la recherche est désormais international et les découvertes se trouvent souvent dans le cadre de programmes de coopération multinationale). C’est une philosophie qui va à l’encontre du saupoudrage. Le saupoudrage a l’avantage de ne défavoriser aucune entité. Mais il ne permet pas l’excellence.
 
Nicolas Sarkozy évoque ainsi une petite dizaine d’universités (seulement donc) qui recevront chacune 1 milliard d’euros comme fonds propres. À elles de le gérer, d’en avoir des produits financiers. En contrepartie, la gestion devra être autonome (accepter l’autonomie de la loi Pécresse de 2008) et accepter les coopérations avec les entreprises. C’est du “donnant-donnant”.
 
Parmi les campus favorisés, il y aura celui de Saclay qui aura 1 milliard d’euros immédiatement afin de regrouper les grandes écoles d’ingénieurs de Paristech, Centrale, Normale Sup. Cachan, et Paris-11 (actuellement à Orsay), près de Polytechnique, Supélec, HEC, le synchrotron Soleil, le CEA (au sigle duquel seront rajoutées les “énergies alternatives”)… qui sont déjà sur le plateau de Saclay.
 
Il parle aussi de choisir les 5 meilleurs CHU pour en faire de grands instituts mondiaux de la recherche médicale sous l’appellation IHU, instituts hospitalo-universitaires, et de leur attribuer une dotation de 850 millions d’euros.
 
Il y aura forcément des “crissements” de dents au moment des choix définitifs. Certaines entités ne font pas de doute, mais beaucoup d’autres seront à la limite entre être choisie et ne pas l’être et le choix aura forcément une incidence importante dans l’aménagement du territoire.
 
Parmi les annonces bienvenues, 3,5 milliards d’euros sont prévus pour la valorisation avec notamment une enveloppe pour accroître le portefeuille de brevets. C’est un pas décisif de compétitivité et de valorisation de travaux scientifiques. Pour encourager la création d’entreprises de valorisation au sein de grands pôles d’excellence, 1 milliards d’euros (parmi les 3,5 milliards évoqués) seront investis dans ces sociétés choisies après un appel à projets organisé par un fonds national de valorisation qui sera créé.
 
Les thèmes favorisés sont assez consensuels (à part le nucléaire contesté par Noël Mamère) :
 
- 2,5 milliards d’euros pour la santé : la recherche contre le cancer, contre les maladies génétiques, contre Alzheimer et contre le sida.
- 1 milliard d’euros pour les transports terrestres et maritimes, les industries automobile, ferroviaire et navale.
- 2 milliards d’euros pour l’aéronautique et le spatial.
- 1 milliard d’euros pour la 4e génération des centrales nucléaires.
- 2,5 milliards d’euros pour les énergies renouvelables.
 
Par ailleurs, 1 milliard d’euros ont été crédités pour les conclusions des futurs états-généraux de l’Industrie.
 
Autre décision que j’approuve pour en avoir fait état au début des années 1990, c’est de prévoir 750 millions d’euros pour la numérisation de tout la patrimoine culturel dont les supports actuels se détruisent par l’effet du temps. Nicolas Sarkozy a d’ailleurs glissé une parenthèse en disant que cette sauvegarde numérique faisait aussi partie de l’identité nationale.
 
Nicolas Sarkozy a choisi aussi de favoriser la cohésion sociale en prévoyant 500 millions d’euros pour l’égalité des chances dans la formation, 500 millions d’euros pour l’apprentissage (rénovation du parc des équipements, internats d’excellence etc.), 500 millions d’euros pour la rénovation thermique des logements privés abritant des ménages aux revenus modestes et 2 milliards d’euros pour développer les infrastructures de très haut débit Internet, c’est-à-dire de plus de 50 mégabits par seconde, (à raison de 1 euro public pour 2 euros privés investis) avec pour objectif une couverture de 70% de la population d’ici 2020.
 
Selon les experts, le grand emprunt de 35 milliards d’euros entraînerait sur ses sillons 25 autres milliards d’euros d’investissement issus du secteur privé et des collectivités locales.
 
En résumé, le grand emprunt, s’il est bien mis en place, va apporter de nombreuses ressources pour consolider le fort potentiel national et le valoriser pour la décennie à venir.
 
 
Modalités pratiques
 
Les modalités pratiques du grand emprunt qui sont son financement et son exécution vont être déterminantes.
 
Le financement a été choisi pour minimiser les coûts financiers et éviter d’accroître la dette publique. L’État fera appel aux marchés financiers pour 22 milliards d’euros (les 13 milliards restants étant pris sur les remboursements de l’aide à la crise des banques).
 
Cela signifie qu’il ne sera pas fait appel au public. Pour ma part, c’est peut-être dommage car pour ce type d’emprunt, le taux d’intérêt n’entre pas seulement en ligne de compte, il y a aussi un côté “patriotique” et “civique” qui aurait pu jouer. Le récent emprunt d’EDF, pas forcément intéressant en terme financier, a été un succès pour cette raison (surtout exprimée par les personnes âgées fidèles aux “valeurs sûres” que sont l’État et les grandes entreprises publiques).
 
L’exécution est confiée à René Ricol nommé commissaire général de l’emprunt et un comité de surveillance composé de parlementaires entre autres et coprésidé par Alain Juppé et Michel Rocard veillera à la suite donnée aux investissements.
 
 
Le service après-vente du grand emprunt
 
yartiemprunt05Si sa diction paraissait un peu tendue (je pense que ce grand emprunt est l’un des éléments clefs du quinquennat), Nicolas Sarkozy était cependant très à l’aise avec les chiffres en jonglant facilement avec les milliards, aussi bien que dans une conférence de presse d’un de ses prédécesseurs sur un même sujet à l’époque, Valéry Giscard d’Estaing, avec une argumentation qui est connue depuis très longtemps mais jamais vraiment suivie de volonté politique. Les données apportées ont souvent été des comparaisons avec les pays anglo-saxons, ce qui est justifié par la globalisation des échanges qui nécessite une harmonisation des moyens pour rester dans la “course” à l’innovation.
 
Le fait d’avoir associé Michel Rocard et Alain Juppé, deux personnalités indépendantes, avec grande expérience des affaires, et ne portant pas vraiment Nicolas Sarkozy dans leur cœur, a l’avantage de faire de ce grand emprunt un acte national détaché de toutes arrière-pensées politiciennes.
 
Il est à parier que si ce grand plan porte ses fruits, Nicolas Sarkozy ne pourra se les attribuer qu’après sa Présidence, et donc, hors de des préoccupations électorales (ne pouvant se représenter qu’en 2012, la réforme des institutions lui empêchant un troisième mandat en 2017, ce grand emprunt n’aura pas d’incidence direct sur 2012 même s’il donne à la seconde moitié de son quinquennat une tonalité particulière).
 
 
Long terme
 
Pour la première fois depuis juin 1982 et le début de la “rigueur” menée par François Mitterrand et Jacques Delors, l’État a montré enfin une véritable vision sur du long terme.
 
Je ne peux dire que bravo et applaudir.
 
 
Aussi sur le blog.
 
Sylvain Rakotoarison (15 décembre 2009)
 
 
Pour aller plus loin :
 
Le document de référence (dossier de presse de l’Élysée) à télécharger.
 
Lettre de Michel Rocard au journal “Le Monde” (12 décembre 2009).
 
Résumé du grand emprunt.
 
Vidéo de la conférence de presse de Nicolas Sarkozy du 14 décembre 2009.

Grippe A (H1N1) 2009 : faites-vous vacciner !

Posted ondécembre 14, 2009 
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Ne vous y trompez pas : les hésitations naturelles ne doivent pas faire oublier quelques fondamentaux… comme sauver des vies humaines.

yartigrippeA01Agoravox serait-il la dernière “terre de liberté” ? Celle où la vaccination serait une hérésie de la médecine, où les virus n’auraient jamais existé, où les Américains auraient eux-mêmes commandité les attentats du 11 septembre 2001, où ces mêmes Américains ne seraient jamais allés sur la Lune, où les extraterrestres s’amuseraient à faire des ronds dans les champs terriens, où le réchauffement climatique ne serait plus qu’un mauvais rêve (l’hiver arrive), et où même le mouvement perpétuel serait permis, trahissant certes le second principe de thermodynamique mais proposant enfin des solutions définitives aux problèmes énergétiques de la planète ?

Revenons sur terre. Sur la vraie Terre.

Valérie M., (jeune) femme vivant en région parisienne et ayant atteint 45 ans en juillet 2009 revenait d’un voyage au sein de l’Union européenne. Elle a été atteinte du virus de la grippe A. Elle n’avait aucun antécédent, elle était en bonne santé, portait même une attention soutenue à l’harmonie de son corps. Elle décéda cependant trois ou quatre jours après le début de la maladie, le 24 novembre 2009. Ses funérailles ont eu lieu le lundi qui suivait.

Un cas qui m’a touché personnellement, un cas, un seul à ma connaissance, mais un quand même. J’ai aussi le cas de cet ami qui a été malade pendant une semaine de cette même grippe A, presque heureux de pouvoir s’arrêter de travailler car un peu surmené, et qui en est sorti quasiment sans problème. Un cas heureux, celui-là.

Et chacun pourrait citer d’autres cas, d’autres contre-cas, des pour, des contre…

Sans aucun facteur de risque

Pourtant, moi aussi j’avais des hésitations. Ou, plus exactement, car je n’ai jamais eu de doute sur l’efficacité et l’innocuité des vaccins (nous ne sommes plus au temps de Molière), je ne me sentais pas vraiment concerné par la grippe A. Je me sentais en bonne santé (et je savoure cette sublime chance) et donc, je me disais que je n’étais ni fragile, ni avec des antécédents, ni une “personne à risque”.

Mais la grippe A découvre quelque chose de nouveau : il commence à y avoir beaucoup de personnes en bonne santé qui en meurent. Ni fragiles, ni malades, ni rien du tout.

Si on avance les statistiques, on pourra toujours faire un sinistre calcul d’apothicaire. Le mari de Valérie M. s’en moque bien des statistiques prétendument faibles. Lui, il sait que la grippe A n’est pas une “grippette“.

Au dernier bulletin officiel de l’Institut de veille sanitaire (INVS) daté du 8 décembre 2009 (à télécharger ici), en France, 630 cas graves ont été décomptés depuis le début de l’épidémie, dont 62 pour la seule semaine du 30 novembre au 6 décembre. En tout, on déplore 126 décès dont une forte hausse depuis le 2 novembre et ce fut la semaine du 23 au 29 novembre qui eut le plus fort pic (33 décès en données provisoires).

Ces 126 décès touchent un peu plus les hommes que les femmes (58%/42%), principalement les personnes âgées entre 15 et 64 ans (69%), et 20 personnes décédées n’avaient aucun facteur de risque.

Les 630 cas graves concernent autant les hommes que les femmes (50%/50%), surtout les personnes âgées entre 15 et 64 ans (72%), pour 134 d’entres eux (21%), des personnes sans aucun facteur de risque.

Les principaux facteurs de risque sont une pathologie respiratoire chronique (comme l’asthme), une grossesse, un déficit immunitaire, un diabète, une obésité morbide et une insuffisance cardiaque.

En tout, pour la semaine du 30 novembre au 6 décembre, 851 000 consultations pour infections respiratoires aiguës liées à la grippe A ont été estimées par le Réseau des Grog. Depuis la mi-septembre, il y a un peu plus de 4 millions de consultations liées à la grippe A en France.

Par ailleurs, sa forte capacité à se propager encourage les mutations du virus (2 cas signalés en France pour l’instant, des dizaines d’autres cas à l’étranger). Le bulletin précise : « Cet événement [les deux cas de mutations] pourrait augmenter la capacité du virus à atteindre les voies respiratoires basses. L’efficacité des vaccins actuellement disponibles n’est pas remise en cause. ».

Quelques questions

Il est vrai que les fausses informations, les mensonges, les intox, les hoax, la mauvaise foi, l’ignorance sincère se sont multipliés sur Internet depuis quelques mois.

Parmi les principales réfutations, il y a un mythe, celui du vaccin. Le vaccin ne serait pas efficace et pire, serait mauvais.

Pour cela, il vaut mieux lire le dernier bulletin du suivi de pharmacovigilance des vaccins grippaux A (H1N1) de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé pour la période du 21 octobre au 29 novembre 2009 (à télécharger ici). Celui-ci ne comptabilise pour un million environ de personnes vaccinées au 29 novembre qu’un seul décès considéré sans lien de causalité avec le vaccin (mort naturelle) et 16 cas graves pour le vaccin avec adjuvant (Pandemrix).

Parmi les argumentations toujours sans source digne de foi, il y a le fait que le vaccin (en fait, précisons que les centres de vaccination proposent quatre vaccins différents en fonction des cas individuels) aurait été développé trop rapidement. À ma connaissance, tous les tests cliniques ont été réalisés dans les règles de l’art, seule la procédure administrative pour donner l’agrément de l’État a été accélérée (ce qui n’a rien à voir avec l’efficacité du vaccin mais plutôt avec l’efficacité des services de l’État). Ce type de vaccin est lui-même peu original et est connu depuis longtemps.

L’inquiétude pourrait redoubler si on évoquait un supposé accord de non-responsabilité des fabricants de ce vaccin. Je n’ai pas lu le texte d’un tel contrat, si jamais il existe (mais admettons), mais dans tous les cas, rappelons que la France (et bien d’autres pays avec elle) est un État de droit et même l’État n’a pas le droit d’éviter des poursuites en pénal. La responsabilité pénale est du ressort du seul juge. Il serait facile d’imaginer qu’un individu attesterait sur contrat à un tueur à gage qu’il ne le poursuivrait pas en cas d’assassinat d’un de ses proches. Même si l’individu était un représentant de l’État (agissant en tant que tel), cela n’empêcherait nullement ce tueur à gage de répondre de ses actes devant une cour d’assise.

L’argument de non-responsabilité des fabricants de vaccin est d’autant plus ridicule juridiquement qu’il l’est encore plus en terme publicitaire, une “mauvaise affaire” faisant une très mauvaise publicité et pouvant atteindre la crédibilité scientifique de l’entreprise qui serait mise en cause (ce qui n’exclut en rien erreur, négligence, incompétence, comme dans tout domaine, y compris médical).

Ensuite, il y a aussi des arguments un peu plus “techniques”. Comme le fait que les fabricants de vaccins en profitent déjà pour les vaccins contre la grippe saisonnière qui doivent se faire chaque année (donc ne seraient pas vraiment efficaces). Sauf que chaque année, le type de virus est différent et le vaccin saisonnier est préparé en fonction du virus qui devrait être présent dans les mois qui suivent.

Autre argument un peu du même type sur la grippe A : d’une part, si le virus (H1N1) 2009 mutait, le vaccin ne serait plus efficace (pour l’instant, le dernier bulletin précise explicitement le contraire, voir plus haut), d’autre part (je le répète), les mutations ne sont pas le fruit d’une force obscure et réfléchie. Ce ne sont que le résultat aléatoire d’erreurs dans les combinaisons au cours de la duplication (c’est le principe de la théorie de l’évolution, rappel sur le cœlacanthe ici). Or, le nombre d’erreurs (donc le risque de mutations) est proportionnel au nombre de virus qui se propagent. D’où l’intérêt global de réduire au maximum la pandémie (même si celle-ci n’était qu’une “grippette“, ce qui n’est pas le cas) pour réduire au maximum le risque de mutations.Arguments personnels

 

Et puis, voici quelques arguments pour se faire vacciner, qui sont certes subjectifs mais qui me paraissent remettre quelques pendules à l’heure.

Je me moque de faire profiter l’industrie pharmaceutique en me faisant vacciner. C’est son but, comme le but de toute entreprise. Quand j’ai mal à la tête, je ne m’empêche pas de prendre de l’aspirine sous prétexte que je ne veux pas apporter de profits au fabricant d’aspirines. Au même titre, je ne vais pas me restreindre dans mes déplacements automobiles sous prétexte que je ne veux plus enrichir les compagnies pétrolières. Et plus généralement, je ne vais pas arrêter de consommer sous prétexte que dans toute la chaîne, je vais enrichir ceux qui m’apporteraient une réponse à mes besoins. C’est tout le système économique, y compris les emplois dans le secteur privé, qui est basé sur le profit et la rentabilité.

Au même titre que je me moque des conséquences économiques, je me moque de réfléchir à des considérations politiciennes lorsqu’il s’agit de vaccination. Que ce soit récupéré par les uns ou les autres est assez ridicule. On ne refuse pas de se faire vacciner parce qu’on est dans l’opposition. Au même titre que les soutiens de la majorité ne vont pas se faire vacciner par loyauté politique. À moins d’avoir une sérieuse couche de bêtise (je suis prêt à qualifier autrement). Hier, le gouvernement a été critiqué pour avoir prétendument dramatisé la grippe A. Aujourd’hui (il suffit d’aller dans les centres de vaccination), le gouvernement serait plutôt critiqué pour le contraire, pour ne pas avoir suffisamment bien organisé pour faire vacciner sans trop d’attente. Dans tous les cas, le gouvernement aurait été critiqué, d’en avoir trop fait ou pas assez. C’est l’ingratitude du pouvoir (il n’y a pas que les honneurs, il y a aussi les responsabilités et l’intérêt général).

Sur cette question de santé publique, le gouvernement a agi avec anticipation sur un danger réel. Qu’il ait été surévalué est un bien pour la population (ridicule de lire que plus il y aurait de décès, plus la Ministre de la Santé serait contente, ridicule à vomir). Il a aussi été aidé par la préparation du dispositif contre la grippe aviaire (la question d’une pandémie date de plus de trois ans, et toutes les entreprises ont été sensibilisées pour définir des plans d’action en cas de crise).

En revanche, je me moque beaucoup moins des hésitations de la population, ayant moi-même hésité sur l’attitude à avoir à ce sujet. Ces hésitations sont respectables vu le nombre d’informations contradictoires qui sont véhiculées. Le manque de confiance est relativement explicable par le doute de l’autorité médicale qui fait foi, à savoir les médecins généralistes libéraux. Beaucoup d’entre eux ont exprimé des sentiments très variés à propos du vaccin contre la grippe A. Il est vrai que pour des raisons qui pourraient être discutables, le gouvernement a choisi de ne pas impliquer la médecine libérale dans un premier temps (ce qui serait une erreur à mon avis) en confiant la tâche à des centres de vaccination spécialement organisés pour cela (notons au passage que dans ces centres, les patients ont systématiquement une consultation avec un médecin avant de se faire vacciner). L’expérience connue de Stanley Milgram concernant la soumission à l’autorité (popularisée par le film “I comme Icare”) a montré que si l’autorité doute, il n’y a plus obéissance mais interrogation, ce qui, en soi, est rassurant (la conclusion générale de l’expérience n’est, elle, pas du tout rassurante).

Pour compenser cette perte du lien de confiance, les autorités françaises auraient-elles forcé la dose sur le danger de la grippe A ? Je suis bien incapable de répondre à cette question, seul le recul de plusieurs années pourra le dire, mais il est sûr qu’il vaut mieux prévenir trop que pas assez.

Faites-vous vacciner !

Alors, protégez-vous, protégez vos enfants, vos proches. Allez vous faire vacciner si ce n’est pas déjà fait. Le nombre de cas mortels sur des personnes sans aucun facteur à risque commence à croître de façon inquiétante.

N’hésitez plus. N’écoutez pas les oiseaux de malheur qui parlent de machination (d’une ampleur mondiale, imaginez son organisation avec autant de complices !), qui évoquent un conditionnement des esprits, qui qualifient cette grippe A de “grippette” quand elle TUE.

Pensez d’abord à vous et aux vôtres. Chaque décès de cette grippe A aurait pu être évité si tout le monde avait été vacciné.

Ne tombez pas dans l’obscurantisme antiscientifique, dans la contestation systématique des autorités institutionnelles. Profitez de la médecine actuelle.

Bref, soyons responsables.
L’enjeu est important ; il s’agit de vies humaines.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 décembre 2009)

Pour aller plus loin :

Pour en savoir plus sur la vaccination contre la grippe A.

Derniers communiqués officiels à télécharger en .pdf (8 décembre 2009).

À qui appartient l’UDF ?

Posted ondécembre 11, 2009 
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Comprendre le centrisme dans la France de décembre 2009 est un test intellectuel très difficile. Pas sûr que l’électeur puisse s’y retrouver dans les nouvelles chapelles créées à la suite du tremblement de terre du 21 avril 2002 et de l’élection de Nicolas Sarkozy du 6 mai 2007.

_yartiudf01.jpgEn quelques semaines, voici que se complique la guerre de positions à laquelle la famille centriste anciennement réunie sous la bannière de l’UDF participe de manière très feutrée.
 
 
Guerre de positions
 
La dernière information du centre vient de… l’UMP. L’ancien ministre giscardien Hervé de Charette a annoncé le mardi 8 décembre 2009 sur RTL qu’il quittait l’UMP, dans laquelle il n’était plus à l’aise, pour rejoindre les troupes du Nouveau centre. Hervé de Charette a un petit intérêt par rapport à d’autres : malin, il avait déposé à l’INPI la marque de l’UDF en 2004.
 
Était-ce une initiative concertée avec Hervé Morin, ministre actuel et président du Nouveau centre justement, qui a annoncé quelques jours plus tôt (le 29 novembre 2009) son intention de rebaptiser son parti UDF lors de son prochain conseil national le 12 décembre 2009 ?
 
Entre temps, empêtré dans un isolement de plus en plus pesant, lors du congrès du MoDem à Arras le week-end dernier, son président François Bayrou réaffirmait son opposition à une alliance avec les socialistes et cherchait à séduire de nouveau les sympathisants du centre droit déçu par le sarkozysme.
 
Cinq mois auparavant, le 27 juin 2009, le sénateur centriste Jean Arthuis, ancien ministre d’Alain Juppé, transformait son association “Rassembler les centristes” qu’il avait créée le 16 juillet 2008 à la suite de sa démission du MoDem après les municipales de mars 2008 en parti politique sous l’appellation “Alliance centriste“. Jean Arthuis n’a pour l’instant aucune intention d’adhérer au Nouveau centre.
 
De son côté, Pierre Méhaignerie, ancien ministre balladurien et figure historique du centrisme breton, réunissait ses troupes le 9 décembre 2009 pour savoir quoi faire encore au sein de l’UMP et refusait déjà d’envisager le label UDF à un Nouvel centre qu’il subodorerait un peu trop libéral et pas assez démocrate-chrétien.
 
 
Reparlons de l’UDF
 
En décembre 2007, il y a deux ans, j’exprimais mes regrets de la mort de l’UDF décidée à l’occasion du congrès fondateur du MoDem.
 
Rappelons en quelques lignes ce qu’était l’UDF.
 
Le 1er février 1978, juste avant les élections législatives, pour contrebalancer le RPR de Jacques Chirac en guérilla interne au sein de la majorité, l’UDF est créée sur l’insistance du Président Valéry Giscard d’Estaing sous forme d’une confédération de partis politiques (qui gardent donc leur existence légale) : les républicains indépendants de Michel Poniatowski, le Centre des démocrates sociaux de Jean Lecanuet (qui devient président de l’UDF jusqu’au 30 juin 1988) et les radicaux valoisiens de Jean-Jacques Servan-Schreiber.
 
Les RI deviennent par la suite Parti républicain (dirigé à partir de 1982 par François Léotard puis Gérard Longuet) puis à partir du 24 juin 1997, Démocratie libérale (dirigée par Alain Madelin élu contre Gilles de Robien).
 
Le CDS est dirigé par Jean Lecanuet, puis à partir de 1982 par Pierre Méhaignerie jusqu’au congrès de Vincennes en décembre 1994 où lui succède François Bayrou. Il devient Force démocrate le 25 novembre 1995 à Lyon.
 
Après la “décennie JJSS”, le Parti radical valoisien est dirigé par les trois personnalités Didier Bariani, André Rossinot et Yves Galland pendant une vingtaine d’années.
 
Parallèlement à ces trois partis politiques, des “groupuscules” se sont agglomérés à l’UDF avec leur existence propre : le Parti social-démocrate d’André Santini (qui a fusionné avec le CDS en 1995 pour former Force démocrate) qui représente les socialistes qui ont refusé le programme commun et l’alliance avec les communistes, les clubs giscardiens Perspectives et Réalités transformés le 1er juillet 1995 en Parti populaire pour la démocratie française (présidé par Hervé de Charette qui le transforme le 25 avril 2002 en “Convention démocrate” au sein de l’UMP), et les adhérents directs de l’UDF repris par Charles Millon (ancien du Parti républicain) au début des années 1990.
 
Le 31 mars 1996, une alliance entre François Bayrou et François Léotard permet à ce dernier de prendre la succession de Valéry Giscard d’Estaing à la présidence de l’UDF, en s’opposant à la candidature d’Alain Madelin.
 
En mars 1998, le coup de tonnerre des alliances dans certaines régions de membres de Démocratie libérale avec le Front national fait quitter Démocratie libérale de l’UDF qui se choisit comme nouveau président François Bayrou dès le 17 septembre 1998. Notons qu’à cette époque, les repères sont flous : anciens du PR, François Léotard, Gérard Longuet, Alain Lamassoure et Gille de Robien restent dans l’UDF de François Bayrou alors qu’ancien du CDS, Claude Goasguen rejoint Alain Madelin à Démocratie libérale.
 
À la différence de son fonctionnement antérieur, l’UDF devient à partir de 1998 un réel parti politique, avec fusion des structures initiales dans un seul et même parti. Seul le Parti radical valoisien obtient exceptionnellement le maintien d’une existence propre (qu’il obtient également au sein de la future UMP).
 
Le tremblement de terre politique du 21 avril 2002 qui voit Jean-Marie Le Pen qualifié pour le second tour de l’élection présidentielle est l’occasion en or saisie par Alain Juppé et Jacques Chirac dès le 23 avril 2002 pour unifier définitivement les deux partis de la majorité présidentielle, l’UDF et le RPR, en une Union pour la majorité présidentielle qui se transforme quelques mois plus tard, le 17 novembre 2002 au Bourget, en Union pour un mouvement populaire, reprenant la sémantique européenne du Parti populaire européen dans lequel elle se situe.
 
Cette idée de fusionner la droite républicaine et le centre est vieille de plus d’une décennie puisqu’elle prend naissance avec l’initiative des “rénovateurs” en avril 1989. En 2002, Nicolas Sarkozy y est hostile mais ne fait rien contre l’initiative.
 
L’opération fonctionne mieux que prévu puisque la plupart des UDF historiques rejoignent l’UMP : Philippe Douste-Blazy (qui est l’un des acteurs du ralliement et devient secrétaire général aux côtés d’Alain Juppé président), Pierre Méhaignerie, Jacques Barrot, Valéry Giscard d’Estaing, René Monory, François Léotard, Gérard Longuet, André Rossinot, Adrien Zeller, Hervé de Charette, etc.
 
François Bayrou, quelques rares parlementaires centristes comme Bernard Bosson (pourtant son rival au congrès de Vincennes en 1994 pour prendre la présidence du CDS) et surtout la plupart des militants et des sympathisants de l’UDF refusent cette fusion.
 
L’UDF résiduelle parvient quand même à préserver son groupe à l’Assemblée Nationale en juin 2002, grâce notamment à l’élection de nouveaux jeunes députés comme Jean-Christophe Lagarde (à Drancy), Nicolas Perruchot (à Blois), Rodolphe Thomas (en Normandie). Hervé Morin est élu président de ce groupe face à Maurice Leroy.
 
Entre 2002 et 2007, l’UDF est un parti assez étrange qui cherche difficilement son non-alignement vis-à-vis de l’UMP, refuse la participation gouvernementale tout en laissant Gilles de Robien, encore UDF, ministre, allant même à voter pour certains la censure contre le gouvernement de Dominique de Villepin. Le 29 janvier 2006, la ligne autonomiste de François Bayrou est définitivement adoptée au cours d’un congrès extraordinaire à Lyon provoqué par une demande d’explication de Gilles de Robien (qui ne vient finalement pas à Lyon).
 
C’est tout naturellement que l’UDF soutient la candidature de François Bayrou en avril 2007, candidature basée essentiellement sur son opposition à Nicolas Sarkozy mais des membres de l’UDF soutiennent dès le premier tour la candidature de Nicolas Sarkozy comme André Santini et Gilles de Robien.
 
Après son échec du premier tour (malgré un très beau score), François Bayrou annonce son intention de ne pas voter pour Nicolas Sarkozy au second tour, prenant de revers tous ses amis de centre droit. La quasi-totalité des députés UDF soutiennent Nicolas Sarkozy au second tour et sont candidats uniques de la majorité présidentielle en juin 2007 (seuls Jean Lassalle et Gilles Artigues restent fidèles à François Bayrou). Le MoDem est créé dès la fin de l’élection présidentielle le 10 mai 2007.
 
La scission se fait mécaniquement aux élections législatives de juin 2007 entre les partisans de la ligne traditionnelle de l’UDF d’avant 2002 (loyauté à l’alliance UDF-RPR) et la ligne autonomiste dure incarnée par François Bayrou prêt à s’allier avec la gauche, les écologistes et les socialistes pour s’opposer à Nicolas Sarkozy.
 
Les députés UDF réélus au sein de la majorité s’investissent dans une structure qu’ils appellent Nouveau centre (créé le 29 mai 2007) et dont l’origine constitue un talon d’Achille important. En deux ans, jamais le Nouveau centre n’a réussi à prouver sa spécificité politique, n’étant pas le plus contestataire au sein de la majorité présidentielle, ni sa capacité d’existence électorale hors de l’UMP (il n’a pas osé partir seul lors des élections européennes de 2009 et régionales de 2010, scrutins dont le mode de scrutin proportionnel facilite pourtant l’autonomie électorale).
 
Quant à l’UDF canal historique, le 30 novembre 2007 à Villepinte, les adhérents votent la mise en sourdine de ce parti pour une période de trois ans (jusqu’en fin 2010) pour des raisons essentiellement patrimoniales, déléguant au MoDem la responsabilité de l’action. Cette mise en coma artificiel de l’UDF est déplorée son inspirateur et ancien président Valéry Giscard d’Estaing qui remarque paradoxalement la nécessité de deux partis au sein de la majorité (alors qu’il avait encouragé et soutenu la création de l’UMP en 2002 et soutenu la candidature de Nicolas Sarkozy).
 
Mais alors, à qui appartient l’UDF ?
 
 
Point de vue politique
 
Sur le plan des positions politiques et des stratégies politiques, le Nouveau centre pourrait avoir la pertinence de se revendiquer de l’UDF, à savoir, étant un parti de centre droit associé au grand parti majoritaire d’essence gaulliste au pouvoir et participant de ce fait au gouvernement.
 
Objection 1 : C’était valable pour la période d’avant 2002. Or à partir de 2002, la ligne autonomiste a été de plus en plus développée jusqu’à un refus de gouverner avec l’UMP.
 
Objection 2 : Beaucoup de personnalités qui représentaient l’UDF (historiquement, politiquement, philosophiquement, moralement) ont décidé d’adhérer à l’UMP en 2002, faisant valoir que l’UMP n’était pas seulement la continuation du RPR mais également celle de l’UDF. Par conséquent, le Nouveau centre n’aurait pas plus de pertinence à vouloir reprendre le sigle UDF que l’UMP elle-même.
 
 
Point de vue du droit des associations
 
Le droit des associations donne évidemment raison à François Bayrou et au MoDem sur l’utilisation de l’UDF. Le 30 novembre 2007, la plupart des dirigeants du Nouveau centre avaient déjà quitté l’UDF et n’ont donc pas pu prendre part au vote confiant le destin de l’UDF au MoDem.
 
La résolution finale adoptée le 30 novembre 2007 à Villepinte est assez claire : « L’UDF, formation politique au titre de l’article 4 de la Constitution, est membre fondateur du Mouvement démocrate auquel elle adhère pour une période transitoire de trois ans, en tant que personne morale. À dater du 1er décembre 2007, tout adhérent de l’UDF est adhérent du Mouvement démocrate. L’UDF délègue aux instances du Mouvement démocrate la responsabilité de l’action et de l’expression communes. Les autres instances nationales et locales de l’UDF s’intègrent aux instances correspondantes du Mouvement démocrate. Pendant cette période transitoire, les intérêts juridiques, matériels, moraux, les idées et les valeurs de l’UDF seront garantis et administrés par un bureau de vingt à trente membres désignés par le congrès, sur proposition du Président dont le mandat est prorogé. ».
 
Notons qu’il existe donc toujours un bureau de l’UDF, désigné le 30 novembre 2007 et composé de 26 membres dont sept ont quitté le MoDem (dont Jean Arthuis) et un s’est mis en congé du MoDem (le ministre Michel Mercier, toujours adhérent au MoDem, une situation aussi floue que celle de Gille de Robien entre 2002 et 2007).
 
Aucune objection de ce point de vue, seul le bureau de l’UDF pourrait faire changer les choses mais ceux qui ont quitté le MoDem sont-ils juridiquement toujours membres du bureau de l’UDF ? Le lien entre l’UDF et le MoDem est-il une équivalence ou seulement une implication ?
 
 
Point de vue du droit de la propriété intellectuelle
 
Assez malin dans sa démarche, Hervé de Charette a déposé à l’Institut National de la Propriété Intellectuelle (INPI) le sigle UDF, Union pour la démocratie française, le 8 mars 2004 (publié le 16 avril 2004) en tant que représentant de sa Convention démocrate (amusant de voir que son site Internet rassemble de vagues informations sur le MoDem, l’UDF, le Nouveau Centre et l’Union centriste et propose entres autres des liens publicitaires sur François Bayrou !).
 
L’enregistrement de la marque se fait pour une période de dix ans renouvelable. Hervé de Charette devrait donc pouvoir disposer de la marque UDF jusqu’en 2014 et a déjà fait savoir le 8 décembre 2009 qu’il ne s’opposerait pas à son utilisation par le Nouveau centre.
 
Objection 1 : Le dépôt de la marque et son enregistrement par l’INPI ne préjugent pas de sa pertinence légale. En 2004, Hervé de Charette n’était plus membre de l’UDF puisque membre de l’UMP, ne représentait donc plus l’UDF, ni sa Convention démocrate ne représentait l’UDF puisqu’elle aussi adhérente à l’UMP. Seul le bureau national de l’UDF pouvait agir au nom de l’UDF. Cet enregistrement de la marque est donc facilement contestable devant les tribunaux.
 
Objection 2 : Un argument développé par Hervé Morin (utilisation d’une marque tombée en désuétude) peut au contraire s’appliquer contre lui puisqu’il ne s’agit que des marques, pas de l’existence de parti politique. Or, le dépôt par Hervé de Charette de la marque UDF en mars 2004 sans qu’il ne l’ait utilisée pendant plus de cinq ans rend également caduc son dépôt et peut donc être repris par n’importe qui voulant l’exploiter.
 
L’initiative d’Hervé de Charette a la même pertinence que si j’avais déposé moi-même le nom d’un grand groupe industriel qui aurait été mon employeur quelques années avant (mais plus maintenant) et qui aurait oublié de se protéger (ce qui paraît invraisemblable dans le monde économique).
 
La seule chose qu’on pourrait évoquer d’un point de vue juridique est la négligence des dirigeants de l’UDF depuis 1978 de ne pas avoir déposé la marque, négligence d’autant plus grande pour François Bayrou qu’il se trouvait très isolé depuis 2002 (Il avait pourtant, me semble-t-il, bien verrouillé juridiquement la création de Force démocrate en 1995).
 
 
L’UDF, un parti éclaté en chapelles
 
Concrètement, l’UDF d’avant 2002 a donc explosé en quatre ou cinq groupes :
 
1. Les membres du MoDem qui étaient UDF avant 2007.
2. Ceux qui ont choisi d’adhérer à l’UMP dès sa création en avril 2002.
3. Ceux qui ont choisi de quitter François Bayrou pour soutenir Nicolas Sarkozy en avril 2007 et qui ont créé le Nouveau centre.
4. Ceux qui refusent la stratégie de François Bayrou mais aussi d’Hervé Morin et qui tentent de réunifier les centristes en créant encore plus de division, comme Jean Arthuis et son Alliance centriste.
5. Quelques électrons libres qui ont quitté François Bayrou depuis avril 2007 (ou plus tard) et qui ne savent pas se définir dans l’état actuel du paysage politique, comme Gille de Robien (ancien maire d’Amiens), Pierre Albertini (ancien maire de Rouen), Jean-Louis Bourlanges (ancien député européen) ou encore Jean-Marie Cavada (qui a créé le 14 janvier 2008 un groupuscule sans notoriété, “Alliance citoyenne pour la démocratie en Europe”).
 
À l’instar d’Hervé de Charette, certains anciens UDF pourraient aussi être tentés de quitter l’UMP, mais sans savoir pour quoi faire, le Nouveau centre ne paraissant pas, pour eux, un parti vraiment construit. Parmi eux, deux personnalités importantes s’interrogent depuis longtemps, Pierre Méhaignerie et aussi Jean-Pierre Raffarin.
 
 
Une exception dans la division
 
Étrangement (ce sont toujours les subtilités feutrées du Sénat), seul le groupe de l’Union centriste au Sénat maintient un semblant d’unité où des sénateurs du MoDem (comme Jean-Marie Vanlerenberghe, Denis Badré, Didier Borotra, Jean-Jacques Jégou et Jacqueline Gourault) côtoient des sénateurs adhérents au Nouveau centre (comme Jean-Paul Amoudry, Pierre Fauchon, Catherine Morin-Desailly et Yves Pozzo di Borgo) ou à l’Alliance centriste (comme Jean Arthuis).
 
Le groupe compte 29 sénateurs (dont 9 du MoDem, 10 du NC et 7 de AC) et est présidé par Nicolas About (MoDem) depuis la nomination de son prédécesseur Michel Mercier au gouvernement le 23 juin 2009.
 
Ce groupe aurait pu s’agrandir en rajoutant les dix-sept membres du groupe du Rassemblement démocratique, social et européen (ancien groupe de la Gauche démocratique rassemblant tous les radicaux, valoisiens de l’UMP comme de gauche du PRG) qui avaient envisagé en décembre 2008 une fusion des deux groupes au Sénat pour s’opposer à la double suprématie de l’UMP et du PS.
 
 
Et l’avenir ?
 
L’important, cela reste évidemment la situation de fait et pas des arguties juridiques.
 
Et la situation de fait, c’est que l’UDF n’existe plus, pour deux raisons au moins : le départ des parlementaires UDF vers l’UMP en 2002 et la volonté de François Bayrou de vouloir nouer des alliances à gauche à partir de 2007.
 
Vouloir faire renaître politiquement l’UDF est vain et même stupide : j’ai en souvenir la tentative très grossière de Charles Pasqua de vouloir faire ressusciter le premier parti de De Gaulle par son RPF (”Rassemblement du peuple français”).
 
Rien n’empêcherait non plus Nicolas Dupont-Aignan de transformer son mouvement “Debout la République” en RPR ou en UDR, mais pour quel intérêt ?
 
Le Nouveau centre brandit des sondages de notoriété : l’UDF serait plus connue pour les gens que le Nouveau centre. La belle affaire ! À ce compte-là, Jean Arthuis pourrait aussi demander à donner à son Alliance centriste l’appellation de Nouveau centre.
 
Je déplore toujours cette disparition politique de l’UDF. Les agitations actuelles ne feront rien pour la faire réexister, c’est sûr. L’électorat est même lassé par ces batailles qui ne servent que les ambitions de quelques uns en oubliant leurs électeurs qui ont besoin d’un projet, de valeurs, de direction à suivre dans un monde si mouvant et si incertain.
 
Un vrai bouleversement serait à attendre si des anciens UDF de l’UMP décidaient de quitter en masse l’UMP pour créer un parti à la fois loyal et distinct secrétant son propre projet. C’était un peu l’objet de mon poisson d’avril de 2008 où j’imaginais Jean-Pierre Raffarin à la tête de cette dissidence. C’était oublier un peu vite l’élection du Président du Sénat qui n’a pourtant pas été en sa faveur malgré sa loyauté au sein de l’UMP.
 
 
Alors, pourquoi vouloir reprendre une étiquette vieille de trente et un ans ?
Est-ce ainsi qu’on peux proposer un projet d’avenir ?
Parler des années 2010 avec un label des années 1970 ?
 
Finalement, l’UDF n’appartient plus à personne.
Elle appartient à l’histoire politique française.
Et à elle seule.
 
 
Aussi sur le blog.
 
Sylvain Rakotoarison (11 décembre 2009)
 
 
Pour aller plus loin :
 
L’UDF est morte, vive le MoDem ?
 
Les Rénovateurs.
 
L’éclatement attendu de l’UMP.
 
La fin de l’hypothèse Bayrou ?
 
Portraits croisés de François Bayrou et Marielle de Sarnez.
 
Programme du conseil national du Nouveau centre du 12 décembre 2009.
 
Interview à télécharger (fichier audio ou vidéo) d’Hervé de Charette le 8 décembre 2009 sur RTL.
 
 

Alain Peyrefitte, le diplomate normalien au service du gaullisme

Posted onnovembre 27, 2009 
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Diplomate, écrivain prolifique, homme politique au plus près du pouvoir, Alain Peyrefitte était un touche-à-tout rigoureux, à la fois fin observateur et acteur déterminé.

Il y a dix ans, le 27 novembre 1999, Alain Peyrefitte quittait ce monde. Homme de culture et de lettres, Alain Peyrefitte fut, avec Jean Lecanuet, parmi les personnalités politiques majeures des années 1960 à 1990 à avoir conservé une mauvaise réputation. Pourtant, Alain Peyrefitte fut un personnage original et constructif qui accompagna les premiers émois de la Ve République.

Un diplomate éclairéAlain Peyrefitte est né le 26 août 1925.

 

Malgré sa mère qui fut hostile à l’institution religieuse, il se convertit au catholicisme et passa après le baccalauréat une année chez les dominicains dans un couvent corse. Pendant cette période de retraite, il écrivit son programme de vie avec une troublante précision : « 1948-1958 : vie diplomatique ; 1958-1968 : vie politique ; 1968-1978 : vie littéraire ».

Gabriel de Broglie étudia son caractère ainsi : « Alain Peyrefitte reste un émotif secret, un penseur absorbé. Entre des vocations qui paraîtraient s’exclure, il hésite à choisir, ou plutôt, son choix est de ne pas choisir. Est-ce un trait de son caractère, le sentiment d’un destin ? La vie se chargera de trier. ».

Il fut dès lors élève de Normale Sup. puis docteur d’État en lettres et sciences humaines. Après avoir échoué l’année précédente, il fit partie de la deuxième promotion de l’École Nationale d’Administration (ENA) créée en 1945 par Michel Debré pour doter le pays d’une haute fonction publique compétente. Il se dirigea vers la carrière de diplomate.

Nommé à Bonn (en Allemagne) en 1949, il travailla avec Jean-François Deniau sous l’égide de l’ambassadeur André François-Poncet, père du futur ministre giscardien Jean François-Poncet. En 1954, il fut éloigné à Cracovie (en Pologne) comme consul de France où il excella dans son talent d’observateur de la guerre froide. En 1956, il regagna le Quai d’Orsay comme chef de service des organisations européennes et fit partie des négociateurs du Traité de Rome avec Jean-François Deniau et Georges Vedel.

Jeune cadre de la République gaullienne

Alain Peyrefitte fut gaulliste dès le 21 mai 1940, quand il a entendu le colonel De Gaulle parler à la radio et prédire la victoire finale des forces motorisées blindées. Mais il ne rencontra la première fois De Gaulle qu’en 1959.

Lors des premières élections législatives de la Ve République, Alain Peyrefitte fut élu député à 33 ans en automne 1958 en Seine-et-Marne après avoir échoué à la cantonale de Bray-sur-Seine au printemps (sans étiquette).

Député gaulliste de 1958 à 1995, constamment réélu sauf en juin 1981 (mais il fut finalement réélu en janvier 1982 à la suite d’une invalidation), puis sénateur de 1995 à 1999, il fut élu au Conseil général de Seine-et-Marne de 1964 à 1988 (vice-président de 1982 à 1988) et maire de Provins de 1965 à 1997 (c’est le futur ministre chiraquien Christian Jacob qui reprit sa succession à partir de mars 2001).

Sa grande connaissance des Affaires européennes et son dynamisme le fit rapidement remarquer auprès du général De Gaulle qui en fit un collaborateur très proche (trente-cinq ans les séparaient) jusqu’à en devenir ministre le 14 avril 1962, d’abord comme Secrétaire d’État à l’Information puis brièvement Ministre des Rapatriés puis de nouveau Ministre de l’Information jusqu’en 1966.

Dans “C’était De Gaulle“, il écrivit la grande chance d’avoir été, pendant quatre années, le porte-parole d’un si grand homme : « Les figures de proue nous mettent à l’abri de la médiocrité. Elles fendent les flots incertains. Elles nous élèvent au-dessus de nous-mêmes. ».L’information, domaine encore réservé

 

À ce poste, Alain Peyrefitte fut le grand intermédiaire entre De Gaulle et les journalistes. Il a créé l’ORTF qui fut le précurseur, entre autres, de Radio France, qui visait à moderniser et à libéraliser l’audiovisuel public. Cependant, ses passages à la télévision en tant que ministre pour dire ce que devrait être le journal télévisé en a fait le symbole d’une information à la solde du pouvoir. Les historiens diront si l’information était moins libre en 1965 qu’en 2009.

Après la réélection de De Gaulle, Alain Peyrefitte fut nommé le 8 janvier 1966 à la Recherche scientifique et lança le programme de dissuasion nucléaire français.

À l’issue des élections législatives gagnées de justesse, Alain Peyrefitte siégea le 6 avril 1967 au Ministère de l’Éducation nationale, qu’il dut quitter le 28 mai 1968 en raison des événements de mai 1968 (écouter ses déclarations au cours de la semaine des barricades).

Il ne revint au pouvoir qu’à la fin de la Présidence de Georges Pompidou. L’occasion pour lui, entre temps, de présider entre 1968 et 1972 la Commission des affaires culturelles et sociales de l’Assemblée Nationale, puis de diriger le mouvement gaulliste de 1972 à 1973 (comme secrétaire général de l’UDR, à l’époque, il n’y avait pas de poste de président).

Alain Peyrefitte, écrivain et essayiste

C’est pendant cette période où il ne fut plus au pouvoir qu’il tira les meilleures réflexions, notamment au cours d’une mission parlementaire en Chine en juillet 1971 (rapport n°2544 déposé le 1er juillet 1972 à l’Assemblée Nationale) où il comprit l’exceptionnel potentiel du développement économique chinois (il publia en 1973 son fameux livre “Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera“).

Gabriel de Broglie livra en 2002 son analyse de l’écrivain : « Au-delà de l’action, derrière les actes, il y a toujours le livre. C’est dans l’écriture qu’Alain Peyrefitte trouve les ressorts de sa réussite : une abondance de formules heureuses, saisissantes, souvent redoublées et efficaces comme un tir serré d’arguments ; la multiplication des angles de vue comme l’œil de la mouche dont les facettes donnent l’impression du relief ; le découpage en séquences courtes et simples d’une écriture cinématographique ; une dialectique irrésistible ; un étincelant crépitement d’idées. Ces caractères s’apparenteraient à un procédé si l’auteur n’exprimait, par surcroît, un ardent amour de la langue française. C’est par là qu’il a conquis son public et par là que je me sens le plus proche de lui. Le service de la langue française a ceci de commun avec la religion qu’il n’est pas nécessaire d’y réussir pour s’y consacrer, ni d’y briller pour s’y plaire. C’est un culte dont voici le temple, qui était à l’origine une église. (…) Alain Peyrefitte manie la langue d’une correction parfaite, d’une clarté souveraine, qui ne fait qu’un avec la pensée. La littérature n’est pour lui ni introspective ni symboliste. Elle consiste en un travail d’écriture, une justesse d’expression et une fermeté de conception. Il livre une œuvre rédigée debout, au sens propre puisqu’il a toujours écrit sur un lutrin pour éviter d’être surpris par le sommeil et au sens figuré, c’est-à-dire une œuvre pour démontrer, pour convaincre. ».

Parmi ses mentors, André Gide fut l’un de ses auteurs fétiches, trouvant n’importe quel prétexte pour aller le rencontrer plusieurs fois.

Albert Camus le parraina chez Gallimard pour son premier essai “Le Mythe de Pénélope”, écrit à 21 ans et récompensé par l’Académie française. Cet essai, selon Claude Lévi-Strauss, « découvre dans la confiance, au lieu de l’absurde, le secret de la condition humaine. Une tradition légendaire qui veut qu’Ulysse eût été engendré par Sisyphe. En glorifiant Pénélope, vous opposerez la bru au beau-père. » (il s’adressait à Alain Peyrefitte).

Le 6 juin 1976, six semaines avant sa mort, l’écrivain Paul Morand invita Alain Peyrefitte à déjeuner. Ils ne se connaissaient. Jean Guitton et Claude Lévi-Strauss firent partie des convives, le premier comme futur parrain d’une candidature à l’Académie et le second, celui qui le recevrait sous la Coupole le 13 octobre 1977.

Le 10 février 1977, c’est effectivement au fauteuil de Paul Morand qu’Alain Peyrefitte fut élu à l’Académie française. Il venait de publier “Le Mal français” (qui fut un grand succès commercial) où il analysait les blocages de la société française et notamment son pessimisme, un essai encore d’actualité selon l’académicien Jean d’Ormesson.

Entre son élection et sa réception, Alain Peyrefitte est redevenu ministre, situation inédite depuis 1718, et Valéry Giscard d’Estaing assista à la séance. La présence du Président de la République, protecteur de l’Académie française, est exceptionnelle dans ce genre de cérémonie.

Son livre, en trois tomes, “C’était De Gaulle” publié entre 1994 et 2000, est devenu un précieux et dense témoignage sur le général De Gaulle et la réalité de ses états d’âme en rassemblant près de cinq mille pages de notes personnelles prises lorsqu’il travaillait à ses côtés (C’est Pompidou qui l’encouragea à les publier).

Devenu un “baron” du gaullisme

Son retour aux deux derniers gouvernements de Pierre Messmer (après la victoire des élections législatives) fut très furtif, aux Réformes administratives le 5 avril 1973 puis à la Culture et à l’Environnement le 1er mars 1974 (un mois avant la mort de Georges Pompidou).

En baron gaulliste, Alain Peyrefitte fit partie des soutiens de Jacques Chaban-Delmas à l’élection présidentielle de 1974 face à Valéry Giscard d’Estaing, ce qui alimenta une forte inimitié envers Jacques Chirac qui consacra toute son énergie à la victoire de Giscard d’Estaing (qui lui concéda alors Matignon).

Paradoxalement, c’est lors de la démission de Jacques Chirac l’été 1976 que les mêmes barons gaullistes, menés par Olivier Guichard, légitimistes donc respectueux du Président de la République, se rapprochèrent de Valéry Giscard d’Estaing et contestèrent la virulente opposition de Jacques Chirac pendant le reste du septennat giscardien.

Les six premiers mois du gouvernement de Raymond Barre avaient placé Olivier Guichard au sommet des ministres gaullistes mais sa mission de coordination entre giscardiens et chiraquiens s’était avérée impossible depuis la candidature et la victoire de Jacques Chirac à la mairie de Paris, véritable camouflet pour le Président de la République qui en avait fait une affaire personnelle.

Alain Peyrefitte revint au gouvernement dans le nouveau dispositif de Valéry Giscard d’Estaing le 30 mars 1977, à l’issue des élections municipales.

Jusqu’à la fin du septennat, Alain Peyrefitte fut Ministre de la Justice (pendant trois ans) où son nom resta associé à la loi “Sécurité et Liberté” promulguée en janvier 1981 (et vite abrogée par le gouvernement socialo-communiste qui lui succéda). Il est intéressant de revoir un résumé des débats parlementaires du 10 juin 1980 où François Mitterrand s’opposa lui-même à Alain Peyrefitte (revoir un extrait ici). La dualité sécurité/liberté reste encore aujourd’hui un enjeu politique majeur.

Relations tendues entre Peyrefitte et Chirac

Les relations entre Alain Peyrefitte, premier des ministres RPR, et Jacques Chirac, président du RPR, furent de plus en plus conflictuelles.

Pour preuve, cette réunion le matin du 8 novembre 1977 au siège du RPR où (à quatre mois des élections législatives) Alain Peyrefitte piqua une colère contre Jacques Chirac : « Tout cela arrive parce que ici, rue de Lille, vous n’arrêtez pas de critiquer le gouvernement. Lorsque toi, Jacques, tu dis : dans ce gouvernement, il n’y a qu’une bande de chiffes, figure-toi que je n’apprécie pas. Et le Premier Ministre pas davantage ! Renonce à tes agressions, tu seras moins souvent agressé ! ». Jacques Chirac aurait alors ponctué : « Alain, tais-toi ! ».

La cassure irrémédiable avec Jacques Chirac a eu lieu lors de l’appel de Cochin le 6 décembre 1978 où Jacques Chirac (influencé par Marie-France Garaud dont il se sépara après son échec de juin 1979) accusait Valéry Giscard d’Estaing d’être le parti de l’étranger pour avoir favorisé l’élection des députés européens au suffrage universel direct (la première élection eut lieu le 10 juin 1979).

Ministre de la Justice

Un peu comme la cavale de Jean-Pierre Treiber, arrêté le 20 novembre 2009 après son évasion du 8 septembre 2009, Alain Peyrefitte a dû subir l’affront de l’évasion du criminel Jacques Mesrine le 8 mai 1978 (il fut tué par la police le 2 novembre 1979, trois jours après la mort de Robert Boulin).

En novembre 1979, le nom d’Alain Peyrefitte est en effet mêlé à la mort de Robert Boulin, son collègue du gouvernement, tous les deux en position d’être nommés très prochainement Premier Ministre après l’hospitalisation de Raymond Barre pour surmenage (voir son témoignage sur l’Enfer de Matignon).

Alain Peyrefitte n’a jamais été accusé d’avoir “assassiné” Robert Boulin (à l’époque, tout le monde parlait de suicide) mais d’avoir peu soutenu, avant la mort de celui-ci, son collègue accusé d’une malversation. Alain Peyrefitte ne voyait pas comment intervenir sur le cours de la justice (le juge chargé de l’affaire était Renaud Van Ruymbeke).

Le 17 novembre 1979, à l’occasion d’un débat sur les crédits de la justice à l’Assemblée Nationale qui a dévié sur la peine de mort, Alain Peyrefitte proposa de déposer « un texte révisant l’échelle des peines, c’est-à-dire, revoyant le problème des peines les plus importantes pour les crimes les plus importants » ajoutant : « On ne peut pas examiner le problème de la peine de mort séparément de l’ensemble de ces peines et de l’ensemble de ces crimes ; c’est une affaire complexe et le gouvernement refuse de se laisser entraîner à un vote simpliste. » (l’écouter ici). Ce projet de loi n’a, semble-t-il, jamais été déposé.

Alain Peyrefitte, giscardien

À l’élection présidentielle de 1981, Alain Peyrefitte, comme d’autres ministres gaullistes, soutint Valéry Giscard d’Estaing dès le premier tour malgré la présence de trois candidats gaullistes, Jacques Chirac, Michel Debré et Marie-France Garaud.

Le 9 avril 1981, Alain Peyrefitte reçut à Provins (ville dont il était le maire) le “citoyen candidat” Valéry Giscard d’Estaing pour un meeting qui fut suivi, le soir même par un autre meeting à Troyes, dont le maire était Robert Galley, autre ministre gaullo-giscardien (à la Défense).

Une occasion pour Alain Peyrefitte d’apporter clairement son soutien à Giscard d’Estaing qu’il considérait comme le seul héritier possible de De Gaulle et d’inviter les électeurs gaullistes à ne pas disperser leur voix sur Chirac : « L’héritage gaulliste a été maintenu et au prix de quels efforts ! (…) La vraie question est de savoir si notre République saura résister aux assauts de ceux qui veulent la détruire. Votre seul adversaire est celui qui a combattu le général De Gaulle. C’est la Ve République qu’il veut abattre ! » (parlant de François Mitterrand).

Cependant, le soutien trop tardif des gaullo-giscardiens au cours de la campagne du premier tour n’a pas permis de compenser les attaques permanentes des partisans de Jacques Chirac, ni de réduire le conflit entre giscardiens et chiraquiens, Jacques Chirac ayant joué la politique de la terre brûlée pour conquérir le leadership de la droite après la victoire de François Mitterrand.Dans l’opposition

 

Bien que battu aux élections législatives de juin 1981, Alain Peyrefitte regagna brillamment sa circonscription après une invalidation et l’organisation des élections législatives partielles du 17 janvier 1982 (Bruno Bourg-Broc, Pierre de Bénouville et Jacques Dominati furent élus en même temps que lui), une mini-victoire électorale qui annonça la fin de “l’état de grâce” du pouvoir mitterrandien et l’amorce d’une reconquête du pouvoir par le RPR.

En 1983, Alain Peyrefitte prit la direction du comité éditorial du journal “Le Figaro” (corrigeant de façon très pointilleuse les écrits des journalistes politiques) ; au cours de son existence, il a collaboré avec de nombreux journaux : “Le Monde”, “Le Point”, “L’Express”, “La Revue des Deux Mondes”, “Commentaire”, “La Nef”, “Les Cahiers du Sud”, “La Revue de Paris”… et fut élu à l’Académie des sciences morales et politique le 1er juin 1987.

À la mort de Raymond Aron, le 17 octobre 1983, l’écrivain académicien Alain Peyrefitte a évoqué cet « esprit universel comme il en existe peu », à savoir qu’il « embrassait de son regard toutes les spécialités à la fois » en affirmant ceci : « Son grand message, ce sera un message de liberté de l’esprit, c’est-à-dire, de refus de l’esprit de système. Il a combattu toute sa vie l’esprit de système, les idéologies, parce qu’elles plaquent une abstraction sur la réalité vivante. » (l’écouter ici).

Matignon ?

L’approche des élections législatives du 16 mars 1986 et la défaite prévisible des socialistes de François Mitterrand ouvrait une période nouvelle avec la cohabitation entre un Président et un gouvernement de bord opposé.

En 1985, dans un essai politique “Encore un effort Monsieur le Président“, Alain Peyrefitte avait pris position en faveur de la cohabitation (comme Édouard Balladur et Jacques Chirac, et contrairement à Raymond Barre qui considérait que la cohabitation était contraire à l’esprit des institutions), et avait même laissé entendre qu’il ne serait pas opposé au fait d’être nommé à Matignon.

À l’époque, les premier-ministrables étaient nombreux, de Jacques Chaban-Delmas (ami de François Mitterrand) à Valéry Giscard d’Estaing en passant par René Monory ou encore Simone Veil, mais Jacques Chirac, qui avait verrouillé le jeu à son profit, fut naturellement appelé à former le nouveau gouvernement, en tant que chef du parti majoritaire.

Le 15 décembre 1986, Alain Peyrefitte fut directement visé par un attentat mortel revendiqué par le groupe terroriste “Action directe” qui détruisit complètement sa voiture. Un employé municipal de Provins de 51 ans, Serge Langé, y perdit sa vie. Cette explosion faisait partie d’une vague d’attentats très durs qui entraîna l’assassinat de Georges Besse (patron de Renault) le 17 novembre 1986 et de l’ingénieur général de l’armement René Audran le 25 janvier 1985 (entre autres). Alain Peyrefitte avait été auparavant le cible de deux tentatives d’attentat en raison de ses fonctions de Garde des Sceaux.

En retrait progressif de la politique active

Alain Peyrefitte quitta l’Assemblée Nationale pour le Sénat en septembre 1995. Il démissionna de sa mairie de Provins en 1997 et s’éteignit le 27 novembre 1999 dans le 16e arrondissement de Paris d’une grave et rapide maladie. Il venait de subir un terrible deuil par la perte de sa fille. Sa devise était : « Encore un peu plus oultre », dépassement de soi et volonté de perfection dans l’action.

Une personnalité plus conviviale qu’il n’y paraît

Son aspect très austère, ses sourcils sévères, sa bouche qui avait du mal à esquisser un sourire, et si sourire il y avait, il ressemblait fort aux grimaces de Louis de Funès, ne doivent pas faire oublier l’homme de très grande culture mais aussi l’homme affable.

Gabriel de Broglie, son successeur à l’Académie française, le décrivait ainsi : « Peut-on imaginer une existence plus riche de travaux et de lauriers que celle d’Alain Peyrefitte, normalien, énarque, chercheur, diplomate, député, ministre, écrivain, académicien, journaliste, chroniqueur ? » puis il évoquait « sa silhouette bien découplée, son vaste front, sous ses sourcils broussailleux son regard scrutateur, ses yeux qu’il plissait souvent, pour aiguiser son regard ou pour le retourner vers ses pensées, son sourire enfin, large et franc, mais qu’un léger déplacement des lignes pouvait rendre extrêmement volontaire ». Puis, parlant de ses rencontres professionnelles avec Alain Peyrefitte dans les allées du pouvoir, Gabriel de Broglie a « profondément admiré (…) le style qui présidait à la conduite des affaires de la France, style auquel le talent d’Alain Peyrefitte apportait une note de rigoureuse exigence et de haute qualité ».

Alain Peyrefitte prenait des notes tout le temps, avant et après ses rencontres. Il ne cessait de lire, même en marchant ou au bord d’un télésiège pendant ses vacances d’hiver, et écoutait la radio lorsqu’il faisait son jogging matinal au bois de Boulogne.

Sa culture était exceptionnelle. Il connaissait par cœur de nombreuses poésies françaises. Il correspondit en grec ancien avec le linguiste Georges Dumézil qui lui répondait en latin. Il entretenait des relations intellectuelles avec Maurice Clavel, Michel Foucault et Alain Touraine.

Je me souviens d’avoir écouté Alain Peyrefitte plusieurs heures dans l’émission du dimanche matin “L’oreille en coin” sur France Inter (je ne retrouve plus la date, entre 1984 et 1990), surprenant les animateurs par son humour de potache, racontant les quatre cents coups qu’il faisait avec ses camarades de Normale Sup. lorsqu’ils étaient étudiants.

Un homme qui fut un acteur majeur des débuts de la Ve République, de la même génération que Valéry Giscard d’Estaing, député précoce, diplomate fin et averti, écrivain reconnu et talentueux, une écriture incisive au service de la pensée, libre de tout système, fidèle aux idées de De Gaulle, mais aussi “Premier Ministre virtuel” à une ou deux occasions et une réputation de Garde des Sceaux strict et intraitable.

Voilà ce que pourrait avoir laissé Alain Peyrefitte comme trace dans l’histoire politique française.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 novembre 2009)

Pour aller plus loin :

Notices institutionnelles d’Alain Peyrefitte.

Bibliographie sommaire d’Alain Peyrefitte.

Vidéos avec Alain Peyrefitte.

Éloge funèbre d’Alain Peyrefitte par Gabriel de Broglie.

Jean d’Ormesson sur “Le Mal français”.

Discours de réception d’Alain Peyrefitte.

Réponse de Claude Lévi-Strauss.

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Rafrêchissement au Parti socialiste ?
Le blog de Sylvain Rakotoarison - 02 février 2010
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